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dimanche 9 mars 2014

Une année dans les rues meurtrières.

Le cinéma est un créateur de mythes.
Ainsi, il a façonné l'idée que, avant la guerre aux armes et au crime de Giuliani, New-York City était l'une des villes les plus homicides des États-Unis.
Tandis que L.A était un terrain de jeu où meurtres rimaient avec action.
L'arbre cachait la forêt.
La ville la plus mortifère des USA était Washington D.C.
La capitale du monde libre était aussi la capitale du meurtre.
De mémoire, le seul film récent qui en fait une allusion directe est Minority Report de Steven Spielberg où Tom Cruise incarne un flic ayant commencé sa carrière à…Baltimore.

Sur la marche du podium, elle arrive seconde (de peu) aux statistiques. Mais il y a dans l'air quelque chose qui fait dire qu'elle mérite la première place. À la fin des années 80, un petit journaliste, David Simon, va suivre la brigade criminelle de Baltimore durant un an.
Une année où il va se fondre dans le décor et rendre un récit implacable de comment tourne ce département de police particulier.
Entre corruption (passive ou non), coup tordus de nature politique, désespoir, burn-out et j'en passe, David Simon retranscrit surtout un combat humain qui n'a rien à voir avec Les Experts (cette série a tellement conditionné les jurés potentiels que monter un dossier devient un chemin de croix de nos jours d'ailleurs).

Rien n'est épargné au lecteur, la vérité est étalée ,crue, dure, horrible aussi parfois. Et puis vient le point de bascule : l'été. Cette seule saison semble devenir un mobile de crime, la chaleur et la moiteur rendent les gens fous. 20% de meurtres en plus font de l'été non plus un combat, mais une guerre de tous les instants. Une saison infernale où Lucifer en personne préfère éviter la ville de peur d'y passer.

Les inspecteurs sont décris dans leurs défauts et leurs qualités. Leurs méthodes sont exposées ( alors oui, un petit malin pourrait bien décortiquer tout ça et comprendre comment bloquer deux trois ficelles durant un interrogatoire), leur charge de travail est jetée à la figure des lecteurs (une enquête à la fois ? Vous vous croyez dans Kojak ?), leurs intuitions fulgurantes, palpitant d'adrénaline et prêtes à résoudre un cas, retombent comme des soufflés.

La crasse et la misère humaine ne sont pas aseptisées, c'est un récit clinique sur des personnages qui doivent avoir une pensée clinique pour résoudre un mystère. Mais ce sont des hommes, pas des machines et David Simon exprime cette humanité à l'encre noir.

Avec une verve inspirée, un sens du détail et de la psychologie fins et une envie d'exhaustivité, David Simon signe un livre choc qui aura un effet pervers et dévastateur : finis de regarder sérieusement une série policière, finis de lire sagement un polar ou un thriller sur la plage (même un de ceux de Dennis Lehane, c'est dire) sans doucement rigoler.
La mère de tous les polars est disponible et enterre le genre à jamais.

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