mercredi 30 mars 2011

Ça sent le sang à 100 %

Vietnam, durant la guerre. De mystérieuses créatures connues sous le nom de chiroptères attaquent un village. Des soldats américains en embuscade sont vite repérés par les monstres et l'affrontement commence. Soudain une jeune fille armée d'un sabre surgit et décime tout ce qui bouge sur son passage, chiroptères comme humains sont la proie de la furie aux yeux rouges.

Okinawa, de nos jours. Georges est un sino-américain. Soldat engagé dans les US marines durant la guerre du Vietnam, il est retourné sur la terre de ses ancêtres après le conflit. Il tient un petit restaurant et il a adopté 3 enfants. La dernière arrivée dans la famille est une jeune fille. Elle s'appelle Saya mais elle ne se rappelle pas de sa vie avant son arrivée chez son "père". Saya est une jeune fille souriante, toujours affamée et qui doit subir des transfusions de sang régulièrement. Alors que la rumeur se répand qu'un serial killer particulièrement sanglant rôde dans la région, Saya va être confrontée à son passé. Un passé qu'elle ne soupçonnait pas et qui va la conduire elle et ses deux "frères" en face de l'horreur totale et les mener dans un tour du monde pour traquer l’origine du mal qui a chamboulé leur vie et tenter de percer les mystères du passé de la jeune fille...un passé plus lointain qu'il n'y parait au premier abord !

Vous l'aurez compris, Blood+ est la suite du film Blood The Last Vampire. La série va s'attarder à mettre en lumière ce qui était resté dans l'ombre concernant les origines de l'héroïne et révéler ce que sont vraiment les chiroptères ! Saya dans sa lutte est aidée par le Red Shield, la fameuse organisation qui travaillait avec elle dans les années 60 et par Hagi, un homme mystérieux dont la main droite est bandée en permanence. Très vite il apparait que Saya a une sœur jumelle : Diva…et que celle-ci est bien moins axée sur la préservation de l'espèce humaine que ne l'est Saya. Saya dont le sang semble mortel pour les chiroptères, c'est pourquoi son épée est munie au niveau de la garde d'un coupe pouce qui répand son liquide sanguin dans de fines cannelures gravées sur son katana!



La série dure 50 épisodes et est clairement divisée en divers arc narratifs, bien que ceux-ci soient tous reliés par l'intrigue principale. Les 3 premiers épisodes posent vraiment les bases et on pourrait croire que la série met donc du temps à décoller. Si cela est probablement vrai lors d'une diffusion d'un épisode par semaine, il en est tout autrement lors d'un visionnage en continu. L'animation est fluide mais n'égale jamais celle de son ainé malheureusement. Au niveau du scénario, il est suffisamment complexe sans être alambiqué et il construit au fur et à mesure une mythologie qui lui est propre et qui donne envie d'en savoir plus en mélangeant pêle-mêle : complot, manipulation génétique, action, romance et réflexion sur l'humanité. Les capacités des créatures néanmoins restent très axées séries animées, avec la surenchère qui va souvent avec et il ne faudra donc pas s'étonner de voir les chiroptères dotés de plus de capacités que dans le film (si le fait de se changer en humain était déjà présent, le contrôle de leur corps ne s'arrête pas là). Et au fur et à mesure que l'on avance, on se rendra compte que divers types de chiroptères existent, à commencer par les "chevaliers",ceux qui ont reçu directement le sang de Saya ou de Diva ( comme une création de vampire classique). Les autres quant à eux proviennent de diverses expérimentations produites depuis les années 60 dans le but de tester les application pharmaceutiques ou autres que peut avoir le sang de " vampire" ...mais jusqu'à présent les effets secondaires sont désastreux !



L'une des forces de l'intrigue ce sont ses protagonistes nombreux : il ya finalement peut de manichéisme (même chez Diva, mais encore faut-il voir le tout dernier épisode pour s'en rendre compte…et cette prise de conscience en est presque déchirante tant on avait finalement pas compris le personnage) et chacun a ses raisons d'avancer (l'amour inconditionnel, l'envie de connaitre la vérité, la vengeance, la recherche scientifique,…). La série n'hésite pas à sacrifier ses personnages quand on ne s'y attend pas mais rarement gratuitement. En outre, certains épisodes centrés sur des moments de détentes permettent de relâcher la tension et de faire vivre les héros en dehors de l'action et du suspens. Et elles sont salutaires,le combat shakespearien entre les deux jumelles étant parfois éprouvant...et tragique. Derrière la haine, se cache de l'amour et c'est au dernier moment que l'on s'en rendra compte. Le combat final n'en sera que plus dramatique et cruel.



La bande originale est signée par Mark Mancina ( Twister, Speed, Speed 2) et produite par Hans Zimmer . Zimmer était le premier choix des producteurs mais il avait à l'époque trop de projets sur le feu et a donc confié le score à un ancien membre de son studio.Mais à l'écoute il est fort probable qu'il ait mis la main à la pâte quand même!

Blood+ est parfois lent mais il compense par une caractérisation des personnages assez fine, une mythologie intéressante et une bande-originale agréable à l'oreille. Le tout provoquant des émotions diverses et variées. Une nouvelle série dont le design sera signé par CLAMP (un groupe de mangakas féminin dessinant dans un style shojo) est prévue dans un futur proche.

mardi 29 mars 2011

Ça sent le sang.

Tout commence dans une rame de métro dans le Japon d'après la seconde guerre mondiale,peu avant la guerre du Vietnam. Un homme prend peur en apercevant une jeune fille. Alors que celui se lève pour s'enfuir, la jeune fille en fait et autant et le pourchasse armée d'un katana. À la station suivante, l'homme (enfin ce qu'il en reste) est retrouvé dans une mare de sang. Les deux agents semblant enquêter la dessus n'inquiètent aucunement la demoiselle , après tout, elle travaille avec eux. Elle s'appelle Saya, elle n'est pas humaine. Elle inspire à ses "collègues" autant de crainte que d'admiration. Très vite, David, qui semble être son supérieur la prend à partie et lui confie une nouvelle mission : sur une base américaine située au Japon, des jeunes filles ont disparu de l'école. David soupçonne que " les chiroptères" ne soient impliqués et charge Saya d'infiltrer l'école, de mener une enquête et d'éliminer les dits chiroptères le cas échéants.

Mais que sont donc ces drôles d'oiseaux ? À la base le mot chiroptères désigne les chauves-souris mais ici il sert surtout à désigner une sorte de monstre vampirique capable de prendre une forme humaine mais qui sous sa véritable apparence ressemble à une chauve-souris géante avide de sang. Dès lors que l'un deux a montré son vrai visage, le film plonge dans une haletante course poursuite entre proie et chasseurs, Saya et les chiroptères étant chacun un peu des deux.

Il n'y pas grand-chose à raconter sur Blood The Last Vampire. Le film ne durant que 48 minutes on peut comprendre que l'intérêt réside surtout dans l'animation fluide du métrage. Au final on apprend peu de chose sur Saya et encore moins sur les chiroptères. Reste que le rythme, l'animation et un agréable traitement dans le doublage (les américains parlent anglais, les japonais parlent leur langue) en font un agréable divertissement qui marque l'esprit. Cela aurait pu en rester là. Mais une série télé de 50 épisodes a vu le jour quelques années plus tard : Blood +.

dimanche 27 mars 2011

L'enfer c'est mortel !

Eli est un clochard.Au bout du rouleau, il se trouve au dessus d'un toit et est prêt à sauter. Belle est une pute, dont le mac se sert comme d'un punching-ball en ce moment. Seven est un tueur à gages sur le point d'être lui éliminé. Et Matthew est un jeune homosexuel passé à tabac. Ce petit monde n'aurait jamais dû se rencontrer de leur vivant. Mais voila, ils sont morts. Et chacun d'eux se retrouvent sur un bateau voguant sur le Styx. Direction : l'enfer. Car si Dieu est amour, il y a néanmoins des règles à respecter: pas de places pour les suicidés dépressifs,les assassins, les sodomites ou les filles de mauvaise vie qui pourraient pourrir l'ambiance et tacher les si jolis petits nuages blancs du Paradis.

Arrivés sur place, chacun se voit attribuer son enfer perso. Belle est collée dans une chambre miteuse et sert de " vide couilles" aux gardes de sécurité. Seven subit des tortures pour briser son esprit,Matt est interné pour être soigné et Eli vit comme une ombre,un oublié de la vie. Quand l'un d'eux décide de s'évader il va emmener malgré lui les 3 autres dans son expédition. Et en chemin ils vont trouver un allié des plus inattendus.

Évadés de l'enfer est un roman court, jubilatoire, hérétique,empli d'idées blasphématoires pouvant conduire à l'Index ( comme la vision que l'on peut avoir de Lucifer quand on prend les choses de son point de vue) ,diablement bien construit et écrit par Hal Ducan, l'auteur d'un immense dyptique (immense en nombre de pages) composé de Velum et Encre. Ne les ayant pas lus je ne peux dire si le style de l'auteur s'est plié au jeu de réduire son écriture pour livrer cet inédit Folio SF ou si il a juste eu envie d'écrire une œuvre bien plus courte et compacte. L'enfer prend ici la forme d'un New York décalé, comme si il surgissait d'un univers parallèle. Avec des règles tout droit sorties d'un épisode de la 4me dimension. Les évadés le remarqueront vite dans leur lutte pour vivre décemment…dans la mort.

Duncan lance des idées et des concepts à une vitesse folle et arrive à créer l'exploit de ne pas nous laisser sur notre faim en en lançant tellement sur si peu de pages (à peine 200) comme en nous expliquant en 3 lignes pourquoi les fleuves de l'Enfer sont ceux de l'enfer grec et que c'est pourtant le Dieu chrétien qui trône au firmament, tout en n'oubliant jamais de faire " vivre" ses personnages et de les caractériser. Une sorte de Neverwhere de Neil Gaiman à la sauce infernale. La fin est ouverte mais d'une manière plus poétique que commerciale…mais je ne serais pas contre de me laisser emmener dans d'autres sphères comme le purgatoire et le paradis. L'action débridée et sanglante, le suspense, la magie,l'horreur ,la connaissance biblique, les dialogues aux accents tarantinesques,l'humour, des anges, des démons,tout ça est envoyé dans votre tronche comme un melting-pot pourtant tellement cohérent. Duncan s'amuse même avec les procédés narratifs passant de l'un à l'autre sans se soucier des convenances. Cela ne fait que désarçonner le lecteur qui, si il est ouvert d'esprit et je pense qu'il l'est si il achète ce genre d'ouvrage, s'accrochera encore plus aux pages, époustouflé par la facilité avec laquelle Hal Duncan jongle avec tout son bazar.

jeudi 24 mars 2011

La serpe et le gui.

Autant le dire d'entrée de jeu : je me méfie en général comme de la peste de la fantasy française! La fantasy est un genre que les anglo-saxons maitrisent à mon sens bien mieux. Mais de temps en temps surgit une exception brillante. J'avais déjà parlé de " Ayesha". Aujourd'hui je vais vous parler de "Druide" d'Oliver Peru ( en réalité Olivier Peru) aux éditions Eclipse. Mr Peru est surtout connu comme scénariste et illustrateur de bande-dessinées et il signe d'ailleurs la couverture de son roman. Il ne faut jamais juger un livre sur sa couverture…sauf dans ce cas précis (et si en plus votre exemplaire est dédicacé alors là vous risquez comme moi de ne plus vous sentir).

En 1123 après le Pacte, le monde est divisé : 2 royaumes se partagent le Nord, les tribus unies dirigent le sud et au centre se trouve la forêt , la Mère verte, royaume des druides que ne peuvent violer les hommes. Lorsqu'un massacre est perpétré dans une forteresse du royaume du Sonrygar, le druide Obrigan de l'ordre des loups est dépêché sur place avec ses deux apprentis pour élucider les meurtres. Mais ce qu'ils découvrent là-bas dépasse l'abomination. Cette boucherie ravive les tensions entre les royaumes du nord et Obrigan se voit octroyer 21 jours pour élucider le mystère, après quoi le roi Yllias du Sonrygar lancera ses troupes contre le Rahimir car il est convaincu que ses voisins sont responsables.

En commençant son roman comme un thriller ,Oliver Peru attrape le lecteur pour ne plus le lâcher ensuite. On tourne les pages sans savoir s'arrêter à temps (ce faisant vous risquez de ne pas entendre votre réveil après une nuit de lecture intense…oui ça sent le vécu !). L'aspect original ensuite place le lecteur en mode " je veux en savoir plus". En général les sages en fantasy sont des mages ou des magiciens. Utiliser les druides est bien plus rare (de mémoire je ne me souviens avoir vu des druides que dans le cycle Rigante de David Gemmell). Pourquoi ont-ils le droit de régner sur la forêts ? Quels sont leurs dons, etc… si très vite le lecteur risque de faire une parenté facile avec les Jedi de la saga de Lucas c'est pour mieux se rendre compte que ce n'est que parce que les deux partagent certains archétypes communs, rien de plus.

En cours de route cependant, le roman semble changer d'orientation. Ce qui avait commencé comme une sorte de polar se transforme en fantasy plus classique. Mais classique ne veut pas dire ennuyeuse et le style de l'auteur fait mouche aussi bien dans les descriptions des lieux que des situations parfois fort violentes (on est dans de la fantasy,des batailles on en aura) mais toujours avec une certaine poésie. Peru écrit aussi bien qu'il ne dessine (si ce n'est mieux) et les phrases se lisent avec fluidité et avidité. Bien entendu, on pourra se dire que finalement ce n'est encore qu'une sempiternelle lutte entre le bien et le mal…mais le manichéisme est tout relatif tant les personnages sont complexes et en proie à certains conflit internes. Cependant une attention toute particulière est portée sur les liens fraternels. Les druides ( du moins ceux de l'ordre des loups) sont souvent élevés par deux. Obrigan a deux disciples : Tobias et Kesher et ces derniers se considèrent comme des frères. Avec tout ce que ça implique comme la jalousie quand une fille accorde son attention à l'un et pas à l'autre. Mais aussi la peur de se séparer. Obrigan quant à lui (et on l'apprend très vite) a perdu son frère de sève il y a de nombreuses années et si il y survit, ce souvenir est encore vivace en lui. Ces liens fraternels (et cette rupture de lien) sont rendus avec plus de justesse que tout le reste (qui est déjà d'un niveau admirable,dois-je le rappeler ?) sans doute parce que Oliver Peru avait lui-même un frère, feu Stéphane Peru disparu trop jeune , avec qui il avait travaillé sur divers projets artistiques (et que les fans de bande-dessinées et de comics connaissaient, si ce n'est bien, au moins de nom).

Druide n'est pas exempt de défauts (certains personnages méritaient d'être plus approfondis, mais quel pavé cela aurait-il été à lire ?) mais ceux-ci sont minimes. Je ne sais pas si une suite est prévue, mais ce monde mérite d'être exploré plus avant, surtout que seuls le Nord et la Forêt sont passés en revues…que cachent les terres du sud ?? En tous cas n'attendez pas un hypothétique tome 2 et lancez vous dans l'aventure " Druide", vous n'en sortirez pas déçu.

lundi 21 mars 2011

Le lac des cygnes

Après avoir été hué après la projection de son film "The Fountain" à la Mostra de Venise, Darren Aronofsky est pourtant devenu soudain le réalisateur adulé du moment quand est sorti " The wrestler". Son nouveau film, " Black Swan " croule sous les critiques élogieuses et son interprète principale,Natalie Portman a remporté un oscar pour son rôle ! Voila ce qui s'appelle faire la nique aux critiques professionnels qui n'avaient rien mais alors rien compris au magnifique et profondément bouleversant "The Fountain" !

Nina est danseuse. Appliqué au point de frôler la perfection, elle en oublie de vivre. Mais d'un tempérament fragile et effacé elle ne s'en rend pas compte. Quelques semaines avant le début de la saison, le chorégraphe Thomas Leroy décide de commencer celle-ci avec l'ultra rabâché "Lac des Cygnes " mais en revoyant la chorégraphie classique et en changeant donc d'interprète principale! À partir de là ,Nina n'a plus qu'un objectif: devenir la reine des cygnes. La descente aux enfers peut commencer.

En se concentrant énormément sur Nina et ce que son entourage lui fait subir, Aronofsky crée peu à peu une atmosphère pesante, sombre, limite glauque. Le film est construit pour aller en crescendo et les effets chocs ne manquant pas, ceux qui n'arrivent que vers la fin du film sont particulièrement éprouvants. Les nerfs et les émotions du spectateur seront donc mis à rudes épreuves, l'horreur étant très psychologique elle n'en est que plus puissante! Entre une mère castratrice mais énormément aimante, un patron qui est un vrai connard mais capable d'attention sincère, Nina ne navigue pas en terrain facile. Ajoutez à cela les privations et les dégâts physiques ( les os craquent,les ongles explosent,les séances de kiné font mal) que peuvent provoquer la dévotion totale à cet art qu'est la danse et on obtient un portrait peu reluisant de la vie de la jeune fille. L'arrivée d'une petite prodige un peu délurée,Lilly jouée par Mila Kunis, dans la troupe commence à plonger Nina dans la paranoïa,le délire hallucinatoire auto-destructeur et une lente progression vers le délire de persécution,rien que ça !

Natalie Portman mérite son Oscar. Rarement un personnage aura à ce point su exister et nous transmettre ses sentiments. On souffre avec elle,on aime avec elle on se révolte avec elle. Car c'est de ça qu'il s'agit ici : la révolte. De comment le cygne blanc qu'elle a été toute sa vie commence à découvrir à travers la folie le cygne noir qui sommeille en elle. Face à un Vincent Cassell, salopard génial et pourtant tellement humain, qui tente de la forcer à trouver ce cygne noir, Portman est magnifique. Elle aussi s'est dédié à son art en maigrissant et en se formant à la danse en un temps assez court. Un jeu de miroir pas anodin puisque le reflet que l'on a des choses et de soi-même (au niveau conscient et inconscient) se trouve être au cœur du film.

Tout comme le réalisateur adopte un profil bas en ne cherchant pas à en mettre plein la vue (sauf quand il le faut), le compositeur habituel de Aronofsky, Clint Mansell, a adapté son travail à la musique du "Lac des cygnes",fusionnant cet oeuvre et son travail à un niveau presque sub-atomique qui force le respect ! Une dévotion totale qui tend vers un seul objectif : fournir un film parfait. La perfection n'est pas de ce monde mais ceux qui tentent de vraiment l'atteindre non pour la gloire mais pour le geste valent la peine d'être respectés.

En brouillant les pistes du réel et de l'imaginaire issu de la folie de Nina, le réalisateur nous fait douter jusqu'au bout de l'issue du film qui apparait pourtant tellement logique. Surtout quand on sait que "The Wrestler "et "Black Swan" était au départ un seul et même projet. Dans "The Wrestler",le personnage de Mickey Rourke devait initialement tomber amoureux d'une ballerine. Et tandis que lui assiste à sa "résurrection ", la ballerine entame sa chute. Black Swan est le miroir de "The Wrestler" : un vieux moche bousillé par la vie se relève, une jeune et jolie jeune femme qui a la vie devant elle entame son inexorable déclin. Et il y a tant de niveaux de lecture au point de vue de l'histoire tout comme au point de vue cinématographique que je ne peux me lancer dans une analyse longue et complète sans trop en révéler sur ce film. Si vous aimez être bousculés, si vous aimez que le conformisme du cinéma américain s'efface de temps à autres pour vous étonner,si vous voulez être pris aux tripes ( et être mis mal à l'aise,mis à mal même parfois), alors foncez voir Black Swan. Un vrai plaisir que les cinéphiles vont aimer décortiquer et un putain de bon film ( que dis-je ? un chef-d'œuvre !!)pour les autres !

dimanche 20 mars 2011

The Unforgiving (oui j'avais pas envie de trouver un titre).

Je parle trop rarement de musique à mon goût dans ces pages virtuelles. Sans doute parce qu'il est moins aisé de mettre des mots sur des notes (ah,on me dit dans l'oreillette que les paroliers font ça sans arrêt..).

Alors que leur nouvel album ne sortira qu'officiellement le 28 mars, il m'a été donné l'occasion d'écouter en avance le nouvel opus du groupe néerlandais " Within Temptation ". Il s'agit d'un groupe de '' métal symphonique ". J'avoue que la multitude des termes censés définir un style musical de nos jours me laisse pantois…et perdu. Pour ceux qui ne connaitraient pas on peut comparer le groupe à "Evanescence"… mais en mieux: chanteuse plus jolie ( ^^ ) dont la voix est moins aigüe et qui permet donc d'écouter l'album en entier d'une seule traite sans se faire exploser les tympans et une musique plus prenante, plus dynamique et moins aggressive…et qui ne donne pas envie de se tirer une balle. Niveau musical on est à mi-chemin entre la musique de films à grand spectacle et la chanson, c'est ce qui fait qu'on adhère directement ou pas au groupe. Les paroles sont souvent empreintes de références directes ou parfois obscures à la religion, aux sentiments de révolte ,de regret, d'amour difficile…aussi sombres que lumineux, les morceaux d'un album ne s'orientent donc pas dans une seule direction.



Pour leur dernier album, "The Unforgiving" (dont la pochette a été dessinée par Romano Molenaar, dessinateur ayant officié chez les comics de l'éditeur Top Cow),le groupe s'est un peu remis en question musicalement. Je pense qu'on peut parler d'une approche plus hard rock tout en gardant bien entendu des passages symphoniques marqués, mais moins grandiloquents du fait de l'absence d'un gros orchestre en soutient. Les paroles sont plus orientées récit qu'auparavant. Un changement bienvenu qui prouve que le groupe ne se repose pas sur ses lauriers et ses acquis et cherche à proposer autre chose à ses auditeurs tout en restant fidèle à eux-mêmes. Allez,j'ose le dire : c'est leur meilleur album !

vendredi 18 mars 2011

L'amour dans la peau.

Nouvelle adaptation d'un écrit de Philip K. Dick, "The adjustment bureau " (L'agence en VF, titre qui fait plus penser à la C.I.A qu'autre chose, mais bon, passons encore une fois sur la débilité de beaucoup de traductions) n'atteint pas le niveau d'un Minority Report ou d'un Blade Runner…et j'ai envie de dire " et alors ? "

Il nous arrive tous à un moment ou un autre de maudire le destin , de ne pas le comprendre. Que l'on y croit ou pas, cette notion est si encrée dans notre inconscient collectif qu'il est impossible de ne jamais se demander pourquoi certaines choses nous arrivent. De se demander si quelque part, quelqu'un ne tire pas certaines ficelles. David Norris ne se pose pas la question car David Norris sait, car David Norris les as vus. Ils sont déjà parmi nous : les agents du destin, les membres de l' adjustment bureau .

Jeune député briguant un mandat au sénat, David (Matt Damon) perd les élections. Ce soir-là il rencontre par hasard Elise ( Emily Blunt) . Elle chamboule David qui chamboule alors son discours de défaite. Et en chamboulant son discours, David s'assure de ne pas se faire oublier et de pouvoir repartir à l'assaut d'un mandat aux prochaines élections. Une rencontre avec une jeune femme crée une voie vers le succès politique. Un effet domino inattendu…un simple hasard ,vraiment ? Et qui sont ces hommes au look année 50 qui semblent le suivre de près ? Un jour David voit le revers de la réalité, il voit le réajustement que ces hommes font subir à certains. Au pied du mur, ils lui révèlent qui ils sont et les conséquences si il venait à divulguer leur existence. Mais pire que tout : ils lui interdisent de revoir Elise et font tout pour que ça n'arrive jamais. 3 ans plus tard, David n'a pas oublié Elise…et le hasard la remet sur son chemin. Dès lors il va devoir affronter une force implacable et aller contre " le plan ".

Aaaah l'amour. Ce sentiment qui nous pousse à nous dépasser. Le sujet a été maintes fois ressassé et n'a plus rien d'original. Le contexte par contre peut l'être. Et il l'est ici. Peut-être un peu trop. En effet, en ne dansant jamais uniquement sur le registre de la science-fiction pure, du fantastique ou du film d'amour, le film risque de ne pas trouver son public. Car le public en général aime pouvoir ranger un œuvre dans une catégorie précise (et je parle autant du public américain qu'européen, l'humain est ainsi fait!). Mais en soit, cela est plutôt rafraichissant de voir que le mélange des genres existe encore. Malheureusement, en mélangeant les genres il faut leur accorder à chacun de l'attention et celle portée par le scénariste-réalisateur au développement de l'histoire d'amour est un peu faible. Qu'importe les approximations des dialogues car l'embryon de sentiments qui émane de la réalisation est magnifié par la superbe musique de Thomas Newman ( Meet Joe Black, Road To Perdition, Finding Nemo,…) qui compense, et brillamment, sans trop en faire se que le réalisateur n'a su faire.


L'autre défaut à pointer du doigt est que le réalisateur n'a pas poussé plus loin sa réflexion sur certains concepts présents dans son film : la paranoïa d'être toujours surveillé n'est qu'esquissée, les réécritures du plan qui créent des bug (ou divers strates de réalité ? ), les effets domino quand le " Destin " se met en place, ou encore les portes qui mènent en des points précis et qui marchent en fonction du substrat du sol… mais un film ne durant pas 10 heures, il est impossible de voir ces concepts exploités à fond (mais les voir même un peu au cinoche vous arrachera des sourires de mômes). On notera aussi que la nature des agents n'est jamais révélée mais reste néanmoins fort ancrée dans le religieux même si chacun est libre de les voir comme il l'entend (extra-terrestres,anges, ou tout autre concept qui vous parle). Cependant, on peut les voir comme une métaphore de l’administration (métaphore à peine voilée quand on voit le fonctionnement interne de ce bureau ) et de son obsession pour que tout se passe sans accrocs ni états d'âme. Dans une société humaine,montrez de l'humanité dans la gestion est tout bonnement impensable voyons !

Au final, The adjustment bureau est un film un peu batard, un peu hybride…comme si K.Dick se distillait dans du Neil Gaiman qui ne se serait pas foulé. Mais son rythme, ses interprètes ( Matt Damon en tête…et on le comprend quand on voit Emily Blunt) transmettent une force qui fait qu'on ne s'ennuie pas une seconde et qui nous fait sortir de la salle avec cette envie soudaine et brute. Une envie de tomber amoureux.