mercredi 18 février 2026

Pas cimer.

 

Et dans une autre vie,
J'étais un roi barbare,
Que dans mes écuries,
Mes plus beaux chevaux noirs
Attendaient que la guerre
M'appelle à d'autres jeux,
Et dans cette autre vie,
Que j'étais heureux !
Un roi Barbare, Michel Sardou.



Annoncé en grandes pompes et sorti en Mai 2024 (oui, j’ai du retard dans mes lectures et je ne lis pas par ordre d’achats, flagellez-moi vauriens ! ) , La Sonde et La Taille de Laurent Mantesse est un roman de fantasy barbare , fan-fiction éditée par Albin Michel Imaginaire et voulant nous narrer la dernière aventure de Conan le cimmérien , mieux connu du grand public sous le sobriquet de « le barbare » dans une optique de souligner que le héros il est très musclé et bas du front, comme celui des films. 

C’est d’ailleurs sur la musique de Basil Poledouris que l’éditeur débuta sa campagne promotionnelle sur son site internet. Il y a pire comme choix de partition. 



Conan le cimmérien ( car originaire de Cimmérie, au Nord du continent où il vit ses aventures, dans un espace temporel fantasmé précédant l’antiquité ) est né sous la plume de l’écrivain texan Robert E. Howard. 

Héros de nouvelles vendues aux magazines pulps , Conan connaît un joli succès. Ses aventures mêlent actions sauvage à l’épée, monstres plus ou moins zoologiquement proches des animaux que l’on croise de nos jours, font de lui un héros populaire dans le noble sens du terme. 


Howard , par folie ou sens du marketing , dira que Conan est réel et lui apparaît en rêves pour en faire le narrateur de ses exploits. Il avoue également que les nouvelles de Conan, si elles sont écrites dans le désordre chronologique le plus total, sont comme des récits que les voyageurs arpentant les routes de cette époque fictive se racontent au coin du feu. 


Désordre chronologique oui, car la première apparition de Conan sous forme d’encre et de papier narre l’aventure d’un Conan devenu roi d’Aquilonie dans sa quarantaine et devant démêler les fils d’un complot. Nous sommes loin du jeune homme se baladant en pagne de peaux de bête qui cogne d’abord et pense par hasard ( cette image d’ailleurs est une image d’Epinal héritée des comics Marvel  ). Howard commence donc par la fin , Tarantino n’a rien inventé. 




Peut-être est-ce pour rendre hommage à Howard que Laurent Mantesse décide que son romans sera la fin des aventures de Conan ? La der’des der’ ? 


Bref, Conan, le roi d’Aquilonie a mis à genoux six autres nations. Désormais âgé d’au moins 80 ans et souverain des 7 couronnes ( c’est original , GRR Martin serait fier ) , Conan a décidé que la septaine où il reçoit les doléances des connétables de son petit empire se déroulerait dans une vieille forteresse, tout au nord, dans sa Cimmérie natale. Là où les montagnes les plus blanches côtoient les forêts les plus denses et mornes. Vieux, usé et fatigué , Conan se repose essentiellement sur ses alliés proches et sur l’affection de Colin, un orphelin lourdement handicapé physiquement et mentalement qu’il aime comme son propre fils. 

Mais Conan est un roi affaibli : si ses actes et décrets ont permit au peuple de vivre mieux ( aux dépends des riches qui vivent si bien qu’ils ne les approchent presque jamais ) , la vie ironiquement le remercie en lui offrant un kyste à une gonade et des calculs rénaux remontant dans son urètre et bloquant déjà en partie celui-ci.

Face à un roi diminué, ce ne sont pas seulement les courants d’air qui hantent la citadelle mais aussi les intrigants, prêts à toutes les bassesses et les compromis moraux les plus ignobles – avec les religieux extrémistes d’une nouvelle secte monothéiste et les mercenaires les plus vils – pour prendre le pouvoir par la force.

Comme Conan autrefois. 



Laurent Mantesse manie la plume avec une rare aisance. Mais aussi avec la lourdeur de l’intellectuel qui a tout appris SAUF l’humilité. Son histoire étalée sur 600 pages aurait été narrée en 150 pages maximum par l’auteur historique du héros. Pourtant, le roman débute plus ou moins bien. Si Mantesse dévoile d’entrée de jeu son style d’écriture, il l’utilise pour poser une menace surnaturelle qui viendra harceler les protagonistes plus tard. 

Pour gonfler son texte , Mantesse se lance dans un pensum sur : la civilisation, la violence, la religion et ses liens avec l’état. Et lorsqu’enfin il met en place une scène où il pourrait se dérouler quelque chose, Mantesse use et abuse de deux artifices réguliers : raconter par le détail comment plusieurs protagonistes pissent et chient dans les latrines ou les fourrés , ou se lancer dans des phrases à rallonges décrivant les pires atrocités possibles pour exposer qu’il a un dictionnaire dans la tête. Entre deux phrases longues comme des paragraphes boulimiques, Mantesse place une référence ou l’autre à l’œuvre de Howard, pour nous rappeler que «  Si si , ce héros aux cheveux blancs est bien Conan et pas un roi quelconque ayant jadis eu une bonne hygiène physique et mentale. » Mais ce roman, qui a semble-t-il eu du mal à se vendre, se serait-il aussi « bien » vendu sans le joli bandeau rouge sur sa couverture ? 


Ce ne sont pas des chapitres mais des descriptions de tableaux baroques ( non, rococos ! ) à faire pâlir les dessins d’Oliver Ledroit dans la BD « Requiem ». Le désavantage d’un tel style c’est qu’il ferait passer les ralentis de John Woo ou de Zack Snyder pour du Tony Scott sous cocktail d’amphétamine-cocaïne. 


La dernière aventure de Conan comporte cependant un chapitre certes remplis de matières visqueuses mais aussi d’une tension insoutenable : l’opération de Conan pour se débarrasser du mal qui lui ronge les bourses et le pénis. Le vieil homme doit être drogué ET maintenu par des hommes forts pour éviter que la douleur ne le rende violent envers ses médecins (pourtant bien intentionnés). Et lorsque que le complot surgit, ce Conan fatigué, blessé…disparaît de son propre livre pour ne revenir que par magie assez fort pour récupérer son fils adoptif et foncer dans les bois pour échapper à Tranche-Gueule, chef des mercenaires et (potentiellement) le personnage qui a failli être intéressant dans toute cette merde (oui, je vous l’ai dit, tout le monde chie dans cette histoire). 


Plus le récit avance, plus les aberrations  s'enchaînent : Conan réussit des exploits dignes de sa jeunesse , les alliances qui se nouent sont basées sur des chimères qu’un enfant de 8 ans démonteraient et quand enfin LA menace ne se cache plus et traque le petit groupe errant dans la forêt, c’est un mauvais remake de Predator qui nous est servi (un hommage ? ou un manque d’inspiration ? Les deus ex machina finaux poussent à croire que l’hommage est une excuse facile ). 


Ce n’est pas le seul clin d’œil à la carrière d’Arnold, le chêne Autrichien, qui hante ce livre. Dès la couverture, la (superbe, ne soyons pas de mauvaise foi) illustration de Didier Graffet colle plus à l’image de Conan tel que les films l’ont dépeint que Howard dans ses écrits ou Margaret Brundage sur les couvertures de Weird Tales, la revue qui accueillait les récits du cimmérien. 





À force de se regarder écrire et d’aimer se relire, Laurent Mantesse nous emmène non pas dans une aventure prenante et haletante mais dans la seule façon qu’on les arrogants et les supérieurs pour se réchauffer : la branlette intellectuelle étalée à la face du monde.


Alors pour coller à son amour des fluides visqueux, risquez-vous à lire ce roman seulement et seulement si vous ne craignez pas les cumshots non solicités dirigés vers vos visages  toutes les 80 pages. 


dimanche 15 février 2026

Citizen Wayne.

 


Tom Taylor , scénariste révélé par l’adaptation en comics du jeu video «  Injustice » ( un jeu de baston partant du principe que Superman vrille dictateur après le meurtre de Lois Lane par le Joker alors que Batman mène la résistance – chacun des héros ayant une équipe composée tant de héros que de vilains, notion devenues floues dans ce monde parallèle ) a vite gravi les échelons et entre deux «  Et si… » ( Batman la dernière sentinelle , où un Batman vieilli quitte Gotham pour enquêter autour du monde , DCeased où l’équation anti-vie de Darkseid transforme le monde en zombie façon Marvel Zombies mais bien après la hype ) , le petit Taylor a fait son trou dans les séries liées à la continuité principale de l’univers DC. 


Selon moi, pas pour le meilleur. Si Taylor a un don pour croquer les personnages, ses intrigues en revanches sont loin d’être captivantes. 

Son arrivée sur Detective Comics, la série sœur de la série Batman, avait tout du cauchemar pour bat-fan. D’autant plus que la chauve-souris a eu son lot de montagnes russes scénaristiques ces dernières années. 


Alors, est-ce que Tom Taylor va encore jouer les xanax humain en écrivant les aventures d’un insomniaque notoire ? 

Et bien non ! Vous m’en voyez le premier surpris. 


L’action débute dans une sorte de cellule, trois semaines dans le futur : un homme, aux cheveux blancs, est assis sur une chaise. Il semble en mauvaise posture. Batman, à côté de lui , s’adresse à une personne hors champs en cherchant à comprendre ce qui a mené tout ce monde dans cette situation.

Flashback : alors que Batman intervient sur un braquage commis par un jeune délinquant armé d’une arme à feu , il se rappelle d’un soir où, enfant , son père et sa mère discutait de la vie des hommes et de la valeur modulaire de celle-ci selon les individus. Thomas Wayne, chirurgien de génie, prenant à part son fils, lui explique que peut-importe qui est qui , une vie doit être sauvée. 




La vie du délinquant ne sera pas sauvée. Lorsqu’il le rattrape, le gamin a été tué. Le 9e en un mois à arborer le même profil : délit mineur, mise en maison de redressement, sortie menant à des crimes plus violents. 

Bruce Wayne, quant à lui , se voit proposer par une ancienne employée ( et dernière enfant aidée par la fondation Martha Wayne du temps où celle-ci était vivante ) une étrange proposition : rajeunir , redevenir ce qu’il était il y a encore 10 ans. Un traitement réservé à « l’élite financière ».

La proposition le tente. Mais le tourmente. Qui est-il pour profiter d’une telle rallonge ? Mais après des années à malmener son corps nuit après nuit , même lui ne peut nier qu'il n'a plus 20 ans.

Tom Taylor va alors faire ce qu’il fait le mieux : arpenter les personnalités de ses personnages principaux. Et , inspiré sans doute , les faire évoluer dans une intrigue qui tient tout autant du thriller de science-fiction batmanesque classique que de la critique peu subtile (mais un poing de Batounet dans la gueule, est-ce subtil ? ) d’un système judiciaire et d’une idée de la justice basée sur la vengeance.

La clémence réfléchie face au châtiment aveugle.





Taylor pose les pions de son intrigue mais aussi d’une intrigue appelée à s’étendre au-delà de ce premier album , un fil rouge qui devrait sans doute relier la plupart des aventures qu’il réserve au (noble) chevalier noir. 

Les ingrédients ne sont pas des plus novateurs : le passé de Thomas et Martha Wayne est un peu revisité ( une idée à la mode ) , Bruce Wayne agit en Largo Winch ( avec drague et plus si affinités incluse ) en enquêtant sur des sociétés de la tech et leurs liens avec les prisons privées ( ce comic a été écrit AVANT les récentes révélations sur le fonctionnement de ICE d’ailleurs ) et une société secrète ( encore une ) agit dans l’ombre de Gotham. 





Rien de nouveau sous le Bat-signal. 

Mais Taylor a saisi comment aligner ces divers aspects pour que les sous-intrigues se relancent ( voire se relancent entre elles ) et les personnages principaux ( de la Bat-famille, aux amis héroïques en passant par des secondes rôles tous nouveaux ) lient l’ensemble grâce à une belle caractérisation venant renforcer l’idée majeure que Batman incarne : la vengeance n’est pas la justice et celle-ci doit miser et investir sur l’après punition et non sur un ressassement incessant du passé. Même quand cela fait mal, même quand cela est obsessionnel. 


Surtout, Taylor, comme Chip Zdarsky , répond clairement à la critique mainte fois faite à ce personnage ( par des personnes en ayant une connaissance trèèès limitée et souvent liée à quelques films ) : Batman préfère casser des gueules que d’ouvrir des écoles. 

Qui lit Batman sait que c’est faux. Mais peu d’auteur livraient plus que 3 phylactères pour le prouver. Batman a un plan pour Gotham. Car il le sait, il l'a vu ( et cet album le montre clairement ) : la mort de ses parents ne n'a pas affecté que sa petite personne. Et le trauma créé n'a pas engendré que des Batmen. Les échos de ces meurtres vont bien plus loin que ceux provoqués dans l'esprit de leur fils bien aimé ( et un peu taré si l'on en croit Selina"Catwoman"Kyle ) : comme souvent avec Batman, les vilains les plus intéressants sont ceux que Bruce aurait pu devenir mais a choisi ( parfois par noblesse d'âme, parfois par culpabilité ) de ne jamais devenir. Convaincu que suivre une voie simple ne fera que rajouter aux malheurs du monde.

Et ce plan pour Gotham est une critique sous des airs de divertissements des conneries que nos « élites » préfèrent mettre en place. 






Aux dessins, nous retrouvons Mikel Janin, qui avait travaillé sur Batman avec un autre Tom. Tom King. Janin montre ici une autre facette de son talent car les deux scénaristes lui font mettre en scène des situations bien différentes. Cependant, si le trait de Janin est agréable à l’œil c’est également un dessinateur qui a du mal à tenir le rythme des 22 pages mensuelles d’un comic book et son trait devient moins précis au fil des pages. Rien de rédhibitoire mais l’impression de voir un autre dessinateur prendre peu à peu le relais se fait parfois sentir.


Au final , Tom Taylor débute son run avec les honneurs, replaçant Batman dans des zones sales et moites de Gotham quand ses collègues de la série Batman depuis 2020 l’ont surtout fait évoluer dans les néons et la folie visuelle parfois exubérante et exténuante pour le lecteur. Un retour aux fondamentaux qui joue tout autant les cartes de la sécurité que celles des nouveautés. 


Avec au milieu, un Batman plus héroïque et noble que jamais et un Bruce plus humain et déterminé à changer les choses. 

J’aime le Batman de Tom Taylor, et voila une affirmation que je pensais inconcevable à dire un jour. Et le 4e de couverture ne ment : voila une belle occasion de prendre le train en marche sans être perdu, Taylor s'inscrivant certes dans une continuité bien établie mais , petit malin, utilise une partie du casting gothamite vu dans le dernier film en date.




Le bat-renouveau est en marche et j'attends de pied ferme : la lecture du second tome, et l'arrivée de Matt Fraction sur le titre Batman qui semble lui aussi décidé à renouer avec la période où lire du chiroptère gothamite ne donnait pas envie de hurler de douleur. 




jeudi 29 janvier 2026

East of West : la fin d'un monde est-il une apocalypse ?

 L’année ? 2064. 



Au fin fond du désert et de la nuit, un éclair frappe le sol d’une structure géologique en stalagmites. 

3 êtres sortent alors de terre. Ceux-ci sont des enfants. Surpris de ne pas être pas 4.

L’histoire avec un grand H ? Pas la nôtre. 

L’histoire telle que nous la connaissons a dévié.
La partie de l’Amérique du Nord que nous nommons USA est depuis 1908 constituée de 8 territoires différents : 7 nations et un territoire neutre situé dans le cratère formé par l’impact d’un météore et baptisé Armistice. 

En pleine guerre de sécession américaine, les tribus indiennes survivantes du génocide ont unis leurs forces et leurs folklores pour devenir la Nation indienne infinie. Pris entre le feu du Sud et les flèches infinies, le Nord est acculé dans une guerre qui s’éternise. 

Dans chaque camp adverse au nordiste, un prophète lié à une nouvelle religion émergente se révèle porteur d’un message incomplet.

Puis, c’est l’exilé Mao a qui est envoyé une révélation ( le mot français pour…apocalypse ). 
Ensemble, ces fragments forment une histoire complète : Le Message. Qui annonce la fin du monde. 
Et les 3 enfants réveillés par l'éclair en l'an de grâce 2064 , les trois qui devraient être quatre, semblent porter ce message. 


Jonathan Hickman est un scénariste américain qui s’est fait la main en indépendant avant de rejoindre Marvel Comics et de chambouler leur multivers.
Scénariste marathonien ( une graine plantée dans une série X pouvant éclore et tout ré-écrire dans une série Y des années plus tard ),le terrain de jeu de Marvel est immense et Hickman s’y est amusé. 


Mais lorsqu’il s’agit de lancer une série indépendante des gros éditeur, Hickman choisit de créer sa propre mythologie, changeant le cours de l’histoire pour suivre l’histoire que lui veut raconter. Après tout pourquoi pas ? L'histoire avec un grand h n'est qu'une affaire de conjectures, de rendez-vous manqués et de hasards (mal)heureux. Et en créant un échiquier à ce point éclaté, la métaphore est des plus évidente : l'Amérique est un pays fragmenté, sectionné , aimant les ghettos à qui sont donnés des jolis noms : Little Italy Chinatown , etc... Le Territoire où tout le monde était admis mais où chacun devait rester entre-soi. 

En apparence, voila une histoire simple : les cavaliers de l’apocalypse sont réveillés  dans un Western du futur, les leaders des nations américaines sont convertis à la fin du monde et rien ne pourra empêcher ça. Parce que les élites la veulent, alors que leur volonté soit faite ? 




Sauf que…

La Mort, le cavalier blanc, ne s’est pas réveillé avec ses frères et sœurs. Il erre dans le désert depuis des années, accompagné de deux membres de la Nation infinie répondant aux noms de Loup et Corneille. Pourquoi ses frères et sœurs cherchent-ils à l’éliminer ? Et quel rapport avec les flash-backs parfois abruptes (une case au milieu de la narration ) ramenant 15 ans en arrière où les 4 étaient plus unis que les mousquetaires de Dumas ? 


Tant de questions ( et tant de réponses ) qui vous attendent dans un récit dont toutes les clefs ne vous sont pas immédiatement tendues mais qui se révéleront à vous en temps et en heure. Posant avec froideur et minutie son univers et ceux qui l’habitent, Hickman joue avec nous. 



Hickman livre ici également une critique acerbe de la religion l'air de ne pas y toucher : si nos 4 larrons sont nommés comme les cavaliers de l'Apocalypse, Hickman les lie à d'autres entités sans jamais le dire clairement ( Hickman parie sur l'intelligence et la culture de ses lecteurs ).
Des Anges. Du grec ángelos ( phonétique of course ) signifiant littéralement...messager !
Les 4 cavaliers seraient donc les derniers anges envoyés par Dieu (ou une autre force ) sur Terre. 
Cela peut sembler dissonant mais rappelez-vous que les Anges sont des créatures bien peu amicales et dont le look est loin d'être celui que les arts leur ont prêté. Et qu'ils sont toujours apparus avant de biens belles saloperies : la destructions de cités entières , des inondations mondiales , le viol d'une vierge...

Les personnages étant des arrivistes politiques ( pléonasme ) ou des pistoleros redoutables lancés dans une quête de longue haleine, tous peuvent sembler froids et peu profonds.
De simples archétypes ( y-a-t-il plus archétypal que «  Les 4 cavaliers » ? ) lancés dans un monde bourrés de tropes connus ( comme une oracle sans yeux , la bête de la fin de temps, les saloons,… ).



La vengeance est un plat qui se mange froid, mais qui s’exécute à chaud. La froideur supposée du scénariste est un mythe.


Pourtant, derrière ces apparents icebergs se mouvant et calculant leur prochain coup, il y a des fêlures, des lésions, des cœurs.
Chacun avance en brandissant la vertu de la raison quand les racines de leurs actions sont profondément liées à leurs sentiments.
Le conflit intérieur habite chacun et le drame se révèle donc au fil des pages pour qui aura la patience de relier les fils entre eux et d’en démêler bien d’autres. Les sentiments des personnages sont tellement au centre du jeu politique qui se déroule sous nos yeux que certains chapitres très intellectuels et politiques sont entrecoupés de cases montrant des instants de paix et de joie , les personnages ayant atteint une forme de catharsis. Hickman nous dévoile le cœur difficilement, après tout, cet organe est enseveli sous des os et des muscles.
La dissection prend du temps. 






Mais pour qui prendra le temps de se lancer dans cette opération, c’est un monde rempli de concepts fous , d’action parfois pétaradante parfois plus posée mais toujours d’une violence rare quand les puissants décident de mettre au pas les peuples. 


En créant son propre monde ( et les codes qui lui sont liés ) , Hickman peut aborder par le jeu de la métaphore les dérives d’une nation ( les USA ) qui déjà à l’époque de sa sortie ( la série a été écrite entre 2013 et 2019 ) refusait de se regarder en face.
Tour à tour réflexion sur le pouvoir spirituel, temporel et personnel, East Of West encapsule les obsessions d’un scénariste pour les travers d’une société qui répugnent à faire sa critique mais adore voire les failles des autres, surtout lorsque l'opération permet de prendre de haut .. et de prendre tout court. 


Aux dessins, nous retrouvons Nick Dragotta, dont le trait élégant et faussement simpliste ( des tas de détails se cachent partout , l’épure est pensée pour maximiser les effets dans le cadrage ) décolle la rétine du lecteur au point qu’il peut voler la vedette à son scénario. Un scénario qui ne s’aborde pas à la légère ( ce n’est pas votre lecture pour la salle d’attente ou d’aisance ) mais qui n’oublie jamais de capter l’attention et de nous mener d’un point à un autre sans nous perdre mais sans nous faire l’affront de nous prendre par la main comme des enfants de 3 ans. 


UN.PUTAIN.DE.CHEF-D’ŒUVRE.  




jeudi 25 décembre 2025

Joyeux Noël à tous !

                               

                                  


dimanche 7 décembre 2025

Médecin , guéris-toi !

Alastair Reynolds est un nom bien connu des amateurs de science-fiction et de space opera en particulier. 

Celui-ci , en se mettant des limites ( comme le fait qu’aucun vaisseau ne va plus vite que la lumière ) doit constamment chercher de nouvelles façons de créer un univers vaste et inconnu à explorer difficilement. 


Dès lors que l’on sait dans quelle catégorie l’auteur gallois boxe , il est surprenant de le retrouver sur un récit d’exploration polaire situé au…XIXè siècle ! 




Le Dr Silas Coade est chirurgien de bord sur une goélette, le Déméter ( oui comme le navire dans Dracula ). Son quotidien est de rafistoler les petits bobos des marins , de supporter Miss Cossille qui ne rate jamais une occasion de le reprendre et de divertir l’équipage en leur lisant les pages de son projet de roman qu’il écrit lorsqu’il ne travaille pas. 

Le Déméter vogue à la recherche d’un étrange édifice dont l’armateur, Topolsky, a eu vent quelques temps auparavant grâce au témoignage de marins ayant servi sur le navire Europe. 


Tout se déroule plus ou moins calmement jusqu’au jour où Coade doit trépaner le colonel Ramos. Après avoir sauvé la vie du malheureux, les deux hommes deviennent amis et vont tous deux petit à petit remarquer quelque chose d’étrange à la périphérie de leur cognition. 


En dire plus serait purement criminel et détournerait le lecteur des surprises et fausserait sa faculté à remettre dans l’ordre les divers éléments qui lui sont fournis pas à pas au fil de l’ouvrage.

Sachez seulement que, comme la couverture vous l’indique un peu, que Reynolds n’a pas laissé tomber son goût pour l’espace mais qu’il vous cache le comment du pourquoi (ou inversement). 


L’auteur utilise une mécanique peu originale pour faire fonctionner sa machine mais le tour de magie n’est pas là. Le tour, c’est de raconter une histoire de la meilleure façon possible. Et à ce petit jeu , même une fois le twist révélé ( au ¾ du roman), Reynolds a choppé son lecteur par le cortex et ne le lâche plus. 

Ses personnages sont bien campés, passant vite de simples tropes à des créatures avec une profondeur et des aspirations. 

Ceux-ci sont lancés dans une ( des ?) aventure humaine plus grande que la vie et que la compréhension, flirtant de loin mais de fait avec les récits du célèbre reclus de Providence. 


En résulte un roman aussi intimiste qu’il n’est grand dans les dimensions explorées par notre groupe de héros , qui manie le sens du spectaculaire sans en faire trop et qui ouvre une fenêtre sur l’univers d’un auteur fasciné par l’immensément grand (il est ingénieur, ayant travaillé sur les télescopes de l’Agence Européenne pour l’Espace ). 
L'ouvrage a été traduit par le briscard Pierre-Paul Durastanti pour Le Bélial qui , comme souvent , nous livre le texte sous couverture souple ornée d'une illustration qui met à l'amende celle de la V.O. 


Je terminerai cette très courte chronique par : «  Donnez moi 100 millions et j’en fais un film épique et poignant !  Mais filez moi ce pognon enfin !!!!! »


mardi 18 novembre 2025

Step Back in Time # 2 : 65 millions d'années pour le réaliser.

Il y a un avant et un après.
Il y a des événements qui changent les choses, qui changent le regard.
Rares sont les personnes qui peuvent se vanter d’avoir empiler les « avant/après »
Steven Spielberg est de ces personnes.
Il y a un avant Jaws et un après.  Il a inventé le blockbuster ! ( ne jetez pas la pierre, il n’est pas responsable de ce que les autres ont pu en faire).
Il y a un avant E.T et un après. Il a mis fin aux délires d’invasion alien au cinéma ( Independance Day ? Vous le regardez encore souvent? ; même les chaines télé miteuses ne le programment plus. )
Il y a un avant Jurassic Park et un après.  Et lui, va tout changer. En même temps que les dinosaures font tomber les barrières de leurs enclos, les réalisateurs feront s’envoler celles de leur imagination. Tout devenait possible.
Mais je brûle les étapes, pardon.

Nous sommes à la fin des années 80, début des années 90. Spielberg est alors une machine de production à lui tout seul. Il a enchaîné La dernière Croisade, Always et Hook s’apprête à sortir avec la meilleure musique que John Williams a jamais composée.
Son activité de producteur est à la hausse et il a même des billes dans des séries d’animation de la Warner ( les Tiny Toon, les Animaniacs, et j’en passe). Avant James Cameron, le roi du monde était un petit barbu de Cincinnati ! En alors que Hook est presque fini, Spielby a déjà les yeux vers son futur. Sans se douter qu’il allait défricher celui de son média, le cinéma.




Son prochain projet ? E.R, une histoire centrée sur les heurts , bonheurs et malheurs d’une équipe d’urgentistes dans un hôpital . Le scénario est écrit par Michael Crichton, auteur de romans à succès. Alors que nos deux larrons, amis dans le civil, discutent, Steven le questionne sur son prochain roman. Une histoire de dinosaure dans un parc d’attraction qui déraille (oui voila, ça ressemble à Westworld à la préhistoire, bien vu ! ) .
Les yeux s’écarquillent. L’excitation guette.
Spielberg n’en a plus rien à cirer de ses urgentistes et Crichton pourra aller vendre son scénario à la télévision. Ça révélera George Clooney ( l’homme qui a failli faire tomber Batman mais qui a relevé l’action Nespresso à la bourse ! ).





           ( James Cameron aussi était intéressé mais a avoué que sa version aurait été fort différente)




Spielberg veut réaliser un film tiré d’un roman même pas encore finalisé ! Et ça urge, parce que E.R devait être relativement facile à tourner, où du moins rapide ( unité de temps et de lieux minimale , ça aide pour mettre en boîte rapidement ) et que tonton Steve, il a La liste de Schindler qui commence à se profiler. Un projet lourd, à la logistique monstre pour lequel Spielberg aura besoin de temps pour le finaliser au mieux.
Crichton planche sur le scénario, aidé par David Koep, en même temps qu’il termine son livre. Universal, producteur de Schindler, remporte la guerre entre studios pour l’acquisition des droits. Les deux films sortiront la même année. Deux films diamétralement dissemblables ? Et bien nous verrons plus loin que non.
Il y a deux choses qui stimulent Spielberg plus que de raison à se pencher sur Jurassic Park.
Petit A , Steven Spielberg est issu d’une génération de cinéphiles. Des films l’ont fait rêver étant gosse et voila l’occasion de rendre hommage aux effets de Ray Harryhausen en général et à King Kong en particulier !




Petit B , le thème central du film est le même que La Liste de Schindler.
Un thème qui a traversé la filmo de Spielberg et qui continue de le faire aujourd’hui !
Que nous montre Jurassic Park ?
Dans un lieu coupé de tout, un petit groupe d’individus a isolé une espèce entière et entend la régenter comme bon lui semble. Ce groupe est déshumanisé par la machine bureaucratique qu’ils sont devenus. Et nient la nature vivante même des prisonniers.
D’aucuns se sont adaptés, d’autres vont saisir la chance de se rebeller et de vivre libres quand l’occasion se présentera sous la forme d’un chaos total.
C’est Jurassic Park dont les dinosaures vont se montrer peu dociles quand Dennis Nedry coupe le système et provoque le chaos.
Ce sont les juifs de Varsovie (certains du moins) qui vont tenter de survivre et de s’évader quand leur prison sera assiégée par l’armée allemande provoquant un chaos dans les rues et les habitations.
Il y aura des morts mais la vie trouvera son chemin.

La machine non-humaine qui tente de réguler la vie ,voire même de la broyer, est un thème cher à Spielberg et on le retrouvera dans d’autres films postérieurs, comme Minority Report par exemple, ou même la Guerre des Mondes.
Et cette machine déraille toujours, elle se fait bouffer de l’intérieur. Voila la croyance de Spielberg qui transpire même dans ses films où il montre bien qu’il n’a plus confiance en l’humain.
Parce que sa conviction est ancrée. Voila pourquoi Jurassic Park est cohérent dans la filmo de Spielberg. Voila pourquoi toute sa filmo est cohérente !


Bon, cet aparté idéologique étant derrière nous, revenons à nos dinos !

Donner vie à des monstres préhistoriques , voila qui a de quoi être excitant…et flippant. Pas le droit à l’erreur. Fini le temps de la stop-motion belle mais voyante ( les mouvements doivent être fluides) ou du déguisement de lézards vivants grimé en dinosaures fantaisistes ( diantre, le public a vu Le petit dinsoaure et la vallée des merveilles ! et sait à quoi doit ressembler un dino au ciné…qui a produit ce film déjà ? ) !
Mais les défis techniques, Steven connaît et il sait où s’adresser : chez ILM, la boîte à effets spéciaux de son copain George (Lucas).  Et c’est là que l’histoire va se jouer. C’est là que l’analogique va rencontrer le numérique. C’est là que l’évolution va se mettre en marche.
Les premiers cinéastes étaient des Géants. Ils ont construit des mondes sans avoir de repères sur l’art qu’ils inventaient.
Les seconds ont vu les films et on imaginés l’avenir : ils étaient doublement des voyants.
Spielberg est de ceux-là. Et son film va lancer un nouveau mouvement. L’évolution se base sur…( allez les gars, ça fait 17 ans que les films X-men en parlent…) la mutation ! Il est là, le temps des mutants débute.  ( cette réflexion est en partie basée sur les titre des trois très gros essais de Pierre Berthomieu aux éditions Rouge Profond ).

Quand une espèce plus évoluée apparaît, elle entraîne la disparition de sa cousine moins adaptée. Mais là, Spielberg ne sait pas encore qu’il va faire tomber le premier domino.
Il pénètre dans ILM en se disant que l’animation stop-motion a fait d’énorme progrès et qu’il aura sans doute besoin de gros robots bien balèzes qui ne tomberont pas en panne comme son foutu requin presque 20 ans auparavant !


Bon, là, petit aparté, oui encore !
Les ennuis mécaniques de Bruce ( le requin ; Spielberg l’a nommé ainsi en hommage à son avocat…true stroy ! ) ont fait dire que Spielberg a retourné ce soucis à son avantage en lui permettant de repenser sa mise en scène basée sur la suggestion plus que sur l’illustration.
Ce n’est qu’en partie vrai. Dès le début, Spielberg voulait montrer le requin tardivement pour maximiser sa première apparition. Les soucis techniques l’ont poussé à devoir repenser plusieurs séquences où le requin était prévu pour qu’elles s’insèrent dans cette démarche suggestive ( ce qui a débouché sur un dépassement de temps de tournage et de budget par la force des choses).
Ridley Scott s’en inspirera pour Alien, tout comme il s’inspirera du début de Saving Private Ryan pour l’ouverture de Gladiator. C’est la différence entre un génie et un mec hyper talentueux : y en a un qui passe toujours un peu avant l’autre.

Pour ses "Dents de la Terre", Spielberg ne veut pas revivre les frustrations de ses Dents de la Mer. Mais que l’on ne s’y trompe pas, Jurassic Park n’est pas là pour effacer les affres du passé (et digérés) de Spielberg ni pour faire le minimum syndical en sachant que le public viendra sans aucun doute voir une «  resucée » du requin sous une nouvelle forme.
Les deux films s’ouvrent sur une attaque monstrueuse montée, pensée, mise en scène différemment et avec l’énergie qui convient au projet. Il y a des points communs mais encore une fois, je me répète : la filmo de Steven Spielberg est d’une cohérence rare dans ses thèmes et ses approches.







Bref, Steven sait ce qu’il lui faut et il discute des modalités. Et le jour des premiers essais, tout fonctionne. C’est beau, génial, le film va se faire avec de bonnes vieilles méthodes qui ne subissent plus les accrocs d’antan.
Mais…mais…c’est là qu’entre en scène Dennis Murren.
Murren sort de deux films de James Cameron : Abyss et Terminator 2. Et certains effets ont été créés par ordinateurs. Pas super longs en temps de présence à l’écran mais assez bluffants pour être remarqués. Et Murren en est convaincu, cette méthode en a dans le ventre. Il propose à Spielberg de lui démontrer sa certitude et concocte avec son équipe une séquence mettant en scène le T-Rex. Spielby est bluffé. L’animation est au top et demande moins de lourdeurs dans la réalisation pour insérer les dinos. L’option stop-motion est écartée mais l’animateur Phil Tippet est embauché dans l’équipe de Murren . Après tout, ils ont besoin de références pour animer les mouvements. La nouvelle espèce possède toujours des attributs de l’ancienne et la transition entre les deux est ici pacifique. Mais pour tout un tas de séquences, Spielberg a besoin de robots. Et c’est là que va résider le tour de force.

L’alternance des techniques ! Utiliser le bon outil au bon moment à bon escient. Un plan nécessite un robot ? On prend le robot, un plan a besoin de fluidité ? On prend les images de synthèses. Il faut penser bien en amont les plans et comment ils devront être tournés, et avec quoi ! C’est ce travail qui rend le film si fort visuellement encore aujourd’hui ( ce film a 30 ans et la met encore minable à pas mal de films récents. Quelles sont leurs mauvaises excuses ? )  alors que moins de 15 minutes d’images de synthèses sont en tout utilisées dans le film.  Et chacune sont frappantes, chacune a marqué les esprits ! Quel film actuel peut se vanter de ça ? Et elles ne sont pas marquantes que parce qu’elles sont belles et innovantes pour l’époque. Non, elles marquent parce que la mise en scène et le montage prépare le terrain avant leur apparition.




Le brachiosaure qui apparaît ? Juste avant , la caméra va s’attarder sur les visages et les réactions de Grant et Sattler. Puis paf, ça coupe sur les dinos au loin ! Ensuite seulement on embraye sur Malcolm et son cynisme ( sa note d’humour enfonce le clou ! " Il y est arrivé ce vieux dégénéré ! ")


Le T-Rex s’évade ? Un verre d’eau qui tremble, une chèvre morte qui tombe sur le toit de la voiture, une patte sur un câble et BOUM ! Les piliers tombent, le Roi sort de son antre ! Et le public retient son souffle. Plusieurs fois sur le même film.
Tous les successeurs de Spielberg sur la franchise, je dis bien TOUS, se ramasseront dans les grandes largeurs quand il s’agira d’introduire des menaces gigantesques.
Le navet Jurassic Park III et les nanars Jurassic World ne retrouveront jamais la force évocatrice de Jurassic Park ( à part peut-être deux ou trois plans dans Fallen Kingdom de J.A Bayona mais pas de quoi en faire un jambon ).  Au lieu de se demander comme refaire l’exploit Jurassic Park (impossible, même pour le papa de la chose), la question aurait du être « Que pouvons-nous apprendre des réussites de The Lost World ? » . Question que les compositeurs Don Davis ( les 3 premiers Matrix ) et Michael Giacchino ( Jupiter Ascending, The Batman) se poseront, eux. 

Le cinéma étant un art collectif où le réalisateur ( dans le meilleur des cas ) est le capitaine du navire et ses matelots et gradés occupent des postes plus ou moins importants. Les premiers auxquels on pense sont les acteurs ( car nous les voyons à l’écran ).  Le casting est bon, solide. As usual, Spielberg sait tirer vers le haut les acteurs plus jeunes sans rendre leur jeu crispant.
Jeff Goldblum est aussi agaçant que cyniquement amusant dans le rôle de Ian Malcolm et Sam Neill joue un Alan Grant presque désabusé par son métier et la fin annoncée de celui-ci avec l’arrivée du parc jurassique. La rumeur prétend que Spielberg devait initialement tourner avec Harrison Ford qui aurait troqué son rôle d’archéologue pour celui de paléontologue. Je me disais aussi que les chapeaux des deux héros se ressemblaient.



Mais pour voir les acteurs, il faut exciter le pellicule. Et c’est le boulot du directeur de la photographie. Ici, c’est à Dean Cundey qu’il incombe de mettre en lumière les décors.
Cundey n’est ni le meilleur directeur photo ni le pire. Il sort d’une autre collaboration avec Spielberg, Hook. Son approche naturaliste ( dans le sens où sa mise en lumière donne l’impression de voir la réalité nue, comme les superbes clichés du National Geographic par exemple ) aura été catastrophique sur Hook : tourné en studio, son approche de la lumière met en avant que tout est faux et chiqué ! Neverland aurait dû être une Terre du Milieu plus petite et sous LSD, pas un studio ultra friqué mais en toc ! Ce genre de chose peut disparaître grâce à une bonne photo, les gars sur Star Wars et Alien 1 et 2 n’ont fait que ça ! Mais sur Jurassic Park, le choix est payant !

Belles comme le papier glacé du magazine aux couvertures  jaunes cité plus haut, elles donnent l’impression de se balader dans un joli DisneyLand ambiance jungle bien entretenue. Et quand le spectateur se sent comme chez Mickey, tout se détraque et l’impact est renforcé. L’ambiance n’était pas à la peur ou à l’horreur. Et quand ces dernières débarquent, l’effet est maximisé au possible. La pellicule toute jolie se trouve entachée, comme le sang, la tension et le suspens viennent engluer l'image comme du venin de dilophosaure sur une proie !




Mais Spielberg devra noter ses intentions car il ne peut être présent pour l’ensemble du montage.
Il doit partir tourner La Liste de Schindler. Mais à qui laisser son bébé ? À un exécutif du studio ? Non !
Spielberg a un ami. Réalisateur avec un attrait phénoménal pour le montage.
Quelqu’un de carré, qui sait bosser dans les délais ( c’est lui qui inculquera cette notion à Spielberg d’ailleurs. Lui qui dépassait temps et budget sera désormais un gars capable de boucler ses tournages avant la date finale fixée après avoir bossé avec son grand pote).
Quelqu’un dont le travail sur Jurassic Park sera méconnu mais cité au générique dans les remerciements : George Lucas.
Lucas va superviser le montage pour son pote en suivant ses instructions et en apportant sa science au projet. L’histoire ne dit pas quelles scènes furent sauvées ou sacrifiées ni par lequel des deux.



Et en l’état, même si Spielberg avait eu le temps de rester, le film ne serait sans doute pas différent. Mais Lucas a sauvé les délais pour Spielberg. Et quand il a vu les résultats , Lucas s’est dit «  Bon sang, ça y est, la technologie pour les épisodes 1 à 3 de Star Wars est prête ! » . Un coup de pouce pour un ami en forme de «  je t’ai laissé mes plans et les pièces, monte-moi cette commode Ikéa » allait lancer le retour de la Force et des Jedi au cinéma…mais ça, c’est une autre histoire !

John Williams, fidèle compositeur de tonton Steven rempile pour cette aventure. Si son thème musical est beau et reste en tête, on ne peut que s’étonner du manque d’ampleur de sa composition. Trop sage, trop convenue. Alors oui, sage et convenue pour du John Williams c’est toujours quelques coudées au-dessus de pas mal d’autres mais au vu des sujets et de la taille du film, on pouvait s’attendre à plus pêchu ! Il se rattrapera et vraiment pas qu’un peu sur The Lost World, une des B.O les plus abouties et qui s’écoute encore d’une traite en CD !

Jurassic Park aura marqué les esprits. Il aura marqué le public, les professionnels ( 3 Oscars !)…mais il aura marqué le cinéma. Il est le film qui a dit «  Désormais, la seule limite de notre media, c’est notre imagination. Les outils sont là, faites marcher vos neurones. » Quel dommage que tant de films ne se reposent sur ses merveilleux outils sans réfléchir sur la façon de s’en servir correctement. Mais cela rend les pépites et les travaux honnêtes et passionnés de certains réalisateurs bien plus puissantes.
Et ces films-là, ils vous apportent quelque chose.
Lorsque l'on marque la pop-culture de son empreinte, l'on marque la pensée collective et s'ouvre la voie de devenir un classique et une référence immédiatement reconnaissable ( et ouvert aux détournements ). 




Vous entrez dans la salle de cinéma avec votre paquet de pop-corn et quand les lumières s’allument, vous constatez que vous n’en avez presque pas mangé ! Si plus de films avaient ce pouvoir-là, le taux de cholestérol de l’occident diminuerait et les consciences s’élèveraient peut-être un peu plus ! Non, pensez-y. Vous en connaissez beaucoup vous des films qui vulgarisent la théorie du chaos et l'effet papillon comme ça ou qui change à vie votre vision des dinosaures et des oiseaux ?



Le numérique se projette sur l'analogique. L'image est simple, belle, parlante !