mercredi 2 septembre 2015

La fille au tatouage en forme de dragon est revenue : Millénium, acte 4.

La trilogie Millénium de Stieg Larsson a été un succès publique et critique, un tsunami littéraire venu du froid (la Suède) auréolé d'une aura un peu spéciale : l'auteur a remis les manuscrits des trois romans à son éditeur et est ensuite décédé d'une crise cardiaque avant même la sortie du premier tome.

Avant de rédiger cette critique, je me suis posé la question :
« Dois-je parler de la polémique ? ».
Car polémique il y a. Larsson vivait depuis des années avec une femme,Eva Gabrielsson mais le couple n'avait pas d'enfant et n'était pas marié. En vertu de la loi suédoise, elle a été écartée de la succession , les droits revenant au frère et au père de Stieg Larsson. Et 10 ans après la sortie du dernier tome ( 7 ans chez nous), les ayant-droits ont commandé une suite à l'auteur David Lagercrantz. D'où polémique.

Mais d'un point de vue légal, les Larsson ont le droit de le faire et l'on fait. Ce qui nous amène à la sortie de ce quatrième tome : «  Ce qui ne me tue pas » , titre inspiré de la fameuse phrase de Nietzsche et donc premier titre de la saga à ne pas être pleinement original. Je dis saga car ce qui est désormais une tétralogie ( oui, quadrilogie est un mot qui n'existe pas, une faute qui s'est répandue comme un virus) est sans doute bien parti pour se voir pousser de nouveaux tomes dans un futur plus ou moins proche.

Mikael Blomkvist, le journaliste star de la revue Millénium, qu'il a co-fondée, va mal. Les attaques dans la presse à son encontre ont affaibli son journal dont certaines parts ont été rachetées par un puissant groupe industriel. Mikael aurait bien besoin d'un scoop pour se remettre en selle et fissa. Et puis Mikael tire un peu la gueule, cela fait un long moment que Lisbeth Salander, la hackeuse formidable et rebelle avec qui il a vécu tant d'aventures est injoignable pour Dieu seul sait pourquoi.

Frans Balder est un informaticien de génie. Ses travaux sur l'intelligence artificielle chez Solifon, une entreprise américaine, sont très avancés mais ce dernier décide de quitter les USA avec ses travaux (légalement propriété de son employeur) et de récupérer son fils autiste dont il a perdu la garde. Craignant pour sa vie après une série d'alertes émanant de la Säpo, il contacte un journaliste pour balancer des infos.Un journaliste en recherche d'un scoop pour se remettre en selle.

Lisbeth Salander, la fille au tatouage de dragon, vient de réussir un coup incroyable : pirater la NSA. Mais derrière ce coup d'éclat, n'avait-elle pas un but caché ?

Comme dans tous les polars depuis l'invention du concept, les intrigues vont se croiser et se lier, souvent à cause du pire. De rebondissements en utilisations de la mythologie instaurée par Larsson, l'intrigue avance!

David Lagercrantz n'est pas Stieg Larsson. Et la comparaison ne joue pas en sa faveur. Il est dès lors compliqué de chroniquer pour ce qu'il est un ce roman surfant sur un illustre héritage tant qualitatif que quantitatif ( des pavés de près de 800 pages contre 500 ici ).

Le style, sans être mauvais, est tout à fait honorable mais sans âme. C'est une écriture passe-partout plus travaillée qu'un Marc Lévy, Guillaume Musso ou Ana Gavalda mais cela reste dans le seul domaine de l'efficacité. Et c'est très efficace.

L'intrigue, par contre prend, son temps pour se mettre en place, presque la moitié du roman pour que les pièces se mettent en place. Et là, tout s'enchaîne. L'enquête n'est que semi labyrinthique (on est loin de " Les hommes qui n'aimaient pas les femmes", tome qui inspira "The girl withe the dragon tatoo" de David Fincher)  bien que finement troussée et , encore une fois, emprunte d'une efficacité certaine. Mais cela va trop vite : les personnages, bien que respectés dans leur psychologie, semblent par moment sacrifiés au profit de l'intrigue, comme si elle seule importait vraiment.

Certains passages semblent trop simples dans leur narration , certaines coïncidences trop grosses
(putain, tout le monde connaît tout le monde en fait, c'est super-pratique) et certaines références à la pop-culture super-héroïque sont un peu maladroites et les personnages sont trop extrêmes, un peu comme si l'auteur en avait fait une caricature d'eux-mêmes : les gentils sont trop gentils, les salauds trop salauds. Le côté manichéen est un peu trop présent et les personnages sont des vrais super-héros : toutes leurs capacités exposées dans les tomes précédents ont évolué en vachement mieux. Lisbeth n'est plus seulement une dure à cuire, cette fille est désormais increvable.

C'est donc un roman agréable, efficace et rythmé ( différents rythmes dont la transition se fait sentir comme une cicatrice : c'est calme puis ça bouge mais pas de milieu) , qui ne fait pas injure aux personnages ni à la série mais qui en est clairement le canard boiteux. Comme une greffe qui prendrait mais dont personne ne serait dupe sur la nature.

L'auteur se ménage des pistes pour des suites en cas de succès , succès qui semble déjà au rendez-vous, la trilogie ayant été un phénomène comparable à Harry Potter (mais avec moins de volumes et moins de fans, le public visé est clairement adulte et pas l'histoire pas ciblée vers d'autres couches de la société).

Au final, ce roman ne tue pas la saga mais ne la rend pas plus forte pour autant. À réserver aux fans donc, aux fans qui ne crissent pas des dents que quelqu'un d'autre que Larsson fasse joujou avec Mikael et Lisbeth bien entendu.

jeudi 27 août 2015

Nuke les ères !

Avec Days of future past sortie l'an dernier au cinéma et sa version longue sortie cet été, la mode est aux voyages dans le temps. Profitons donc de ce blockbuster estival pour nous pencher sur le premier crossover mutant de l'ère Marvel NOW :  Battle of the atom ( tadadaaaaa ! Oui, j'essaye de faire passer une musique dramatique par l'écrit…c'est pas gagné !) et qui sort en septembre chez Panini en album dur.


Depuis Days of Future past (le comic, pas le film. Essayez de suivre un peu), les foutoirs bordéliques temporels sont devenus monnaie courante dans le monde des mutants. Du coup, on a fini par se retrouver avec un fils Summers plus vieux que son papa et une fille Summers/Grey aussi âgée que sa maman.

Je pense que tous les auteurs ayant officié sur le titre ont joué un moment avec le voyage dans le temps.
Ce n'était qu'une question de temps (décidément) avant que Brian Bendis, en charge de deux séries sur quatre (oui, la moitié, vous êtes forts en maths dites donc) estampillées X-Men veuille jouer avec la bonne vieille machine du Dr Brown.

Ce n'est peut-être pas mauvais de rappeler les titres en question : All New X-men ( qui parle du retour des all first X-Men, logique quand tu nous tiens) et Uncanny X-men sont scénarisées par Bendis et sont presque en état de cross permanent. X-Men tout court (et qui suit une équipe féminine, oui logique quand tu nous tiens, bis) est écrite par Brian Wood et Wolverine & the X-men par Jason Aaron. Et bientôt débarquera The Amazing X-Men mais ne mettons pas la charrue avant les bœufs mutants.

Bref, les X-men du passé perturbent un peu le continuum espace-temps : ils sont la goutte d'eau qui risque de faire déborder le vase, Age of Ultron ayant eu des conséquences désastreuses sur notre bon vieil espace-temps qu'on aime d'amour. C'est à ce moment que des X-Men du futur débarquent pour les prévenir : si les premiers X-men ne rentrent pas, ça sera l'Apocalypse.
Vous l'aurez compris, ce n'est pas l'originalité qui fera le sel de l'histoire… mais plutôt ses rebondissements et ses conséquences.








Le récit est plaisant à lire, sans plus. Les auteurs se sont amusés à imaginer un nouveau futur alternatif (mais bordel, y en a combien en ce moment ? Et comment les machines arrivent à renvoyer les futuristes dans la bonne époque ? Parce que bon, en ce moment, on sait que Cable et Hope Summers se battent pour rectifier un futur qui ne ressemble pas du tout à celui décrit par Bendis, Wood & Aaron et qui doit plus ou moins se passer à la même date) et je soupçonne que les idées les plus "what the fuck" et fun viennent de Aaron. Certains dialogues sont franchement drôles (manque de sérieux des auteurs ou tentative de faire passer le sentiment que pas mal de personnages sont blasés par les voyages temporels ?).

Les dessins sont assurés par quelques pointures : Immonen, Bacchalo, Lopez... cela manque de cohérence graphique mais ça ne blesse pas les rétines !



La fin quant à elle, vient redistribuer les cartes des séries de Bendis. Dispensable si vous n'êtes pas fans absolus des mutants par contre car nous sommes très loin du niveau d'inventivité d'une saga comme Infinity par exemple. Les séries X ont toujours été plus soap-opera qu'autre chose et, à part Aaron, les auteurs actuels excellent dans l'art de faire vivre les personnages mais ne sont pas des as de la SF (oui voila, il faudrait une série co-écrite par Hickman avec des dialogues de Bendis en fait ou un Warren Ellis inspiré, souvenons-nous de ses Thunderbolts).

The Glorious Bastard


Nous sommes en 1944. L'air est sec et chaud.
L'ennemi est en déroute.
Et dans quelques heures, Paris sera libérée.

Mais alors que l'offensive qui marquera un tournant décisif dans la Seconde Guerre Mondiale se prépare, un petit groupe de combattants a franchi les lignes ennemies.
Ils sont menés par un homme qui a fait toutes les guerres modernes : il a menti sur son âge pour s'engager dans l'enfer de la Grande Guerre , il s'est marié (oh la la) deux fois (oh mon dieu), a combattu les franquistes lors de la Guerre d'Espagne et est sorti de sa retraite cubaine (qui durait depuis 39) pour devenir correspondant sur le front européen à la première occasion.


Son nom : Ernest Hemingway.  


Leur mission ?

Libérer le bar du Ritz !


Quand la légende dépasse la réalité, alors on publie la légende. 

Fiction ou réalité ?
Mythe ou vérité historique ? 
Difficile d'affirmer avec certitude qu'il ne s'agit pas là d'un fait d'arme imaginaire de la part d'un homme qui a toujours aimé enjolivé les choses (le 6 Juin, selon ses dires, il aurait mis pied à terre. En réalité, il avait été laissé sur un canot de débarquement en attendant que la plage soit sécurisée. Nul doute que l'homme aurait voulu aller au front). 

Mais prenons le temps d'envisager une hypothèse audacieuse : et si le manque de preuve était la preuve, justement ?
Imaginez un instant : vous êtes un chef d'état-major, un haut gradé militaire et un correspondant de guerre s'imagine qu'il peut venir faire sauter la première grenade venue sous prétexte qu'il pratique l'art de Sun Tzu depuis plus longtemps que vous. Car Mr Hemingway n'en est pas à sa première folie, non non. Quelques jours plus tôt, il a aidé un groupe de combattants à Rambouillet et ce au mépris des conventions ! Sacrebleu, et ce petit écrivaillon s'en est sorti avec une astuce d'auteur : "Je n'ai mené personne, j'ai donné quelques conseils basés sur mon expérience personnelle." 

Bref, Ernest Hemingway est un emmerdeur comme je les aime mais sans doute pas comme l'apprécierait un haut-gradé carriériste à qui on aurait mis dans les pattes cette "cargaison précieuse" pour l'Oncle Sam. Aussi, que faites-vous quand cet illuminé vient vous demander hommes et jeeps pour aller libérer le bar du Ritz ? Vous jouez pour la galerie l'offusqué mais vous lui donnez parce que l'homme a une plume connue et reconnue qui pourrait vous faire du mal. Et vous tentez de minimiser l'affaire au maximum pour ne pas entacher votre CV. 

Mais quelle idée, aller libérer un bar ? Mais ce bar représente plus que le goût un peu trop prononcé qu'Hemingway peut porter à la bonne bouteille. Non, il représente l'alcôve éthylique d'un endroit où il habitera des années durant les années folles. Le Ritz, c'est un peu chez lui. Paris était une fête et il faut que Paris le redevienne. 
Alors, allons boire un coup sans payer nos verres ! 

Vivement que cette histoire soit portée à l'écran, elle porte en elle tout l'ADN de films tels que "De l'or pour les braves" ou "Inglorious Basterds" et repose sur une base vaguement vraie.


mardi 18 août 2015

Go Rogue

L'été aura été morne de chez morne : le printemps aura fait rêver avec Tomorrowland et Mad Max Fury Road, laissant présager que la saison suivante placerait la barre plus haut.
Que nenni, nous avons enchaîné merde sur merde.
Mais il y a une chose à savoir sur les champs de merde : c'est fertilisant.
Et une fleur peut donc en surgir.
Cette fleur, c'est Mission : Impossible – Rogue Nation.

C'est connu depuis plus de 20 ans : Tom Cruise produit les films dans lesquels il joue ( à de rares exceptions près) : cela lui permet de choisir ses projets et de travailler avec qui il veut.

Mine de rien, cette méthode offre une grande variété de films, même au sein de la franchise d'espionnage qu'il s'est payée il y a des années : chaque épisode repose sur un réalisateur différent, réalisateur dont l'approche est systématiquement personnelle.
Pas un seul film Mission-Impossible ne ressemble au précédent, aucune suite n'est un remake déguisé de l'autre. Pourquoi ? Parce que Cruise laisse le réalisateur imprimer sa patte : il les engage pour ça !
Idem avec le casting qu'il veut intéressant (au risque qu'il lui vole la vedette d'ailleurs : Tom Cruise , contrairement à de sales rumeurs, n'a pas peur d'égratigner son image à l'écran et de se confronter à des acteurs de talents ou des acteurs ayant plusieurs centimètres en plus que lui ).

Depuis M:I-3, les films sont co-produits par J.J Abrams ( qui réalisa le troisième d'ailleurs), le créateur de la série d'espionnage Alias.
Et c'est un véritable renouveau qui s'est opéré dans la saga. Là ou le premier et le second opus était relativement déconnecté l'un de l'autre, les trois suivants (bien que foncièrement différents les uns des autres) offrent des rappels qu'ils sont connectés, que l'on est bien dans le même univers, que les actions précédentes ont des conséquences dans les films suivants. Cela donne un background aux personnages.



Après Bard Bird, c'est cette fois au tour de Christopher McQuarrie de s'atteler à la réalisation des nouvelles aventures de Ethan Hunt.
McQuarrie n'est pas un nouveau venu à Hollywood mais en 15 ans, il s'agit seulement de son troisième film. En effet, Christopher McQuarrie est avant tout scénariste (et un ancien détective privé ) : il a signé Usual Suspects pour Bryan Singer ( ainsi que les premiers traitements du film X-Men mais  le film aurait été trop cher pour les pingres de la FOX ) ainsi que le Walkyrie du même réalisateur. C'est sur ce film que lui et Cruise deviennent amis. Dés lors, il va collaborer avec la star en réalisant Jack Reacher, réparant le script de Ghost Protocol en sous-main, réparant celui de Edge of Tomorrow de manière tout à fait officielle et enfin écrire et réaliser Rogue Nation.


Venu du film noir et du thriller, McQuarrie va donner un ton tout à fait particulier à son Mission: Impossible. Celui d'un film à suspense gratiné de scènes d'action. Presque un film noir dans le monde de l'espionnage.  Et justement, que raconte donc ce film ?

Ethan Hunt est sur la trace d'un mystérieux groupe terroriste connu sous le nom de Syndicat. Alors que lui et son équipe viennent de mettre à mal une opération de transport d'armes menée par le Syndicat, le directeur de la CIA tente de faire dissoudre l'IMF car leurs méthodes provoquent la destruction et le chaos. L'abence de preuve tangible sur l'existence du Syndicat pousse  les autorités à croire qu'il s'agit d'une invention de Hunt pour légitimer l'existence de l'IMF.  Au moment où le couperet tombe, que l'IMF est dissout et que  ses restes sont emmagasinés par la CIA, Hunt tombe dans un piège tendu par le Syndicat. Il s'échappe grâce à l'aide d'Ilsa Faust, une agente double infiltrée mais, lâché par son pays et considéré comme un fugitif dangereux, Hunt continue sa mission, seul.
Six mois plus tard, Hunt refait surface et lance l'offensive. Il aura besoin de ses anciens collègues pour réussir.

Prévu pour sortir en décembre, Rogue-Nation a vu sa sortie avancée à l'été pour ne pas se faire démolir par le mastodonte Star Wars VII, lui aussi co-produit par la société Bad Robot.
Tant mieux, ça aura sauvé l'été 2015 de la morosité cinématographique. Car McQuarrie nous offre un spectacle aussi cérébral que fun (bien que moins fou que l'opus précédent).

L'écriture du scénario est un sans faute dans l'intrigue : retorse, complexe, plein de personnages loin d'être purement manichéens et de situations bigger than life ou tout simplement dégueulasses de la part des supérieurs des agences de renseignements pour qui un agent est sacrifiable, seul le résultat de la mission (ou de ses magouilles) compte.
Ainsi, les nouveaux venus comme Williams Brandt (apparu dans le 4 ) ou Benji Dunn (présent depuis le 3), prennent encore plus d'ampleur. Surtout Benji, incarné par Simon Pegg qui devient une sorte de nouveau repère capillaire dans la saga ( les épisodes impairs sont marqués par Cruise ayant les cheveux courts et Pegg avec de la barbe, c'est presque devenu une blague interne à la série ! ).
Le vilain de l'histoire, Solomon Cane, bien que totalement sociopathe, évite , et de loin, le cliché du mégalomane qui se réveille un matin en se disant qu'il veut être un super-méchant : sa démarche est réfléchie, se base sur une certaine logique en forme de critique et de constat assez gênant sur les actions secrète des pays occidentaux.



Et entre Hunt et Cane, il y a Ilsa Faust, interprétée par Rebecca Fergusson. Relativement inconnue, on a pu la découvrir dans le navet Hercules de Brett Ratner : elle était le seul élément du film à ne pas prendre l'eau du tout, oasis de fraîcheur dans un désert aride ou l'absence de talent régnait en maître. Cette beauté atypique ( par rapport aux canons hollywoodiens qui aiment les beautés lisses sans vrai caractère dans le visage ) dont les imperfections font la perfection, incarne le pendant féminin de Hunt : une agente capable, qui ne s'en laisse pas compter et qui ne sera pas le love interest de Cruise (rappelons que Hunt est encore un homme marié même si voir sa femme lui est interdit par les circonstances).
Croisement parfait entre le charme et la grâce de Catwoman et l'élégance mortelle et badass de la Veuve Noire, Fergusson traverse le film comme une femme follement fatale : elle a d'ailleurs tenu à réaliser la plupart de ses cascades, à l'instar de Tom Cruise.
Filmée amoureusement par la caméra, elle apparaît souvent dans des tenues certes sexy mais jamais vulgairement : que cela soit dans une robe de soirée ou une combinaison de cuir, la mise en scène suggère la beauté sans la dévoiler : en lieu et place d'un étalage à la Michael Bay ( devenu presque coutumier partout ailleurs), McQuarrie fait le pari d'une charge érotique éthérée, à l'instar des films noirs des années 50.
Et comme toutes femmes fatales, son personnage est difficile à cerner : si Hunt n'est clairement pas à la recherche d'une aventure féminine, il est ardu de dire si Faust (et ce nom n'a sans doute pas été choisi au hasard) a du respect pour l'agent ou bien s'en amourache.








Ce classicisme se retrouve dans la réalisation : si aucun mouvement de caméra ne vient révolutionner le genre ou ne marquera les esprits, l'efficacité de la réalisation, le montage et le rythme en font un opus tout ce qu'il y a d'agréable à l'œil ! Combiné à un scénario habille, les yeux sont au diapason du cerveau.

Le succès au box-office appellera sans doute un sixième épisode. Et je vous invite, comme l'auteur de ces lignes, a milité auprès des comptes sur les réseaux sociaux, surtout twitter, de Cruise et de Paramount à faire du lobbying pour un autre Christopher. Nolan celui-là.
Il est en effet un choix cohérent ( si pas parfait ) pour réaliser un M:I.
Nolan est un fan de James Bond ( dont M:I est un concurrent direct tout en cherchant à rendre hommage à l'espionnage popularisé par 007 ).
En fan de Bond, Nolan a pris l'habitude, sur ses Batman, de fournir une scène d'ouverture forte et impressionnante. De plus Nono rêve de réaliser un Bond mais les producteurs du grand James semblent faire la sourde oreille ( comme Spielberg en son temps qui avait trouvé un palliatif avec Indiana Jones).
Enfin, Nolan a réalisé Inception , film d'équipe rappelant certains codes des films d'espionnage, de Bond et de M:I.
Nul doute qu'il s'amuserait comme un fou à écrire un film pour la saga et à fournir des scènes aussi spectaculaire qu'un scénario retors.


L'ensemble des critiques des 4 précédents films est disponible via le tag mission:impossible en dessous de cet article.

Agaçant.

Christopher Priest est un auteur de science-fiction anglais dont la carrière dans son pays natal est branlante, inexistante aux USA et plutôt bien en vue en VF (allez comprendre, c'est comme Woody Allen).

De plus en plus rarement attaquée de front, son approche de la science-fiction a glissé d'année en année mais ses thèmes et ses obsessions ont toujours été présents , en particulier son questionnement de la réalité ( un bel exemple est son court roman Une femme sans histoires qui raconte l'histoire d'une harcelée et du harceleur. L'un étant un malade mental qui s'ignore victime d'hallucination et l'autre une femme ordinaire. Du moins, c'est ainsi que l'on peut comprendre le roman, le harceleur est peut-être vraiment témoin de choses étranges. Au lecteur de faire un choix.)

Son dernier roman, L'Adjacent, est sorti en VF il y a quelques mois.
Et dieu qu'il fut laborieux à terminer.
Pourtant, rien ne laissait présager une telle désillusion.

Dans un futur proche mais indéterminé, le photographe Tibor Tarent rentre en République Islamiste de Grande-Bretagne après le décès de son épouse, Mélanie. Victime d'une nouvelle arme quantique "à adjacence", Mélanie a tout simplement disparu de la carte, ne laissant qu'un triangle noir calciné sur le sol.

Au départ, les tourments de Tibor sur la mort de sa femme forment le cœur émotionnel récit, celui par lequel le lecteur va entrer dans ce monde fictionnel.  Ce n'est pas la première fois que Priest aborde le deuil suite à un drame violent : Teresa Simmons, dans son poignant Les Extrêmes, éprouvait la perte d'un conjoint et se retrouvait déboussolée.

Le reste du roman va donc se lancer dans un passage en revue des thèmes et obsessions de l'auteur : les jumeaux, les doubles, la magie ( Le Prestige, brillamment trahi par Christopher Nolan, c'est lui) , les variantes d'une histoire ( La séparation ). On croisera même H.G Wells dont Priest avait pastiché des romans dans La machine à explorer l'espace ! Le fan du romancier est en terrain connu. Mais…







Mais malgré une plume qui arrive encore, par fulgurance, à faire s'envoler l'esprit, le roman , lui, plombe les attentes et enchaîne les mauvaises passes.

Tout d'abord, les relations entre les personnages sont mal foutues : maladroites est le mot le plus poli pour décrire la façon dont elles sont souvent décrites. Le monde intérieur des divers personnages est souvent bien rendu mais reste fort froid. Et dès lors que l'auteur fait interagir deux protagonistes, le tout semble artificiel et écrit rapidement pour arriver à un point précis de l'intrigue.

Ensuite, il y a la construction littéraire. Si elle se voulait ambitieuse ( le roman est éclaté entre passé, futur, passé qui aurait pû être, réalités parallèles) , elle se révèle au final tout bonnement imbitable.
L'auteur a-t-il été submergé par l'ampleur de la tâche ? S'est-il complètement perdu ? (et nous avec ?). Certaines parties du roman semblent connectées par un détail bien trop mince pour servir de ligne conductrice et si les noms propres aux sonorités similaires fleurissent dans le roman, donnant sans doute une indication de la nature de l'histoire, tout cela est également trop mince pour tirer une conclusion ou même poser des hypothèses qui ne soient pas bien trop floues.

Priest est capable de bien mieux, de bien plus fin, de plus profond, de plus accessible ( tout en restant exigeant, attention ! ) mais ici, seuls les connaisseurs hardcore de ses écrits ont une chance de saisir l'intérêt du livre grâce à ses renvois vers d'autres de ses œuvres. Mais c'est bien là le seul intérêt d'un roman qui en manque terriblement. Si ce n'est de rappeler aux fans les meilleurs romans de l'écrivain, plaisir, léger, nié au lecteur qui attaquerait Priest pour la première fois par le biais et le prisme de ce roman.

mercredi 8 juillet 2015

La chair de poule.

Penny dreadful.
À l'origine, l'expression désigne des récits d'horreur pas chers ( un penny ) à l'écriture facile.
Mais ces récits pleins de monstres et de meurtres vont peu à peu façonner l'imaginaire victorien. Sans cette forme de littérature, nous n'aurions sans doute jamais eu Dracula par exemple ( tout comme sans les pulp fictions, les comics n'auraient sans doute pas eu le même essor : pour le rapport entre les pulp fictions et les comics, je vous conseille «  Super-Héros » de Jean-Marc Lainé, aux éditions Les Moutons électriques).

En 2012, Skyfall de Sam Mendes explose le box-office et l'image de James Bond. Le co-scénariste, John Logan ( également auteur ou co-auteur de : Gladiator, The Last Samurai, The Aviator) arrive avec une idée auprès de Mendes : une série télévisée articulée en saison très courte ( entre 8 et 10 épisode), reprenant le concept du «  World Newton » ( popularisé par la création de Alan Moore La ligue des gentlemen extraordinaires) : faire se télescoper différents personnages de fictions au sein d'une même histoire ( attention , ce n'est pas la même chose que faire se croiser les héros Marvel ou DC dans le même comic book ou le même film car Thor et Iron-Man vivent dans le même monde à l'inverse de Dracula ou Frankenstein).
Mendes est conquis et deviens producteur exécutif du show qui sera co-produit par Sky et Showtime (la grande concurrente de HBO : True Blood, Game of Thrones, True Detective) qui avait déjà proposé Dexter, Les Tudors.

Vanessa Ives, jeune femme de la bourgeoisie britannique engage le tireur d'élite américain Ethan Chandler pour l'aider elle et Sir Malcolm Murray à retrouver la fille de ce dernier,Mina (Mina Murray étant la fiancée de Jonathan Harker dans Dracula de Bram Stoker). Confrontant et terrassant une créature aux longues dents après 8 minutes d'épisode, notre petit groupe confie l'autopsie à un docteur désargenté mais brillant : Viktor Frankenstein. Les découvertes qu'ils vont faire sur le cadavre les mèneront vers la découverte d'un monde bien plus complexe inconnu de la plupart du commun des mortels, un demi-monde contenu entre ce que nous connaissons et ce que nous craignons.





Parallèlement à l'intrigue de «  groupe », chaque personnage est confronté à une « malédiction » qui lui est propre, la série fouillant ses personnages, leurs secrets et leurs âmes.

La première saison souffre de quelques défauts mineurs mais dérangeants : le grotesque côtoie souvent le trop plein. Et il est bien difficile de savoir s'il s'agit là de faiblesses d'écriture ou d'une réelle envie de coller au style outrancier des penny dreadful de l'époque victorienne. Cependant, cet aspect disparaîtra dans la saison 2 : à vous de tirer les conclusions que vous voudrez.







Hasard ou pas, Sam Mendes a bossé sur James Bond et on retrouve pas moins de 4 acteurs de la saga au générique ( dont deux seconds rôles sortis de Skyfall !! ).
Eva Green ( à prononcer non pas à l'anglaise mais bien à la suédoise, ce qui donne quelque chose comme «  graine » ) , qui incarna Vesper Lynd dans Casino Royale, incarne la forte mais fragile Vanessa Ives : sa prestance, sa voix particulière confèrent déjà une aura impressionnante à son personnage mais son interprétation tout en classe et en finesse ( contre-balancée par des moments de sauvageries animales et sexuelles assez impressionnants) finit de convaincre que son interprétation est impeccable.
Timothy Dalton ( 007 himself dans Tuer n'est pas jouer et Permis de tuer ) est Sir Malcolm Murray : un aventurier déterminé à retrouver sa fille. Direct, brutal et parfois élégant : l'homme joue un Bond mature en somme et cela lui va bien.
Rory Kinnear ( l'assistant de M dans Quantum of Solace et Skyfall ) incarne la créature de Frankenstein, un être tourmenteur envers son créateur et timide et effacé dans le monde des hommes : un contraste intéressant qui en fait un des personnages les plus attachants de la série.
Mais le personnage le plus difficile à appréhender et donc à jouer est sans doute la version du docteur Frankenstein que le show se propose de nous présenter. Incarner par Harry Treadaway, le docteur est tour à tour exalté par la science, terrifié par le monde occulte (et courageux face à celui-ci).
Quand à Josh Hartnett, son rôle de porte-flingue américain à l'accent improbable évolue tout au long de la série pour révéler sa vraie nature en toute fin de la première saison.






Si un étrange vampire et ses mignons formaient le danger principal de cette saison, la seconde verra l'arrivée des Nightcomers ,des sorcières particulièrement revêches.
Quant à Dorian Gray, son importance dans l'histoire semble très secondaire...à moins que…



L'overdose aurait pu guetter ( multiples intrigues parallèles et parfois imbriquées , nombreux concepts fantastiques : vampires, sorcières, médium, Dieu&Lucifer, immortalité,,etc…) mais tout est dosé. De plus, le style narratif donnant à chaque personnage une aptitude spécifique est un schéma auquel le spectateur est habitué depuis des siècles ! Et Penny dreadful se glisse très bien dans ce genre.


La réalisation est correcte et très télévisuelle de luxe ( c'est classique mais travaillé ) donc rien de révolutionnaire mais le travail sur la lumière, les décors et les costumes est de toute beauté : on est très loin de l'image des reconstituions à la française ( alors que, si le cinéma français avait recours à des techniques simples comme l'étalonnage ou un vrai travail sur la photo, le côté artificiel des costumes pourraient disparaître : c'est incroyable ce qu'on peut obtenir en travaillant la lumière!). L'ambiance est toujours palpable, souvent étrange, parfois malsaine et choquante.
Bref, malgré des défauts dans sa jeunesse, la série mérite que l'on se penche sur son cas.

dimanche 5 juillet 2015

Déjima, mon amour !

David Mitchell est un auteur britannique relativement inconnu de par chez nous. Et ce même si son roman Cartographie des nuages a été adapté au cinéma, avec brio, il y a quelques années sous le titre Cloud Atlas (le titre original du roman d'ailleurs). Il gagnerait pourtant à être connu !

Été 1799, Jacob De Zoet, jeune clerc, débarque à Déjima, au Japon.
Cette île artificielle située dans la baie de Nagasaki est le seul point d'accès au Pays du soleil levant, l'archipel étant encore fermé aux étrangers (et aux autochtones a qui il était interdit de quitter le territoire ! ).
Jacob travaille pour la compagnie des indes néerlandaise et est amené à se plonger dans les comptes de l'entreprise. Il fait la rencontre de divers personnages dont Mlle Aibagawa, sage-femme au visage brûlé dont il tombe amoureux.

Un papillon de nuit fonce dans la flamme d'une bougie. Il tombe sur la table, agitant les ailes. 
"Pauvre Icare." Ouwehand l'écrase d'un coup de chope. "N'apprendras-tu donc jamais?".

Certains romans sont conçus comme des poupées gigognes. Celui-ci est conçu comme un éventail : l'éventail se déplie comme l'auteur déplie son intrigue. Ensuite, chaque partie de l'éventail se déplie également pour venir approfondir les relations entre les personnages et leur background, pour multiplier les points de vue et les rebondissements et ce faisant, part dans énormément de directions sans jamais perdre de sa cohérence.  Des histoires dans l'histoire qui viennent nourrir l'histoire. Un ensemble qui aurait pu être totalement foutraque et qui ne l'est pas, jamais.

"Imprimés, les mots sont nourriciers, déclare Marrinus, et vous me semblez affamés, Dombourgeois."

Car au-delà de la rigueur chirurgicale de l'intrigue, il faut y ajouter celle des mots. Tout , absolument tout, est choisi avec soin, faisant couler la lecture comme une douce liqueur dans la gorge.  Rigueur de la recherche historique et culturelle également : Mitchell a vécu 8 ans au Japon et a épousé une fille du pays. Impensable qu'il puisse se planter, il mettra  4 ans à écrire le livre, souhaitant l'achever avant que le livre ne l'achève lui !



Jouant avec les genres (sommes nous face à un roman historique, une romance contrariée, un livre au fantastique diffus ou un récit exotique, etc…?) , Mitchell nous entraîne dans un aventure où les temps morts n'en sont pas tant l'envie de tourner les pages se saisit du lecteur une fois le roman ouvert. Un vrai piège dans lequel il fait bon tomber !

Pour finir, un petit mot pour mes lecteurs français : les belges sont habitués à lire le néerlandais (et ce même si les francophones ne le comprennent pas toujours ) mais pour le lecteur situé en dehors des frontières du plat pays, les patronymes des héros Néerlandais pourraient être sujets à certaines difficultés ( non, Kim Clijsters ne se prononce pas comme vous le faisiez à Rolland Garros, désolé). Mais il est vrai que, comme Mitchell le fait dire plusieurs fois dans son roman, cette langue est une vacherie rude à l'oreille. C'est pourquoi je ne résiste pas à livrer ces doux écrits qui résument parfaitement cette langue :

"Quelle drôle de langue que le néerlandais, songe Penhaligon. On croirait entendre quelqu'un s'étrangler en lapant de la boue."
"Les sonorités de la langue néerlandaise font penser à un porc montant une truie."

Cruel, mais terriblement vrai !