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vendredi 29 novembre 2019

Le singe qui donnait la banane.

1947.
Cela fait désormais 14 ans que King Kong, le singe géant présenté à Manhattan par Carl Denham après un voyage sur Skull Island , a pris possession de l’île New-Yorkaise, ridiculisant l’armée américaine venue l’abattre.

« Manhattan Jungle » est désormais une zone interdite où Kong est roi d’une nouvelle jungle urbaine.
Mais il est dans la nature de l’homme de s’aventure au-delà de ses limites , aussi il arrive que des inconscients bravent l’interdit et se rendent sur le territoire du singe.
C’est pour éviter que cela se produise qu’à été mise sur pieds la Kong Crew, une escouade de pilotes surveillant la zone.

Quand un journaliste au sale caractère et un vieux professeur de biologie arrive sur l’île, la « crew » est expédiée en mission de reconnaissance. Mais « boys will be boys » et la tentation est trop grande de ne pas slalomer entre les buildings.
C’est là que Virgil, pilote un peu tête en l’air et propriétaire de Spit,le chien mascotte de l’équipe, va s’écraser.


King Kong, un mythe, le premier créé pour et par le cinéma. J'avais largement évoqué le singe géant dans deux articles : l'un sur le film Skull Island et l'autre sur le roman Kong , cette grande fresque épique relatant la vie après la 1ere Guerre Mondiale des deux hommes derrière le monstre .
Je vous invite donc à y jeter un œil (voir les yeux) pour bien prendre conscience de toute ce que le personnage velu représente symboliquement.


Éric Hérenguel est le dessinateur et le scénariste de cette nouvelle série prenant pour point de départ une hypothèse fleurant bon les «  what-if » des comics.
Avion de chasses, pin-up des années 40, dinosaures et autres monstres, rien ne manque, si ce n’est Kong lui-même, la bestiole étant assez timide dans ce premier opus mené tambours battants et posant les bases de son univers et de ses personnages stéréotypés typiques des clichés des pulp’s d’antan. Cependant, il n’est pas impossible que ces bases ne viennent à s’enrichir plus tard : ce premier tome étant avant tout basé sur la mise en place de l’intrigue et un peu d’action.





Tout reste donc à faire après avoir happé le lecteur dans un petit plaisir pas si coupable que ça.
On regrettera que les bonus de fin de l’album dévoilent un peu trop de choses sur des mystères posés dans l’intrigue. Quand d’autres, qui pourraient sembler être une folie ( pourquoi la présence de Kong a-t-elle transformé Manhattan en Nouvelle Skull Island – faune et flore comprises ? ) sont posées par un des protagonistes, preuve sans doute que le scénariste sait où il va et qu’il a réfléchi à son sujet au-delà du simple : faisons du fun.

Niveau dessin, c’est du tout bon : le découpage est cinématographique en diable et ultra-fluide, les détails et les jeux d’ombres donnent une ambiance aussi anxiogène que merveilleuse au récit. Hérenguel flatte la rétine plus qu’il ne flatte l’intellect ( ceci-dit sans jamais prendre son lecteur pour un con non plus ) et on attend impatiemment désormais de voir quels dangers et autres exotiques aventures l’auteur nous dévoilera sans aucun doute.





Bref, un album qui se lit sans aucun doute trop vite malgré sa soixantaine de planches mais qui promet son lot d’aventures, d’actions, de jolies filles, de punchlines et de gentils toutous pris en chasse par des raptors. Le bémol étant que si chaque album est du même acabit, la frustration entre le délai d’attente et la durée de la lecture sera grande. L’histoire se savourera sans doute mieux en sachant la lire d’une traite.

vendredi 28 avril 2017

Indien vaut mieux que deux tu l'auras.

Nous connaissons tous son nom. Mais connaissons-nous son histoire ?
Peu la connaissent , un conflit sur un continent séparé de l’Europe par un océan, une mythologie hollywoodienne remplie de foutaise et qui commence seulement petit à petit par faire sauter sa couche romancée et raciste. Et oui, les Westerns (et avant eux les cirques ambulants sur le thème du Far West ) sont essentiellement des inepties. Qu’ils parlent des Indiens ou des héros de l’Ouest.


Bref, avant d’être un cri de guerre tout aussi usité que Banzaï ou Allahu Akbar ( point de cri de guerre français. Il faut rappeler que l’examen final des officiers de St Cyr consiste à dire «  Je me rends » en 18 langues différentes), Geronimo était un homme. Un apache dont le nom de naissance était Go Klah Yeh…comment donc en est-il arrivé à porter le nom sous lequel il est entré dans la légende ?

C’est en partie l’une des questions qui seront abordées dans cette biographie sous forme de bande-dessinée du guerrier apache et ancien homme-médecine de sa tribu. Une biographie conçue par Matz et Jef, qui se retrouvent une fois de plus après leurs deux polars musclés ( critique ici et ici ) basées sur des idées du scénariste et cinéaste Walter Hill.

Point de Walter Hill ce coup-ci, juste la documentation et un scénariste qui se plaît bien chez l’éditeur adepte des one-shots volumineux.
Fin des années 1860, une tribu apache fait halte non loin d’une ville mexicaine. Alors qu’une délégation s’en va faire commerce avec les mexicains, la tribu est attaquée. Le futur Geronimo jure de se venger, ainsi débute l’épopée guerrière d’un homme qui voulait rester libre, poussé à la guerre par des envahisseurs sans scrupules. Une histoire qui se répète encore et encore depuis l’aube des temps (et souvent entamée par l’homme blanc d’ailleurs).
Mais est-ce que 108 pages est un terrain de jeu suffisant pour compter LA vie d’un homme et laisser le dessinateur s’amuser sans surcharger ses planches ?
La réponse est non. Il était inutile de faire durer le suspense.
Voila, merci de m’avoir lu…Ah, vous êtes encore là.
Bien voyons donc ce qui ne fonctionne pas des masses dans ce Geronimo.




LE problème principal, c’est le rythme. En voulant raconter la naissance de Geronimo, c'est-à-dire le passage de Go Klah Yeh au personne mythique qui a marqué l’histoire, jusque sa reddition près de 30 ans plus tard, Matz s’attaque à un sujet vaste. Trop vaste pour un tome , fut-ce-t-il aussi gros que 108 pages. Les ellipses sont nombreuses, et n’aident pas à poser une ambiance ou une implication du lecteur. On ne s’attache pas aux personnages, peut développés et restant dans le domaine de la fonction, et encore.  Les dialogues sont bateaux et, comble de l’ironie pour une histoire centrée - et surtout contée – du point de vue des amérindiens , font passer les indigènes des Amériques pour un peuple assez naïf. Plus habitué à écrire des salopards, Matz semble plus à l’aise dès qu’il s’agit d’écrire les dialogues des mexicains et des américains.

Néanmoins, l’histoire se focalise aussi sur les mécanismes qui poussent des minorités à se rebeller, se révolter et se défendre par la violence. Matz n’est pas inconscient des exactions de son personnage principal ,et puisque expliquer et comprendre n’est pas pardonner, Geronimo est présenté tant en leader d’une révolte basée sur les violences subies mais aussi comme un être perdu dans une quête où la violence aveugle se dispute aux exactions immorales.

Les dessins de Jef sont de toutes beautés, certaines planches tenant plus de la peinture que du simple dessin. Le story-telling est fluide et ce que le scénario foire, le dessinateur ne le loupe pas. On regrettera fortement que beaucoup de visages se ressemblent de personnages en personnages.

Geronimo n’est pas la Bande-dessinée de l’année mais elle offre une évocation visuelle agréable à l’œil et un point d’entrée dans la vie d’une légende de l’Ouest dont presque tout le monde ignore vraiment l’histoire. Un album en demi-teinte qui donne cependant envie d’en apprendre plus sur la vie de cette icône et sur les guerres menées par les Apaches.

jeudi 29 septembre 2016

En voila une bonne BD une fois !

Bob et Bobette.
Pour le lecteur belge, cette série est une institution aussi célèbre que Tintin ou Spirou & Fantasio. Traduite en 32 langues, elle reste pourtant peu connue en France.

La  série, d'une longévité énorme rappelant les comics américains ( plus de 300 numéros depuis les années 40 à raison de 2 ou 4 albums par an ), a été créée par Willy Vandersteen ( ouuuuh, mes lecteurs francophones hors Belgique vont lire ça n'importe comment, je le crains ).

Elle raconte les aventures de Bobette, de sa tante Sidonie, de leur voisin Lambique, d'un ancien super-héros nommé Jérôme ( à la grammaire restreinte ) , du bon professeur Barabas et de Bob...

Bob n'est pas le frère de Bobette, c'est un orphelin originaire de l'île d'Amoras/Amphoria ( selon les traductions) que Bobette et Sidonie ramèneront dans leurs bagages dès leur seconde aventure.

Notons que Hergé débauchera le grand Willy pour lui fournir des aventures du duo dans le journal de Tintin, en résultera 8 aventures qui ne sont republiées que sous une couverture bleue. L'histoire veut que le papa de Tintin se fâchera par ego avec Vandersteen qui était capable, lui, de fournir assez de pages chaque semaine, contrairement au créateur du héros dont le journal portait le nom...





La série a aussi historiquement porté un coup au 9éme art puisque la réputation de la Bande-dessinée d'être un nid à fautes d'orthographe peut en partie lui être imputée : en effet, pour suivre le rythme de publication soutenu, les traductions vers le français se faisaient souvent très vite, sans vraie relecture. Aujourd'hui encore, les albums en couvertures souples et bardées de rouge de Bob et Bobette sortent régulièrement. Une institution vous dis-je.

Et les institutions, depuis quelques années et le succès de la collection « XXX présentent Spirou & Fantasio », elles sont revisitées sous formes d'hommage ou de spin-off. On se souviendra du récent « L'homme qui tua Lucky Luke » pour resituer le procédé.

Hors, ce n'est pas un tome mais bien six qui sont ici prévus pour nos héros. Quatre sont parus à ce jour. Abordons ensemble le premier voulez-vous ?


Île d'Amphoria, 2047. Bob court à travers la jungle, seul et épuisé. L'île dont il se souvient a bien changé : poteaux électriques, chars d'assaut abandonnés...il trouve une arme et un briquet dans l'un deux et part chasser de quoi se nourrir. Attirée par la lumière et l'odeur de la nourriture, une jeune femme sort des fourrés : elle s'appelle Jérusalem et en échange de quoi se sustenter, elle accepte d'aider Bob à sortir du merdier dans lequel il se retrouve, et à retrouver Bobette par la même occasion. L'ouverture donne envie et embraye alors sur un flashback expliquant comment nos héros se sont retrouvés si loin dans le temps et l'espace de chez eux...





Premier constat, nos deux gamins sont devenus des adolescents, presque des adultes. La série en devient moins désuète et ce même si elle conserve quelques traits de la naïveté bon enfant qui la caractérisait : les inventions folles du professeur ( qui n'a rien à envie à un Champignac ) sont conservées, les vilains sont très vilains, etc...
Elle gagne aussi en rythme et en violence. Amphoria semble être devenue une dictature avec une armée toute puissante et Jérusalem ne fait pas de prisonnier. Le point fort, c'est que si l'ancien lecteur de la série est en terrain connu et reconnaît très vite les personnages et leurs caractères, le nouveau venu s'y retrouvera très vite également et ce même si certains éléments constituants de la longue histoire de nos héros sont employés dans la structure du récit. Un exercice d'équilibriste dont se sort assez bien le scénariste Marc Legendre qui semble connaître la saga de près ( ce qui n'est pas une mince affaire, plus de 300 albums vous disais-je tout à l'heure).


Les dessins sont signés Charel Cambré. Son style dénotte immédiatement avec l'aspect habituel de nos jeunes héros mais ceux-ci ont grandi et ces nouvelles aventures ne s'adressent plus au même public. Le dessin est plus détaillé et dans le même temps plus caricatural, certains personnage, je pense à Lambique, étant des caricatures visuelles d'eux-mêmes dans un style qui se veut pourtant plus réaliste. Passage des ans oblige, le côté sexy de Bobette et de Jérusalem ne sera pas gommé et la nudité et la sexualité seront fortement suggérées. Les enfants n'en sont plus, les lecteurs non plus : ils s'attendent à des réactions plus matures de la part des personnages.





Malgré quelques fautes de goûts en matière de caractérisation des personnages antagonistes ou très secondaires, et une incongruité scénaristique aberrante ( Jérusalem est sourde mais semble réagir aux sons, déroutant et faisant tiquer ) , ce retour de Bob et Bobette sur le devant de la scène est vraiment réussi et devrait plaire à ceux qui, comme moi, ont abandonné l'affaire un peu avant leurs 15 ans, devenant clairement trop vieux pour des histoires certes toujours teintée d'un humour à plusieurs niveaux mais qui avaient encore un goût trop prononcé de gamineries.

vendredi 29 avril 2016

Pas de peau !

Frank Kitchen se réveille dans une chambre miteuse. Il a le visage couvert de bandages et ne porte rien d’autre qu’une blouse d’hôpital.

Quelques mois plut tôt, après avoir exécuté un contrat,Frank se met au vert mais est vite sollicité pour un nouveau job. Trop bien payé mais toujours ravi d’empocher un beau paquet, Frank ne se méfie pas assez. Sa vie et son corps vont être bouleversés.

« Corps et âme » fait se reformer le trio de « Balles perdues », un polar hard-boiled conventionnel mais confectionné avec soi et style. Rebelote ici puisque nous retrouvons encore la figure du tueur implacable et badass ( presque le sosie de Jackie Estacado lorsqu’il apparaît dans le premier numéro de The Darkness ) et capable de se sortir de toutes les situations.  Et une histoire d’amour fort vite expédiée (ou alors c’est que je suis un lambin qui ne croit plus à la folie de l’amour , allez savoir).

Mais encore une fois, le dynamisme et le rythme font adhérer le lecteur à une histoire sommes toutes déjà vue. Sauf que…sauf que…Frank, en se réveillant dans la chambre, a une drôle de surprise : il a été opéré pour devenir une femme.

Dans cette nouvelle peau non désirée, Frank va non seulement tenter de ne pas se perdre psychologiquement et de s’adapter  mais va aussi être confronté au machisme ordinaire et si répandu. Les remarques ne manqueront pas «  ma jolie, ma mignonne… , il sera forcément vu avec condescendance par certains hommes et devra aussi échapper à une tentative de viol. Le prédateur se retrouve dans la peau de la proie.




Le thème d’un homme transformé en femme (contre son gré) n’est pas neuf mais n’est pas si répandu dans la littérature ou le cinéma : on peut bien entendu penser à La Piel que habito  de pedro Almodovar, Dans la peau d’une blonde ou le manga Ladyboy vs Yakuzas.






Si le trio derrière ce one-shot use des mêmes ficelles que la dernière fois, il faut souligner l’aspect mis sur le changement de paradigme du héros qui va devoir composer avec cette nouvelle donne dans sa nouvelle vie.

Notons que contrairement à Balles perdues, Corps et âme aura droit à sa version cinématographique avec Sigourney Weaver et Michelle Rodriguez dans le rôle de Frank. Peu de prise de risque au casting donc, peut-être aurait-il fallu aussi rappeler que des actrices transexuelles, ça existe aussi.

samedi 16 avril 2016

Balles perdues et liberté retrouvée.

Walter Hill est un scénariste et réalisateur américain. Bien que dans ce dernier registre il n'ait que peu laissé son empreinte (on se souviendra pourtant avec une certaine nostalgie de 48 heures et 48 heurs de plus, avec Nick Nolte et Eddie Murphy ), il aura surtout assuré en tant que scénariste : Guet-apens, Alien


Lors du tournage de Du plomb dans la tête, il rencontre le scénariste de la bande-dessinée éponyme dont son film est tiré. Fan de BD ( et pas uniquement de comics ), Walter Hill sympathise avec Matz, alias Alexis Nolent, et lui propose d'adapter en bande-dessinée un scénario qu'il n'a pas su monter en long-métrage. La Bande-dessinée et le cinéma partageant énormément de points communs ( ce sont des arts séquentiels l'un et l'autre après tout) , il s'agit pour Hill de voir son histoire mise en images (le cinéma est un art VISUEL , je ne le répéterai jamais assez).
Notons que Darren Aronofsky, avait déja eu recours à la bande-dessinée pour raconter The Fountain et Noé lorsque ces/ses projets risquaient de ne pas voir le jour au cinéma.

Bref, Matz adapte le scénario au format qui lui sied et les dessins sont confié à Jef ( damned, mais ce milieu ne connait-il plus les noms de famille ? ). Matz avait déjà travaillé avec David "Se7en" Fincher sur l'adaptation du Dahlia Noir en bande-dessinée ; il a rencontré FIncher alors que celui-ci tentait de financer une adaptation de la série Le Tueur de Matz. Ce mec côtoie du beau monde.

Roy Nash sort de prison. Nous sommes dans les années 30, la prohibition est installée en Amérique et Al Capone règne sur Chicago. Roy est un tueur , un des meilleurs et on l'envoie récupérer l'argent que trois braqueurs doivent au crime organisé de Chicago. Il s'agit de faire passer un message, l'argent, s'il le retrouve, est à lui. Pour le motiver à accepter, son commanditaire lui lâche une bombe : son ex, Lena, a été embarquée par l'un des braqueurs. Roy se met en chasse…




Balles perdues est un polar pur et dur. Avec ses codes et ses clichés bien ancrés. C'est donc un territoire connu qui nous est proposé ici. Point de découvertes donc mais une ballade dans des zones que l'amateur de hard boiled appréciera retrouver. Quand aux novices, voila de quoi leur donner le goût des films noirs à l'ambiance feutrée et sortie des livres d'histoire moderne mais ô combien charmante grâce à l'image d'Épinal que la culture populaire et l'imaginaire collectif nous ont laissé ( merci De Palma et ses Incorruptibles ! ).
Le rythme est soutenu, parfois un peu trop pour ne pas tiquer sur les réactions et les enchainements rapides. Cependant, le tout s'intègre dans une intrigue certes conventionnelle mais plus qu'honorable et qui donne envie jusqu'au bout de connaître le dénouement de cette histoire commencée dans le sang .
Sulfateuse, grosse cylindrée, bas-fond et femmes aussi fatales que faciles se succèdent dans un récit sans temps morts et des personnages qui sont ce qu'ils sont, point. Pas d'explorations profondes de leurs psychés, nous sommes dans l'archétype.

Les dessins de Jef sont de toutes beautés :  son trait allie les lignes dures et la souplesse des courbes.  Le rendu est fascinant pour le regard et son sens du détail est très immersif. Son découpage allie les rappels cinématographiques et la BD plus traditionnelle, jouant avec les deux approches pour créer le rythme du récit. Le revers de la médaille, c'est que si le réalisateur décide de la durée d'un plan, le temps que le lecteur concède à une case dépend du bon vouloir celui-ci. Le rythme souhaité et le rythme obtenu sont donc deux choses différentes.



Balles perdues est donc un polar navigant en terrain connu qui se déguste comme l'on savoure son repas préféré dans un resto que l'on fréquente depuis des lustres. Sans génie mais tellement agréable et satisfaisant que l'on sait d'avance que l'on reviendra prochainement !

jeudi 7 avril 2016

Imprimer la légende.

Lucky Luke, la gâchette la plus rapide de l’Ouest, l’homme qui tire plus vite que son ombre.
Créé par Morris ( l’homme qui , pour la première fois, qualifia la BD de 9éme art) en 1946 pour Dupuis, il rapatriera plus tard son héros chez les éditions Dargaud. Au fil du temps, Lucky Luke changera d’éditeur avant de terminer chez Lucky Comics, un partenariat avec les éditions Dargaud…qui est entre-temps devenue une filiale de Media Participations, qui possède également Dupuis et Le Lombard.
La Bande-dessinée est une grande famille dysfonctionnelle à la limite de la partouze incestueuse (mais tant qu'elle donne des beaux rejetons...).

Mais revenons au sujet de base.
Luke a été créé par Morris mais très vite, il confiera le scénario au célèbre René Gosciny. Ensuite, une flopée de scénaristes se chargera du scénario et un nouveau dessinateur prendra la relève après le décès de Morris. Lucky Luke est une figure phare de la bande-dessinée belge et de l’école de Marcinelle.


Il lui est rendu hommage en deux endroits à Charleroi ( ville dont Marcinelle fait partie ) : une statue de lui et de son fidèle Jolly Jumper trône en effet près du parc Reine Astrid et des fresques représentant son univers ornent les murs de la station de Métro «  Parc ».
Et voilà que débarque un nouvel hommage, sous forme de bande-dessinée cette fois-ci , scénarisée et dessinée par Mathieu Bonhomme ( aucun lien avec Laudanum et Aquarium, ne mélangez pas tout, merci ! ).




L’homme qui tua Lucky Luke. Un tel titre ne peut qu’attirer l’œil, que l’on aime ou pas les aventures du cow-boy le plus célèbre de ce côté de l’Océan Atlantique. La chose semble presque impossible, comment abattre l’homme qui tire plus vite qu’un éjaculateur précoce et capable de tirer 7 coups avec un 6 coups ? La première page de l’album scotche et la seconde revient quelques jours en arrière pour nous conter comment nous en sommes arrivés là. Le procédé est classique mais diablement efficace.



Lucky Luke arrive dans une petite ville pour y  passer la nuit. Dès son arrivée, Luke perd son tabac adoré et se frotte aux autorités locales. Le shérif est un homme-enfant dont les frères tiennent la ville. Les armes étant interdites, Luke perd vite son colt dans la foulée. Mais la légende de Luke est connue et les habitants l’engangent pour qu’il retrouvent un mystérieux indien qui aurait attaqué un convoi d’or quelques temps auparavant. Luke accepte, sous le regard mauvais de la famille du shérif.

Le scénario est autant un hommage à Lucky Luke ( les références pullulent : on y parle des Dalton, on y croise Laura Legs la danseuse de cabaret, l’addiction au tabac de Luke et pourquoi il abandonna pour mâcher un brin de paille est aussi abordée.) qu’un hommage aux westerns (le titre en lui-même ne renvoie-t-il pas à L'homme qui tua Liberty Valance ? Le titre de cet article aussi !) . Le ton est en effet plus premier degré dans cette aventure que dans les albums officiels ( du moins de ce que je me souviens : mes lectures remontent à mon adolescence et je n’étais pas un grand fan) mais garde le côté parfois naïf des albums. Un travail d’équilibriste qui aurait pu se terminer par une chute navrante sans filet de sécurité.
Il n’en est rien.
L’aventure se suit avec un plaisir certain pour ne pas dire un certain plaisir. En conviant les codes du genres , l’auteur nous plonge dans un univers familier et ne perd donc pas de temps à trop exposer le décor ( tout le monde a vu un western au moins une fois dans sa vie et Lucky Luke fait partie de l’inconscient collectif), lançant l’intrigue dès les premières pages. L’humour reste présent, bien que plus en retrait que dans une production dont l’ADN remonte au journal de Spirou ( blagues, gags, potache ) en la personne de Doc Wednesday ( pastiche de Doc Holliday, l’ami de Wyatt  Earp….oui c’est ça, Kevin Costner pour les deux au fond près du radiateur) ou encore la poisse absolue de Luke quand il s’agit de s’en rouler une petite ( un détail comique qui prendre une importance capitale pour la suite). Il ne manque que la musique d'Ennio Morricone.





Le dessin de Bonhomme ne tente jamais d’être un copier/coller de celui de Morris ( qui lui-même eu un style qui évolua avec le temps ) mais les aplats de couleurs sont pensés pour s’insérer dans la mouvance de celle de la série au 70 albums. Le trait est agréable et détaillé sans être surchargé. Si la rétine ne se décrochera pas devant les planches, il est indéniable que le style de dessin est maîtrisé et rappelle les classiques de la franco-belge.




L’homme qui tua Lucky Luke est donc un album agréable , capable d’être apprécié même par les personnes ne portant pas forcément le poor lonesome cow-boy dans leur cœur …tant que l’on n’est pas allergique à l’Ouest sauvage américain. Un hommage réussi dont on regretterait presque que Calamity Jane, les Dalton et Rantanplan ne fassent pas partie. Qui sait, nous aurons peut-être droit à un nouvel hommage dans quelques temps. S'il est de la qualité de celui-ci, je signe des deux mains !


dimanche 3 avril 2016

Monika (gang) bang.

Dyptique entamé en Mai 2015 et terminé en Septembre de la même année, Monika signe le retour de Guillem March dans les librairies européennes. Le dessinateur espagnol avait un temps officié sur le titre "Catwoman " de DC Comics (pas la meilleure période de la belle Selina Kyle d'ailleurs). Il met ici en image un scénario de Thilde Barboni.

La série, éditée par Dupuis dans sa collection " Grand public " (d'après leur site officiel) est pourtant, sur la même page web déconseillée au moins de 16 ans. Première absurdité éditoriale qui signe en réalité une cohérence totale avec l'œuvre en elle-même. Ça en est presque métaphysique tout en étant surréaliste à la belge ( Dupuis étant encore basé en partie à Marcinelle, c'est raccord).

L'éditeur vend cette série comme, et je cite, " un suspense érotique, une histoire de femme sensuelle qui cherche dans ses propres reflets à saisir le monde qui l'entoure. Ils ont composé un splendide thriller en deux parties, évoquant "Cinquante nuances de Grey", "Eyes Wide Shut" ou "Ghost in the Shell". "
Quand ça balance des phrases pompeuses à la limite de la psychanalyse de bazar et les références à gogo, ça sent généralement l'œuvre inclassable ou la connerie de l'année. C'est dans la seconde catégorie qu'il faudra ranger Monika.

Monika est une artiste peintre, photographe, vidéaste ( biflez la mention inutile,oui j'ai osé. C'est simple, j'ose tout ce qui sied à un homme, qui n'ose pas...mais vous avez lu "Macbeth", vous connaissez la suite ) qui prépare un happening créatif prévu prochainement.
Son meilleur ami, Théo, revient en catastrophe du Japon où il a dérobé de la technologie de pointe ( que l'on devine vite être un androïde en pièce détachée – c'est le fameux côté Ghost in the Shell, série qu'ils n'ont sans doute pas lue chez Dupuis ) et a besoin de se planquer. Monika a une sœur, Erika, qui a disparu. Heureusement, Théo arrive à pirater son portable et cela met Monika sur la piste de Christian Epson, homme politique du moment ( ça c'est le côté 50 nuances d'engrais – le prénom et les goûts inusuels en matières de cul ) qui fréquente des bals masqués ho hé ho hé où les filles dévêtues tout en latex et body paintings excitants font tourner les têtes ( de nœud ) des hommes ( et ça, ça doit être le côté Eyes Wide Shut : la subtilité et l'érotisme en moins).

On va commencer par le positif : les dessins de Guillem March. Si son trait est reconnaissable pour celui qui l'a découvert sur Catwoman , il faut lui concéder qu'il a abandonné ce côté un peu putassier et opulent au-delà du raisonnable qui suintait des pages consacrées à la plus belle féline de Gotham City.
March se met lui-même en couleur sur cette série et les tons qu'il emploie , des couleurs chaudes qui rappellent autant l'aquarelle que le pastel délicatement utilisé, flattent la rétine.
Les planches sont délicatement découpées et pensées. Les détails sont aussi fort nombreux, ce qui rend la composition des dessins très immersive pour le lecteur.
Si l'espagnol n'arrive pas encore à insuffler le supplément d'âme nécessaire pour différencier ses dessins de nus d'un étalage de chairs vain et gratuit, il est indéniable qu'il s'est amélioré. S'il continue sur cette lancée, peut-être arrivera-t-il à se hisser au niveau de l'italien Milo Manara.
En l'état, donnez la même scène à dessiner aux deux artistes et March vous livrera un porno chic et Manara un tableau pornographique : l'un est agréable à l'œil, l'autre vous fascine et vous excite délicatement.



Niveau scénario…putain quel foutoir.
Entre une fille paumée qui se fait passer pour forte et sûre d'elle en n'oubliant aucun cliché, les intrigues de politique/terrorisme à deux balles dont on peine à prendre au sérieux et à comprendre l'antagonisme ( pourquoi ce groupe ne s'en prend qu'au parti politique de Epson ? À part pour lui donner une aura de victime aux yeux de Monika, je ne vois pas) et l'intrigue cybernétique bien pratique scénaristiquement ( quand on a un robot plus tétu qu'un Terminator voulant vous protéger et capable de pirater le web entier, on obtient vite les infos qu'on veut. Infos qui viennent confirmer, dans le tome 2, ce que le lecteur avait compris en 10 minutes dans le tome 1. Alors que la gourdasse d'héroïne ne capte décidément rien), c'est le bordel, le boxon innommable , la bazar co(s)mique.



C'est lourd et ça phagocyte les personnages au point qu'aucune caractérisation psychologique ne va dépasser le stade de la note vague d'une fiche de personnage. De la part d'une scénariste qui a été psychologue clinicienne, c'est assez paradoxal.
Difficile aussi de dire si Monika tombe trop vite amoureuse de Christian ou si elle est si perturbée qu'elle cherche absolument un sens à la copulation humaine ( elle se comporte comme une ado de 16 ans après l'avoir vu quoi, 4 heures ? Et lui c'est pas mieux hein !  ). Seule l'histoire d'amour entre Erika, la sœur de Monika, et son amante semble moins artificielle, sans doute parce qu'elle est moins mise en avant.
Quant aux prétextes pour faire dessiner des filles en tenues légères, si l'argument fonctionne dans le premier tome, l'angle choisi pour le second et la façon dont c'est amené est si simple et bête qu'il en est risible.

Ni bandant, ni intellectuellement stimulant pour un sou ( Marc Lévy sous tranxène écrirait un meilleur thriller ), Monika ne vaut que pour les dessins de Guillem March, la série étant peut-être ses premiers pas vers la grandeur. Mais la route n'est pas finie.

Dupuis précise sur son site que la série est "en cours". Prions qu'il n'en soit rien et que les frais s'arrêtent ici.



dimanche 22 novembre 2015

Le plus chouette c'est Gaston , la vedette c'est Gaston

Les éditions Dupuis, dont le siège historique est encore localisé à Charleroi (Marcinelle), ont eu la bonne idée de sortir une intégrale de Gaston Lagaffe, sobrement intitulée Gaston L’intégrale.

Gaston Lagaffe, dont le patronyme emblématique nous renseigne sur sa capacité et sa propension à ne pas en louper une , est une légende de la Bande-dessinée , un exemple de la folie douce qui régnait dans les bureaux du Journal de Spirou, un des cas qui feront école à Marcinelle.  Et c’est le grand André Franquin qui l’enfanta pour lui permettre d’exprimer sa fantaisie distillée avec verve dans les pages de Spirou et Fantasio mais par trop contenue par le format éditoriale de nos deux lascars : raconter des aventures et non une succession de gags savoureux.

Bref, Gaston débarque. Gaston énerve Fantasio. Et face à ses inventions douteuses mais géniales, son ingéniosité et ses efforts surhumains pour être le roi de la paresse, l’agacement du meilleur ami de Spirou est proportionnel aux rictus et réflexes des zygomatiques qui sont les nôtres.

Faut-il rappeler le décorum ? Le chat, la mouette rieuse, mademoiselle Jeanne, Ducran et Lapoigne, Jules de chez Jim et au final, ces foutus contrats ? Diantre non, tout ça est presque une part de notre ADN culturel. Et replonger dans ces classiques de l’humour tour à tour absurde, tendre, intelligent. Jamais crade ou scato, voila une démarche d’un autre temps à une époque où la facilité est plus vendeuse.

Néanmoins, au-delà de l’aura gastonomique de l’œuvre, l’édition de l’ouvrage (proposant près de 1000 pages quand même) n’est pas irréprochable : papier assez fin et légèrement jaunie qui laisse passer en transparence le recto et le verso. Ouille, ça fait cheap pour un livre coûtant 69 € ( certes, c’est une somme à sortir mais l’achat de TOUS les albums vous reviendrait bien plus cher). Ensuite, le format du bouquin se rapproche du format comics et non du format franco-belge classique. Les cases et les phylactères sont donc relativement petits et le confort de lecture s’en trouve de facto affecté. Dommage.

Néanmoins, face à la morosité, à la recherche d’un rire ou d’un sourire, Gaston reste une valeur sûr que même des économies éditoriales ne viendront pas gâcher dès lors que la lecture est lancée et bien chauffée.

Rions mes bons, rions avec Gaston, rions de Gaston.
Rions !

vendredi 25 septembre 2015

Rendez-vous à Bagdad : meurtres en Mésopotamie !

Bagdad, 2004. La guerre en Irak de W. est terminée. Pourtant , les rues sont pleines de soldats américains,la guérilla fait rage et les mercenaires engagés par des boîtes privées écument la ville, assouvissant des envies que la justice ne viendra jamais leur reprocher. Au milieu de ce merdier sans nom rappelant plus un Vietnam sec qu'une victoire de la seconde guerre mondiale, des meurtres portant ce qui semble être la marque d'un serial killer sont commis.
La guerre se justifie plus ou moins facilement, les meurtres barbares un peu moins. C'est pourquoi une jeune juriste de l'armée US est envoyée sur place pour mener l'enquête avec l'aide d'un mercenaire étrange dont les motivations sont aussi floues que son passé.

Stephen Desberg (le scénariste du Scorpion ) nous concocte ici un one-shot de 80 pages, un thriller situé dans un espace et une époque finalement peu utilisés ces dernières années (et ce même si les américains semblent avoir vite digéré cette part de leur histoire : les films sur le 11 septembre ou la guerre en Irak n'ont pas tardé…mais n'ont jamais atteint le nombre d'œuvres sur la guerre au Vietnam par exemple ).
Desberg livre un travail intéressant, fouillant ses personnages principaux mais en n'évitant pas l'écueil de quelques clichés: le mercenaire taiseux forcément chevalier, les riches et les puissants tous pourris.
Clichés vite pardonnés (car le format, très court, pousse aussi au niveau de l'écriture à emprunter quelques raccourcis : peut-être une histoire en trois tomes de 44 pages aurait été mieux servie ? ).
L'enquête est bien menée et nous montre aussi les coulisses d'une guerre qui a été médiatique…et dont on nous a montrés les "bons" morceaux, le rôle crucial des sociétés de sécurités ayant été vraiment ramené à une anecdote de l'histoire, presque une note de bas de page.




Les dessins de Thomas Legrain sont emprunts de réalisme, nous sommes très loin d'un ton cartoonesque à la Spirou ( et ne me faites pas dire que je n'aime pas Spirou !!! ) et son découpage est efficace (quoique peu original) puisqu'il a opté pour des cases rappelant le format cinémascope bien que, quelques fois, des plus petites cases soient offertes à nos petites rétines. Alors certes, c'est direct et violent (mais la guerre et ses boucheries ne font pas partie du monde des Bisounours) et un peu sexy (mais est-ce vraiment pour être vendeur que l'héroïne est toujours en sous-vêtements dans sa chambre d'hôtel ? Parce que soyons francs, il doit faire foutrement chaud à Badgad ! ).


Le souci reste peut-être le média en lui-même : la bande-dessinée. Là où un film et un roman peuvent étirer la sauce pour créer une ambiance, une bande-dessinée est énormément tributaire du temps que le lecteur va accorder aux cases. Dès lors, l'ambiance que les auteurs veulent distiller peut se perdre en chemin. Et cette histoire n'y échappe malheureusement pas. Mais malgré cela, la lecture de Bagdad Inc. est chaudement recommandée !

samedi 5 septembre 2015

Crusades : violer l'histoire et lui faire des beaux gamins !

1221 : la cinquième croisade se termine, les soldats chrétiens ayant été anéantis par la peste.
25 ans plus tard, Guillaume de Sonnac, Templier, est chargé par le pape de découvrir la véritable raison de l’échec de cette croisade : en effet, toute l’histoire semble n’être qu’un écran de fumée pour cacher la vérité. Une vérité qui mêlerait d’étranges créatures et la secte des assassins d’Alamut.

Guillaume réunit donc un petit groupe de choc pour s’infiltrer en territoire maure et résoudre l’énigme. Mais pour cela, Guillaume a besoin d’un homme. Un alchimiste versé dans la littérature et la culture. Un homme promis au bûcher et qui le hait profondément. Son frère cadet !


Co-scénarisée par Izu et Alex Nikolavitch (traducteur et essayiste bien connu des fans de comics et/ou de saines lectures culturelles comme ses livres aux Moutons Electriques ) , la série s’intéresse aux trous dans l’histoire officielle et à dépayser le lecteur en lui offrant autre chose qu’une simple chronique guerrière et moyenâgeuse. C’est que le choc des cultures (et pas seulement occidentale et moyen-orientale, un guerrier Mongol viendra pointer le bout de son nez et ce n’est pas incongru du tout ) se mêle au mélange des genres , un peu comme si Ridley Scott avait décidé de soudain se pencher sur sa filmographie et d’injecter des ambiances d’Alien  et Prometheus ( je vais me faire taper par un des scénariste de parler de celui-là ) dans Kingdom Of Heaven.
On s’imagine souvent que ce genre de cocktails rend malade : que nenni, tout est une question de dosage et de talent car, en fiction, aucune idée n’est bête : il n’y a que les bons ou les mauvais traitements de celles-ci !

Hors, voila un tour de montagnes russes rondement mené par deux scénaristes dont l’idée de départ pouvait déraper dans le grand guignol au détour d’une case. Si le rythme et la fluidité du récit sont parfois un peu étranges, il faut en blâmer les éditeurs qui, après un second tome, ont imposé que la série se termine en triptyque et non sous sa forme initialement convenue : 5 tomes. N’empêche que le tout se lit d’un traite (sous la forme d’une intégrale c’est même carrément mieux) et qu’on se met à rêver d’une adaptation sur grand écran. Certains raccourcis semblent malheureusement sorti de nulle part, faute de place pour développer certaines pistes et quelques petits clichés de ci de là viennent pointer le bout de leur nez mais cela participe à faire avancer l’histoire au lieu de la laisser stagner. Nous retrouvons donc le garçon manqué façon Keira Knightley ou les rivalités amoureuses cachées tournant autour de la damoiselle.





Les dessins sont assurés par l’artiste chinois Zhang Xiaoyu. Loin de l’image d’Epinal des images que l’on retrouve dans les mangas ou les manhua, ses œuvres s’inscrivent ici totalement dans un style occidental tel qu’on en retrouve dans la bande-dessinée ayant dépassé les écoles de la ligne claire ou héritée de l’âge d’or de Dupuis. On pense par exemple à la série L’Histoire Secrète dont les dessins auraient bénéficié d’un temps de travail acceptable (L’Histoire Secrète étant de ses séries fleuves dont le débit est de plusieurs albums par an ) voir même confortable. Son découpage est dynamique, presque cinématographique et il distille des ambiances variées et agréable à l’œil. Alors certes, tout ça ne nous provoquera pas de fracture de la rétine mais difficile de se plaindre.



Crusades est au final une série B de luxe, très bien troussée, pleine d’idées et assez jouissive. Et en plus, elle donne envie de se lancer dans une autre série : Croisades. Le portefeuille va souffrir !

samedi 4 avril 2015

Elektra belle

Elektra, la ninja grecque, l’assassin la plus connue de l’univers Marvel, est de retour dans une série qui lui est entièrement consacrée.
Une série estampillée Marvel NOW, ce qui sous-entend « accessible à tous les lecteurs, même les nouveaux ».  Mais ce n’est qu’un sous-entendu vain et infondé…

Tout commence alors qu’Elektra tente et réussi à s’échapper d’un piège tendu par La Main, l’organisation criminelle japonaise qui la ressuscita après qu’elle fut tuée par Bullseye,l’un des pires adversaires de Daredevil. Désireuse de changer d’air, Elktra accepte un job risqué mais bien payé : retrouver et livrer vivant Cape Crow, un légendaire assassin ayant volé plusieurs contrats juteux et qui a pris le maquis non sans humilier les assassins lancés à ses trousses plusieurs années auparavant.  


C’est l’occasion de la suivre à travers les beautés et les mystères du monde Marvel mais aussi parfois du monde réel, en passant par L’Île aux Monstres et la cité de Shicheng, en Chine (véritable ville médiévale ensevelie sous les eaux depuis que la Chine a fait construire un barrage en amont de cette dernière !).


Le scénariste Haden Blackman ne manque pas de ressources et d’idées pour exploiter  le personnage et les technologies de SF propres aux comics Marvel pour rendre fun les aventures empreintes de James Bonderies du personnage titre mais il peine à rendre tout cela passionnant tant le personnage semble un peu trop « insubmersible ». Pour la notion de suspense, on repassera totalement. 

De plus, même si Blackman possède une plume très littéraire et n’hésite pas à jouer avec la narration, il n’en reste pas moins que le tout manque de sel et ce même s’il semble avoir fait ses devoirs sur le passé du personnage et ses connections avec l’univers de Daredevil.

Les dessins de Miguel Mundo sont de toute beauté, ce comic pourrait être un livre d’art tellement le travail graphique est un bonbon pour les yeaux : entre un trait réaliste mais pas surchargés et des couleurs aux teintes chaudes et pastel dont on est en droit de se demander quelles techniques furent utilisées pour créer un tel rendu, les rétines se régalent et s’imprègnent d’une poésie graphique qui tire l’ouvrage vers le haut. 






Cependant, même si l’aventure se laisse lire de façon agréable, il n’est pas entièrement conseillé aux nouveaux lecteurs de ne pas se renseigner sur l’histoire d’Elektra se situant avant cette histoire. En effet, le personnage à un passé riche et chargé et ce même passé vient trop souvent faire coucou ici pour que le nouveau lecteur ne se sente pas un peu perdu par endroits. Joli, agréable mais pas inoubliable ni indispensable…sauf si vous voulez le feuilleter pour le plaisir des yeux au fil des ans…




samedi 22 novembre 2014

Cœurs croisés

19eme album pour Largo Winch (donc début du 10eme diptyque narratif de la série) , toujours sous la
plume de Jean Van Hamme et le crayon de Philipe Francq.
La série fête cette année ses 24 ans d'existence… et nous rappelle que le temps de " 1 album par an" est révolu depuis quelques temps.

Au fil des années, l'intérêt pour Largo Winch a diminué. Oh , non pas que la série soit devenue mauvaise mais le terrain balisé ( c’est James Bond dans la finance, dixit le scénariste et cela va avec un certain statu quo dans l'ambiance: peu d'aventures ont un effet boule de neige et la continuité est surtout marquée par la galerie de personnages qui s'étoffe et non par les rebondissements) et quelques facilités & grosses ficelles parasitent le souffle d'aventure et de suspense depuis quelques albums déjà.

Reste que Van Hamme a encore des idées d'histoires intéressantes et un sacré don pour vulgariser tout le décorum de la série, que cela aille de la géopolitique, de la technique scientifique et de la finance. La gestion du "Groupe W" telle qu'il la présente est d'ailleurs un modèle économique viable.Et plus moral que beaucoup.

Parler de l'intrigue de cet album nuirait au plaisir de lecture. Van Hamme convie des personnages récurrents et d'autres croisés dans quelques albums pour monter une intrigue complexe mêlant espionnage industriel, espionnage tout court, terrorisme et conscience financière.
Quelques facilités narratives sautent aux yeux mais permettent d'insuffler un rythme certain à l'intrigue. Effet pervers (encore que, le mot est fort), Largo devient un second rôle presque effacé tant l'histoire, chorale, prend de la place. Mais est-ce vraiment une mauvaise chose ?
Au fil des années, la série a gagné une galerie de protagonistes attachants (et certains que l'on aime détester) qui participent aux intrigues parfois complexes, parfois simples mais pas simplistes. C'est cette mosaïque de personnages qui donne son identité à la série et au final, le personnage titre est désormais traité à égalité avec les autres membres du casting. On suit un univers plus qu'un héros.
Le scénario est truffé de rebondissements et d'assez de rythme pour ne pas toujours les voir venir.

Malheureusement, c'est aussi comme ça que démarrait le diptyque précédent avant de se terminer par un album plus faible. Destin que je ne souhaite pas à cette intrigue-ci car elle pourrait déboucher sur un changement assez significatif pour la suite de la série si Van Hamme ne la joue pas "pilote automatique" ( les lecteurs de la première heure verront sans doute à quels épisodes précédents je fais référence après lecture de Chassé-croisé)

Au niveau des dessins, Philipe Francq assure toujours comme une bête. Le trait est détaillé, navigant entre réalisme  (les vêtements, les décors documentés) et fantasme (tout le monde est beau et les femmes encore plus que les hommes). Dupuis flatte d'ailleurs la rétine puisque cet album est le premier à être édité dans un format plus grand que celui dans lequel la série a débuté. Nouvelle maquette, nouveau logo, tout y passe.
Pour l'occasion, l'éditeur de Marcinelle réédite toute la série dans ce nouveau format tout en proposant une valeur ajoutée : la colorisation des premiers albums a été repensée.
En effet, une série avec une telle longévité a traversé les avancées techniques en matière d'encrage, de colorisation et même de dessin ( certains, comme Denis Bajram par exemple, ne dessine même plus sur un support papier ).
Les puristes et les collectionneurs s'étrangleront peut-être que cet album jure avec le reste de leur collection et se sentiront soit obligés de racheter les aventures de Largo, soit feront de la résistance. La décision de Dupuis sera critiquée de toute façon. Tempête dans un verre d'eau.

vendredi 4 juillet 2014

Les aventuriers du flingue perdu.

Urban comics n'est pas que le détenteur des droits de DC Comics en VF, c'est aussi un éditeur qui fouine chez les autres éditeurs américains ( sauf Marvel , bien entendu) et qui étoffe donc son catalogue en se diversifiant.

J'ai lu un jour que le western était le genre ultime , le genre qui vit par lui-même et est capable d'absorber les codes des autres genres tout en gardant son identité propre. Raison pour laquelle des séries comme American Vampire (en partie seulement, le western n'étant pas le fond de commerce de la série mais de celui d'un personnage en particulier ), ou encore East of West fonctionnent dans leur mécanique ( que l'on aime ou pas ces séries est hors-sujet, il s'agit ici de dire que les greffes étranges sur les codes du western ne sont pas rejetées par le corps).

L'éditeur vend la série en la qualifiant être aux antipodes du western poussiéreux. Hérésie que cela, le Western poussiéreux est une image d'Epinal et les contre-exemples sont tellement nombreux que l'affirmation en est presque ridicule.


Urban a donc sorti le 20 Juin le premier tome de The Sixth Gun, une série fantastique prenant place peu après la Guerre de Sécession.
La série raconte l'histoire de six armes "magiques" ou "infernales", des revolvers maudits objets de moult convoitises et dont la possession confèrent certaines aptitudes (différentes selon l'arme, varions les plaisirs). L'on suit les traces de Drake, gentleman flingueur et pas toujours très honnêtes qui tente de mettre la main sur le sixième pistolet avant Mrs Hume et ses hommes de mains aidés par des agents de la Pinkerton, célèbre agence de détectives qui sera l'ancêtre de la C.I.A ( je simplifie ). Mr Hume,quant à lui, piégé dans un état entre la vie et la mort attend que son épouse le libère de son destin funeste pour récupérer son arme. Mais le révolver est la possession de Becky, jeune femme qui va bientôt voir son existence bousculée et basculer dans un monde qu'elle ne soupçonnait pas.

L'Ouest américain, l'ouest sauvage. Une terre mythique et mythologique. Un terrain propice pour ce genre de chevauchée menée tambour battant, et pour cause : l'histoire américaine a été marquée par les cow-boys, les indiens et les bandits. Des êtres bien réels sont devenus l'objet de véritables mythes : Billy the Kid, Pat Garrett, les Dalton,Sitting Bull,etc… La réalité et la légende se confondent souvent lorsque l'on évoque l'Ouest Américain où se côtoient le culte des armes à feu et les croyances mystiques amérindiennes. Saupoudrer du fantastique pur dans ce décor va de soit. Et le cocktail fonctionne bien, grâce à une belle alchimie entre l'écriture de Cullen Bunn et les dessins de Brian Hurtt qui opère une sorte de fusion entre le réalisme et le cartoon du plus bel effet.




Cullen Bunn met ses pièces en place sans perdre de temps, au bout de l'épisode un, presque tout est là pour faire démarrer la machine à vapeur. Si le scénario convie esprits, morts-vivants et magie noire, le sujet n'est pas l'horreur pure même si certaines scènes sont sanglantes ou suppurantes, les dessins ne sont pas là pour créer une ambiance anxiogène. Nous sommes plus dans une sorte d'Indiana Jones de l'Ouest sauvage que dans Une nuit en enfer où la sécheresse d'Ennio Morricone viendrait se fondre dans l’orchestration à la John Williams.
Les dialogues sonnent souvent justes et certains personnages manient le sens de la répartie avec bonheur. Ce premier tome coûte 10 €, un prix de lancement qui durera jusque la fin de l'année. Notons que le tome deux est sorti ce jour, Urban comics ayant apparemment une grande confiance en son produit : ça tombe bien, moi aussi !