lundi 23 juillet 2018

Vol au-dessus d'un nid de doudous.

Parce qu'il sort en DVD,Blu-ray et 4K UHD dans deux semaines, retour sur le dernier film en date du grand Steven Spielberg, le barbu le plus divin d'Hollywood.

ARTICLE INITIALEMENT PARU LE 4/04/2018 
Initialement prévu pour sortir en décembre 2017, Ready Player One, le nouveau film de Steven Spielberg, ne déboule dans nos salles qu’en cette fin du mois de Mars. Pourquoi ? Parce que The Last Jedi a vu sa sortie décalée et que, pas fous, la Warner et le grand barbu n’ont pas voulu jouer contre le phénomène Star Wars ( parait-il que même James Cameron et son Avatar ne tenteront pas le coup, on a la Force ou on ne l’a pas ).

Les plus attentifs d’entre vous auront remarqué qu’il s’agit du second film du maître à sortir cette année ( nous ne sommes qu’en MARS !!!! ) , puisque The Post était sorti il y a deux mois (mais avait pourtant été tourné APRÈS Ready Player One.
Ça va, vous suivez toujours ? ) .





Nous sommes en 2045 ( détail amusant, Minority Report se situait en 2054 ) , l’économie s’est effondrée ( tu m’étonnes ).
Les populations les plus défavorisées vivent dans les banlieues des grandes villes dans ce que l’on nomme « les piles » : des amas de caravanes empaquetées les unes sur les autres. Les gens vivent donc littéralement les uns sur les autres dans un monde surpeuplé.

Pour supporter leurs vies misérables, la majeur partie de la populace se connecte à l’OASIS, une simulation virtuelle interactive, sorte de MMO géant ayant remplacé les réseaux sociaux.
L’OASIS a été conçu par James Halliday , le cliché du geek sympa et brillant.
Hors, monsieur Halliday est mort sans héritier. Alors il a conçu un concours : 3 challenges monstrueux qui mènent à un Œuf de Pâques .
Et il a fait en sorte que personne ne veuille poser un lapin !

Celui ou celle qui mettra la main sur l’œuf héritera de 500 millions de $ et aura le contrôle total de l’OASIS. Des millions de joueurs tentent leur chance. Parmi eux, les Sixers, des joueurs anonymes payés par l’IOI, une société ayant pour but avoué de rendre payant et de saturer de pub le monde virtuel d’Halliday (non, pas Johnny, James ! Faites au moins semblant de suivre un peu ! ) et dirigée par Nolan Sorrento. Sans parler des idées cachées de cet homme vil et pleutre qui devrait faire réfléchir les spectateurs sur la neutralité du net.
Entre les amateurs et les pros, comme dirait la France en 39 , la guerre est déclarée.





Ready Player One est tout d’abord un roman d’Ernest Cline.
Littérature « young adult » relativement fun mais peu riche en littérature justement.
Le héros est un geek/nerd assez lambda qui pourrait tout aussi bien vivre de nos jours tant sa façon de penser et ses références pop-culturelles sont celles des geeks d’aujourd’hui. Pire, Wade, le héros, est présenté comme un stalker un peu bas du front à la maturité sentimentale & sexuelle d'un adolescent de 13 ans. un Fifty shdes of geek total et absolu.
Et les références, elles sont à ramasser à la pelle.  Le roman est un véritable name-dropping de personnes, personnages et œuvres venues de tous les supports possibles. Impossible de ne pas se dire «  Hé, mais je connais ça, c’est cool ». L’auteur crée une connivence avec son lecteur sur base de quelques goûts communs. La marque des faibles.
Mais il reste le concept de base. Et c’est ça qui intéresse Spielberg ! Le squelette du roman et du film sont les mêmes. Mais le corps est tout à fait différent. (Ouf. Le film coupe à la machette dans les côtés vraiment malaisants du personnage principal dont les aspects petit connard creepy donnaient envie de le dénoncer aux flics toutes les 15 pages.)
Et ce film est un pur produit Spielbergien. Warner Bros s’y attendait-ils en confiant les manettes à papy Stevy ? Peut-être pas.



Revenons un peu sur la genèse du projet voulez-vous ? ( de toute façon, vous n’avez pas le choix, c’est mon texte,na ! )

Un an avant la sortie du roman, les droits sont rachetés par Warner Bros. Une fois le livre sorti et devenu un best-seller ,les pontes de la Warner tentent d’intéresser…Christopher Nolan !
Mais lui rêve de plages françaises, dans le Nord, à Dunkerque.  (oh ça va hein, on le sait tous depuis Inception que Nono fait des rêves bizarres, jouez pas les surpris)

Et en mars 2015, c’est l’annonce atomique, ils ont choppé un Moby Dick !

Qui ,en lisant le roman, n’a pas fantasmé sur un ou l’autre réalisateur capable de capturer l’essence des images mentales que le texte plantait dans nos têtes ?
Guilermo Del Toro aurait été un choix totalement justifié et justifiable. Peter Jackson aussi. Après tout, si le studio était capable de proposer le film à Nolan, pourquoi pas à d’autres grosses pointures autant réalisateurs que auteurs ? Des personnes ayant grandi et aimé la culture pop dont Cline fait le catalogue dans son histoire ? Qui plus est, Del Toro et Jackson ont déjà bossé avec la Warner, mes poulains étaient probables.
Mais qui aurait imaginé que c’est l’un des architectes de cette culture marquante qui serait choisi et surtout intéressé ? Steven Spielberg en personne ? Je n’aurai pas misé un copeck sur son implication. Et là, le projet passe de « ça peut être sympa avec un vrai réal aux commande » à «  OH NOM DE DIEU DE BORDEL DE MERDE, DIEU S’EN CHARGE LUI-MÊME !!!!!!! »

Le film sort 3 ans ( !!!) après la signature du contrat et un peu moins de deux ans après le tournage.
Je crois me souvenir que dans le roman , l’OASIS est une simulation ultra-réaliste. Dans le film, c’est une vision en image de synthèse.
Spielberg décide de séparer les visuels des deux mondes. Tournage en pellicule pour le monde réel, tournage en performance capture ( oui comme Avatar ou Tintin ) pour le monde virtuel. Et ça ne s’arrête pas là : même la façon d’appréhender les plans est différente selon le mode de tournage ! Le monde réel est gris. Certes, les gens s’habillent de façon colorées mais tout est terne, et les cadrages sont assez serrés.
L’OASIS ? C’est la fête à la couleur, à l’ensoleillement et aux plans larges. Le monde réel semble limité quand le monde virtuel semble sans limite. Un univers entier toujours en expansion. Une métaphore peu voilée de l’Internet moderne où nos avatars sont souvent calqués sur des personnages de fictions bien connus quand il s’agit de cacher nos identités. Est-ce vraiment si étonnant de croiser tant de personnages référencés comme Batman, Batgirl, Harley Quinn ? Bien sûr que non, allez faire un tour sur twitter et admirez les photos de profils !
Comme d’habitude, Spielberg nous parle de notre présent via un prisme. Que cela soit le prisme du futur fantasmé ou du passé documenté, Steven Spielberg ne fait que ça : nous interroger sur notre présent.  Une obsession récurrente, parmi tant d’autres, qui fait de lui ce que Truffaut (et Alain Resnais tentera de le faire entrer dans pas mal de tête ) : un auteur !









Steven Spielberg , avec quelques idées simples, définit la vision des personnages de leurs environnements et par la même occasion nous les fait appréhender d’une manière différente chacun. Le procédé est fluide, comme le reste du film. Une fluidité exemplaire sur 2h20 de métrage qui ne semble jamais vraiment durer plus de 80 minutes. Pour atteindre un tel rythme et une telle fluidité, il faut penser sa réalisation avant, pendant et après le tournage ! Et le résultat final le prouve, tout cela a été fait, et bien fait !

Dès la première séquence, le ton est donné : l’on passera d’un monde à l’autre avec une facilité déconcertante. Des scènes live côtoient des séquences virtuelles ( jouées par les acteurs, c’est de la performance capture, je le répète ! ) souvent jouée à des semaines d’intervalles alors qu’elles doivent s’imbriquer comme des pièces de Tétris dans une partie qui n’accepteraient aucun trou dans l’amoncellement des pièces !  1ére étape, revoir l’histoire !
Zak Penn est engagé pour écrire le scénario en compagnie d’Ernest Cline. Pas la première fois que Spielby associe un scénariste avec l’auteur du roman ( Jurassic Park anyone ? ).





Mais Penn est une montagne russe : capable de passer d’X-men 2 à X-men l’affrontement final, d’Elektra à Incredible Hulk et ensuite Avengers.
Mais il a pour lui de sembler s’intéresser à une partie de la culture-pop et de vouloir donner du rythme. Et puis, les scénarios sont écrits ou ré-écrits sour supervision du réalisateur ( on le sait rarement mais même non-crédités, les réalisateurs peuvent avoir leur mot à dire , le scénariste bossant sous leurs ordres comme un technicien ).
Et si le scénario semble simple (mais pas simpliste !) c’est qu’il a été façonné pour que Spielberg insuffle ses réflexions par l’image. Une refonte pas complète mais suffisamment importante pour qu'un personnage inédit au roman soit créé pour les besoins du film.
Défaut de ses qualités, certains dialogues sonnent faux et les facilités scénaristiques peuvent être grosses. Mais tout ça est distillé dans le film et ne représente pas du tout l’entièreté du script.  Plus qu’un scénario, c’est la réalisation qui fait et dit le film. Et ça tombe bien : Spielberg a des choses à dire et il sait y faire.
À 71 ans, des gars comme lui, Scorsese ou George Miller hurlent aux jeunes réalisateurs, sensés être encore pleins de fougue et d’entrain «  Vous êtes des mômes paresseux , même ceux d’entre vous avec de grandes qualités ».




En moins de 15 minutes, Spielberg pose les bases de l’univers de son film et s’offre ensuite un énorme morceau de bravoure, une course de voitures folle, monstrueuse et si lisible que Speed Rarer, Mad Max Fury Road et Baby Driver sont allés au bar pour boire une bière ou deux, histoire d’encaisser. Ils sont toujours sur le podium mais une nouvelle catégorie vient d’être créée, désolé les gars. Tout le film est à l’image de ce premier quart d’heure. Que dire de plus sur la réalisation , le montage, etc…sans tomber dans l’excès ? Tout coule tellement de source , tout  est tellement réglé comme du papier à musique de qualité supérieur …
Détail qui tue : toute cette séquence de course à travers un New-York ré-organisé nous est présentée...sans musique justement.
L'un des outils les plus utilisés au cinéma pour immerger émotionnellement le spectateur n'est pas employé et la scène marche pourtant du feu de Zeus (ou de l'éclair ? Mais alors l'expression ne veut plus rien dire. Ô cruel dilemme du poète critique ) ! Dans Le pont des espions, Steven Spielberg attendait 40 minutes avant d'utiliser une seule note. Et cela fonctionne tellement bien qu'il faut un moment avant de se dire qu'il "manque" quelque chose.

Bien entendu, il y a des défauts.
Si le chef-d’œuvre est technique, les scories et les impairs achèvent de faire de Ready Player One un grand film, tout court.  Je le disais plus haut, certains dialogues sonnent faux et d’autres heureuses coïncidences sont trop grosses pour ne pas avoir été pensées en amont pour nourrir le rythme. Alors bien assis dans votre fauteuil de cinéma, ça passe. Mais à la seconde vision, difficile de ne pas trouver étrange que tout les personnages principaux se trouvent non seulement sur le même continent, mais aussi dans le même pays voir carrément la même ville.

La musique d’Alan Silvestri ( il va falloir se faire une raison, John Williams n’est pas éternel et plus aussi jeune qu’avant, il ne saura plus forcément suivre le même rythme de travail que Spielberg ) est agréable mais singe parfois un peu trop Wiliams sans l’égaler.
Dommage car l’homme est doué ( allez donc  vous refaire les B.O de Retour vers le futur, Predator, Le retour de la momie, Van Helsing, Captain America. Dans le pur divertissement, il assure ) mais un cran en dessous de ce à quoi l’on pouvait s’attendre.
Quant à la morale de l’histoire, elle semble un peu WTF compte-tenu de l’intrigue.
Et le dernier point noir, pourquoi diantre Simon Pegg et Perdita Weeks ( As above so below, Penny Dreadful ) ont-ils si peu de temps de présence à l’écran ?

Dans la zone grise, une chose étrange mais pas incongrue. L’un des thèmes spielbergiens par essence est le manque du père. Elliot dans E.T , Indy dans La dernière croisade ( et encore plus dans Le royaume du crâne de cristal ) et tant d’autres ( je ne vais pas faire un listing ) semble s’atténuer avec le temps ( A.I montrait le manque de la mère ) , Minority Report le manque d’être un père.

Les orphelins (ou presque) ont souvent eu la faveur de Steven Spielberg mais depuis quelques années, ces orphelins ne ressentent plus le besoin de trouver des figures parentales de substitution. 
Soit l’une des thématiques majeures de Spielberg passe soudain au second plan ( auquel cas il n’est plus aussi pointilleux qu’avant ) soit c’est que lui-même ne voit plus ces manques de la même façon ( rappelons que Spielberg n’a jamais caché avoir très mal vécu le divorce de ses parents : le garçon en manque de père de ses films, c’est lui ! ), ce qui semblerait dire qu’il affectionne encore ces personnages mais qu’il n’est plus en quête lui-même.
Guillermo Del Toro twittait il y a quelques temps que faire du cinéma est une thérapie. Peut-être celle de Spielberg porte-t-elle quelques fruits. Tant pis pour ses exégètes et tant mieux pour lui ?

Ainsi, Wade Watts, facette du jeune Spielberg dans ce film refléterait que le réalisateur accepte enfin d’avoir été «  abandonné » ( le mot est fort et exagéré)  sans pour autant ne pas ressentir ce besoin de s’évader dans des mondes étranges et pourtant familiers ? ( n’est-ce pas ça faire du cinéma ? )
Tye Sheridan, le nouveau Cyclope de X-Men se glisse facilement dans le rôle mais il peine un peu à faire transparaître certaines émotions. Sa prestation est tout à fait correcte mais il n’est pas encore de ces acteurs aux prestations sans doute pas oscarisables mais qui attirent la sympathie du public.


L’imagerie convoqué par tonton Stevy ,en revanche , pullule d'autres thèmes.
Et au lieu de les surligner aux gros marqueurs fluo jaunes, il laisse le spectateur faire le bilan de ce qu’il voit. Un pays à l’abandon où l’emploi est rare, les situations précaires fréquentes. Les institutions nationales sur le déclin quand la privatisation règne dans tous les milieux ( des milices privées dans les rues, des bagnes tangibles ET virtuels tenus par une grosse compagnie, l’esclavagisme légal et déguisé sous un autre nom.Des drones de surveillances ultra-perfectionnés et invasifs, sorte de pompiles géants prêt à fondre sur la proie.Certes moins inventifs que les fameux Spyders de Minority Report. Le constat toujours froidement réaliste que la pire machine à broyer l’humanité reste l’humain et non un requin fou ou quelques dinosaures revenus à la vie ).






Le capitalisme sauvage n’a jamais aussi bien porté son nom. Spielberg déteste les hommes d’affaires ( tellement flagrant dans The Lost World, tiens, un autre film roller-coster ), peut-être aussi bien parce qu’ils tiennent Hollywood entre les mains de leurs visions étriquées (oui, une vision peut avoir des mains…la preuve par Marvel ! ) que parce qu’il flirte lui-même beaucoup avec cette ligne entre l’artiste et le businessman ( il a produit les 5 Transformers, entre autres  et a survendu à la limite de l’honnêteté le premier volet).
A-t-il peur d’être un Nolan Sorrento en puissance s’il se laissait aller ? Un personnage tellement imbu de lui-même que ses initiales ornent ses nœuds de cravates et dont le désir de contrôler un univers virtuel s'exprime via son avatar qui ressemble à un un agent Smith de sorti de The Matrix; un agent que l'on aurait dopé aux hormones et autres anabolisants (oui, ça transpire la confiance en soi ).
En tout cas, Ben Mendelshon lui donne toute la fourberie et la rage du haineux frustré. L’acteur est habitué des rôles de salauds depuis The Dark Knight Rises et il est si à l’aise dans l’exercice qu’il se permet de chaque fois les jouer différemment. Espérons qu’il ne soit pas à jamais prisonnier de ce genre de rôles (mais c’est mal embarqué : il est le prochain sheriff de Nottingham ).
Lui et ses sbires sont la manifestation cinématographiques des brutes incultes prêtes à tout pour mettre la main sur un trésor inestimables et ayant besoin du cerveau des autres pour y arriver ( les Nazis dans la série des Indiana Jones , les actionnaires d'InGen dans The Lost World - décidément )



Par contre, il est très certainement James Halliday, un personnage ayant vécu un long moment en créant un univers riche et foisonnant qui cherche encore un héritier digne de ce nom ( beaucoup ont essayé et même revendiqué ce titre : M.Night Shyamalan, Les frères Duffers créateurs de Stranger Things, J.J Abrams que l’on croyait pourtant déjà adoubé ).

Quelqu’un avec un regard amoureux sur la culture-pop ( Spielberg est un grand consommateur , du cinéma en passant par les jeux vidéos – c’est un gamer reconnu ) , qui la considère non pas comme une manne ( coucou les reboots de Ghosbusters, La Momie, Robocop , Jurassic Word, etc…)  à exploiter mais comme une ressource morale et mentale , un réservoir contenant de quoi puiser de la force et de l’espoir, l’anti-boîte de Pandore !
 ( permettez-moi d’illustrer mon exemple d’une manière simpliste : j’ai tiré mon code moral de romans de capes et d’épées, des Jedi et de Batman. Bon, après, je doute que Yoda aurait été chaud pour former Bruce Wayne. J’y ai picoré et assemblé ce qui me parlait et me semblait bon ).

Hors, cette boîte à outils pop-culturelle a été alimentée par d'autres, dont certains connus personnellement par Spielby à l'instar de Stanley Kubrick ou Stephen King (et ça se prononce Steven et pas Stépeheune !!!! ) à qui il ne manque pas de rendre hommage.
Steven Spielberg retrouve pour la 3éme fois l’acteur anglais Mark Rylance après Le pont des espions et Le bon gros géant.

Oui enfin, vous n'étiez pas à sa cheville et il vient de vous enterrer.Après un tel défilé de références correctement dosées pour ne pas créer une indigestion ni le sentiment d'être pris pour un neuneu, faut-il vraiment tenter l'aventure d'une saison 3 de Stranger Things ? Surtout au vu des limites clairement exposées en saison 2 ? Laissez tomber, seul " It " a réussi à plus ou moins rivaliser pour l'instant.



Olivia Cook en Samantha/ Art3mis est convaincante mais il lui manque un petit quelque chose pour vraiment créer l’empathie avec le public. Comme pour Tye Sheridan, l’actrice joue bien et reste convaincante mais l’on a du mal à sentir le poids de sa motivation sur ses épaules. Même si le rythme du film est élevé, il est possible de donner de l’épaisseur à son personnage de manière subtile et rapide : regardez Daisy Ridley dans The Force Awakens !





Tiens , puisque l’on est dans Star Wars et les chevaliers Jedi, tonton Steven a lui aussi réalisé un film où certains archétypes sont distillés.
Commençons par le plus évident, le héros du film se fait appeler Parzival , soit l’équivalent SMS de Perceval, le chevalier de la table ronde destiné à découvrir le Graal.
Nul besoin de lui coller un roi Arthur ou un Lancelot, ces deux-là échouent dans la quête.
Il est par contre accompagné de fidèles alliés dont les avatars sont , entre autres,un ninja ( soit un être attaché à la notion de clan ) et un samouraï ( un chevalier japonais, pour rester basique de chez basique ).
Son ami Aech est une sorte d’orc robotique un peu destroy, le meilleur ami indéfectible. Et Art3mis, ma foi, voila un personnage féminin solitaire dont le nom rappelle la déesse grecque de la chasse armée d’un arc. Et Art3mis chasse surtout les Sixers.Et pourquoi elle le fait servira de catalyseur, d’allumeur du feu de la conscience politique du héros.
 Les archétypes restent assez à la surface des choses mais fonctionnent tout à fait sans avoir besoin de plusieurs couches qui viendraient les alourdir. Là encore le rythme et l’imagerie convoqués par Steven Spielberg viennent pallier à ces défauts structurels du scénario.

Ready Player One semble être une version plus lumineuse et colorée que le film Avalon ( tiens, encore une référence Arthurienne ) du réalisateur Mamoru Oshii qui voyait ses personnages échapper à une réalité austère  en plongeant dans un jeu en réalité virtuelle.



Enfin, comment ne pas admirer la facilité avec laquelle Spielberg insuffle dans son film plusieurs tropes propres aux jeux vidéos, tel Edgar Wright il y a quelques années dans Scott Pilgrim VS The World ( pas vu ? mangez-en, c'est bon ). Fait peu connu, Spielberg est un gamer de longue date et l'on sent la connaissance et l'affection du monde vidéo-ludique dans sa façon de le représenter à l'écran.








Ready Player One est donc un travail fascinant de par ses niveaux de lectures et ses références ( qui elles mêmes peuvent ouvrir la porte d’un nouveau niveau de lecture. C’est une poupée gigogne dantesque ) ainsi que par le regard posé par son auteur sur les  œuvres qui nous bercent, nous portent et réveillent en nous le meilleur pour tenir face au pire. Et en plus c’est une putain de claque, alors vous attendez quoi pour aller le voir ?





lundi 9 juillet 2018

Bioshock Gothique.

ARTICLE INITIALEMENT PARU LE 23/02/2017
Près de 4 ans après l’échec au box-office de Lone Ranger, spectacle fou de western sauce Pirates des Caraïbes ( non, c’est pas sale ce que je dis ! ) qui n’avait pas trouvé son public ( ah ça, une histoire entièrement basée sur les méfaits de l’homme blanc, ça a toujours du mal à bénéficier d’un bon bouche-à-oreille) , Gore Verbinski revient avec A cure for Wellness, adapté sottement en A cure for life dans les salles européennes francophones ( parce que le public est sans doute trop con pour prononcer wellness ou comprendre le mot…ça va encore aider à ne pas sentir l’élitisme crasse des distributeurs qui se prennent pour des cadors intellectuels ).
Oui, je sais, je râle de plus en plus ouvertement dans ces pages virtuelles. Mais hé, elles sont à moi !

Pourtant, le réalisateur a jadis connu une époque d’état de grâce : son remake angoissant de The Ring et le premier épisode de Pirates des Caraïbes suffisent à le considérer comme ultra-bankable par les studios. Hélas pour lui, trois choses vont venir perturber sa carrière.

Premièrement, Pirates des Caraïbes-Jusqu’au bout du monde va se planter, aux yeux des studios. Ne caressant jamais son public dans le sens du poil ( négligeant l’adage que le spectateur lambda veut être surpris mais pas trop quand même ) et semblant en faire trop, ce troisième opus devient vite conspué. Grand film incompris et maudit par la même occasion,il reste l’épisode le plus intéressant dans ses choix narratifs et esthétiques. Il ne s’agissait pas d’un réalisateur frustré de ne pas être Peter Jackson mais d’un homme offrant (et s’offrant) un ride spectaculaire et inventif de près de 3 heures. Pas étonnant que Zimmer ait livré là une de ses meilleurs B.O !

Le film a coûté presque 300 millions (!!!) de $.
Dans ces conditions, les studios le trouvent dépensier (et ce même si il a rapporte près d’un milliard avec ce seul film ! Un bénéfice de 700 millions, c’est un plantage pour les exécutifs de Disney si le film coûte autant au départ.) . Alors qu’un quatrième opus est quand même envisagé, Verbinski , sentant le vent tourner, prend le large de la saga. Comment continuer à aller de l’avant si le studio sabre le budget et vous coupe les ailes dans le futur. Autant laisser ces désagréments à d’autres ( ce qui arrivera d’ailleurs).
Verbinski se consolera de ces tatanes sur la tronche avec le petit budget Rango, parodie de western en animation anthropomorphique  (entièrement conçue par ILM d’ailleurs).  Une petite récréation en attendant de retrouver la folie d’une grosse production avec son complice d’écriture sur ce film dingo : John Logan. Mais j’y reviendrai.




Deuxièmement, la crise économique mondiale débarque. Pour les studios ? Une broutille, une perte comptable conséquente mais pas horrible. Mais, comme toutes les entreprises de l’époque, Hollywood va profiter de l’excuse pour virer du monde et revoir ses stratégies.
Déjà bien orienté vers un public adolescent ( statistiquement, ce public se déplace bien plus que les autres dans les salles de cinéma) , Hollywood va tout mettre en œuvre pour encore plus lui faire les poches. Explications !

Aux USA (et sur ce niveau les USA sont hyper-centrés sur eux-mêmes : un film peut se planter chez eux et rapporter deux milliards à l’étrangers, ils considéreront la chose comme un échec artistique, allez comprendre) , il existe différentes classifications pour les longs-métrages. Alors que chez nous nous en sommes au simple E.A (enfants admis ) et E.N.A ( enfants , de moins de 16 ans, non-admis) , les français sont déjà plus complets avec des interdictions aux moins de 12 et 16 ans (et le X est international sauf aux States) , les États-Unis croulent sous une masse de classification . 5 en tout ( dont le NC-17, qui remplace le X. Pourquoi faire simple ? ). La grosse faille dont se servent les studios c’est qu’un film interdit aux moins de 17 ans (R) l’est uniquement si l’ado n’est pas accompagné d’un majeur. Bref, ils ne se coupent pas de ce public même s’il est parfois plus difficile ( c’est relatif) à atteindre.

Et plusieurs films classés " R " vont être moins rentables que prévus. Dont le fameux Watchmen de Zack Snyder en 2009. Et c’est donc dans le courant de cette année-là que les studios décident de suspendre la production de film " R" à gros budgets. Un ado qui doit se faire accompagner, ça fait vendre deux places, c’est sûr. Mais un ado qui ne doit convaincre personne, c’est plus rentable. Il peut sortir avec ses potes, etc…bref, on va leur fournir plus de films prévus pour leur tranche d’âge et ils vont consommer plus. Imparable ! Cela va avoir des conséquences sur le « troisièmement » ! ( oh, au fait, la grosse différence entre un R et un PG-13, ce n’est pas le niveau de violence mais de nudité. Un film R est plus sexuellement explicite. Caché ce sein mais pas ce lance-roquette . Si pas de nudité, les censeurs laissent plus facilement passer les jurons et les scènes violentes (Ameeeeeriiiicaaaaa )



Troisièmement donc. Rango est derrière lui, ILM fignole les détails et Verbinski cherche un nouveau projet. Il se trouve qu’il a été fort impacté par le jeu vidéo Bioshock, dont les droits cinéma sont détenus par Universal Studios. Il entre en négociations avec eux et obtient le job de réalisateur. Avec son compère John Logan, qui avait écrit Rango, il se lance dans l’élaboration du scénario.
John Logan , pour vous situer, c’est le co-scénariste de Gladiator, Skyfall, Spectre et le scénariste tout court de Aviator, The Last Samurai. Pas un petit-joueur donc. Ça tombe bien, Verbinski non plus ! Diantre, enfin un jeu vidéo qui bénéficie d’une équipe visionnaire et capable ? Des gens compétents ?
Nos deux lascars sont emballés par cette histoire d’utopie objectiviste qui tourne mal.

Aparté : l’objectivisme ? C’est une philosophie mise au point par l’auteur Ayn Rand et qui consiste à être un enfoiré égoïste avec des moyens (financiers, intellectuels…les deux en même temps, c’est mieux. Je schématise à mort à mort à mort) et à se rendre heureux soi et ses proches. Ses romans sont les bibles des libéraux absolus et conservateurs ( qui oublient qu’elle était pro-choix et anti-dieu. On retient que ce que l’on veut quand on veut faire de la politique et de l’économie.). Bref, écrasez les autres ou tout du moins ne les laissez pas profiter de vos travaux s’ils sont incapables de les comprendre ou de les apprécier à leurs justes valeurs.

Rapture, la ville sous-marine et cachée de Bioshock est conçue selon cette doctrine. Et comme une telle idée ne peut que virer facho, l’utopie devient dystopie ( et si on rajoute le fait que l’utopie est inatteignable pour l’humain, la chute était inévitable ). Fin de l’aparté, merci de votre attention et de votre compréhension face à ma vulgarisation extrême de l’objectivisme. Je vous invite à aller vous renseigner un peu plus quand même.






Le script avance bien, les story-boards se font, les concepts arts aussi. La pré-production avance malgré quelques anicroches : le réalisateur veut réaliser un PG-17 et le studio refuse.
Mais Verbinski ne lâche rien. Il est persuadé que son approche est la bonne. Alors que son film semble sur les rails, un autre film adapté d’un jeu vidéo, Prince of Persia, se casse minablement la gueule au box-office. Universal saisit le prétexte pour arrêter les frais avec un réalisateur qui, manifestement, a de l’ambition artistique à la place du portefeuille.Il faut vendre du pop-corn, pas faire marcher des neurones et leurs synapses.

Nous sommes à 8 semaines du début du tournage quand le studio annonce : le film, on le fera pas ! Dépité, Verbinski se retrouve tel Alejandor Jodorowsky avec son adaptation de Dune. Une masse de travail énorme n’accouchera donc que d’un film dans la tête du réalisateur.
Son ami Jerry Bruckheimer l’appelle alors pour lui proposer Lone Ranger. Il sort du désastre Prince of Persia et lui aussi a besoin d’un succès pour se remettre en selle. Lone Ranger les coulera tous les deux pour quelques années.
Ironie cosmique, c’est bien Disney (échaudé par Pirates 3) qui produira le film Tomorrowland, de Brad Bird, une histoire de ville secrète utopiste basées sur l’objectivisme et qui a mal tourné. Parce que pour que l’objectivisme fonctionne à plein régime, il faut absolument que tout le monde soit sur la même longueur d’onde et que personne ne remette le système en question (et ça , ça n’arrive jamais. Vous pouvez bannir ou exécuter vos opposants idéologiques, une fois qu’une idée sort de sa boîte, c’est terminé. Elle survivra et trouvera de nouveaux hôtes).
Voila…Lone Ranger, retour au début de cet article. La boucle est bouclée.
Verbinski doit donc de nouveau se remettre en selle. Il va mettre quelques années à le faire.








On ne travaille pas aussi longtemps sur un projet sans qu’il ne vous hante. Et pour exorciser ce film-fantôme , chacun sa méthode. Jodorowsky avait recyclé ses idées pour Dune dans la BD La caste des méta-barons.
Verbinski va le faire sur A cure for wellness. Les points communs seront évidents, et sans spoilers majeurs, juste les détails, je vais tenter de vous le démontrer dans cette critique qui débute enfin après une mise en contexte longue mais nécessaire ! Pardonnez-moi, mais je vais un peu continuer sur cette lancée.

Pour revenir sur le devant de la scène, pourquoi ne pas revenir à ce qui l’avait vraiment révélé au début ? Certes, son premier film, La souris, était fou-fou mais le public n’a pas vraiment suivi. Et le trop sage Le Mexicain n’aura pas marqué les esprits. Mais il y a … The Ring !

Remake américain d’un film d’horreur japonais, The Ring tient le haut du pavé en matière de remake. Non seulement l’histoire est adaptée correctement à l’occident sans dénaturer la nature profonde de la menace et de l’histoire de base, mais il se paye le luxe d’être travaillé différemment, de ne pas se contenter de faire du copier-coller. Des ajustements par-ci, des rajouts par-là (dont une séquence avec un cheval totalement flippante), Verbinski livre un film qui ne marche pas aux jump-scares faciles mais qui distille une ambiance, un malaise palpable durant toute la durée de son long-métrage  et qui aura assez de succès pour faire de Naomi Watts l’actrice du moment pendant quelques années encore.

Il élabore une donc histoire avec le scénariste Justin Haythe qui ira ensuite écrire le script tout seul.

Lockhart (le personnage n’est jamais nommé par son prénom) est un jeune cadre dans une compagnie financière. Petit prodige arrogant et malhonnête, sa gestion de certains dossiers pose problème alors qu’une fusion massive se profile. Cette fusion pourrait être mise en péril par les ficelles que Lockhart a utilisées mais une solution se dessine.
Le directeur de la firme, Roland Pembroke, a écrit une lettre depuis un mystérieux centre de cure thermale, en Suisse. Clairement atteint de démence (il ne croit plus en ce système capitaliste, diantre quel malade mental ! ), Pembroke pourrait devenir le bouc émissaire parfait pour les erreurs de Lockhart. Le C.A charge donc Lockhart d’aller chercher Pembroke et de le ramener signer certains documents. Le couteau sous la gorge, Lockart accepte.
En Suisse, il découvre l’établissement et dans la foulée remarque qu’aucun pensionnaire ne veut le quitter. Victime d’un accident de voiture en rentrant en ville, Lockhart se réveille la jambe dans le plâtre dans le centre thermal. Il va profiter de ce séjour forcé pour retrouver Pembroke. Mais son exploration des lieux va se révélée ardues tant l’endroit et son histoire semblent baigner dans une atmosphère pesante.
Pourquoi le Directeur, le docteur Volmer et tout son staff soignant se comportent-ils si étrangement ? Et qui est Hannah, cette jeune fille perdue dans un environnement peuplé de personnes âgées ?


Le coup de l’hôpital qui ne vous veut pas que du bien, voila un thème déjà vu. Heureusement pour nous, le terrain est vaste et à peine défricher. On pensera bien entendu avant tout ( car plus récent ) à Shutter Island de Dennis Lehane (oui, il paraît que Scorsese a aussi tenté d’adapter le roman en film. Je reste toujours peu convaincu par cette adaptation à la virgule près mais trop sage)  ou encore la nouvelle d’Edgar Allan Poe  Le Système du docteur Goudron et du professeur Plume qui a inspiré le Hysteria de Brad Anderson ( The Machinist) avec Kate Beckinsale, Michael Caine et Ben Kingsley.






Notons que le docteur maléfique est une figure qui marche bien, même dans les navets.
Nous avons été certes bercés par la figure du savant fou ( avec qui il partage des points communs ) mais le docteur, le médecin, appelez-le comme vous voulez est un formidable réceptacle pour nos peurs et phobies. Sa chasuble blanche étant la parfaite page sur laquelle nous écrirons nos angoisses profondes et les plus noires. Autant vecteur de guérison que de mort ( il ne vous annoncera pas que des bonnes nouvelles au cours de votre vie) , le médecin convoque aussi aisément la figure maléfique du sorcier noir dans nos petites têtes. Tout comme un Voldemort , il a étudié des années à l’abri des regards des pauvres mortels que nous sommes, parle dans un jargon incompréhensible qui sont autant d’incantations et même son écriture se révèle impénétrable sauf pour ses confrères ou les pharmaciens. Ajoutez à ça les scandales bien réels sur les erreurs médicales et les médicaments foireux et vous obtenez un cocktail détonnant. Bref,un docteur en médecine a tout pour faire flipper !

Mais Verbinski va quand même jouer avec nos doutes. Lors de ce plan magnifique d’un train entrant dans un tunnel et se reflétant sur lui-même, n’annonce-t-il pas une sorte de division de la réalité en deux ? Comme si le personnage allait se dissocier ? Ces séquences où Lockhart se perd dans l’hôpital et croit voir les murs se refermer ne semblent-ils pas indiquer qu’il perd la boule et le nord dans un dédale qui pourrait bien n’être que le labyrinthe de sa psyché et de sa santé mentale ? Perdre le spectateur est paradoxalement un bon moyen de le garder attentif pour que lui-même veuille connaître la vérité.




Après tout, notre héros ne quitte-t-il pas un univers froid, sombre et aliénant ( le New-York de la finance, dans un climat pluvieux ) pour rejoindre un village ensoleillé et plein de bon air frais ? Et oui, car l’horreur en plein jour, il faut une certaine maîtrise pour ça, et Verbinski crée des ambiances comme un chef. Il a toujours su s’entourer des bons. Citons bien entendu le directeur photo Dariusz Wolski sur la trilogie pirates qui donnaient aux textures une présence forte sur la pellicule ( la crasse, les vêtements séchés par le vent et les embruns) ou encore celui qui nous intéresse ici : Bojan Bazelli que le réalisateur retrouve après Lone Ranger (où il singeait Wolski avec talent ) mais surtout après The Ring. Ce n’est pas le seul écho à The Ring qui se trouve dans le film d’ailleurs, les deux œuvres possédant en leur sein une scène de violence animalière pas piquée des vers et violemment réaliste. Attention aux âmes sensibles.

C’est à une photo (et une ambiance) chromée et froide, teintée de glauque, que les deux hommes nous invitent ici. Sous la lumière de Bazelli, l’eau prend ici rarement une teinte transparente ou pure. Dès qu’elle sert à immerger un humain , elle devient au mieux trouble, au pire noire et lourde comme du plomb, à faire passer les flaques sombres du Se7en de David Fincher pour émanant d’un centre d’attractions aquatique !




Durant la première partie du film, les angles de vues vont être riches de sens et participer pleinement à la création d’un malaise chez le spectateur qui sont en fait autant d’indices sur les événements.  Une contre-plongée faisant ressortir un œil qui regarde par une loupe ( «  Faites attention aux détails ! » nous crie l’image).
La voiture du héros arrive face aux grilles de l’établissement en pleine plongée ( il est tout petit face à la machine médicale ) , des grilles surmontées d’un caducée trompeur ( ce ne sont pas des serpents, mais des anguilles ) au premier plan qui donnent l’impression de déjà enfermer entre leurs dents le héros qui se trouve dans la limousine au second plan ( et après on viendra tenter de nous vendre que la 3D est l’avenir du cinéma. Mais enfin, le cinéma c’est déjà de la 3D projeté sur un espace 2D, c’est simple pourtant ! La perspective on maîtrise non ? ).
Des symboles fugaces mais forts et oppressants. Et si la jambe plâtrée du héros ne symbolise pas son impuissance ( face aux événements mais également sexuelle, la jeune demoiselle lui étant interdite durant tout le métrage ), que je sois damné !






Bien entendu, il n’y a pas que les symboles qui font l’ambiance. Il y a aussi ce que l’on fait faire aux personnages.
Dane DeHaan incarne ce jeune loup de Wall Street ( il paraît qu’il partage une ressemblance avec DiCaprio : à par le talent, je vois pas ) rusé mais pas si inhumain. Constamment sur le point d’exploser dans cet environnement qui met ses nerfs à l’épreuve, DeHaan ne pète les plombs qu’aux bons moments.
Il fait face à un Jason Isaacs perfide mais avenant, un Lucius Malefoy (oh, un docteur joué par un ancien sorcier, c'est fou ! )  affable autant que sournois et dont on ne sait jamais ce qui se cache vraiment sous le masque de chair de son visage.
Mia Goth quant à elle incarne avec délicatesse et parfois émerveillement Hannah, une femme enfant exclue du monde qui vit dans le retour d’un père absent qui ne reviendra que lorsqu’elle "sera guérie".






Ajoutez un personnel hospitalier froid et inhospitalier ( sans être agressif ou aigri comme dans un hôpital ordinaire ), comme des rouages d’une mécanique qu’ils savent toute puissante. Des comportements plus dérangeants aussi ( comme cette scène de masturbation où l’on ne voit rien mais qui distille un malaise répulsif sous votre peau ) et cette petite bouteille bleue censée contenir des vitamines mais dont on devine vite qu’elle est un enjeu crucial du mystère qui entoure l’endroit. Gore Verbinski ferre son poisson (nous) et ne nous lâche plus même lorsqu’il nous pousse devant le répugnant tout en suggestion ( votre cerveau fait tout le boulot, et c’est pas jojo ) ou le délire gothique.

Et c’est là que le film va diviser. Lettre d’amour absolu aux films de genre et à l’horreur gothique comme on en fait plus ( Edgar Allan Poe, Bram Stoker pour la littérature. Des tas de films de la maison de production Hammer pour le cinéma) ou rarement ( comme le semi-rattage, et donc semie-réussite, The Raven de James MacTeigue dont le héros était Poe justement ), Verbinski va se mettre dans la poche les amateurs et faire fuir les autres qui risquent de trouver les rebondissements ridicules et débiles. Et là, personne n’a tort, personne n’a raison. C’est vraiment une affinité avec un genre qui ici s’imprime totalement dans le film. Et si Gore Verbinski manie l’ambiance gothique, il va y imprimer ses frustrations de Bioshock ! Voila deux choses qu’il aime, et quand on aime on ne compte pas.

Au château perdu dans les Alpes Suisses ( en réalité, toutes les scènes européennes ont été tournées en Allemagne ) qui pourrait servir de domaine à un solitaire Dracula ou Frankenstein, le réalisateur va superposer le principe de communauté qui se coupe du monde pour faire des recherches dans un but tout sauf réellement altruiste ( la ville de Rapture ) , le tout dans une ambiance rétro-futuriste assumée ( Rapture, encore). L’objectivisme randien règne en maître !
Et si les limaces de mer pullulaient à Rapture, au château du Dr. Volmer ce sont les anguilles qui vont et viennent. Et si les «  vitamines » ne viennent pas vous faire penser aux ADAM, je ne sais pas ce qu’il vous faut ( amis qui n’avez pas joué au jeu, je suis désolé de vous perdre sous mes considérations. Sachez que ce niveau de lecture n’est pas nécessaire à la compréhension du film).




Les différentes couches et strates du films sont nombreuses. Comme je le rappelais plus haut, quand on aime, on ne compte pas. Et le bas blesse ici. Verbinski aime tellement ses/ces sujets, qu’il ne va rien s’interdire, étirant son film sur 2h27.

Gourmand et généreux envers lui-même , Verbinski coure le risque de gaver son audience comme une oie. L’excès nuit en tout et ceux du réalisateur nuisent à son rythme. Ce qui provoque un ventre mou lors de certains passages et ce malgré une esthétique à se fracturer la rétine et des techniques stimulantes de montages ( le montage alterné, lorsqu’il est bien pensé, comme ici, est puissant mais encore faut-il que le spectateur soit pleinement conscient et pas un peu ennuyé ! ).

A cure for wellness serait une pièce-montée fabuleuse  sur laquelle on n’a pas posé une cerise sur le sommet mais au contour de tous les étages ! Les hypoglycémiques de ce genre de cinéma seront aux anges mais c’est oublier que la majeure partie du public est diabétique ! Et que le bouche à oreille qu’il profère casse l’image du film. Un film qui n’a pas vraiment bénéficié d’une campagne de pub idoine et qui va se planter !

Alors oui, Verbinski nous convie à un repas copieux ( presque indigeste ,presque) mais original ( ce n’est pas une adaptation ni un film de super-héros ) très loin du trop souvent prémâché d’Hollywood ou du gothisme de fast-food d’un Tim Burton post-Big Fish !
Un conte néo-gothique flamboyant de froideur dans sa mise en scène !

Je n’ai pour ma part pas su m’empêcher de voir des allusions à Batman, sans doute fortuites et tenant de la coïncidence, concernant les dernières apparitions du Joker dans la série éponyme. Que les lecteurs de Scott Snyder me donnent leur ressenti sur le sujet, ça m’intéresse.