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mercredi 4 novembre 2020

Episode IX : The fall and rise of Skywalker.


 Une année après les faits, les esprits raisonnables ne sont plus chauffés à blanc. Nous pouvons donc revenir sur «  Star Wars Episode IX : The Rise of Skywalker ». 


Réalisé par J.J Abrams, qui avait co-écrit et réalisé l’épisode VIII , The Rise of Skywalker avait la lourde de tâche de conclure une saga prévue comme un cadavre exquis concocté par 3 auteurs/réalisateurs différents : J.J Abrams, Rian Johnson et Colin Trevorrow.
3 réalisateurs ayant toujours une main au scénario de leurs films (même de façon non-créditée comme sur Star Trek pour Abrams ). 

Mais en cours de production de The Last Jedi, la nouvelle tombe : Trevorrow est remercié et toute sa pré-production jetée à la poubelle. Lui qui, comme Johnson avant lui, avait demandé quelques ajustements à son prédécesseur pour lancer son film. 

Vitesse et précipitations vont donc jouer de pair car Lucasfilm, sans doute poussé par Disney, ne repoussera pas la sortie du film ( oui, en ce temps-là, les sorties de film étaient bien calées). La productrice convainc J.J Abrams de revenir. Celui-ci engage Chris Terrio ( Argo et la version longue de Batman v Superman ) pour l’aider à l’écriture avant de se lancer dans la réalisation du film. 

Le projet de base : 3 films, 3 auteurs issus du même noyau pop-culturel mais aux sensibilités différentes s’effondre. Le problème se joue là.

Chris Terrio, défendant le produit final, dira, en gros : C’était compliqué, comment écrire un film alors que Rian Johnson ne nous a rien laissé à la fin de The Last Jedi

Comme je l’ai dit, Colin Trevorrow avait pourtant un film (très différent) en tête et faisant suite à The Last Jedi. Son film devait se nommer Duel of the Fates (faisant écho au célèbre morceau de John Williams dans L'épisode I ) et de nombreux concept-arts sont apparus sur la toile. Donc, Johnson a bien laissé matière à raconter une histoire.
Pour la sensibilité de Trevorrow. 

























Car bien que s’abreuvant aux mêmes mythes cinématographiques, Abrams et Johnson en ont une lecture parfois très différente et des envies opposées. Pourtant , Abrams ( à l’époque où il ne devait pas finir la trilogie) avait déclaré aimer le script de Johnson au point que le réaliser lui aurait plu.

Le drame qui nous occupe ,cependant ,ne se joue pas quand Lucasfilm est revendu à Disney.

Non, le drame se joue dans le climax stupéfiant , 40 ans plus tôt, de L’Empire contre-attaque.

En une phrase choc, supposée bouleverser héros et spectateurs, Dark Vador dit très calmement à Luke «  Je suis ton père. »

Stupéfaction, déni, acceptation. Le plus gros cliffhanger de l’histoire du cinéma allait devenir un cauchemar narratif. 

Car à partir de là, ce qui n’était qu’une graine allait devenir un arbre.
Si Obi-Wan avertissait Luke que son père avait été un grand chevalier Jedi ( donnant une raison à Luke d’en devenir un), la révélation de Vador allait faire entrer de plein pied la saga dans un bourbier dont elle n’allait pas sortir avant un moment : tout tourne autour de quelques lignées de Jedi, de pères absents et recherchés, etc…




Pour Lucas (et plus encore pour Abrams : Tom Cruise le qualifiera en 2006 de nouveau Spielberg et tonton Steven lui-même semble lui accorder cet honneur ) , la légitimité des chevaliers passe par la noble ascendance du père ( de substitution ou non ) :
- Obi-Wan apprend d’un grand chevalier qu’il voit comme un père
- Anakin est l’élu de la Force ( niveau ascendance, c’est le top niveau ) et voit Obi-Wan et Palpatine comme des figures paternelles et amicales.
- Luke est le fils d’un grand chevalier (apparemment tombé au combat comme nombre de figures tragiques face à un chevalier noir supposément son allié à la base ).

Cette vision est héritée des grandes épopées classiques : Arthur n'est pas que le possesseur d'Excalibur, il est le fils d'Uther Pendragon, roi avant lui. Uther étant lui-même trahi par un ami ou un frère, Vortigern,  dans certaines versions.
Siegfried/Sigurd n'est pas un simple orphelin, c'est le fils incestueux des jumeaux Siegmund et Sieglinde, et petit-fils de Wotan/Odin et qui épousera une Valkyrie, rien que ça.
Comme Arthur, il héritera d'une épée (celle de son père, reforgée - comme celle d'Aragorn dans Le Seigneur des Anneaux ) et d'un destin glorieux et tragique.
Le coup de l'arme magique qui se passe d'une génération à une autre, ça ne vous rappelle vaguement rien ? 









Lorsqu’Abrams introduit Rey , il laisse planer le mystère de l'identité véritable de ses parents , sans aucun doute des pontes dans l’usage de le Force. ( Daisy Ridley avoua cette année que les plans de bases étaient d'en faire une Kenobi avant de se fixer sur une autre option en plein tournage de l'épisode IX )

Kylo Ren quant à lui est Ben Solo, le fils de Leia ( et donc petit-fils d’Anakin/Vador) et de Han Solo. 

Pour Abrams, qu’un personnage soit «  le résultat de ses ancêtres » est déjà ancré depuis Star Trek. Son Jim Kirk est un héros car son père, sacrifié volontaire pour sauver des centaines de vies, en était un. Space-soap opera !
Il s'agit-là d'une notion très anglo-saxonne, présente tant dans la littérature que la vie publique ( pensez aux dynasties politiques américaines, pratiques bien moins choquantes là-bas que par chez nous ) : la lignée, surtout agnatique, donne le caractère ( raison pour laquelle sans doute Padmé n'est jamais, JA-MAIS, évoquée par ses propres enfants qui semblent n'avoir fait aucune recherches sur son sort. Faites des gosses seulement...).



Rian Johnson, lui, va introduire quelque chose d’autre.
Qui va casser cette dynamique.
Alors que Kylo Ren court après les figures paternelles pour les exterminer (et profiter à la fois de sa génétique et d’un destin libre d’entraves familiales ), Rey cherche des figures paternelles nobles pour camoufler qu’elle n’est la fille de personne…de connus dans cet univers. Elle cherche une légitimité séculaire pour camoufler son statut de «  bâtarde de la Force ».  Tout comme Jules César et moult empereurs romains par la suite placeront un dieu ou deux dans leur arbre généalogique. 

Lors de la fin de son film, Johnson lance l’idée, visuellement, que peut importe votre lignée, si vous êtes sensibles à la Force, alors tout est possible. 

J.J Abrams, comme je viens de vous le dire, n’est pas totalement de cet avis, issu d'une autre école de pensée qu'il est.

Et Chris Terrio non plus.

Lui, provient de l’écriture de films DC Comics après que son ami ( et patron sur Argo ) Ben Affleck l’ait imposé sur Batman v Superman.

Hors, l’univers DC comics repose sur une notion d’héritage.
Dans le grand corpus des comics DC, ont été introduits des héritiers probables ou présomptifs aux grandes figures que sont Batman, Superman, etc…Fils et filles adoptifs, naturels sont les bénéficiaires d’un héritage : celui des Wayne, de Krypton , des anneaux des Green Lanterns.
Le pouvoir se passe d’une génération à une autre.
Encore une fois, le lignage biologique ou philosophique est d’une importance capitale et justifie les capacités physiques et morales des héros. 






Terrio et Abrams sont sur la même longueur d’onde. Et de leur point de vue, Johnson a tout cassé et ne leur laisse pas grand-chose pour terminer la trilogie. 

Pire , pour eux, Johnson a bien pris soin de caser dans son film tout ce qui pourrait rappeler L’Empire contre-attaque et Le retour du Jedi pour que la conclusion de la trilogie soit à 100% libérée de ses ancêtres filmiques ( cohérent jusqu’au bout le mec, bravo ) en évacuant ces éléments.
Laisser mourir le passé pour être ce qu’il faut devenir. 

Mais Abrams et Terrio, attaché à la notion d’héritage ( et donc du passé ) ne l’entendent pas de cette oreille.

Dès son premier Star Wars, Abrams fait évoluer les personnages dans les ruines de l’ancienne trilogie, d’un ancien monde. Visuellement en faisant de Rey une pilleuse d’épaves de la guerre de la rébellion et de Kylo Ren un pseudo-Vador errant dans une organisation idéologiquement calquée sur L’Empire. 

Johnson laissait les épaves reposer au fond de l’eau et redistribuait les cartes de fonctionnement du Premier Ordre, successeur de la puissance impériale. Abrams ressortira le X-Wing de Luke de son cimetière marin et lancera ses protagonistes dans l’exploration des restes de la Death Star II ( idée déjà à l’étude dans les concept-arts de l’épisode VII – Abrams aussi est cohérent ou borné ). 

Les héros n’ont pas connu la République, seulement les conséquences de la guerre civile. Ils errent dans les ruines idéologiques et physiques d’un ancien conflit, d’un ancien monde. Nul doute que, par des méthodes différentes, Abrams et Johnson espéraient voir un nouveau paradigme se bâtir sur ces ruines. Pas forcément le même par contre. 




Le clash idéologique serait pourtant en grande partie inévitable sur d’autres sujet.
Mais tenterait de rester homogène le plus possible pour ne pas trop rétropédaler.
C’est ce qui s’appelle avoir le Faucon Millennium posé entre deux systèmes solaires. Et par ego ou nécessité narrative qui colle avec sa vision, Abrams ira jusqu'à créer une autre épreuve " de la grotte " pour Rey alors qu'elle l'avait passée dans le film précédent.



Mais concilier l’huile et l’eau ne peut que donner un résultat bancal. 

Mais non dénué d’intérêt cela dit. Si vous n’avez pas vu le film, attention, je rentre dans le détail. 




Le texte d’introduction est brutal. L’Empereur Palpatine serait vivant , avec toutes les emmerdes que cela supposeraient. Grand méchant des 6 premiers épisodes, son retour semblait logique à Abrams et Terrio : la lignée du mal commence et se termine avec lui. Le sombre héritage de la force est lié à l’Empereur. 

Kylo Ren, maintenant dirigeant du Premier Ordre ne peut laisser cette menace à son pouvoir sur la Galaxie prospérer. Il retrouve Palpatine, prêt à le tuer quand celui-ci , affaiblit mais entouré de fidèles, lui révèle être à l’origine de la création du défunt maître de Ren : Snoke, par ingénierie génétique. Il propose à Ren de lui fournir une flotte suffisante pour dominer sans accroc la galaxie s’il consent à tuer Rey,qui ne serait pas qui nous pensons qu’elle est (ça y est,la graine du lignage potentiel est replantée ). 

Ren feint d’accepter. Mais il a d’autres plans. Pour lui et Rey ( Palpatine est un Sith et Ren veut les voir morts, comme les Jedi ). 



Sous le choc de la menace fantôme Palpatine, la Résistance n’a pas le temps de se demander comment il est revenu d’entre les morts ( le monteur non plus. Mais Abrams, Terrio et le romancier qui a retranscrit le film en livre ont bien planché sur le sujet : c’est un clone possédé par l’esprit de l’original, comme dans plusieurs comics des années 90 publié par Dark Horse). 


Rey, Poe et Finn se lancent donc dans une quête pour retrouver un artefact pouvant les mener sur la planète Exegol, monde d’origine des Sith caché des cartes spatiales. Menée tambour battant , cette aventure rappelle parfois plus Indiana Jones dans l’espace que du Star Wars pur jus mais cela sort le film de l’ambiance habituelle. 

Mais comme je le disais plus haut, vitesse et précipitations mènent le bal. Celui de l’écriture ( les dialogues vont droit au but ) et de la réalisation ( la mise en scène ne laisse pas le temps au personnage d’exister entre deux actions et les fameux Chevaliers de Ren ne sont jamais que des Gardes Prétoriens de noirs vêtus quand ceux de Snoke étaient habillés en rouge . )



Les péripéties s’enchainent donc plaisamment mais sans grande implication émotionnelle. Jusque la bataille finale reprenant le schéma : air-terre-sabre laser face à l’Empereur, le vilain le plus cliché de la Galaxie. 





Entre temps, la réhabilitation de Ben Solo est en marche.
Petit-fils de Vador, il ne pouvait que revenir vers le bon côté. Moins ado rebelle que lors de l’épisode VII, Kylo Ren joue plus sur la stratégie et , contrairement à Rey, ne dégaine jamais son sabre en premier. Il n’est jamais l’agresseur face à elle, elle qui, au contraire, commence à avoir la lame facile. Jusqu’au moment choc : elle est une Palpatine ( là encore, le roman du film nous révèle un élément essentiel : elle est la fille d’un clone raté ,car non sensible à la Force, de L’Empereur ). Soudain, son contrôle rapide et ses capacités sont expliquées par…le lignage génétique. Encore une fois ! 


Reste cependant une lueur d’espoir et de réconciliation idéologique entre Abrams et Johnson.




La fin du film nous montre Rey explorant une autre ruine, l’ancienne maison de Luke sur Tatooine. Le sable a recouvert tant de choses. La jeune fille de Jakku pose les pieds dans un sable différent mais garde quelques habitudes ( comme la luge sur sable pour descendre vers le sol ). Elle enterre les sabres de Luke et Leia, enfouissant un héritage symbolique et allume celui qu’elle a construit. Sa lame, jaune, du jamais vu au cinéma dégage une aura de nouveauté. 

Bien que questionnée sur son identité et répondant désormais au nom de Rey Skywalker , c’est de dos, en face de deux Soleils couchant que l’on peut la voir appréhender son avenir. Un avenir dans un monde nouveau. Car dans la mythologie comparée, la fin d’un cycle et le début du renouveau sont symbolisés par l'émergence d'une jeune fille et la lumière de l’astre des jours. 

Aussi bancal, foutraque et parfois what the fuck soit-il,  The Rise of Skywalker se termine sur quelques minutes parfaites, magnifiées par la partition de John Williams. 

Et si traverser le bancal était le chemin de l’apprentissage pour arpenter celui d’un stable renouveau ? 




mercredi 15 août 2018

L'alchimiste full metal.

C’est une ville immense,que se disputent deux factions rivales : les alchimistes et les mécaniciens.
C’est une ville jaillie de la terre par la seule volonté des gargouilles, êtres de pierre, peuple qui s’amoindrit peu à peu.
C’est une ville au bord du chaos où vit Mattie, automate affranchie par son maître mécanicien, Loharri.
Cette dernière est devenue alchimiste et les gargouilles l’ont choisie pour les aider : la pétrification emporte chaque nuit un peu plus l’une des leurs et leur inexorable disparition leur fait peur.

Croisement entre fantasy style renaissance et steampunk , L’Alchimie de la pierre est un roman court et précieux qui explore la psyché humaine par le biais de la compréhension et du regard d’une androïde libérée de son maître et pourtant encore totalement assujettie à ce dernier, les chaînes qui relient les êtres sont complexes et certaines portent chez elle le sceau infamant de la programmation installée par son créateur.
La quête d’émancipation totale de Mattie est une métaphore de la lutte féministe sans tomber dans la caricature.


L’auteure, Ekatarina Sedia ,  a écrit plusieurs nouvelles et romans mais celui-ci est le premier à être traduit en langue française. Espérons qu’il ne restera pas orphelin car Sedia possède un style fluide, doux et agréable à lire. Une sorte d’hermine pour les yeux qui ne l’empêche aucunement de décrire certaines horreurs et blessures que la vie et la société aiment faire subir si souvent aux opprimés et rarement aux puissants qui ne tombent que pour reprendre le pouvoir d’une façon ou d’une autre.

Au fil des aventures et des rencontres de Mattie, Sedia déplie une fable sur la lutte des classes , les manipulations des foules , les certitudes idéologiques des factions en place ( hors, comme le disait Nietzsche : Les convictions sont des ennemis de la vérité plus dangereux que les mensonges ) , le combat du progrès industriel contre les défenseurs du naturel.

Riche en thèmes, le roman en effleure certains et en visite d’autres plus profondément.
Il s’agit surtout ici de narrer les ressentis de Mattie l’automate plus que de dresser le portrait d’une allégorie d’un modèle politique au final très Européen ( la ville semble suivre le schéma de la monarchie constitutionnelle et non celle d’une république, cet aspect, très européen, doit sembler d’un exotisme étrange aux lecteurs américains ) qui porte néanmoins une bonne partie du décorum sur ses épaules.
Un décorum agité par la gestion des Mécaniciens sur la ville, faction rappelant une droite fourre-tout, aussi libérale , inhumaine et extrême que réaliste. Le paradoxe le plus évident est que Mattie, machine faite de rouages et de boulons soit devenue alchimiste dont l’art dépend de ce qui pousse, de ce qui vit et ce qui meurt.

Cependant, Ekaterina Sebia se garde bien de décrire les luttes de pouvoir entre factions de manière manichéenne et les alchimistes ne sont pas présentés comme des chevaliers blancs face aux dragons du progrès mécanique.
Chaque personnage possède une caractérisation psychologique si pas fine, au moins suffisamment travaillée pour que les zones d’ombres et de lumières soient mises en avant, au lecteur de trancher qui est bon, mauvais ou tout simplement…humain, avec les tares et les dons que cela entend.

Personnage aux multiples facettes et dont la volonté de pleinement vivre pour elle anime les actions, Mattie ne peut que toucher le cœur du lecteur qui se voit, grâce au style de l’auteure et la beauté de son personnage, pris par la main pour traverser une ville et un système en plein chambardement.
Une œuvre douce et dure dans des contrées que l’on souhaiterait explorer plus avant.

lundi 18 décembre 2017

The First Order Strikes-Back ! ( est-il sorti jedi dernier ? )

Le Seigneur des Anneaux avait lancé la mode. La trilogie du Hobbit l’avait continuée : Décembre,peu avant Noël, les grosses machines à rêves débarquent dans les salles. Depuis 2015 , c’est au tour de la saga spatiale  Star Wars de se placer dans ce créneau hivernal et neigeux : après l’épisode VII et le spin-off Rogue One, c’est donc l’épisode VIII , The Last Jedi, qui atterri dans les salles de cinéma de la voie lactée.

Rey a quitté la base de la résistance. Elle est à la recherche du Jedi Luke Skywalker. Peu de temps après son départ, le Premier Ordre contre-attaque suite à la destruction de la base Starkiller. Finn finira par se réveiller et rencontrer Rose, une mécano un poil soupe-au-lait avec qui il va mettre sur pied une opération censée permettre aux résistant d’échapper à la traque en règle que leur livre le Premier Ordre…

En allant chercher les cinéastes qui auront la lourde tâche de continuer le mythe, Kathleen Kennedy, la présidente de Lucasfilm, a décidé qu’ils auraient la possibilité de laisser leur emprunte sur les films qu’ils auront en charge. Ainsi, J.J Abrams a co-signé le scénario de The Force Awakens et Rian Johnson a écrit tout seul, comme un grand, celui de The Last Jedi. Et le mec s’est fait plaisir.

Débutant in media res en pleine guerre des étoiles, Johnson nous plonge, références visuelles à l’appui, en pleine seconde guerre mondiale version space opera. Les pilotes casse-cou américains ou anglais, les bombardiers et leurs tourelles de protection. La tension monte, le drame se fait puissant et un personnage que l’on connait depuis 10 secondes devient soudain le sujet central de notre attention. Ce que Christopher Nolan peinait à faire au début de Dunkerque , Johnson l’a fait.
La guerre est sale, elle fait des morts et ses conséquences sont un désastre pour tous. Le ton est donné. La résistance joue sa survie.








Rey, quant a elle, rencontre enfin Luke Skywalker. Qui ne réagira pas comme elle l’attendait. Ni comme nous l’attendions. La première réaction de Luke donnera le la des intentions du réalisateur : prendre à contre-pied les attentes du spectateur. 
Cela donne des séquences souvent prenantes ( car totalement inattendues ), parfois cyniques aussi. Nombreuses furent les critiques faites au précédent opus sur sa supposée réutilisation du schéma de l’épisode IV ( billevesées ). Johnson semble avoir décidé quant à lui de pleinement ré-employé certains brins d’ADN de la première trilogie pour…les détourner, nous poser dans un terrain que l’on croît connaître et nous surprendre encore plus. Vous pensez «  Empire Contre-Attaque », le réalisateur vous abuse : Luke n’est ni Obi-Wan, ni Yoda, certes, ces deux personnages ne manquaient pas d’humour et Luke en a développé également, mais pas le même et son approche pédagogique sera tout autre.

Vous pensez « Retour du Jedi » et les choses se mettent en marche différemment. Car là où The Force Awakens convoquait certains codes visuels précis de la saga ( que l’on retrouvaient également dans la prélogie ) , The Last Jedi appelle des thèmes et des schémas connus … pour les retourner. Comme le dit Luke dans la dernière bande-annonce : « Cela ne se passera pas comme tu le crois ».
Le pari est osé, mais payant.
Osé de ne pas nous offrir ce que nous pensions attendre, osé de tenter des choses, quitte à ce qu’une séquence semble un peu ridicule et too-much.

L’on nous criera que séparer les héros pour qu’ils vivent des aventures parallèles fait très épisode V. Et Les deux tours de Peter Jackson ? Séparer les héros est une nécessité narrative connue et reconnue. Elle permet à des personnages dont les actions fonctionnaient grâce à leur alchimie à se retrouver sans leurs aides habituelles. À faire face seul ou avec des nouveaux alliés, de rendre leur monde et leurs expériences plus vastes, plus riches. De grandir avant de se retrouver, pour que le tout soit encore plus grand que la somme de leurs parties.






L’épisode V l’a fait , l’épisode II l’a fait…et malgré la haine que beaucoup porte à la prélogie, jamais le critique n’a pointé du doigt que Lucas se recyclait lui-même. Pourquoi le faire lorsque l’on parle d’une série de films dans laquelle son créateur premier a insufflé ses goûts en matière d’aventures spatiales ( Flash Gordon, John Carter, etc…) et ses passions pour la mythologie ?
Combien de quêtes menées en solitaire par les Chevaliers de la table ronde qui est pourtant sensé être un groupe soudé ? Parce que cela les poussait à se dépasser, à repousser leurs propres limites. The Last Jedi s’inscrit dans cette longue et noble tradition littéraire ! Il ne s'agit donc pas d'un vol au dessus d'un nid de doudous ! ( si vous en savez pas ce qu'est le cinéma doudou, google est votre ami...mais vous allez perdre votre temps ).







Hors , Star Wars est devenu un mythe lui aussi…il se nourrit donc également un peu de lui-même depuis La Menace Fantôme. Mais Lucas n’a jamais tordu les codes qu’il avait mis en place, lui ( non, ce n’est pas une critique voilée, c’est une remarque sur l’aveuglement de certains fans actuels : trouvez des arguments cinématographiques, et là on en reparle sans mauvaise foi ).

Finn doit apprendre à voir l’univers de façon non-binaire et nouer de nouvelles relations fortes en dehors de celle qu’il avait avec Rey. Poe doit devenir plus que le meilleur pilote, il doit devenir un exemple, un chef avisé. Rey doit apprendre à contrôler la Force et voir au-delà de ses illusions légendaires  d’enfant sur les chevaliers de la République. Leurs épreuves séparées sont riches de sens et de fonds (mais impossible d’en parler ici sans spoiler ).




Et il n’y a pas que les héros qui évoluent. Kylo Ren ( Ben Solo ) passe d’un enfant frustré à une figure déterminée mais plus posée, délaissant certains artifices pour avancer et devenir plus intéressant. Là où la relation Luke/Vador restait assez distante ( un fils idéalisant son père et tombant des nues, un père qui découvre un fils 25 ans plus tard, ça ne doit pas aider à avoir envie de se chercher souvent ), Johnson ouvre une porte sur une relation Rey / Kylo Ren.

Toujours dévastée par la mort de Han Solo, Rey veut comprendre ce qui peut pousser un enfant aimé à assassiner son père, là où une enfant rejetée recherche tout ce que le célèbre contrebandier stellaire était prêt à offrir à son fils. Placés sur des voies différentes et des méthodes divergentes, Rey et Ren partagent des points communs qui seront explorés.
Tout est histoire de figures paternelles pour eux deux. Mais là où Kylo cherche visiblement à détruire ses figures, Rey ne peut s’empêcher de les chercher (en Han, en Luke ){1}.
Obsédés par les mêmes thèmes mais pas pour les mêmes raisons.
La saga passe d’une histoire de filiation de sang à la filiation spirituelle. Sans pour autant se départir de la dimension « drame familiale cosmique » qui sied à la saga depuis sa création.

Il en va de même pour les acteurs qui, comme leurs personnages, doivent jouer avec d’autres et sortir de leur zone de confort.
Daisy Ridley incarne toujours avec détermination une Rey guerrière et volontaire mais empathique et optimiste. Alors que leur duo était le sel de The Force Awakens, John Boyega se retrouve bien plus souvent à jouer avec Kelly Marie Tran qu’avec Daisy Ridley.
Oscar Isaac peut enfin jouer autre chose que le gentil pilote assez lisse et donner plus d’amplitude à son jeu d’acteur. Carrie Fischer incarne toujours aussi aisément la princesse Leïa, et Mark Hamill…disons qu’il nous offre un Luke Skywalker jamais vu.
Parfois désabusé, plus ronin que samourai de l’espace, un vieux sage bien en forme à qui l’on demande de reprendre du service et qui rechigne, hanté par un passé pas toujours glorieux. Hamill se donne à fond dans la composition de son personnage ayant évolué ( bien plus que son copain Harrison Ford dans Blade Runner 2049).
Ses mimiques, ses regards… tout concourt à nous faire cerner le nouveau ancien Luke Skywalker. Alors oui, on regrettera sans doute de voir que R2 et Chewie sont un à peine plus présents qu’un caméo. Mais la nouvelle trilogie n’est-elle pas tournée vers l’avenir et donc vers les nouveaux personnages ?




Le film se termine en apothéose guerrière où là encore, tout ce qui nous fait dire «  On nous refait The Empire Strikes-Back » est laminé après deux minutes. Les enjeux se ressemblent, les moyens non. Et les pics émotionnel atteints peuvent laisser KO.
Du début à la fin, rien ne semble se conformer aux attentes ou déduction du public. Respectueux de son héritage mais désireux de ne pas se laisser définir par celui-ci, Rian Jonhson imprime un style différent à la saga et laisse certaines choses en suspens pour offrir des possibilités assez fortes pour l’épisode IX.




Et un challenge pour J.J Abrams de passer après un autre réalisateur, lui qui a eu l’habitude d’imprimer un point de départ et de laisser d’autres finir la chose ( Alias, Lost, Fringe pour évoquer les séries, Star Trek pour évoquer les films et même Mission : Impossible III où il imprimait le début d’une saga au sein même d’une franchise qui avait vu passer De Palma et John Woo avant lui).
Il aura fort à faire quand on voit l’imagerie et les moyens que Johnson a mis en œuvre.
Des moyens techniques (et une certaine maîtrise de ceux-ci ) évidents : le plan travelling nous faisant découvrir la planète casino n’est pas seulement techniquement bluffant, il est aussi un hommage à un plan vaguement similaire du film Wings, premier film à avoir gagné l’Oscar du meilleur film d’ailleurs.
La prédominance de la couleur rouge, couleur de l’agression et de la mort, et de ses différentes teintes, chacune appelant un symbole et donc une interprétation différente de cette couleur ( faites attention à ses différentes utilisations au cours du film ). Et les idées visuelles inédites à la saga sont présentes également. Comme tout bon padawan esseulé, Rey passera aussi par une épreuve de la grotte {2}. Mais attention à la surprise du traitement et de l’image.






Tout comme son comparse Abrams, Johnson use des techniques animatroniques et des images de synthèse. Si le temps des maquettes simulant les vaisseaux spatiaux est bien révolu, les robots, les maquillages, les décors travaillés avec soin, etc…font partie de l’arsenal de guerre du réalisateur , là où Lucas avait privilégié le numérique comme arme quasi-absolue. Le mélange des deux n’atteint pas le niveau d’excellence de Spielberg sur Jurassic Park et The Lost World (mais qui rivalise avec Spielberg, à part Cameron ? ) mais on sent que l’ambition est là. Le design de production est soigné et les techniques pour le rendre beau ont sans doute été pesées avec soins pour savoir laquelle serait utilisée au bon moment pour servir au mieux le film.

Les gardiennes du temple Jedi sur Ach-to. Fort différentes des gardiens des whills de Rogue One hein ?

Niveau ambition musicale par contre, John Williams n’est plus au top. Attention, l’homme reste un compositeur de premier rang, capable de vous faire vous envoler avec sa musique. Mais la fougue et la richesse d’antan sont derrière lui.
Si le thème musicale de Rey et de la résistance fonctionnaient (et fonctionne toujours ) dans le précédent film, le reste de la musique était souvent démonstratif (là où Michael Giacchino, arrivé à la bourre sur Rogue One a laissé plus de nouvelles mélodies en tête).
Rebelote ici où Williams reste des plus agréables à écouter mais des plus oubliables à la sortie de la salle. Certes, il retravaille ses thèmes existant (parfois depuis 1977 ) mais ce qu’il propose de neuf ne marque pas les esprits plus que ça. Dommage sans être jamais honteux, surtout de la part d’un compositeur qui a déjà 85 ans !



The Last Jedi divisera. Les fans de la première heure, les fans « gardiens du temple » intégristes, les spectateurs plus lambda.
Car il propose un vrai regard d'auteur tranché sur l’ensemble de la saga, de ses concepts manichéens trop simples au goût du réalisateur et sur l’agencement des divers éléments qui le compose. Même les combats au sabre ne seront pas ce à quoi vous vous attendez.
Mais il est un spectacle riche, généreux, long sans être lent ( les 2h30 passent vite mais l’on sent que certaines scènes manquent où ne sont pas approfondies comme il le faudrait. C’est un Star Wars, pas un film de Peter Jackson sur la Terre du Milieu ) .

On lui pardonne bien vite des dialogues parfois trop appuyés pour décrire le caractère des personnages ( ce n’est pas les bisounours ou Skeletor mais c’est parfois un tantinet cliché chez certains personnages heureusement peu nombreux ) et l’on reste estomaqué par le spectacle et ses répercussions sur la saga, ses héros et leurs futurs à tous…Un blockbuster dans ce qu’il a de plus noble. Et qui mérite plus d’une vision pour l’appréhender pleinement !

Que la Force soit avec nous, encore deux ans à attendre !



nb: cette critique ne fait que survoler le film. Pour pleinement l'analyser, il aurait fallu rentrer dans des détails sensibles. Néanmoins, je note mes idées pour plus tard. 2020 sera l'année où je pourrais vraiment faire des parallèles entre les trois trilogies,etc...


{1} Tuer le père. Rechercher le père.
Deux quêtes différentes.
Plus marquées dans cette nouvelle trilogie (et Rogue One) que lors des 6 opus précédents.Et pour cause.
Mais d'abord, revenons sur la figure paternelle telle que vue par George Lucas et dépendant de son vécu. Lucas avait un père qui rêvait de voir son fils reprendre l'entreprise qu'il avait fondée. George n'en avait cure. Il voulait vivre sa vie, tracer son propre chemin. Il est Luke, son papa est Darth Vader ( simplifions ).
Ce rejet du père, il l'insufflera aussi dans son autre grande création : Indiana Jones. Indiana est un nom d'aventure, son vrai nom est Henry Jones Jr. Indy rejette l'héritage de la famille, forge son prénom et laisse tomber le Jr. Alors que son père ne cesse de lui rappeler qui il est.
Mais si ce brave Sean Connery n'est pas aussi noir que Vader c'est pour une raison simple. Lucas n'est pas aux commandes de la saga Indiana Jones, son ami réalisateur Steven Spielberg est derrière la caméra. Et il a beau dire ce qu'il veut dans les making-of, il n'est pas là juste pour mettre son talent au service de Lucas, il sait imposer des choix et des thématiques.Et la thématique la plus chère de Steven Spielberg, c'est la recherche du père, la reconnexion avec lui. Traumatisé par le divorce de ses parents qui le conduira à essentiellement vivre avec sa mère, Spielberg a jalonné sa carrière de tentatives cinématographiques de rassembler sa famille ou de pointer du doigt ce manque , ce trou béant qui l'a animé ( Elliott dans E.T , c'est lui ! Les enfants de divorcés dans Jurassic Park à la recherche d'un parent de substitution ? La fille de Ian Malcolm  - Le Monde Perdu - qui vit mal que celui-ci parte si souvent sans elle ? Je continue ?  ).
Alors , que croyez-vous qu'il peut bien se passer quand la directrice de Lucasfilm engage J.J Abrams, Gareth Edwards ou Rian Johnson pour s'attaquer à Star Wars ?
Ils sont la génération qui a grandi avec La Guerre des Étoiles. Mais ce ne sont que 3 films. 3 films parmi ceux qui auront marqué les années 80 et 90, et la majeure partie de ces films sont signés Spielberg ou produits par lui.
L'épisode VII est co-écrit et réalisé par J.J Abrams ( l'autre scénariste, a écrit L'empire contre-attaque...et Les aventuriers de l'arche perdue. Réalisé par qui déja ? ). Abrams est l'héritier reconnu de Spielberg. Par ses collaborateurs : Tom Cruise le décrivait comme cela, lui qui avait bossé deux fois avec le grand barbu auparavant. Et par Spielberg lui-même, honneur qu'il n'avais accordé.

J.J est un enfant Amblin, revoyez Super 8 pour vous en convaincre. Son personnage principal, Rey, recherche un père (une famille ), c'est désormais un angle d'attaque Spielbergien.
L'antagoniste cherche à détruire ses figures paternelles, c'est un personnage Lucassien poussé à bout dans sa logique de destruction. Un peu comme les premiers fans de Star Wars perçoivent à George Lucas quand ils évoquent les épisodes I à III.

Rebelote dans Rogue One. Jyn Erso cherche bien plus son père (dans les deux premiers actes ) qu'à aider les rebelles. Et Gareth Edwards sortait de la réalisation de Godzilla, l'hommage le plus marqué et le plus assumé à Jurassic Park depuis...depuis Jurassic Park ! On notera cependant qu'autant Godzilla que Super 8 se concentrait sur une variante : le héros n'était pas en manque de père mais de mère. Histoire de changer un peu une dynamique que le maître a si souvent employée.
Les auteurs embrassent leur héritage culturelle. Star Wars en fait partie, mais apparemment, quelqu'un les a  fait bien plus rêver que George Lucas sur le long terme. Hors, si Indiana Jones nous prouve une chose, c'est que les histoires de Lucas s’accommodent très bien des injections de l'ADN cinéma de Steven Spielberg. Ses héritiers et enfants spirituels le savent ou le sentent. Ils l'appliquent en tout cas.

{2} Sur le sujet, votre serviteur s'est fait avoir. J'étais certain qu'une telle épreuve l'attendrait, comme elle a attendu Luke lors de son initiation avec Yoda. Et lorsque les bandes-annonces ont donné un aperçu aquatique de ce passage, j'ai pensé à un concept développé à la base pour l'épisode 7.
Lors de la conception de l'episode 7, l'équipe de production est partie à la recherche de concepts, d'images fortes.
Les premiers dessins et les premiers pas de l'histoire étaient un peu différents. Rey s'appelait Kyra et la planète dépotoir de Jakku avait un autre look ( il y avait des canaux à la Venise par exemple).
Hors , une des idées qui avaient été avancées, était l'exploration des ruines de la seconde Étoile de la Mort qui serait tombée dans un gros lac sur Endor. J'ai crû que cette idée serait reprise comme épreuve de la grotte baignée (c'est le cas de le dire) par le côté obscur. Je me suis trompé. Bien que l'idée (et les images qui iraient avec) est bonne et peut encore être utilisée dans le IX.




Je vous invite à lire les deux ouvrages suivants pour plus de détails.