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dimanche 9 février 2014

Mysterium tremens.

Rebelote avec Robert Charles Wilson ce soir.
Écrit 9 ans après La Cabane de l’aiguilleur, Mysterium est déjà plus dans la veine de ce que l’auteur fournit depuis des années : le style est plus affirmé.

Two Rivers est une petite ville typiquement américaine, perdue dans le Michigan. La vie est calme et il ne se passe jamais rien. Jusqu'au jour où un centre de recherches du gouvernement situé en périphérie ne soit victime d’un incendie. Les habitants se réveillent dans une ville coupée du monde : plus de courant, de route ou d’eau courante. Two Rivers est perdu au milieu d’une forêt. Il ne faut que quelques jours pour que des soldats débarquent et bouclent le terrain. Ils sont en Amérique mais pas leur Amérique. Two Rivers a été transportée..ailleurs.

Difficile de rédiger une critique sur un livre de Wilson tant j’ai déjà tout dit dans les épisodes précédents. Le soin porté aux personnages est indéniable, les sujets de SF variés et l’issue jamais certaine. Le rythme, les moments de respirations et les coups tordus sot fignolés et s’imbriquent parfaitement, menant le lecteur vers un dénouement qui n’arrivera que dans les dernières pages !!!

Le thème d’un Amérique transformée en état semi-fasciste et gouvernés par des religieux est récurrent chez Wilson ( ce livre, Julian, Les fils du vent,…) : cela semble être une peur très ancrée chez lui de voir son pays natal  céder face à ses démons internes (raison pour laquelle il est devenu Canadien ? ).
On retrouve d’ailleurs ces thèmes dans La Cabane de l’aiguilleur, récit plus ancré dans nôtre réalité,lui.
La ville isolée et soumise à un nouveau régime aussi reviendra, comme dans Blind Lake plus tard.

Prémices prometteurs : ADN d'un auteur.

La cabane de l’aiguilleur est le premier roman de Robert Charles Wilson.
Il s’agit sans doute aucun de mon auteur de science-fiction préféré avec Christopher Priest.

Ce premier roman est assez court mais très prenant. L’auteur y distillant déjà ce qui est l’une des forces de son style : s’attacher aux gens et à leur psychologie. Ce sont les gens qui intéressent Wilson et non pas les grandes Personnalités de ce monde : en cas d’invasion alien, Robert Charles Wilson vous décrirait ce que l’homme de la rue ressent et non pas les préoccupations des « grands de ce monde » (personne par la Politique ne devient grand).

Travis rejoint le petit village de Haute-Montagne où il va vivre chez sa tante Liza et son oncle. La Grande Dépression a fauché les USA et tout le monde vit tant bien que mal. Son oncle, le tyran Creath, a secouru il y a peu une étrange femme, Anna, à qui il rend visite la nuit..
Travis travaille à la fabrique de glace et est payé  une misère, il sort un peu avec Nancy Cox dont la mère est une rivale pour Liza dans la course à la présidence d’une association religieuse. En parallèle, nous suivons le parcours de L’Os, un vagabond étrange à la force herculéenne, qui ressent un étrange appel…

Un village isolé, une force religieuse et moralisatrice qui grandit, le chômage, la misère le chacun pour soit…difficile, à la lecture de ce livre, de ne pas faire un rapprochement avec notre époque : le repli des communautés sur elles-mêmes, la peur de l’étranger (quand bien même celui-ci serait de « la bonne couleur de peau »), ces certitudes à œillères sur ce qu’est l’ordre et la morale. L’histoire est un éternel recommencement, constat affligeant de banalité. Affligeant, car l’humain n’apprend plus assez de ses erreurs et errements passés.

La science-fiction a toujours été un genre prophétique par nature, la voir poser ses baskets dans une époque passée pour avertir sur le futur n’est pas d’une originalité folle mais il s’agit ici d’un premier roman.
Un premier roman court, fort et qui contient l’ADN des thèmes très humains que Wilson distillera au fil de ses œuvres au cours des années futures.

dimanche 24 juillet 2011

Une bisque délicieuse !


J'ai déjà parlé de lui auparavant, et je risque de le refaire encore dans un avenir proche, mais Robert Charles Wilson me semble être l'un des auteurs les plus doués en matière de science-fiction moderne. 
Si vous ne deviez vous attaquez qu'à deux auteurs, je vous conseillerais de lire également Christopher Priest. 
Alors, que vaut Blind Lake ( sorti en …septembre 2009 chez Folio SF. Quand je dis que j'ai du retard de lecture!!! Mais bon au rythme de 500 pages par jour je pense que je vais finir par enfin le rattraper hé hé) ?

Chris est journaliste. Lui et deux collègues sont envoyés en reportage sur le site de Blind Lake où, depuis des années, un super-ordinateur quantique fournit des images d'un extra-terrestre surnommé " le homard " en raison de son apparence rappelant de très loin le célèbre crustacé.
 L'équipe en charge de l'observation est Marguerite Hauser, une femme dont l'exécrable ex-mari ( et père de sa petite fille, Tess) se trouve au dessus d'elle dans la hiérarchie du site. Chris et Marguerite ne devaient pas se rencontrer. 
Mais peu de temps après l'arrivée des journalistes le site est fermé et gardé par l'armée. La situation est sérieuse, toute tentatives de fuites se soldent par la mort : des drones, petits mais mortels, n'attendent qu'une occasion pour vous faire exploser de manière bien horrible ! 

Bloqués pour un temps considérables et sans nouvelle de l'extérieur, les gens ne peuvent qu'attendre , la vie se réorganise et Chris se retrouve à dormir dans la cave de Marguerite.Les semaines et les mois passent...

Wilson a une force, qui le rapproche de Stephen King : il cisèle ses personnages avec un talent incomparable. Ses personnages sont vivants ! À tel point qu'en fin de parcours, on en vient à abandonner des personnes qui nous donnent l'impression de les avoir connus. Leurs motivations (mêmes noires) ne sont pas noyées par l'intrigue : au contraire, elles s'en nourrissent. Et Wilson aime multiplier ses terrains de jeu au niveau des intrigues, son approche de la SF se faisant toujours sur un sujet différent ( bien que les théories quantiques soient sans doute une chose dont il est curieux, et sans doute passionné).

Comme on s'attache très vite (ou que l'on déteste très vite) certains personnages et que l'intrigue se met vite en place, l'on est happé par un tourbillon d'émotions et de questionnements. Pourquoi le site se retrouve-t-il fermé ? Pourquoi " le homard" semble-t-il soudain changer sa vie et entreprendre un périple qui peut lui coûter la vie ? Tout cela est-il lié ? Au bout du chemin vous n'aurez pas toutes les réponses, mais assez pour comprendre instinctivement ce qui ne vous sera pas livré explicitement. Ce n'est pas tellement sujet à débats, la réponse est là, à portée de main, mais aussi trop loin pour que l'esprit ne le traduise en mot. Par contre, le voyage des personnages prend fin, le chapitre se finit et un autre commence pour eux, ils ont tourné la page et peuvent enfin ouvrir un nouveau livre ou en écrire un si ça leur chante. Et comme c'est bien l'aspect humain qui prime dans les écrits de Robert Charles Wilson nous ne restons pas déçu de ne pas avoir tout saisi si ce n'est de manière implicite. 500 pages de très bonne SF, 500 pages d'un excellent roman, tout simplement !

samedi 12 juin 2010

Retour vers la passé.


J’aime beaucoup Robert Charles Wilson. Ce canadien d’adoption est un auteur de science-fiction qui aborde tous les sous-genres de ce style littéraire ô combien riche. Et comme il commence à avoir un certain succès de ce côté de l’atlantique on peut voir débarquer certaines de ses premières œuvres arriver par chez nous. C’est le cas de ce « A travers temps » qui a été publié en 1991 sur le continent américain. Avec un tel titre vous aurez deviné que le thème du roman sera le voyage dans le temps.

La scène d’intro nous dévoile un homme dans le jardin de sa maison de cèdre située un peu en retrait d’une ville de l’état de Washington : Belltower ,à la fin des années 70. Celui-ci est subitement attaqué et tué par un soldat doté d’un équipement futuriste des plus avancé. Qui était Ben Collier,le propriétaire de la petite maison et d’où venait son assaillant ? C’est ce que risque de découvrir Tom Winter,brillant ingénieur revenu de l’alcoolisme provoqué par son divorce et qui reprend une nouvelle vie à Belltower,son village natal dans lequel il vient d’acheter une jolie maison isolée… 
Très vite ,Tom découvre que quelque-chose cloche dans la maison. La vaisselle se fait toute seule, les dégâts se réparent et un jour son téléviseur lui transmet un message écrit : aidez-nous ! Mais ce n’est pas le plus incroyable. À la cave,se cache un tunnel menant vers le début des années 60. Après avoir pesé le pour et le contre,Tom décide de migrer vers New-York tendance hippie. Il ne se doute pas que les ennuis viennent de commencer.

À me lire vous vous dites sans doute que le roman va tourner autour d’un jeu du chat et de la souris entre le tueur assaisonné à la sauce terminator et notre héros. Et bien pas vraiment, avant cet inévitable affrontement nous suivrons le destin de Tom dans une décennie qu’il n’a connu que dans les livres d’histoire. Une décennie dont il connait le déroulement et dans laquelle il ne doit pas s’en faire pour l’avenir du monde…car comme il le dit « les bombes ne sont pas tombées ». Alors que le monde a peur de la guerre froide il pourra vivre libéré cette crainte qui empoisonna les esprits du monde.

C’est ici que réside la force de Wilson,il place ses personnages ordinaires dans une situation extraordinaire et s’attache à décrire leurs réactions probables,plausibles. "À travers temps" est une réflexion sur l’avenir et les doutes qu’il contient et cette réflexion est empreinte d’une nostalgie douce…nostalgie d’un temps que le héros ne connaissait même pas, victime du syndrome de l’herbe plus verte ailleurs.

jeudi 1 avril 2010

Deux pour le prix d'un

Robert Charles Wilson est probablement l’un des auteurs de science-fiction le plus intéressant de ces dernières années (et sans doute mon préféré avec le britannique Christopher Priest). Non seulement il brasse plusieurs catégories de cette branche de la littérature mais il le fait chaque fois en créant des personnages au profil psychologique fouillés et leur fait se poser les vraies questions que Mr Toutlemonde se poserait s’il se retrouvait dans une situation de ce type. Les extra-terrestres ont débarqué ! Merde est-ce que la boulangerie sera quand même ouverte demain ?

Darwinia et Les fils du vent sont deux œuvres de « jeunesse » de l’auteur. Il fait certes exister ses personnages bien mieux que beaucoup d’écrivains mais l’histoire du livre est encore plus importante ici que l’histoire vécue par ses héros. Broutille que cela. Mais si je critique ces deux ouvrages en même temps c’est parce qu’ils possèdent les mêmes qualités et les mêmes défauts !

Darwinia débute en 1912. L’Europe est remplacée par un nouveau continent,à la géographie proche mais aussi très différente de celle qu’on lui connaissait. Des espèces étranges et inconnues ont aussi émergés. Uchronie ? Monde parallèle ? Un peu tout ça ? Si le côté récit d’explorations existe bel et bien (et nous ramène au temps où les scientifiques quittaient leurs labos),il n’en est pas moins une simple partie d’un ensemble plus complexe.



Les fils du vent voit une famille dotée d’un étrange pouvoir,explorer les mondes parallèles, poursuivie par un mystérieux homme en gris. Qui est-il,d’où vient-il ? Autant de questions et de réponses qui surviendront dans un récit de fuite et de confrontation.

Je l’ai dit,les deux livres ont des personnages fouillés mais ils semblent plus subir l’histoire que la vivre. Le principal défaut est qu’en milieu d’ouvrage,les deux œuvres révèlent le pot aux roses. En détruisant le mystère,Wilson doit donc accélérer le rythme et transformer un récit intrigant en un récit plus centré sur l’action (mais avec de vrais morceaux de sentiments dedans quand même). On notera cependant d’étranges similitudes entre Les fils du vent et La trilogie « A la croisée des mondes » de Philip Pullman (signalons cependant que les histoires n’ont rien à voir,il s’agit de détails contextuels surtout…et Wilson a écrit son récit avant Pullman. Mais attaquez celui de Pullman aussi tiens ! Une trilogie classée dans la littérature "jeunesse" uniquement parce que les héros sont jeunes, heureusement elle a été ré-éditée chez Folio SF sans classification du lectorat!).

vendredi 29 août 2008

Au temps pour eux.


Autour des années 2020,la situation géo-politique mondiale c’est encore un peu plus dégradée. Scott est un programmeur de codes informatiques. Il vit en Thailande depuis quelques mois avec Janice ,sa femme, et leur fille de 5 ans,Kaitlin. Il est au bord du divorce mais il ne le sait pas encore.
Un jour un étrange objet se matérailise non loin de chez lui. Un étrange obélisque commémorant une victoire d’un certain Kuin. Victoire qui aura lieu 20 ans et 3 mois plus tard.
Au fil des années d’autres « chronolites » apparaissent sur la surface du globe,plongeant de plus en plus le monde dans une folie douce.
Car si la génération de Scott vit en pensant que la victoire contre ce Kuin est possible,la génération suivante a déjà jeté l’éponge. Pire,elle sert de noyau à divers mouvement " Kuinistes " extrémistes.

Entre thriller futuriste et roman sur la nostalgie « Les chronolithes » offre une vision décrépie de notre époque.
Peu de changements par rapport à la notre mais tous découlent d’une logique presque implacable. Implacable,c’est le mot qu’il faut pour décrire la lente dégénérescence d’un monde qui se résigne à perdre une guerre contre un inconnu.
Implacable est le cheminement qui conduit Scott et son ancien professeur de physique à travailler sur la compréhension de ces phénomènes…mais en comprenant les chronolithes,ne risquent-ils pas d’offrir à l’ennemi la technologie dont il a besoin pour déstabiliser ainsi notre monde ?

Au-delà d’un simple roman de SF à priori simpliste,Robert Wilson,l’auteur, nous offre de suivre l’aventure humaine d’un homme contre la fatalité,le hasard…mais au final le plus beau combat est de ne pas céder face au désespoir.
Car que reste-t-il à sauver quand vos enfants sont dores et déja perdus à la cause(parfois de manière fanatique) d'un adversaire qui a gagné la guerre avant de l'avoir commencée?