dimanche 15 février 2026

Citizen Wayne.

 


Tom Taylor , scénariste révélé par l’adaptation en comics du jeu video «  Injustice » ( un jeu de baston partant du principe que Superman vrille dictateur après le meurtre de Lois Lane par le Joker alors que Batman mène la résistance – chacun des héros ayant une équipe composée tant de héros que de vilains, notion devenues floues dans ce monde parallèle ) a vite gravi les échelons et entre deux «  Et si… » ( Batman la dernière sentinelle , où un Batman vieilli quitte Gotham pour enquêter autour du monde , DCeased où l’équation anti-vie de Darkseid transforme le monde en zombie façon Marvel Zombies mais bien après la hype ) , le petit Taylor a fait son trou dans les séries liées à la continuité principale de l’univers DC. 


Selon moi, pas pour le meilleur. Si Taylor a un don pour croquer les personnages, ses intrigues en revanches sont loin d’être captivantes. 

Son arrivée sur Detective Comics, la série sœur de la série Batman, avait tout du cauchemar pour bat-fan. D’autant plus que la chauve-souris a eu son lot de montagnes russes scénaristiques ces dernières années. 


Alors, est-ce que Tom Taylor va encore jouer les xanax humain en écrivant les aventures d’un insomniaque notoire ? 

Et bien non ! Vous m’en voyez le premier surpris. 


L’action débute dans une sorte de cellule, trois semaines dans le futur : un homme, aux cheveux blancs, est assis sur une chaise. Il semble en mauvaise posture. Batman, à côté de lui , s’adresse à une personne hors champs en cherchant à comprendre ce qui a mené tout ce monde dans cette situation.

Flashback : alors que Batman intervient sur un braquage commis par un jeune délinquant armé d’une arme à feu , il se rappelle d’un soir où, enfant , son père et sa mère discutait de la vie des hommes et de la valeur modulaire de celle-ci selon les individus. Thomas Wayne, chirurgien de génie, prenant à part son fils, lui explique que peut-importe qui est qui , une vie doit être sauvée. 




La vie du délinquant ne sera pas sauvée. Lorsqu’il le rattrape, le gamin a été tué. Le 9e en un mois à arborer le même profil : délit mineur, mise en maison de redressement, sortie menant à des crimes plus violents. 

Bruce Wayne, quant à lui , se voit proposer par une ancienne employée ( et dernière enfant aidée par la fondation Martha Wayne du temps où celle-ci était vivante ) une étrange proposition : rajeunir , redevenir ce qu’il était il y a encore 10 ans. Un traitement réservé à « l’élite financière ».

La proposition le tente. Mais le tourmente. Qui est-il pour profiter d’une telle rallonge ? Mais après des années à malmener son corps nuit après nuit , même lui ne peut nier qu'il n'a plus 20 ans.

Tom Taylor va alors faire ce qu’il fait le mieux : arpenter les personnalités de ses personnages principaux. Et , inspiré sans doute , les faire évoluer dans une intrigue qui tient tout autant du thriller de science-fiction batmanesque classique que de la critique peu subtile (mais un poing de Batounet dans la gueule, est-ce subtil ? ) d’un système judiciaire et d’une idée de la justice basée sur la vengeance.

La clémence réfléchie face au châtiment aveugle.





Taylor pose les pions de son intrigue mais aussi d’une intrigue appelée à s’étendre au-delà de ce premier album , un fil rouge qui devrait sans doute relier la plupart des aventures qu’il réserve au (noble) chevalier noir. 

Les ingrédients ne sont pas des plus novateurs : le passé de Thomas et Martha Wayne est un peu revisité ( une idée à la mode ) , Bruce Wayne agit en Largo Winch ( avec drague et plus si affinités incluse ) en enquêtant sur des sociétés de la tech et leurs liens avec les prisons privées ( ce comic a été écrit AVANT les récentes révélations sur le fonctionnement de ICE d’ailleurs ) et une société secrète ( encore une ) agit dans l’ombre de Gotham. 





Rien de nouveau sous le Bat-signal. 

Mais Taylor a saisi comment aligner ces divers aspects pour que les sous-intrigues se relancent ( voire se relancent entre elles ) et les personnages principaux ( de la Bat-famille, aux amis héroïques en passant par des secondes rôles tous nouveaux ) lient l’ensemble grâce à une belle caractérisation venant renforcer l’idée majeure que Batman incarne : la vengeance n’est pas la justice et celle-ci doit miser et investir sur l’après punition et non sur un ressassement incessant du passé. Même quand cela fait mal, même quand cela est obsessionnel. 


Surtout, Taylor, comme Chip Zdarsky , répond clairement à la critique mainte fois faite à ce personnage ( par des personnes en ayant une connaissance trèèès limitée et souvent liée à quelques films ) : Batman préfère casser des gueules que d’ouvrir des écoles. 

Qui lit Batman sait que c’est faux. Mais peu d’auteur livraient plus que 3 phylactères pour le prouver. Batman a un plan pour Gotham. Car il le sait, il l'a vu ( et cet album le montre clairement ) : la mort de ses parents ne n'a pas affecté que sa petite personne. Et le trauma créé n'a pas engendré que des Batmen. Les échos de ces meurtres vont bien plus loin que ceux provoqués dans l'esprit de leur fils bien aimé ( et un peu taré si l'on en croit Selina"Catwoman"Kyle ) : comme souvent avec Batman, les vilains les plus intéressants sont ceux que Bruce aurait pu devenir mais a choisi ( parfois par noblesse d'âme, parfois par culpabilité ) de ne jamais devenir. Convaincu que suivre une voie simple ne fera que rajouter aux malheurs du monde.

Et ce plan pour Gotham est une critique sous des airs de divertissements des conneries que nos « élites » préfèrent mettre en place. 






Aux dessins, nous retrouvons Mikel Janin, qui avait travaillé sur Batman avec un autre Tom. Tom King. Janin montre ici une autre facette de son talent car les deux scénaristes lui font mettre en scène des situations bien différentes. Cependant, si le trait de Janin est agréable à l’œil c’est également un dessinateur qui a du mal à tenir le rythme des 22 pages mensuelles d’un comic book et son trait devient moins précis au fil des pages. Rien de rédhibitoire mais l’impression de voir un autre dessinateur prendre peu à peu le relais se fait parfois sentir.


Au final , Tom Taylor débute son run avec les honneurs, replaçant Batman dans des zones sales et moites de Gotham quand ses collègues de la série Batman depuis 2020 l’ont surtout fait évoluer dans les néons et la folie visuelle parfois exubérante et exténuante pour le lecteur. Un retour aux fondamentaux qui joue tout autant les cartes de la sécurité que celles des nouveautés. 


Avec au milieu, un Batman plus héroïque et noble que jamais et un Bruce plus humain et déterminé à changer les choses. 

J’aime le Batman de Tom Taylor, et voila une affirmation que je pensais inconcevable à dire un jour. Et le 4e de couverture ne ment : voila une belle occasion de prendre le train en marche sans être perdu, Taylor s'inscrivant certes dans une continuité bien établie mais , petit malin, utilise une partie du casting gothamite vu dans le dernier film en date.




Le bat-renouveau est en marche et j'attends de pied ferme : la lecture du second tome, et l'arrivée de Matt Fraction sur le titre Batman qui semble lui aussi décidé à renouer avec la période où lire du chiroptère gothamite ne donnait pas envie de hurler de douleur. 




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