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dimanche 7 décembre 2025

Médecin , guéris-toi !

Alastair Reynolds est un nom bien connu des amateurs de science-fiction et de space opera en particulier. 

Celui-ci , en se mettant des limites ( comme le fait qu’aucun vaisseau ne va plus vite que la lumière ) doit constamment chercher de nouvelles façons de créer un univers vaste et inconnu à explorer difficilement. 


Dès lors que l’on sait dans quelle catégorie l’auteur gallois boxe , il est surprenant de le retrouver sur un récit d’exploration polaire situé au…XIXè siècle ! 




Le Dr Silas Coade est chirurgien de bord sur une goélette, le Déméter ( oui comme le navire dans Dracula ). Son quotidien est de rafistoler les petits bobos des marins , de supporter Miss Cossille qui ne rate jamais une occasion de le reprendre et de divertir l’équipage en leur lisant les pages de son projet de roman qu’il écrit lorsqu’il ne travaille pas. 

Le Déméter vogue à la recherche d’un étrange édifice dont l’armateur, Topolsky, a eu vent quelques temps auparavant grâce au témoignage de marins ayant servi sur le navire Europe. 


Tout se déroule plus ou moins calmement jusqu’au jour où Coade doit trépaner le colonel Ramos. Après avoir sauvé la vie du malheureux, les deux hommes deviennent amis et vont tous deux petit à petit remarquer quelque chose d’étrange à la périphérie de leur cognition. 


En dire plus serait purement criminel et détournerait le lecteur des surprises et fausserait sa faculté à remettre dans l’ordre les divers éléments qui lui sont fournis pas à pas au fil de l’ouvrage.

Sachez seulement que, comme la couverture vous l’indique un peu, que Reynolds n’a pas laissé tomber son goût pour l’espace mais qu’il vous cache le comment du pourquoi (ou inversement). 


L’auteur utilise une mécanique peu originale pour faire fonctionner sa machine mais le tour de magie n’est pas là. Le tour, c’est de raconter une histoire de la meilleure façon possible. Et à ce petit jeu , même une fois le twist révélé ( au ¾ du roman), Reynolds a choppé son lecteur par le cortex et ne le lâche plus. 

Ses personnages sont bien campés, passant vite de simples tropes à des créatures avec une profondeur et des aspirations. 

Ceux-ci sont lancés dans une ( des ?) aventure humaine plus grande que la vie et que la compréhension, flirtant de loin mais de fait avec les récits du célèbre reclus de Providence. 


En résulte un roman aussi intimiste qu’il n’est grand dans les dimensions explorées par notre groupe de héros , qui manie le sens du spectaculaire sans en faire trop et qui ouvre une fenêtre sur l’univers d’un auteur fasciné par l’immensément grand (il est ingénieur, ayant travaillé sur les télescopes de l’Agence Européenne pour l’Espace ). 
L'ouvrage a été traduit par le briscard Pierre-Paul Durastanti pour Le Bélial qui , comme souvent , nous livre le texte sous couverture souple ornée d'une illustration qui met à l'amende celle de la V.O. 


Je terminerai cette très courte chronique par : «  Donnez moi 100 millions et j’en fais un film épique et poignant !  Mais filez moi ce pognon enfin !!!!! »


mardi 18 novembre 2025

Step Back in Time # 2 : 65 millions d'années pour le réaliser.

Il y a un avant et un après.
Il y a des événements qui changent les choses, qui changent le regard.
Rares sont les personnes qui peuvent se vanter d’avoir empiler les « avant/après »
Steven Spielberg est de ces personnes.
Il y a un avant Jaws et un après.  Il a inventé le blockbuster ! ( ne jetez pas la pierre, il n’est pas responsable de ce que les autres ont pu en faire).
Il y a un avant E.T et un après. Il a mis fin aux délires d’invasion alien au cinéma ( Independance Day ? Vous le regardez encore souvent? ; même les chaines télé miteuses ne le programment plus. )
Il y a un avant Jurassic Park et un après.  Et lui, va tout changer. En même temps que les dinosaures font tomber les barrières de leurs enclos, les réalisateurs feront s’envoler celles de leur imagination. Tout devenait possible.
Mais je brûle les étapes, pardon.

Nous sommes à la fin des années 80, début des années 90. Spielberg est alors une machine de production à lui tout seul. Il a enchaîné La dernière Croisade, Always et Hook s’apprête à sortir avec la meilleure musique que John Williams a jamais composée.
Son activité de producteur est à la hausse et il a même des billes dans des séries d’animation de la Warner ( les Tiny Toon, les Animaniacs, et j’en passe). Avant James Cameron, le roi du monde était un petit barbu de Cincinnati ! En alors que Hook est presque fini, Spielby a déjà les yeux vers son futur. Sans se douter qu’il allait défricher celui de son média, le cinéma.




Son prochain projet ? E.R, une histoire centrée sur les heurts , bonheurs et malheurs d’une équipe d’urgentistes dans un hôpital . Le scénario est écrit par Michael Crichton, auteur de romans à succès. Alors que nos deux larrons, amis dans le civil, discutent, Steven le questionne sur son prochain roman. Une histoire de dinosaure dans un parc d’attraction qui déraille (oui voila, ça ressemble à Westworld à la préhistoire, bien vu ! ) .
Les yeux s’écarquillent. L’excitation guette.
Spielberg n’en a plus rien à cirer de ses urgentistes et Crichton pourra aller vendre son scénario à la télévision. Ça révélera George Clooney ( l’homme qui a failli faire tomber Batman mais qui a relevé l’action Nespresso à la bourse ! ).





           ( James Cameron aussi était intéressé mais a avoué que sa version aurait été fort différente)




Spielberg veut réaliser un film tiré d’un roman même pas encore finalisé ! Et ça urge, parce que E.R devait être relativement facile à tourner, où du moins rapide ( unité de temps et de lieux minimale , ça aide pour mettre en boîte rapidement ) et que tonton Steve, il a La liste de Schindler qui commence à se profiler. Un projet lourd, à la logistique monstre pour lequel Spielberg aura besoin de temps pour le finaliser au mieux.
Crichton planche sur le scénario, aidé par David Koep, en même temps qu’il termine son livre. Universal, producteur de Schindler, remporte la guerre entre studios pour l’acquisition des droits. Les deux films sortiront la même année. Deux films diamétralement dissemblables ? Et bien nous verrons plus loin que non.
Il y a deux choses qui stimulent Spielberg plus que de raison à se pencher sur Jurassic Park.
Petit A , Steven Spielberg est issu d’une génération de cinéphiles. Des films l’ont fait rêver étant gosse et voila l’occasion de rendre hommage aux effets de Ray Harryhausen en général et à King Kong en particulier !




Petit B , le thème central du film est le même que La Liste de Schindler.
Un thème qui a traversé la filmo de Spielberg et qui continue de le faire aujourd’hui !
Que nous montre Jurassic Park ?
Dans un lieu coupé de tout, un petit groupe d’individus a isolé une espèce entière et entend la régenter comme bon lui semble. Ce groupe est déshumanisé par la machine bureaucratique qu’ils sont devenus. Et nient la nature vivante même des prisonniers.
D’aucuns se sont adaptés, d’autres vont saisir la chance de se rebeller et de vivre libres quand l’occasion se présentera sous la forme d’un chaos total.
C’est Jurassic Park dont les dinosaures vont se montrer peu dociles quand Dennis Nedry coupe le système et provoque le chaos.
Ce sont les juifs de Varsovie (certains du moins) qui vont tenter de survivre et de s’évader quand leur prison sera assiégée par l’armée allemande provoquant un chaos dans les rues et les habitations.
Il y aura des morts mais la vie trouvera son chemin.

La machine non-humaine qui tente de réguler la vie ,voire même de la broyer, est un thème cher à Spielberg et on le retrouvera dans d’autres films postérieurs, comme Minority Report par exemple, ou même la Guerre des Mondes.
Et cette machine déraille toujours, elle se fait bouffer de l’intérieur. Voila la croyance de Spielberg qui transpire même dans ses films où il montre bien qu’il n’a plus confiance en l’humain.
Parce que sa conviction est ancrée. Voila pourquoi Jurassic Park est cohérent dans la filmo de Spielberg. Voila pourquoi toute sa filmo est cohérente !


Bon, cet aparté idéologique étant derrière nous, revenons à nos dinos !

Donner vie à des monstres préhistoriques , voila qui a de quoi être excitant…et flippant. Pas le droit à l’erreur. Fini le temps de la stop-motion belle mais voyante ( les mouvements doivent être fluides) ou du déguisement de lézards vivants grimé en dinosaures fantaisistes ( diantre, le public a vu Le petit dinsoaure et la vallée des merveilles ! et sait à quoi doit ressembler un dino au ciné…qui a produit ce film déjà ? ) !
Mais les défis techniques, Steven connaît et il sait où s’adresser : chez ILM, la boîte à effets spéciaux de son copain George (Lucas).  Et c’est là que l’histoire va se jouer. C’est là que l’analogique va rencontrer le numérique. C’est là que l’évolution va se mettre en marche.
Les premiers cinéastes étaient des Géants. Ils ont construit des mondes sans avoir de repères sur l’art qu’ils inventaient.
Les seconds ont vu les films et on imaginés l’avenir : ils étaient doublement des voyants.
Spielberg est de ceux-là. Et son film va lancer un nouveau mouvement. L’évolution se base sur…( allez les gars, ça fait 17 ans que les films X-men en parlent…) la mutation ! Il est là, le temps des mutants débute.  ( cette réflexion est en partie basée sur les titre des trois très gros essais de Pierre Berthomieu aux éditions Rouge Profond ).

Quand une espèce plus évoluée apparaît, elle entraîne la disparition de sa cousine moins adaptée. Mais là, Spielberg ne sait pas encore qu’il va faire tomber le premier domino.
Il pénètre dans ILM en se disant que l’animation stop-motion a fait d’énorme progrès et qu’il aura sans doute besoin de gros robots bien balèzes qui ne tomberont pas en panne comme son foutu requin presque 20 ans auparavant !


Bon, là, petit aparté, oui encore !
Les ennuis mécaniques de Bruce ( le requin ; Spielberg l’a nommé ainsi en hommage à son avocat…true stroy ! ) ont fait dire que Spielberg a retourné ce soucis à son avantage en lui permettant de repenser sa mise en scène basée sur la suggestion plus que sur l’illustration.
Ce n’est qu’en partie vrai. Dès le début, Spielberg voulait montrer le requin tardivement pour maximiser sa première apparition. Les soucis techniques l’ont poussé à devoir repenser plusieurs séquences où le requin était prévu pour qu’elles s’insèrent dans cette démarche suggestive ( ce qui a débouché sur un dépassement de temps de tournage et de budget par la force des choses).
Ridley Scott s’en inspirera pour Alien, tout comme il s’inspirera du début de Saving Private Ryan pour l’ouverture de Gladiator. C’est la différence entre un génie et un mec hyper talentueux : y en a un qui passe toujours un peu avant l’autre.

Pour ses "Dents de la Terre", Spielberg ne veut pas revivre les frustrations de ses Dents de la Mer. Mais que l’on ne s’y trompe pas, Jurassic Park n’est pas là pour effacer les affres du passé (et digérés) de Spielberg ni pour faire le minimum syndical en sachant que le public viendra sans aucun doute voir une «  resucée » du requin sous une nouvelle forme.
Les deux films s’ouvrent sur une attaque monstrueuse montée, pensée, mise en scène différemment et avec l’énergie qui convient au projet. Il y a des points communs mais encore une fois, je me répète : la filmo de Steven Spielberg est d’une cohérence rare dans ses thèmes et ses approches.







Bref, Steven sait ce qu’il lui faut et il discute des modalités. Et le jour des premiers essais, tout fonctionne. C’est beau, génial, le film va se faire avec de bonnes vieilles méthodes qui ne subissent plus les accrocs d’antan.
Mais…mais…c’est là qu’entre en scène Dennis Murren.
Murren sort de deux films de James Cameron : Abyss et Terminator 2. Et certains effets ont été créés par ordinateurs. Pas super longs en temps de présence à l’écran mais assez bluffants pour être remarqués. Et Murren en est convaincu, cette méthode en a dans le ventre. Il propose à Spielberg de lui démontrer sa certitude et concocte avec son équipe une séquence mettant en scène le T-Rex. Spielby est bluffé. L’animation est au top et demande moins de lourdeurs dans la réalisation pour insérer les dinos. L’option stop-motion est écartée mais l’animateur Phil Tippet est embauché dans l’équipe de Murren . Après tout, ils ont besoin de références pour animer les mouvements. La nouvelle espèce possède toujours des attributs de l’ancienne et la transition entre les deux est ici pacifique. Mais pour tout un tas de séquences, Spielberg a besoin de robots. Et c’est là que va résider le tour de force.

L’alternance des techniques ! Utiliser le bon outil au bon moment à bon escient. Un plan nécessite un robot ? On prend le robot, un plan a besoin de fluidité ? On prend les images de synthèses. Il faut penser bien en amont les plans et comment ils devront être tournés, et avec quoi ! C’est ce travail qui rend le film si fort visuellement encore aujourd’hui ( ce film a 30 ans et la met encore minable à pas mal de films récents. Quelles sont leurs mauvaises excuses ? )  alors que moins de 15 minutes d’images de synthèses sont en tout utilisées dans le film.  Et chacune sont frappantes, chacune a marqué les esprits ! Quel film actuel peut se vanter de ça ? Et elles ne sont pas marquantes que parce qu’elles sont belles et innovantes pour l’époque. Non, elles marquent parce que la mise en scène et le montage prépare le terrain avant leur apparition.




Le brachiosaure qui apparaît ? Juste avant , la caméra va s’attarder sur les visages et les réactions de Grant et Sattler. Puis paf, ça coupe sur les dinos au loin ! Ensuite seulement on embraye sur Malcolm et son cynisme ( sa note d’humour enfonce le clou ! " Il y est arrivé ce vieux dégénéré ! ")


Le T-Rex s’évade ? Un verre d’eau qui tremble, une chèvre morte qui tombe sur le toit de la voiture, une patte sur un câble et BOUM ! Les piliers tombent, le Roi sort de son antre ! Et le public retient son souffle. Plusieurs fois sur le même film.
Tous les successeurs de Spielberg sur la franchise, je dis bien TOUS, se ramasseront dans les grandes largeurs quand il s’agira d’introduire des menaces gigantesques.
Le navet Jurassic Park III et les nanars Jurassic World ne retrouveront jamais la force évocatrice de Jurassic Park ( à part peut-être deux ou trois plans dans Fallen Kingdom de J.A Bayona mais pas de quoi en faire un jambon ).  Au lieu de se demander comme refaire l’exploit Jurassic Park (impossible, même pour le papa de la chose), la question aurait du être « Que pouvons-nous apprendre des réussites de The Lost World ? » . Question que les compositeurs Don Davis ( les 3 premiers Matrix ) et Michael Giacchino ( Jupiter Ascending, The Batman) se poseront, eux. 

Le cinéma étant un art collectif où le réalisateur ( dans le meilleur des cas ) est le capitaine du navire et ses matelots et gradés occupent des postes plus ou moins importants. Les premiers auxquels on pense sont les acteurs ( car nous les voyons à l’écran ).  Le casting est bon, solide. As usual, Spielberg sait tirer vers le haut les acteurs plus jeunes sans rendre leur jeu crispant.
Jeff Goldblum est aussi agaçant que cyniquement amusant dans le rôle de Ian Malcolm et Sam Neill joue un Alan Grant presque désabusé par son métier et la fin annoncée de celui-ci avec l’arrivée du parc jurassique. La rumeur prétend que Spielberg devait initialement tourner avec Harrison Ford qui aurait troqué son rôle d’archéologue pour celui de paléontologue. Je me disais aussi que les chapeaux des deux héros se ressemblaient.



Mais pour voir les acteurs, il faut exciter le pellicule. Et c’est le boulot du directeur de la photographie. Ici, c’est à Dean Cundey qu’il incombe de mettre en lumière les décors.
Cundey n’est ni le meilleur directeur photo ni le pire. Il sort d’une autre collaboration avec Spielberg, Hook. Son approche naturaliste ( dans le sens où sa mise en lumière donne l’impression de voir la réalité nue, comme les superbes clichés du National Geographic par exemple ) aura été catastrophique sur Hook : tourné en studio, son approche de la lumière met en avant que tout est faux et chiqué ! Neverland aurait dû être une Terre du Milieu plus petite et sous LSD, pas un studio ultra friqué mais en toc ! Ce genre de chose peut disparaître grâce à une bonne photo, les gars sur Star Wars et Alien 1 et 2 n’ont fait que ça ! Mais sur Jurassic Park, le choix est payant !

Belles comme le papier glacé du magazine aux couvertures  jaunes cité plus haut, elles donnent l’impression de se balader dans un joli DisneyLand ambiance jungle bien entretenue. Et quand le spectateur se sent comme chez Mickey, tout se détraque et l’impact est renforcé. L’ambiance n’était pas à la peur ou à l’horreur. Et quand ces dernières débarquent, l’effet est maximisé au possible. La pellicule toute jolie se trouve entachée, comme le sang, la tension et le suspens viennent engluer l'image comme du venin de dilophosaure sur une proie !




Mais Spielberg devra noter ses intentions car il ne peut être présent pour l’ensemble du montage.
Il doit partir tourner La Liste de Schindler. Mais à qui laisser son bébé ? À un exécutif du studio ? Non !
Spielberg a un ami. Réalisateur avec un attrait phénoménal pour le montage.
Quelqu’un de carré, qui sait bosser dans les délais ( c’est lui qui inculquera cette notion à Spielberg d’ailleurs. Lui qui dépassait temps et budget sera désormais un gars capable de boucler ses tournages avant la date finale fixée après avoir bossé avec son grand pote).
Quelqu’un dont le travail sur Jurassic Park sera méconnu mais cité au générique dans les remerciements : George Lucas.
Lucas va superviser le montage pour son pote en suivant ses instructions et en apportant sa science au projet. L’histoire ne dit pas quelles scènes furent sauvées ou sacrifiées ni par lequel des deux.



Et en l’état, même si Spielberg avait eu le temps de rester, le film ne serait sans doute pas différent. Mais Lucas a sauvé les délais pour Spielberg. Et quand il a vu les résultats , Lucas s’est dit «  Bon sang, ça y est, la technologie pour les épisodes 1 à 3 de Star Wars est prête ! » . Un coup de pouce pour un ami en forme de «  je t’ai laissé mes plans et les pièces, monte-moi cette commode Ikéa » allait lancer le retour de la Force et des Jedi au cinéma…mais ça, c’est une autre histoire !

John Williams, fidèle compositeur de tonton Steven rempile pour cette aventure. Si son thème musical est beau et reste en tête, on ne peut que s’étonner du manque d’ampleur de sa composition. Trop sage, trop convenue. Alors oui, sage et convenue pour du John Williams c’est toujours quelques coudées au-dessus de pas mal d’autres mais au vu des sujets et de la taille du film, on pouvait s’attendre à plus pêchu ! Il se rattrapera et vraiment pas qu’un peu sur The Lost World, une des B.O les plus abouties et qui s’écoute encore d’une traite en CD !

                                        

                             
                             

                                      
                         


 

Jurassic Park aura marqué les esprits. Il aura marqué le public, les professionnels ( 3 Oscars !)…mais il aura marqué le cinéma. Il est le film qui a dit «  Désormais, la seule limite de notre media, c’est notre imagination. Les outils sont là, faites marcher vos neurones. » Quel dommage que tant de films ne se reposent sur ses merveilleux outils sans réfléchir sur la façon de s’en servir correctement. Mais cela rend les pépites et les travaux honnêtes et passionnés de certains réalisateurs bien plus puissantes.
Et ces films-là, ils vous apportent quelque chose.
Lorsque l'on marque la pop-culture de son empreinte, l'on marque la pensée collective et s'ouvre la voie de devenir un classique et une référence immédiatement reconnaissable ( et ouvert aux détournements ). 




Vous entrez dans la salle de cinéma avec votre paquet de pop-corn et quand les lumières s’allument, vous constatez que vous n’en avez presque pas mangé ! Si plus de films avaient ce pouvoir-là, le taux de cholestérol de l’occident diminuerait et les consciences s’élèveraient peut-être un peu plus ! Non, pensez-y. Vous en connaissez beaucoup vous des films qui vulgarisent la théorie du chaos et l'effet papillon comme ça ou qui change à vie votre vision des dinosaures et des oiseaux ?



Le numérique se projette sur l'analogique. L'image est simple, belle, parlante !






lundi 17 novembre 2025

Matrix quand tu mélanges tes pilules !

 « La fabrique des héros » est une collection de petits ouvrages, des essais tournant autour d’une figure héroïque et où les auteurs tentent de décortique les aspects les plus profonds de personnages connus. Ainsi, Batman, Dr Strange, Hermione Granger , Mercredi Adams , Dark Vador et même Martine ou Milou on eu droit à leur essai respectif. 

La dernière entrée dans cette collection concerne Neo, l’élu de la saga The Matrix. 





Il est délicat de chroniquer un essai. Contrairement à une fiction , l’essai est purement théorique et souligne au vert fluo les vues de l’auteur. Il y a peu de place pour l’interprétation et critiquer le travail effectué flirt avec encenser ou critiquer ouvertement la personne derrière le texte. 


Selon le texte situé sur le quatrième de couverture, l’auteur, Sébastien Denis, est Professeur en Histoire, cinéma et médias à l’Université Paris 1 Panthéon Sorbonne. Auteur de nombreux ouvrages, il travaille, entre autres, sur le cinéma de propagande, le cinéma d’animation et les relations entre cinéma et arts plastiques. 


L’on serait donc en droit d’attendre une méthodologie sérieuse et des remarques pertinentes. 

Malheureusement, il en va des collections littéraires comme des familles : il y a toujours des vilains petits canards dans le lot. Et cet ouvrage en est un sacré ! 


N’ergotons pas : quelques remarques sonnent juste et méritent en effet que l’on s’y attarde.

Le reste mon dieu…


Plusieurs défauts structurels de la pensée de Sébastien Denis sont exposés, par lui-même, dès le début de l’ouvrage. Par exemple, il ne prendra en compte que les films composant la tétralogie et délaissera les œuvres transmédia composant la saga. Certes, éjecter des parties d’un corpus n’est pas nouveau et ne constitue pas en soi un acte de barbarie ignoble et ignare. Cependant, il est de bon ton d’expliquer pourquoi ces parties ne sont pas prises en compte. 

Cette explication n’est pas abordée de manière sérieuse, l’auteur prétextant que Neo n’apparait pas ailleurs.  

Cela est d’autant plus étrange que l’auteur se référera dans son texte à Animatrix et Matrix Revisited ( sans prendre en compte pour ce dernier qu’il s’agit bien d’une œuvre promotionnelle dont certains passages semblent être au mieux antidatés , donc un brin frauduleux et tenant de l’hagiographie de la production du premier film ). 

Il n’y a aucune raison de laisser sur le côté Animatrix : ces courts-métrages animés enrichissent l’univers Matrix – univers où évolue Neo, produit de son environnement. Un environnement enrichi dans ces pastilles animées.

De plus , Neo intervient dans l’une d’entre elles. L’environnement de la saga agit sur Neo et Neo agit sur cet environnement. 



Ensuite, l’auteur va souvent et longuement faire reposer sa pensée sur une erreur de lecture de l’œuvre. 

Que vous ayez aimé ou abhorré The Matrix Reloaded , vous vous souvenez sans aucun doute de la scène où Neo rencontre le père de la Matrice : l’Architecte ( et se moque de Neo lorsque ce dernier prend l’Oracle pour la mère. Il s’agit en fait de Persephone ). 

Celui-ci explique à Neo (et donc au spectateur ) que Neo est une anomalie systémique. Connue et contrôlable. Neo en est d’ailleurs la 6e version. 

Sébastien Denis en conclut, un peu trop vite, que Neo est donc le 6e Neo , la copie d’une copie d’une copie…une sorte de clone revenant sans cesse.

C’est faire ici abstraction de deux détails pourtant bien pointés à l’écran : l’appartement de l’Oracle est rempli de jeunes gens orphelins dotés de capacités échappant à Morpheus ou Trinity ; et ces jeunes gens sont appelés des potentiels. Neo est un potentiel parmi d’autres avant d’être ramené par Trinity et de devenir l’élu. 

Et s’il devient l’élu c’est parce que Trinity en tombe amoureuse, manipulée par l’Oracle elle-même. Ce qui pointerait que cette anomalie en particulier est intéressante à exploiter au-delà du code informatique qu'il porte et permettant de recharger la matrice. Au contraire, il peut peut-être la révolutionner ( reloded - revolutions ).

Secundo , l’idée que Neo est une copie peut naître dans l’esprit du spectateur lorsque les écrans de contrôle de la salle de l’Architecte montrent diverses réactions de Neo face à la vérité énoncée.

Un regard scrutateur nous apprend pourtant que les écrans montrent tous une réaction différente. 

Sur ce plan serré où seuls quelques écrans sont visibles, nous pouvons compter 15  réactions différentes(oui, 15 !!!! Parmi des centaines d'écrans montrant des images différentes du même personnage ).
Il n’y a pourtant eu que 6 élus , Neo compris. Ce ne sont donc pas des images d’archives.  Impossible de prendre au sérieux quelque raisonnement basé sur cette idée de clone se répétant donc.



L'Architecte ne parle que d'équations et de probabilités. Les écrans montrent les réactions possibles de Neo et la caméra traverse alors l'écran correspondant à la réaction naturelle de Neo. Cette narration se répète plus d'une fois lors de cette scène. Cela peut désarçonner lors du premier visionnage. Pas lors de visionnages multiples pensés pour analyser la chose. 


L’auteur va ensuite , et je ne peux lui jeter la pierre pour ça , s’attaquer à…l’Église de Scientologie et Elon Musk. 

Par un tour de contorsionniste intellectuel , Denis va patiemment nous expliquer que Neo agit comme le parfait scientologue. Les preuves ? Les scientologues eux-mêmes se réfèrent à Neo lors de leurs actions ( cependant, l’auteur nous  bien rappelé en amont que l’archétype de l’élu est de nature syncrétique et donc permet à divers courant de s’approprier son mythe : l’extrême-droite honnie par les Wacho n’a-t-elle pas récupéré l’expression « prendre la pilule rouge ? » ).
Ensuite, en pointant pas si innocemment que les Wacho ont engagé sur la saga Jada Pinkett-Smith , amie de Tom Cruise et qui a suivi des cours dans des centres scientologues sans jamais adhérer à l’église. L’accusation de culpabilité par association est lancée non pas directement à la face du lecteur mais par insinuation douteuse. Une malhonnêteté intellectuelle crasse doublé d’un manque de courage flagrant. On n'accuse pas, on insinue. On laisse l'idée jouer à INCEPTION dans l'esprit du lecteur. 


Plus loin, lors d’une analogie lunaire, Sébastien Denis rappelle que l’anagramme de Neo n’est pas que One ( élu. Mais le mot est polysémique) mais aussi Eon, une manifestation de Dieu chez les gnostiques. Bien vu, la saga est en effet profondément gnostique. 

Quelques pages plus loin, rappelant à notre bon souvenir ce mot , Eon , il n’hésite pas à accoler, entre parenthèse le nom…Elon. 


Je ne vais pas développer ici comment l’auteur semble penser que The Matrix fait l’apologie des magnats de la tech et de Musk en particulier ( je serais sans doute en plein dans le registre de la violation de copyright )  mais je vais pointer une absurdité.

Une absurdité datant de 2020.


2020 n’est pas que l’année de la pandémie. C’est également l’année où devait sortir DUNE de Denis Villeneuve. Et pour l’occasion ont fleuri moult ouvrages analysant la saga de Frank Herbert ( et certains dépassaient le cadre en allant vers les territoires apocryphes et hérétiques de Brian Herbert &  Kevin J. Anderson ). 




Dans un ouvrage collectif Les enseignements de Dune : Enjeux actuels dans l’œuvre phare de Frank Herbert –  dirigé par Isabelle Lacroix, l’un des articles expliquait calmement qu’en 1965 , Frank Herbert avait calqué son jeune héros, Paul , sur… Saddam Hussein.

Oui, ce Saddam Hussein. Qui en 1965 était un étudiant irakien exilé en Egypte. Bref, il n’était encore personne. 

En 1999 , année de sortie de Matrix , qui donc était Elon Musk ? 


Cette ouvrage sur DUNE annonçait cet ouvrage sur Matrix : tout universitaire soit-il , il est peut-être bon de lire/regarder les œuvres dont on va parler au lieu de simplement avaler les études parues sur le sujet.  Les multiples renvois à d’autres écrivains – dont un considéré comme le meilleur sans que jamais Sébastien Denis ne nous explique pourquoi – laissent peu de place aux doutes. Quant au paragraphe sur l’étymologie du mot matrice, il ressemble beaucoup au texte introductif de Louisa Yousfi pour l’émission « Dans le mythe : la matrice » pour le site Hors-Série.  


Un ouvrage bourrés de syllogismes , conçu semble-t-il non pas dans le but de décortiquer son sujet mais celui de descendre des entités extérieures ( certes peu recommandables) dans une prose rappelant l’éructation presque masturbatoire de certains profs d’université qui vous marquent en première année et que vous moquez dès que votre seconde est bien entamée. 

Pour le bien de la collection ( et de la carrière de son auteur ) , j’espère sincèrement que mon appréciation n’est basée que sur un incident de parcours. 


lundi 13 octobre 2025

Faites de beaux enfants à l'Histoire.

Alors que les deux tomes de la série Inhumain chez Dupuis-Air Libre m’avaient laissé…dubitatif , Valérie Mangin (scénariste derrière Le Fléau des Dieux ) et son époux Denis Bajram (auteur de Universal War One  ) remettent le couvert à deux pour écrire une nouvelle série, cette fois-ci prévue au long cours. TANIS ! (oui, comme la cité antique – où un certain Dr Jones aurait découvert l’arche d’alliance ). 





Nous sommes en 10.000 avant Jésus Christ, toute la Gaule est occupée…euh attendez, non. Nous sommes en 10.000 avant Jésus Christ : ce qui deviendra le royaume d’Égypte n’est encore qu’un village sans nom, composé de huttes rudimentaires plongées dans l’ombre du Sphinx et des pyramides. La nuit, l’anneau d’astéroides autour de la Terre est éclairé par la lune.


Les peuplades éparpillées près du Nil et du delta de ses embranchements sont régulièrement rapinés par les Aryanas, un peuple sanguinaire et pilleur. C’est au milieu d’un carnage que «  l’ancien » d’un village retrouve un bébé, survivante miraculeuse d’une attaque. Ce petit être fragile a la particularité, dans un pays où les habitants ont les cheveux noirs, d’avoir les cheveux blancs. Pour lui éviter d’être considérée comme une aberration ayant attiré le mauvais œil, l’ancien décide de faire croire aux villageois que la petite Tanis est taboue et envoyée des Dieux, destinée à prendre sa place à sa mort.



Mais être une jeune femme taboue que personne ne peut touche ou approcher de trop près est un fardeau lourd à porter et avec son ami Sépi, qu’elle force à transgresser tabou sur tabou , Tanis va découvrir qu’il existe en elle des choses étranges. Après avoir ouvert par sa seule volonté la pyramide contenant le tombeau d’Osiris, Tanis et Sépi vont découvrir le tombeau du Dieu et lui voler son masque. Masque qui donnera à Sépi des capacités surhumaines. Capables de renverser le cours des choses. 

Pour le meilleur ? La première case de l’album nous montre Tanis, adulte, seule sur un trône surélevée, la foule prosternée devant elle.  Toute la série (ou une partie d’icelle) est donc destinée à nous narrer comment une jeune fille naïve mais idéaliste arrive dans une position de pouvoir semi-divin. Le texte en fait une sauveuse, l'imagerie nous raconte autre chose. Le narrateur, comme dans L'homme qui tue Liberty Valance, a-t-il décidé d'imprimer la légende, plus jolie ? 







De l’aveu même des auteurs, TANIS est une série à la fois hommage à leur lectures de jeunesse ( comme Papyrus, également chez Dupuis mais on sent l’influence que les comics des années 70 et 80 ont pu avoir également) et à l’envie de transmettre à une nouvelle génération le goût de la BD d’aventures à une époque où le manga est roi. Ce n’est sans doute pas un hasard si la série est d’ailleurs pré-publiée dans le magazine Spirou. À voir si cette noble ambition sera couronnée de succès. Peut-être via leurs parents qui achèteraient l’album. 


Comme je le disais en introduction, leur précédente double collaboration scénaristique m’avait refroidi ( du scénario assez plat aux dessins peu inspirants ). D’un point de vue de l’écriture, le résultat étant inférieur à la somme des parties.

C’est donc à reculons que j’entrais dans TANIS ( non, c’est pas sale ). Et là, la mayonnaise a pris, la génoise est montée.  Peut-être nos deux auteurs avaient-ils besoin de se lancer dans un projet plus axé jeunesse ? 


Dès le départ, Mangin et Bajram jouent avec le lecteur ( et le jeune lecteur risque de louper des références ). Historienne de formations, Mangin sait où elle met les pieds. Et Bajram avait entamé des études en sciences dures avant de bifurquer vers les beaux arts. Les voila pourtant tous deux en pleine histoire dignes des conspirations les plus folles : Dieux et Géants ayant marché sur Terre , Atlantide ayant coulé , technologie trop avancée pour l’époque. Etc…
Le tout agrémenté des classiques adolescences maussades et contrariées, animaux de compagnie accolés aux héros ( Spip chez Spirou, Milou chez Tintin , les daemon chez Philip Pullman...).

Les thèmes ne sont pas nouveaux mais comme le disait Salvatore Dali : tout a déja été raconté, mais pas par vous ! Défi relevé par Mangin et Bajram donc. 


Scène d'ouverture de Stargate, director's cut.

Les auteurs jouent, donc, avec des mythologies anciennes ( Osiris ) et modernes. ( difficile de ne pas penser à Stargate par exemple , œuvre qui , elle , vendait ses théories de façons un peu trop premier degré dans le domaine du «  On nous cache tout ! »  et les théories du complot comme on en trouve sur les chaînes télés poubelles après 1h du matin ).

Jouent avec les mots aussi : les aryanas sonnent comme les aryens, ce peuple mythifié par les Nazis comme venu du Nord. Et puisque il y a plus ou moins 4000 ans, les peuples de la mer ( des peuples que l’on tente encore d’identifier formellement ) ont attaqué plusieurs civilisations ( Hittite, Égyptienne,…) , il était tentant de mixer les deux et de leur donner un look de viking, avec l’imagerie qui va avec ( muscles saillants, commerces peu équitables , esclavagisme ). 


Le look, parlons-en. C’est Stéphane Perger qui met en images les écrits du couple Mangin/Bajram et ce dernier a un coup de crayon qui ne laisse pas indifférent. Son trait fin et élégant recèle assez de détails pour que personne ne puisse lui reprocher de bâcler quoique ce soit mais il laisse aussi des détails en suspend , lissant un peu l’image, rendant le tout digeste pour le lecteur plus jeune. 


Si l’on devait vraiment reprocher quelque chose à cet album c’est son rythme. Il doit poser une situation et une mythologie interne que l’on devine déjà bien plus grande que ce qui nous est montré ici et les péripéties s'enchaînent vite, au point que le tout semble « facile » et par conséquent cela limite l’implication émotionnelle du lecteur. 


Mais maintenant que les bases sont posées, il ne tient qu’à notre trio de passer la seconde. Et cela tombe bien, l’ambition de faire vivre la série sans devoir attendre 4 ans entre chaque album semble être ancrée dans le projet. 

Comme je le notais plus haut, TANIS est pré-publiée dans SPIROU Magazine et la grande tradition de la belle époque du mag était de retrouver de manière fréquente les héros qui le faisaient vivre. Ainsi, alors que cet album est paru en Janvier ( avec une pré-publi ayant débuté en Novembre ) , TANIS revient déjà dans un album numéro 2…dès ce mois d’Octobre. Un rythme soutenu donc qui semble marquer que l’héroïne est là pour squatter le magazine du groom en rouge régulièrement. 



Notons que pour éviter que la série ne serve de base aux idées les plus folles sur l’histoire du monde, un dossier faisant la part entre fiction et réalité est proposé en fin d’album et que cela devrait être la norme dans chaque tome de la série. 


mercredi 21 mai 2025

Inhumain n'est pas alien.

 Dans bien longtemps, dans une galaxie proche, toute proche…






Un petit vaisseau d’exploration constitué d’un équipage minimaliste : capitaine, pilote , docteure , ouvrier, soldat et gynoïde – se trouve en vue d’une planète inconnue. Le pilote semble crasher le vaisseau volontairement, sans que personne ne se soucie de la chose, tous étant dans un état de douce euphorie. Tous ? Non, Ellis , un petit robot à l’allure féminine résiste encore et toujours à l’absurdité totale. Mais pas assez fortement pour éviter le pire.



La petite nef spatiale s’écrase dans un océan immense et le choc fait retrouver leurs esprits à l’équipage. Plus ou moins. Alors que le vaisseau coule et que l’issue semble réglée , des créatures marines tenants du poulpe et de la méduse les poussent vers la surface.

Mais ce n’est pas la seule surprise qui attend notre petit groupe. Sur le rivage, des humains ! Nus comme aux premiers jours du monde. Mais qui parlent...leur langue ! 

Accueillants , les « sauvages » installent nos protagonistes dans des huttes. Mais quelque chose cloche. Tous sont obsédés à l’idée d’être utiles. Tous se lèvent et se couchent au même moment. Et petit à petit, leurs étranges habitudes béates , dont certaines choquaient les tabous , se transmettent à l’équipage. Le peuple de ce monde parle d’un Grand Tout à rejoindre, d’un Grand tout qui veut ton bien. Est-ce ce Grand Tout le responsable de cette société réglée comme une horloge suisse ? Et quel serait donc son but ? 


Scénarisé par Denis Bajram & Valérie Mangin et dessiné par Thibaut de Rochebrune , Inhumain est un thriller parano mâtiné de planet opera. Le couple de scénariste s’y connaît en science-fiction : Bajram est l’auteur des séries Universal War One et Universal War Two ; Mangin a écrit Le Fléau des Dieux et Le Dernier Troyen ( votre humble serviteur ne soumet ici qu’un échantillon de leurs travaux ). Rochebrune provient lui du monde de l’animation avant d’avoir bifurqué vers un autre art séquentiel, la bande-dessinée. Les présentations étant faites, notre trio s’en sort-il ? 


Oui et non. Le découpage des séquences et le trait de Rochebrune rappellera parfois celui de Bajram sur Universal War. Effet voulu par le scénario ou mimétisme de l’artiste envers le style de son co-auteur ? Impossible à dire mais la réponse n’a peut-être pas tant d’importance que cela : tout est lisible, s’enchaine, se focalise sur ce qui est essentiel sans oublier les petits détails. C’est beau à défaut d’être totalement original dans ses designs et Rochebrune étant également coloriste, il démontre une belle fusion entre dessins et mise en couleurs pour créer des atmosphères palpables tout au long des 94 planches de l’album.


Inhumain est un album de la collection Aire libre des éditions Dupuis. Cette collection s’éloigne des standards habituels ( environ 40 pages par album ) pour laisser aux auteurs l’espace nécessaire à raconter des histoires resserrées ne s’inscrivant pas dans une logique de série au long court. Et c’est pourtant là que le bât blesse. Malgré l’espace alloué aux auteurs , ceux-ci ne tirent pas en longueur leur récit. Mais ne l’étire pas assez pour le rendre pleinement passionnant. 

Dès lors que le groupe de voyageurs spatiaux se met en marche pour explorer la planète et , peut-être trouver comment la quitter, le récit devient un peu répétitif et suit un même schéma dans sa narration : le groupe découvre un nouvel élément du puzzle, en discute un peu beaucoup à la folie et passe à un nouveau niveau , comme dans un jeu vidéo.





Au milieu de tout ceci , bien entendu , des ambiances pesantes et intrigantes ( nos larrons savent écrire ) et des questionnements profonds qui hantent l’esprit humain depuis qu’il a créé la civilisation. Faut-il privilégier le collectif au risque de perdre son identité ou faut-il s’en forger une au risque de faire dérailler tout le collectif ( et donc, toute l’humanité ? ). Faut-il s'infliger la souffrance du libre arbitre , de la conscience et des conséquences ou embrasser avec joie la soumission volontaire à une autorité supérieure, un Grand Tout qui règle nos vies dans une répétition incessante sans accrocs mais aussi sans surprise ? 
Bajram et Mangin n’ont pas la prétention d’avoir les réponses. Mais leur scénario semble avant tout être un prétexte pour présenter ces dilemmes , ces nœuds gordiens intellectuels que nul Alexandre ne parviendra sans doute jamais à trancher. Avec , in fine , cette question : qu’est-ce que la nature humaine ? Et qui est vraiment inhumain dans toute cette histoire ? 


Tous les ingrédients sont bons mais notre trio de bédéastes livre un album agréable, au-dessus de la mêlée même mais trop en dessous de ce dont on les a déjà vus capables.
Un sentiment de trop peu se fait sentir : trop peu d’horreur physique, trop peu d’horreur psychologique , trop peu d’explorations des mœurs , etc…le tout est trop sage et le lecteur n’est jamais poussé dans ses retranchements et trop peu mis mal à l’aise pour que les personnages ne survivent vraiment dans sa mémoire. Pourtant, le trio joue sur les symboles visuels évidents tout en leur donnant une autre signification en cours de route, preuve d'une réflexion travaillée.
Reste l’intrigue et surtout les problématiques qui en découlent,parfait sujet pour faire surchauffer votre disque dur biologique interne et/ou ceux de vos convives lors d’une discussion qui s’annoncera animée et sans fin véritable. Trop profond pour ne pas intriguer, trop impersonnel et linéaire pour durablement marquer. Il ne manquait pas grand-chose. 

Une suite est depuis sortie : est-elle apte à apaiser les quelques frustrations ? Réponse au prochain épisode ! 




lundi 22 avril 2024

Sisters in Arms.

 




Factus. Le trou du cul de l’univers connu. Une lune désertique, un far-west étouffant tant par sa chaleur que son manque d’oxygène. On y retrouve principalement d’anciens détenus dont il est peu clair qu’ils soient là par choix et divers colons malchanceux ou naïfs qui n’auront sans doute jamais les moyens de partir de ce trou à rats géants. C’est sur cette lune que vit Dix Low, médecin voyageant dans les terres isolées, soignant qui s’y trouve pour régler un mystérieux compte avec son passé.

C’est que Miss Low a participé à une guerre. Et qu’elle n’a pas choisi le bon camp. Ou du moins, pas le camp qui allait gagner. 


Gabi est une jeune ado.
C’est aussi une Générale de l’Accord, la faction qui a gagné la guerre et envoyé des enfants aux combats car les adultes pensent généralement à deux fois avant de buter un gosse. Erreur fatale, tu te prends une balle (nb : soyez sociopathe, tirez sur tout ce que l’ennemi envoie ! ).
Elle et Dix n’auraient jamais du se croiser. Mais le mystérieux crash du vaisseau de Gabi va les mener à traverser la poussière et en mordre pas mal pour sauver la jeune fille de ceux qui veulent son trépas. Sauf si Gabi décide de buter Dix en apprenant son passé durant le voyage.


Que cela soit sur le 4è de couverture ou un peu ailleurs sur le net, Ten Low ( le titre V.O ) est comparé à Firefly/Serenity ( la série de Joss Whedon et le film concluant icelle ) et Mad Max Fury Road. Disons que ce roman a sans aucun doute des brins d’ADN en comun avec les œuvres suscitées mais il a son identité propre, comme un cousin éloigné. 


Et il coche les cases attendues : le mystérieux passé de l’héroïne qui la ronge, les villages ou villes remplis de brigands, arnaqueurs, j’en passe et des meilleurs ainsi que des lieux étranges, presque mythiques grâce à leurs noms  que personne ne veut visiter mais où nos deux larronnes iront bien entendu foutre le bordel. Du réchauffé.

Mais est-ce un tort ?
Les ingrédients sont connus mais efficaces et le tout est fait maison dans une casserole et pas un plateau repas en carton remplis de colorants et de conservateurs jetés à la va-comme-j’te-pousse comme la première série Disney+ micro-ondée venue. 


C’est que Stark Holborn, la femme derrière tout ça , sait comment poser son récit, faire monter la sauce, envoyer les tripes et les boyaux au bon moment avant de relancer le repas et les couverts à travers les gueules de celles et ceux qui peuplent son univers. 

En plus de jouer habilement avec le suspens et l’action bourrine bien jouissive et défoulante d’un western de série B saupoudré d’amphétamines, de bruit et de fureur sans raisin mais avec colère , Holborn crée des éléments qui lui sont propres comme la secte des Chercheurs, des charognards délestant toute épave (mécanique ou humaine ) , les Freux , un gang aussi armés qu’acharné et les « Si » , les habitants de Factus.
Des créatures élémentaires que seuls quelques rares «  élus »  peuvent percevoir. Et pas forcément pour leur porter bonheur. Influant sur le hasard et les probabilités pour en tirer le pire, les Si suivent Low à la trace, ayant bien senti son potentiel chaotique. 


Ce monde désertique comporte aussi donc ses lieux emblématiques dont les noms ne sont que rarement annonciateurs d’une ambiance de Parc d’attractions. Comme la Fosse ou la Bordure ( aka l’endroit dont on ne revient pas ) dont je vous laisse découvrir l'horreur.


Bref, le roman étant relativement court et prenant, les lecteurs reprendront peu leur souffle entre deux chevauchées, embuscades, coups fourrés, infiltration burnée et autre plans de sauvetage tenant surtout grâce à du papier collant MacGyver et la détermination acharnée des personnages prêt à en faire chier tous ceux qui ont tenté de les enculer. 


C’est entre les lignes, ces zones blanches sur lesquels le lecteur peut projeter ce qu’il veut, que l’on pourra plus ou moins appréhender les factions ayant fait la guerre ayant précédé l’histoire et leurs motivations «  toujours belles et nobles » dans la propagande bien rodée. 


Au final, le roman est un agréable divertissement que les amateurs de musiques de films liront en mixant dans leur cerveau aussi bien Ennio Morricone qu’Hans Zimmer en passant parfois par Jerry Goldsmith. Souvent pour le meilleur dans l’action violente mais chaque fois dans une dynamique de lieux et de temps différents et plus rarement pour le pire (ou disons le moyen) tant trop de personnages ressemblent à des archétypes connus à qui l’ont aurait greffé un peu plus de background que l’on s’y attendrait. Mais hey, des graines psychologiques disséminées ainsi peuvent très bien pousser plus tard si on les arrose d'assez de sang, de sueur et d'alcool frelaté.


Rien de bien neuf sous le soleil du western mâtiné de SF donc mais encore une fois, le réchauffé peut avoir du goût, remplir son homme et le faire se sentir assez rassasié tout en le poussant à vouloir en reprendre. Et ça tombe bien, l’auteur a déjà une suite à son actif et un 3è tome devrait sortir en VO d’ici peu. 

Espérons que les Si ne nous fauchent pas l’opportunité de pouvoir les lire un jour en VF. 


lundi 2 novembre 2020

Tenet n'est pas flou.

 Trois ans après «  Dunkirk » , proposition de cinéma centrée sur le film de guerre, un genre au final peu présent dans sa filmographie ( encore que, The Dark Knight Rises répondait à plusieurs poncifs ), Christopher Nolan revient à ses amours et sa patte : la science-fiction jouant avec les neurones du
spectateur. 


Lors d’une opération d’exfiltration à Kiev qui tourne mal, un agent choisi la pilule de cyanure plutôt que de parler. Au lieu de le tuer, cela le plonge dans un coma dont il se réveille pour apprendre que le reste de son équipe n’a pas eu sa chance. Et que son choix de mourir pour protéger d’autres personnes le rend apte à rejoindre une organisation qui tente d’empêcher une catastrophe planétaire.   

Le protagoniste ( jamais son nom ne sera révélé ) va alors se lancer dans une enquête et une course contre la montre contre une menace venue…du futur. Et devoir apprendre à gérer une invention qui donne sa saveur SF au film : la possibilité d’inverser l’entropie d’un objet ou d’une personne, cet objet ou cette personne évoluant dès lors à rebrousse-temps. Invention qui pourrait précipiter la fin du monde tel que nous le connaissons.





TENET se place directement dans la passion que Christopher Nolan porte à deux choses : le film d’espionnage ( INCEPTION n’est-il pas une sorte de Mission : Impossible ? ) et les concepts temporels ( INCEPTION , INTERSTELLAR , même DUNKIRK ) déclinés sous diverses formes et montages alternés. 



Austère. Voila sans doute le premier mot qui vient à l’esprit dès l’introduction pourtant musclée du film. Plongé in media res dans l’action, le spectateur doit suivre un héros courant dans tous les sens pour récupérer quelqu’un, quelque chose et sauver sa peau en 5 minutes chrono. Aucun dialogue trop explicatif ne viendra faire retomber le rythme.
La photo désaturée de  Hoyte van Hoytema crée une atmosphère lourde et peu agréable à l’œil ( là où l’ancien directeur photo de Chris Nolan, Wally Pfister , gardait toujours à cœur de capter de la couleur même quand l’ambiance voulue par le réalisateur se voulait plus sombre ).
Bien que directeur photo compétent ( Spectre de Sam Mendes est souvent d’une beauté fatale ), l’association entre Nolan et van Hoytema est une mauvaise combinaison visible depuis DUNKIRK, INTERSTELLAR sauvait les meubles par une grâce jamais retrouvée. 

Autres points qui viendront parasiter le film : Nolan n’a pas travaillé avec Hans Zimmer (officiellement, ce dernier donnait tout ce qu’il avait pour le DUNE de Denis Villeneuve – le sous-Nolan sur-côté ; officieusement, bien que toujours amis, les deux hommes se sont trop pris le choux sur DUNKIRK pour re-travailler ensemble avant un moment : Nolan a fait jeter à Zimmer une partition géante pour orchestre pour revenir à une musique très industrielle lorgnant sur le design sonore plus que sur la musique ).
C’est Ludwig Göransson qui vient remplacer le compositeur teuton pour rendre une copie qui bien souvent n’est qu’une tentative balourde et assourdissante de singer Zimmer. Reste cependant quelques fulgurances thématiques au piano et l’idée de jouer la musique à l’envers lorsque l’action voit son entropie inversée ( l’album a d’ailleurs été mis en ligne à l’endroit et à l’envers sur Youtube par Warner Bros. ) . 

Jamais deux sans trois, le montage n’est plus de l’habitué Lee Smith ( occupé sur le 1917 de Sam Mendes – lui et Denis Villeneuve ont un complexe face à Nolan à lui piquer tous ses techniciens ou quoi ? ) mais de Jennifer Lame.
Et si pas un poil de gras ne dépasse du résultat final, il manque peut-être une touche d’un je-ne-sais-quoi. 

Christopher Nolan, habitué à travailler encore et toujours avec les mêmes personnes se retrouve dans la position très désagréable de devoir apprendre à gérer deux nouvelles personnalités, cela ne peut qu’avoir un impact négatif sur le film.



Mais ces défauts sont-ils rédhibitoires ? Grand dieu,non. Nous parlons ici de scories bien excusables une fois la machine lancée. Pour la bonne raison en premier lieu que si vous vous attardez sur ces petites imperfections, vous n’allez pas vous attarder sur ce qui se déroule sur l’écran. Au risque d’avoir du mal à suivre. 

Non que le film soit d’une complexité extravagante. Mais contrairement à ces précédentes incursion dans la SF, Nolan a coupé (ou pas écrit ) de dialogues venant récapituler ce qu’il vient de se produire à l’écran. Il ne fait pas répéter à l’envie aux personnages les concepts croisés durant le film. 
En se plaçant directement dans le film d'espionnage à la James Bond, avec ses codes, Nolan s'amuse sans aucun doute et permet au spectateur d'avoir à minima un pied bien posé dans un univers où il trouvera quelques repères connus : l'agent sur-entraîné, le milliardaire fou et sa femme semi-captive mais plus apte à se défendre qu'elle ne le pensait, des trahisons et un voyage exotique autour du monde. 

Le film déroule une logique imparable et implacable sans la sur-expliquer : stimulante pour certains , balourde ou élitiste pour d’autres, cette technique narrative a pour elle de forcer le spectateur à s’immerger dans l’action tout de suite. Comme le Protagoniste lui-même, tâtonnant ( comme nous ) dans cet univers au début avant de pleinement prendre la mesure de la chose et de ses potentialités à la fin. 

Une fin apocalyptique où Nolan choisit de coller à sa vision du film de guerre : tout comme dans DUNKIRK, la caméra s’attachera avant tout aux héros et à ce qu’ils subissent, laissant les opposants hors champs. Le danger peut venir de partout, héros comme spectateur ne pouvant que supposer où se cache l’ennemi. Et le double-parcours pour arriver à cette fin ne manque pas de morceaux de bravoures, que cela soit sous la forme d'une course-poursuite mêlant écoulement logique ET à rebours du temps sur une autoroute ou encore le crash programmé d'un avion tourné avec un véritable appareil, rien que ça. Entre autres choses. 








Réputé à tort être un cinéaste intellectuellement froid, Nolan prospère pourtant à donner à ses protagonistes des motivations émotionnellement fortes. C’est une fois de plus le cas ici. Si le Protagoniste ( incarné par John David Washington, le fils de Denzel qui a presque autant la classe que lui, c’est pas rien ) débute son voyage avec une mission d’agent secret, sa quête deviendra plus personnelle à mesure qu’il tombera dans le terrier du lapin blanc.

Son antagoniste, Andrei Sator ( incarné par un Kenneth Branagh sous tension constante et capable d’exploser en beau sociopathe ) , bien que totalement tordu , reste motivé par des motifs très nolanien. Son épouse bafouée et abusée, Kat ( impériale Elizabeth Debicki ) , véritable cœur émotionnel du film poursuit  un but commun : la garde de leur enfant. Cet objectif les unit et les déchire à la fois.

Enfin, abordons Neil, l’agent de terrain mystérieux incarné par Robert Pattinson ( le futur Batman, chez Nolan, croquignolet ). Loin de Twilight, Pattinson a passé ces dernières années à acquérir du charisme et une palette de jeu plus grande. Résultat des courses ? C’est à peine si l’on ne s’accroche pas plus à lui qu’au héros principal. 








Bleu, rouge. Non, ce n'est pas une référence aux pilule de Matrix mais elles n'ont pas été choisies au hasard.



TENET est tout à la fois la réponse de Christopher Nolan à son échec de pouvoir mettre en scène un James Bond, l’envie d’explorer sans doute pour la dernière fois les folles idées sur le temps et de proposer encore un blockbuster intelligent , thématiquement riche et d’une ambition technique folle ( votre serviteur se demande encore comment certaines choses ont été tournées sans images de synthèse, procédés utilisés rarement et avec parcimonie par Nolan ). 

Tout le monde ne l’ayant pas encore vu, je me garderai bien d’entrer dans une analyse poussée des références diverses et variées que le scénariste-réalisateur a employées dans son film. Sachez seulement qu’une fois encore, Nolan fait fi des pseudo-frontières entre culture classique noble et pop-culture ignoble. Car c’est sans dénigrer aucune des deux que l’on peut les fusionner aussi bien et faire plonger le spectateur dans une œuvre dense, épique et un tantinet romantiquement désuète. 

Un Nolan au final très imparfait ( surtout si vous n’avez pas la chance de le voir en IMAX où les raccords entre les plans sont plus fluides ) et peut-être même mineur dans sa filmographie mais diaboliquement intrigant et riche de sous-textes très actuels.