mardi 31 juillet 2018

Ethan Hunt Fury Road

La série télévisée Mission : Impossible a fait le saut vers le grand écran en 1996.
4 ans plus tard, la suite débarquera, confirmant que la Paramount, et surtout Tom Cruise, véritable maître d’œuvre de la saga censée rivaliser avec 007, veulent donner à chaque épisode une identité propre en confiant chaque film à un réalisateur différent.

2 ans après avoir appréhendé Solomon Lane, le dangereux chef de l’organisation terroriste Le Syndicat, Ethan Hunt se voit confier la mission d’empêcher une nouvelle entité, Les Apôtres, de mettre la main sur 3 réserves de plutonium.
Les Apôtres sont tout ce qu’il reste du Syndicat, dont la tête n’a pas été tranchée mais enfermée. En l’absence de leur « gourou » ( Solomon Lane n’est autre qu’un James Bond qui deviendrait un Blofeld non pas motivé par l’argent et le pouvoir mais pas la déstabilisation du système qui l’a créé ) , le groupe s’est radicalisé (oui, encore plus), animal blessé prêt à mordre tout ce qui bouge pour accomplir son dessein.
Alors que l’acquisition de l’élément radioactif le plus célèbre de la création devait se passer en douceur, l’opération capote et Hunt, ainsi que son équipe, se voit imposer un chien de garde de la CIA, l’agent Walker, un bourrin bourru pour qui une mission réussie est une mission qui a pris une balle dans la tête. Remontant la piste des apôtres, Hunt et Walker en viennent à (re)croiser la route d’Ilsa Faust, agente britannique et vieille connaissance de Hunt dont les objectifs ne coïncident pas forcément avec ceux des américains.

Quand, en 2015, Rogue Nation, le 5éme opus des aventures d’Ethan Hunt, sort sur les écrans, il est un peu le chouchou de l’été, seul véritable film à offrir du solide après un printemps qui nous avait tant donné ( Tomorrowland, Mad Max Fury Road ). Son réalisateur, Christopher McQuarrie ne réalise pourtant là que son 3éme film en 15 ans ( The Way of The Gun, Jack Reacher – déjà avec Tom Cruise ). Mais l’homme est avant tout un scénariste (oscarisé pour The Usual Suspects ) depuis deux décennies et script doctor attitré de Cruise depuis leur rencontre sur le tournage de Valkyrie. Il a retouché les scripts de Ghost Protocol et d’Edge of Tomorrow.
Le film, véritable thriller noir nimbé de l’ombre d’Alfred Hitchcock et de Casablanca{1} joue plus sur la tension que l’action et distille un romantisme à fleur de peau en introduisant l’agente Ilsa Faust jouée par Rebecca Ferguson.
Enchaînés dans une suite d’événements qui les rapprochent, Ethan et Ilsa se séparent non sur un langoureux baiser mais sur une étreinte et des regards plein de non-dits.
Ethan aurait-il trouvé sa Catwoman, son Irène Adler ? La porte restait ouverte pour qui prendrait la relève si l’envie lui en prenait.



Devant le nombre de critiques positives, McQuarrie se fend d’un commentaire, souhaitant bonne chance à celui qui réaliserait le 6éme opus. Le karma étant joueur , McQuarrie se retrouve à se succéder à lui-même, une première dans la saga. Mais désireux de continuer la tradition du «  un épisode différent du précédent », il se lance dans l’écriture d’un script aux antipodes de Rogue Nation. Il change également, au passage : de directeur photo, de compositeur et de responsable des costumes. Fallout aura une autre identité que simple suite à Rogue Nation, il doit être unique et appréhendable par tous…à la différence de Spectre qui tentait de lier tous les films de James Bond/Daniel Craig entre eux.
Si Rogue Nation était élégant et noir, misant sur la tension et le suspense plus que sur l’action pure, Fallout en sera l’opposé. Prenant le risque de caresser dans le sens inverse du poil les amoureux du précédent film. Fallout perd donc en pedigree racé ce qu’il gagne en punch et énergie destructrice.




Débutant par Ethan Hunt se réveillant dans une planque grande comme un hangar , au milieu de la nuit et profitant d’une lampe à chaleur, le films se termine sur le même Ethan Hunt, allongé, de jour, entouré de chaleur humaine. Pour aller du point de départ froid et ténébreux à la ligne d’arrivée chaude et ensoleillée, Hunt va traverser un chemin de croix digne des plus grandes épopées.
Qu’il reçoive son ordre de mission planqué dans un exemplaire de l’Odyssée d’Homère n’est pas anodin. Car c’est ce qui l’attend : la passion du Christ-sauveur à la sauce 12 travaux d'Hercule en 24 heures chrono.
En se comportant dès les premières minutes comme un héros prêt à risquer sa vie plutôt que de laisser un ami en danger, Hunt enclenche un engrenage qui peut se révéler mortel à chaque coin de rue. Et tels les protagonistes mythologiques, ses songes contiennent en substance des messages prémonitoires du danger auquel il va faire face.
McQuarrie nous refait un peu le coup de Rogue Nation : reprendre un élément boursouflé par John Woo dans  M :I – 2 ( la référence au film Les enchaînés, pour RN ) pour le sublimer ici.
La création d’un héros et son ancrage mythologique dans ses apports antiques avait été l'apport de Woo, il sera l'exploration,par l'exploit, pour McQuarrie.
Ainsi, Hunt n’est-il pas la liberté païenne face à une organisation qui se fait appeler Les Apôtres, avec la symbolique de ce que peut représenter de dangereux les dogmes les plus absolus et leur désir pathologique de régenter le monde et les vies de ses habitants ?

Alors que Hunt pousse sa logique et ses motivations dans leurs retranchements, fournissant un héros désormais aussi épais que Jack Bauer dans ses valeurs et ses méthodes souvent à la limite du bon sens mais accomplies au travers de la pugnacité sans limite du héros, Faust se dévoile encore une fois comme le cœur palpitant du film, le centre de gravité émotionnel du long-métrage. Chaque regard de Rebecca Ferguson devant s’opposer à Hunt est tour à tour déchirant ( « Please don’t make me go through you » ) et rempli de détermination à accomplir sa mission. Une détermination au moins égale à celle de Hunt , qui l’enjoint à ne pas se mêler de cette affaire. Les deux personnages avancent en sachant que chaque action peut être un coup porté à une personne chère et doivent composer avec leur sens absolu du devoir envers leur nation et l’absolue nécessité de se couvrir l’un l’autre.

Ilsa, un peu en retrait au début du film, sort de plus en plus de l’ombre, prenant une place capitale dans l’intrigue. Si le romantisme de Rogue Nation n’est plus à fleur de peau , il dirige pourtant les actions tant de Faust que de Hunt (la caméra ne filme plus Rebecca Ferguson amoureusement, comme c'était le cas dans Rogue Nation, ses habits, bien que d'une grande classe, ne la font plus autant sortir du lot et la musique de Lorne Balfe -pompant allègrement les OST de The Dark Knight et Inception - ne rivalise jamais avec la beauté classique de la composition de Joe Kraemer et son utilisation de Nessun Dorma de Puccini comme thème musicale pour Ilsa.).
Alors que l’ex-femme de ce dernier réapparaît, Faust découvre des facettes qu’elle n’avait que devinées à propos d’Ethan. Les deux femmes ne feront que se croiser quelques secondes. Quelques secondes qui suffiront à laisser l’émotion, subtile , se glisser dans une scène où quelques mots seront échangés, murmurés à l’oreille de l’une par l’autre sans que le spectateur ne distinguent ce qui se dit.

Fait étonnant, un troisième personnage féminin fait son apparition et arrive à tirer son épingle du jeu déja bien chargé dans la vie sentimentale du héros : La Veuve Blanche, sorte de clin d'oeil à la Veuve Noire de Marvel.
La noire est une espionne assassin, la blanche traître avec espions et assassins pour vendre des armes. Deux faces d'une même pièces ?
Elle est incarnée par Vanessa Kirby qui joue parfaitement les personnages froid et distants avant de faire passer en un claquement de doigts sur son visage que Hunt l'attire de par ses capacités physiques guerrières et intellectuelles. Le personnage est ambigu dans ses ambitions et ses intentions et il serait dommage de se priver de la revoir ultérieurement.
Et puisque Fallout crée un précédent ( faire revenir des personnages féminins venus d'autres films de la saga, il n'est pas interdit de penser que La Veuve puisse revenir...ou encore Nyah de M:I-2 ou bien l'agent Carter incarnée par Paula Patton dans Ghost Protocol ).







Rogue Nation faisait naître l’action de son histoire. Lancé à toutes berzingues, Fallout fait naître son histoire de son action et que Hunt soit presque toujours en mouvement, le poussant à improviser sur le moment, est une illustration totale de cet état de fait.Le tout reste pourtant passionnant dans son déroulement et ses rebondissements.
Et surtout, McQuarrie n’en oublie jamais de creuser tous ses autres personnages.
Benji, toujours campé par Simon Pegg gagne en assurance comme agent de terrain, Luther, l’allié de la première heure se montre être un grand sensible qui le cache bien. Quant à l’agent Walker, incarné par Henry Cavill ( Clark Kent ) , il est loin d’être un simple monolithe de muscle. Cavill , pourtant plus habitué aux rôles de bon gars, transpire d’une vindicte et d’une sorte de sadisme malsain ( un aspect à peine esquissé lors de Justice League quand Superman revenait à la vie un peu désorienté mais totalement conscient de ses capacités ) , le genre de personnage que l’on adore détester et qui donne une identité forte au film.





Un film qui se fait plus avare en références classiques ( à peine un petit clin d’œil à Orson Welles lors de la scène dans la boîte de nuit – La dame de Shanghai n’est pas loin ) mais pas en références récentes. Tout aussi old school dans son envie de présenter le plus de réalisme possible sans artifices en images de synthèse, Fallout prend des airs de Heat et de The Dark Knight (Rises) montés sur le rythme de Mad Max Fury Road.
C'est que là où le critique de base avait crû déceler du Nolan dans Skyfall (non, du tout ) c'est bien ici que les apports de Christopher (Nolan) ont été intériorisés par un autre Christopher (McQuarrie). Comment ne pas lire les ennemis de Hunt comme des versions " monde de l'espionnage " du Joker ( Solomon Lane, anarchiste, quand il tenait plus d'un Ra's Al Ghul dans le précédent opus ) et le Bane ( la force physique absolue ) de cette histoire ? Des agents en guerre contre des institutions qu'ils considèrent pourries ? McQuarrie n'est peut-être pas un auteur au sens noble du terme mais il sait où puiser ses influences et les infuser avec talent dans son histoire.
Ilsa, plus Selina Kyle que jamais vient enfoncer le clou.

C'est que Fallout peut être vu comme le véritable 3éme acte de Rogue Nation et, à ce titre ,le film dans son ensemble est donc une sorte de climax géant. C'est ici que tout se résout : les ambitions du Syndicat, les relations entre les personnages,etc...
Bien que tout à fait regardable en tant qu'épisode indépendant ( notamment de par ses rappels verbaux d'éléments présents dans les autres épisodes ), Fallout ne s'apprécie vraiment dans le détail que si l'on a le 5ème volet en tête ( et un peu le 3ème aussi  d'ailleurs ).

Nolan et Miller ont toujours voulu tourné le plus possible sans fonds verts ou ajouts digitaux ( The Dark Knight est bourrés de séquences tournées en maquettes à l’échelle ¼ ) et McQuarrie se situe sur cette lancée. Et ça tombe bien, pas sûr que Tom Cruise apprécierait se faire double par un programme informatique. C’est également l’un des gros plaisirs de la saga, cette certitude pour le spectateur de ressentir le bigger than life cruisien. Ô certes, on efface bien quelques câbles de ci de là mais la caméra capture un maximum de moments exécutés par la star (et par ses co-stars de plus en plus : Fergusson arguant que si Cruise le fait, elle peut le faire aussi ! ).





Une double course-poursuite parisienne (où Cruise s’essaye à la langue française – à voir en VO donc )  en voiture et à moto, un halo jump effectué en live (et capturé par un cameraman qui n’a pas froid aux yeux ) jusqu’à des cascades dans un hélicoptère que Cruise pilote vraiment ( devant d’ailleurs gérer son vol ET les angles de la caméra embarquée sur l’engin ).



Les images sont à couper le souffle et donnent le vertige de par la grandeur des évènements et non le mal de mer trop souvent ressenti par l’utilisation simpliste d’une caméra à l’épaule ballottée dans tous les sens pour tenter de donner du rythme et de la fougue à l’image. Fallout prouve que des plans lisibles, bien cadrés et bien montés font bien plus le job qu’un Paul Greengrass en roue libre sur le dernier Jason Bourne.







S’accrocher à son siège, avoir réellement la trouille pour le destin de tel ou tel personnage attachant, en prendre plein les yeux et le cœur , telle est la mission que je vous enjoins à accepter.
Fallout est une montagne russe de 2h30, une durée qui ne fera pas mentir Einstein et son célèbre «  Le temps est relatif »  qui laisse crevé et lessivé.
Et qui nous appelle à aller refaire un tour une fois sorti.
La marque de la redoutable efficacité.
Mission accomplie, mission réussie !


{1} Le nom Ilsa Faust est porteur de sens. Si Faust renvoie bien sûr au personnage qui pactise avec le Diable ( ce que fait Ilsa en infiltrant le Syndicat pour le compte du MI6 ), Ilsa est plus subtile.
Rogue Nation se passe en partie à Casablanca, le célèbre film avec Bogart et Ingrid Bergman.
Bergman et Ferguson sont toutes deux suédoises. Et comment se nommait le personnage de Bergman dans Casablanca déja ? Ilsa, bien entendu. Oui oui, tout se recoupe mes loulous. Bergman qui jouait également dans Les enchaînés....Tout est lié !

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