jeudi 27 août 2015

Nuke les ères !

Avec Days of future past sortie l'an dernier au cinéma et sa version longue sortie cet été, la mode est aux voyages dans le temps. Profitons donc de ce blockbuster estival pour nous pencher sur le premier crossover mutant de l'ère Marvel NOW :  Battle of the atom ( tadadaaaaa ! Oui, j'essaye de faire passer une musique dramatique par l'écrit…c'est pas gagné !) et qui sort en septembre chez Panini en album dur.


Depuis Days of Future past (le comic, pas le film. Essayez de suivre un peu), les foutoirs bordéliques temporels sont devenus monnaie courante dans le monde des mutants. Du coup, on a fini par se retrouver avec un fils Summers plus vieux que son papa et une fille Summers/Grey aussi âgée que sa maman.

Je pense que tous les auteurs ayant officié sur le titre ont joué un moment avec le voyage dans le temps.
Ce n'était qu'une question de temps (décidément) avant que Brian Bendis, en charge de deux séries sur quatre (oui, la moitié, vous êtes forts en maths dites donc) estampillées X-Men veuille jouer avec la bonne vieille machine du Dr Brown.

Ce n'est peut-être pas mauvais de rappeler les titres en question : All New X-men ( qui parle du retour des all first X-Men, logique quand tu nous tiens) et Uncanny X-men sont scénarisées par Bendis et sont presque en état de cross permanent. X-Men tout court (et qui suit une équipe féminine, oui logique quand tu nous tiens, bis) est écrite par Brian Wood et Wolverine & the X-men par Jason Aaron. Et bientôt débarquera The Amazing X-Men mais ne mettons pas la charrue avant les bœufs mutants.

Bref, les X-men du passé perturbent un peu le continuum espace-temps : ils sont la goutte d'eau qui risque de faire déborder le vase, Age of Ultron ayant eu des conséquences désastreuses sur notre bon vieil espace-temps qu'on aime d'amour. C'est à ce moment que des X-Men du futur débarquent pour les prévenir : si les premiers X-men ne rentrent pas, ça sera l'Apocalypse.
Vous l'aurez compris, ce n'est pas l'originalité qui fera le sel de l'histoire… mais plutôt ses rebondissements et ses conséquences.








Le récit est plaisant à lire, sans plus. Les auteurs se sont amusés à imaginer un nouveau futur alternatif (mais bordel, y en a combien en ce moment ? Et comment les machines arrivent à renvoyer les futuristes dans la bonne époque ? Parce que bon, en ce moment, on sait que Cable et Hope Summers se battent pour rectifier un futur qui ne ressemble pas du tout à celui décrit par Bendis, Wood & Aaron et qui doit plus ou moins se passer à la même date) et je soupçonne que les idées les plus "what the fuck" et fun viennent de Aaron. Certains dialogues sont franchement drôles (manque de sérieux des auteurs ou tentative de faire passer le sentiment que pas mal de personnages sont blasés par les voyages temporels ?).

Les dessins sont assurés par quelques pointures : Immonen, Bacchalo, Lopez... cela manque de cohérence graphique mais ça ne blesse pas les rétines !



La fin quant à elle, vient redistribuer les cartes des séries de Bendis. Dispensable si vous n'êtes pas fans absolus des mutants par contre car nous sommes très loin du niveau d'inventivité d'une saga comme Infinity par exemple. Les séries X ont toujours été plus soap-opera qu'autre chose et, à part Aaron, les auteurs actuels excellent dans l'art de faire vivre les personnages mais ne sont pas des as de la SF (oui voila, il faudrait une série co-écrite par Hickman avec des dialogues de Bendis en fait ou un Warren Ellis inspiré, souvenons-nous de ses Thunderbolts).

The Glorious Bastard


Nous sommes en 1944. L'air est sec et chaud.
L'ennemi est en déroute.
Et dans quelques heures, Paris sera libérée.

Mais alors que l'offensive qui marquera un tournant décisif dans la Seconde Guerre Mondiale se prépare, un petit groupe de combattants a franchi les lignes ennemies.
Ils sont menés par un homme qui a fait toutes les guerres modernes : il a menti sur son âge pour s'engager dans l'enfer de la Grande Guerre , il s'est marié (oh la la) deux fois (oh mon dieu), a combattu les franquistes lors de la Guerre d'Espagne et est sorti de sa retraite cubaine (qui durait depuis 39) pour devenir correspondant sur le front européen à la première occasion.


Son nom : Ernest Hemingway.  


Leur mission ?

Libérer le bar du Ritz !


Quand la légende dépasse la réalité, alors on publie la légende. 

Fiction ou réalité ?
Mythe ou vérité historique ? 
Difficile d'affirmer avec certitude qu'il ne s'agit pas là d'un fait d'arme imaginaire de la part d'un homme qui a toujours aimé enjolivé les choses (le 6 Juin, selon ses dires, il aurait mis pied à terre. En réalité, il avait été laissé sur un canot de débarquement en attendant que la plage soit sécurisée. Nul doute que l'homme aurait voulu aller au front). 

Mais prenons le temps d'envisager une hypothèse audacieuse : et si le manque de preuve était la preuve, justement ?
Imaginez un instant : vous êtes un chef d'état-major, un haut gradé militaire et un correspondant de guerre s'imagine qu'il peut venir faire sauter la première grenade venue sous prétexte qu'il pratique l'art de Sun Tzu depuis plus longtemps que vous. Car Mr Hemingway n'en est pas à sa première folie, non non. Quelques jours plus tôt, il a aidé un groupe de combattants à Rambouillet et ce au mépris des conventions ! Sacrebleu, et ce petit écrivaillon s'en est sorti avec une astuce d'auteur : "Je n'ai mené personne, j'ai donné quelques conseils basés sur mon expérience personnelle." 

Bref, Ernest Hemingway est un emmerdeur comme je les aime mais sans doute pas comme l'apprécierait un haut-gradé carriériste à qui on aurait mis dans les pattes cette "cargaison précieuse" pour l'Oncle Sam. Aussi, que faites-vous quand cet illuminé vient vous demander hommes et jeeps pour aller libérer le bar du Ritz ? Vous jouez pour la galerie l'offusqué mais vous lui donnez parce que l'homme a une plume connue et reconnue qui pourrait vous faire du mal. Et vous tentez de minimiser l'affaire au maximum pour ne pas entacher votre CV. 

Mais quelle idée, aller libérer un bar ? Mais ce bar représente plus que le goût un peu trop prononcé qu'Hemingway peut porter à la bonne bouteille. Non, il représente l'alcôve éthylique d'un endroit où il habitera des années durant les années folles. Le Ritz, c'est un peu chez lui. Paris était une fête et il faut que Paris le redevienne. 
Alors, allons boire un coup sans payer nos verres ! 

Vivement que cette histoire soit portée à l'écran, elle porte en elle tout l'ADN de films tels que "De l'or pour les braves" ou "Inglorious Basterds" et repose sur une base vaguement vraie.


mardi 18 août 2015

Go Rogue

L'été aura été morne de chez morne : le printemps aura fait rêver avec Tomorrowland et Mad Max Fury Road, laissant présager que la saison suivante placerait la barre plus haut.
Que nenni, nous avons enchaîné merde sur merde.
Mais il y a une chose à savoir sur les champs de merde : c'est fertilisant.
Et une fleur peut donc en surgir.
Cette fleur, c'est Mission : Impossible – Rogue Nation.

C'est connu depuis plus de 20 ans : Tom Cruise produit les films dans lesquels il joue ( à de rares exceptions près) : cela lui permet de choisir ses projets et de travailler avec qui il veut.

Mine de rien, cette méthode offre une grande variété de films, même au sein de la franchise d'espionnage qu'il s'est payée il y a des années : chaque épisode repose sur un réalisateur différent, réalisateur dont l'approche est systématiquement personnelle.
Pas un seul film Mission-Impossible ne ressemble au précédent, aucune suite n'est un remake déguisé de l'autre. Pourquoi ? Parce que Cruise laisse le réalisateur imprimer sa patte : il les engage pour ça !
Idem avec le casting qu'il veut intéressant (au risque qu'il lui vole la vedette d'ailleurs : Tom Cruise , contrairement à de sales rumeurs, n'a pas peur d'égratigner son image à l'écran et de se confronter à des acteurs de talents ou des acteurs ayant plusieurs centimètres en plus que lui ).

Depuis M:I-3, les films sont co-produits par J.J Abrams ( qui réalisa le troisième d'ailleurs), le créateur de la série d'espionnage Alias.
Et c'est un véritable renouveau qui s'est opéré dans la saga. Là ou le premier et le second opus était relativement déconnecté l'un de l'autre, les trois suivants (bien que foncièrement différents les uns des autres) offrent des rappels qu'ils sont connectés, que l'on est bien dans le même univers, que les actions précédentes ont des conséquences dans les films suivants. Cela donne un background aux personnages.



Après Bard Bird, c'est cette fois au tour de Christopher McQuarrie de s'atteler à la réalisation des nouvelles aventures de Ethan Hunt.
McQuarrie n'est pas un nouveau venu à Hollywood mais en 15 ans, il s'agit seulement de son troisième film. En effet, Christopher McQuarrie est avant tout scénariste (et un ancien détective privé ) : il a signé Usual Suspects pour Bryan Singer ( ainsi que les premiers traitements du film X-Men mais  le film aurait été trop cher pour les pingres de la FOX ) ainsi que le Walkyrie du même réalisateur. C'est sur ce film que lui et Cruise deviennent amis. Dés lors, il va collaborer avec la star en réalisant Jack Reacher, réparant le script de Ghost Protocol en sous-main, réparant celui de Edge of Tomorrow de manière tout à fait officielle et enfin écrire et réaliser Rogue Nation.


Venu du film noir et du thriller, McQuarrie va donner un ton tout à fait particulier à son Mission: Impossible. Celui d'un film à suspense gratiné de scènes d'action. Presque un film noir dans le monde de l'espionnage.  Et justement, que raconte donc ce film ?

Ethan Hunt est sur la trace d'un mystérieux groupe terroriste connu sous le nom de Syndicat. Alors que lui et son équipe viennent de mettre à mal une opération de transport d'armes menée par le Syndicat, le directeur de la CIA tente de faire dissoudre l'IMF car leurs méthodes provoquent la destruction et le chaos. L'abence de preuve tangible sur l'existence du Syndicat pousse  les autorités à croire qu'il s'agit d'une invention de Hunt pour légitimer l'existence de l'IMF.  Au moment où le couperet tombe, que l'IMF est dissout et que  ses restes sont emmagasinés par la CIA, Hunt tombe dans un piège tendu par le Syndicat. Il s'échappe grâce à l'aide d'Ilsa Faust, une agente double infiltrée mais, lâché par son pays et considéré comme un fugitif dangereux, Hunt continue sa mission, seul.
Six mois plus tard, Hunt refait surface et lance l'offensive. Il aura besoin de ses anciens collègues pour réussir.

Prévu pour sortir en décembre, Rogue-Nation a vu sa sortie avancée à l'été pour ne pas se faire démolir par le mastodonte Star Wars VII, lui aussi co-produit par la société Bad Robot.
Tant mieux, ça aura sauvé l'été 2015 de la morosité cinématographique. Car McQuarrie nous offre un spectacle aussi cérébral que fun (bien que moins fou que l'opus précédent).

L'écriture du scénario est un sans faute dans l'intrigue : retorse, complexe, plein de personnages loin d'être purement manichéens et de situations bigger than life ou tout simplement dégueulasses de la part des supérieurs des agences de renseignements pour qui un agent est sacrifiable, seul le résultat de la mission (ou de ses magouilles) compte.
Ainsi, les nouveaux venus comme Williams Brandt (apparu dans le 4 ) ou Benji Dunn (présent depuis le 3), prennent encore plus d'ampleur. Surtout Benji, incarné par Simon Pegg qui devient une sorte de nouveau repère capillaire dans la saga ( les épisodes impairs sont marqués par Cruise ayant les cheveux courts et Pegg avec de la barbe, c'est presque devenu une blague interne à la série ! ).
Le vilain de l'histoire, Solomon Cane, bien que totalement sociopathe, évite , et de loin, le cliché du mégalomane qui se réveille un matin en se disant qu'il veut être un super-méchant : sa démarche est réfléchie, se base sur une certaine logique en forme de critique et de constat assez gênant sur les actions secrète des pays occidentaux.



Et entre Hunt et Cane, il y a Ilsa Faust, interprétée par Rebecca Fergusson. Relativement inconnue, on a pu la découvrir dans le navet Hercules de Brett Ratner : elle était le seul élément du film à ne pas prendre l'eau du tout, oasis de fraîcheur dans un désert aride ou l'absence de talent régnait en maître. Cette beauté atypique ( par rapport aux canons hollywoodiens qui aiment les beautés lisses sans vrai caractère dans le visage ) dont les imperfections font la perfection, incarne le pendant féminin de Hunt : une agente capable, qui ne s'en laisse pas compter et qui ne sera pas le love interest de Cruise (rappelons que Hunt est encore un homme marié même si voir sa femme lui est interdit par les circonstances).
Croisement parfait entre le charme et la grâce de Catwoman et l'élégance mortelle et badass de la Veuve Noire, Fergusson traverse le film comme une femme follement fatale : elle a d'ailleurs tenu à réaliser la plupart de ses cascades, à l'instar de Tom Cruise.
Filmée amoureusement par la caméra, elle apparaît souvent dans des tenues certes sexy mais jamais vulgairement : que cela soit dans une robe de soirée ou une combinaison de cuir, la mise en scène suggère la beauté sans la dévoiler : en lieu et place d'un étalage à la Michael Bay ( devenu presque coutumier partout ailleurs), McQuarrie fait le pari d'une charge érotique éthérée, à l'instar des films noirs des années 50.
Et comme toutes femmes fatales, son personnage est difficile à cerner : si Hunt n'est clairement pas à la recherche d'une aventure féminine, il est ardu de dire si Faust (et ce nom n'a sans doute pas été choisi au hasard) a du respect pour l'agent ou bien s'en amourache.








Ce classicisme se retrouve dans la réalisation : si aucun mouvement de caméra ne vient révolutionner le genre ou ne marquera les esprits, l'efficacité de la réalisation, le montage et le rythme en font un opus tout ce qu'il y a d'agréable à l'œil ! Combiné à un scénario habille, les yeux sont au diapason du cerveau.

Le succès au box-office appellera sans doute un sixième épisode. Et je vous invite, comme l'auteur de ces lignes, a milité auprès des comptes sur les réseaux sociaux, surtout twitter, de Cruise et de Paramount à faire du lobbying pour un autre Christopher. Nolan celui-là.
Il est en effet un choix cohérent ( si pas parfait ) pour réaliser un M:I.
Nolan est un fan de James Bond ( dont M:I est un concurrent direct tout en cherchant à rendre hommage à l'espionnage popularisé par 007 ).
En fan de Bond, Nolan a pris l'habitude, sur ses Batman, de fournir une scène d'ouverture forte et impressionnante. De plus Nono rêve de réaliser un Bond mais les producteurs du grand James semblent faire la sourde oreille ( comme Spielberg en son temps qui avait trouvé un palliatif avec Indiana Jones).
Enfin, Nolan a réalisé Inception , film d'équipe rappelant certains codes des films d'espionnage, de Bond et de M:I.
Nul doute qu'il s'amuserait comme un fou à écrire un film pour la saga et à fournir des scènes aussi spectaculaire qu'un scénario retors.


L'ensemble des critiques des 4 précédents films est disponible via le tag mission:impossible en dessous de cet article.

Agaçant.

Christopher Priest est un auteur de science-fiction anglais dont la carrière dans son pays natal est branlante, inexistante aux USA et plutôt bien en vue en VF (allez comprendre, c'est comme Woody Allen).

De plus en plus rarement attaquée de front, son approche de la science-fiction a glissé d'année en année mais ses thèmes et ses obsessions ont toujours été présents , en particulier son questionnement de la réalité ( un bel exemple est son court roman Une femme sans histoires qui raconte l'histoire d'une harcelée et du harceleur. L'un étant un malade mental qui s'ignore victime d'hallucination et l'autre une femme ordinaire. Du moins, c'est ainsi que l'on peut comprendre le roman, le harceleur est peut-être vraiment témoin de choses étranges. Au lecteur de faire un choix.)

Son dernier roman, L'Adjacent, est sorti en VF il y a quelques mois.
Et dieu qu'il fut laborieux à terminer.
Pourtant, rien ne laissait présager une telle désillusion.

Dans un futur proche mais indéterminé, le photographe Tibor Tarent rentre en République Islamiste de Grande-Bretagne après le décès de son épouse, Mélanie. Victime d'une nouvelle arme quantique "à adjacence", Mélanie a tout simplement disparu de la carte, ne laissant qu'un triangle noir calciné sur le sol.

Au départ, les tourments de Tibor sur la mort de sa femme forment le cœur émotionnel récit, celui par lequel le lecteur va entrer dans ce monde fictionnel.  Ce n'est pas la première fois que Priest aborde le deuil suite à un drame violent : Teresa Simmons, dans son poignant Les Extrêmes, éprouvait la perte d'un conjoint et se retrouvait déboussolée.

Le reste du roman va donc se lancer dans un passage en revue des thèmes et obsessions de l'auteur : les jumeaux, les doubles, la magie ( Le Prestige, brillamment trahi par Christopher Nolan, c'est lui) , les variantes d'une histoire ( La séparation ). On croisera même H.G Wells dont Priest avait pastiché des romans dans La machine à explorer l'espace ! Le fan du romancier est en terrain connu. Mais…







Mais malgré une plume qui arrive encore, par fulgurance, à faire s'envoler l'esprit, le roman , lui, plombe les attentes et enchaîne les mauvaises passes.

Tout d'abord, les relations entre les personnages sont mal foutues : maladroites est le mot le plus poli pour décrire la façon dont elles sont souvent décrites. Le monde intérieur des divers personnages est souvent bien rendu mais reste fort froid. Et dès lors que l'auteur fait interagir deux protagonistes, le tout semble artificiel et écrit rapidement pour arriver à un point précis de l'intrigue.

Ensuite, il y a la construction littéraire. Si elle se voulait ambitieuse ( le roman est éclaté entre passé, futur, passé qui aurait pû être, réalités parallèles) , elle se révèle au final tout bonnement imbitable.
L'auteur a-t-il été submergé par l'ampleur de la tâche ? S'est-il complètement perdu ? (et nous avec ?). Certaines parties du roman semblent connectées par un détail bien trop mince pour servir de ligne conductrice et si les noms propres aux sonorités similaires fleurissent dans le roman, donnant sans doute une indication de la nature de l'histoire, tout cela est également trop mince pour tirer une conclusion ou même poser des hypothèses qui ne soient pas bien trop floues.

Priest est capable de bien mieux, de bien plus fin, de plus profond, de plus accessible ( tout en restant exigeant, attention ! ) mais ici, seuls les connaisseurs hardcore de ses écrits ont une chance de saisir l'intérêt du livre grâce à ses renvois vers d'autres de ses œuvres. Mais c'est bien là le seul intérêt d'un roman qui en manque terriblement. Si ce n'est de rappeler aux fans les meilleurs romans de l'écrivain, plaisir, léger, nié au lecteur qui attaquerait Priest pour la première fois par le biais et le prisme de ce roman.

mercredi 8 juillet 2015

La chair de poule.

Penny dreadful.
À l'origine, l'expression désigne des récits d'horreur pas chers ( un penny ) à l'écriture facile.
Mais ces récits pleins de monstres et de meurtres vont peu à peu façonner l'imaginaire victorien. Sans cette forme de littérature, nous n'aurions sans doute jamais eu Dracula par exemple ( tout comme sans les pulp fictions, les comics n'auraient sans doute pas eu le même essor : pour le rapport entre les pulp fictions et les comics, je vous conseille «  Super-Héros » de Jean-Marc Lainé, aux éditions Les Moutons électriques).

En 2012, Skyfall de Sam Mendes explose le box-office et l'image de James Bond. Le co-scénariste, John Logan ( également auteur ou co-auteur de : Gladiator, The Last Samurai, The Aviator) arrive avec une idée auprès de Mendes : une série télévisée articulée en saison très courte ( entre 8 et 10 épisode), reprenant le concept du «  World Newton » ( popularisé par la création de Alan Moore La ligue des gentlemen extraordinaires) : faire se télescoper différents personnages de fictions au sein d'une même histoire ( attention , ce n'est pas la même chose que faire se croiser les héros Marvel ou DC dans le même comic book ou le même film car Thor et Iron-Man vivent dans le même monde à l'inverse de Dracula ou Frankenstein).
Mendes est conquis et deviens producteur exécutif du show qui sera co-produit par Sky et Showtime (la grande concurrente de HBO : True Blood, Game of Thrones, True Detective) qui avait déjà proposé Dexter, Les Tudors.

Vanessa Ives, jeune femme de la bourgeoisie britannique engage le tireur d'élite américain Ethan Chandler pour l'aider elle et Sir Malcolm Murray à retrouver la fille de ce dernier,Mina (Mina Murray étant la fiancée de Jonathan Harker dans Dracula de Bram Stoker). Confrontant et terrassant une créature aux longues dents après 8 minutes d'épisode, notre petit groupe confie l'autopsie à un docteur désargenté mais brillant : Viktor Frankenstein. Les découvertes qu'ils vont faire sur le cadavre les mèneront vers la découverte d'un monde bien plus complexe inconnu de la plupart du commun des mortels, un demi-monde contenu entre ce que nous connaissons et ce que nous craignons.





Parallèlement à l'intrigue de «  groupe », chaque personnage est confronté à une « malédiction » qui lui est propre, la série fouillant ses personnages, leurs secrets et leurs âmes.

La première saison souffre de quelques défauts mineurs mais dérangeants : le grotesque côtoie souvent le trop plein. Et il est bien difficile de savoir s'il s'agit là de faiblesses d'écriture ou d'une réelle envie de coller au style outrancier des penny dreadful de l'époque victorienne. Cependant, cet aspect disparaîtra dans la saison 2 : à vous de tirer les conclusions que vous voudrez.







Hasard ou pas, Sam Mendes a bossé sur James Bond et on retrouve pas moins de 4 acteurs de la saga au générique ( dont deux seconds rôles sortis de Skyfall !! ).
Eva Green ( à prononcer non pas à l'anglaise mais bien à la suédoise, ce qui donne quelque chose comme «  graine » ) , qui incarna Vesper Lynd dans Casino Royale, incarne la forte mais fragile Vanessa Ives : sa prestance, sa voix particulière confèrent déjà une aura impressionnante à son personnage mais son interprétation tout en classe et en finesse ( contre-balancée par des moments de sauvageries animales et sexuelles assez impressionnants) finit de convaincre que son interprétation est impeccable.
Timothy Dalton ( 007 himself dans Tuer n'est pas jouer et Permis de tuer ) est Sir Malcolm Murray : un aventurier déterminé à retrouver sa fille. Direct, brutal et parfois élégant : l'homme joue un Bond mature en somme et cela lui va bien.
Rory Kinnear ( l'assistant de M dans Quantum of Solace et Skyfall ) incarne la créature de Frankenstein, un être tourmenteur envers son créateur et timide et effacé dans le monde des hommes : un contraste intéressant qui en fait un des personnages les plus attachants de la série.
Mais le personnage le plus difficile à appréhender et donc à jouer est sans doute la version du docteur Frankenstein que le show se propose de nous présenter. Incarner par Harry Treadaway, le docteur est tour à tour exalté par la science, terrifié par le monde occulte (et courageux face à celui-ci).
Quand à Josh Hartnett, son rôle de porte-flingue américain à l'accent improbable évolue tout au long de la série pour révéler sa vraie nature en toute fin de la première saison.






Si un étrange vampire et ses mignons formaient le danger principal de cette saison, la seconde verra l'arrivée des Nightcomers ,des sorcières particulièrement revêches.
Quant à Dorian Gray, son importance dans l'histoire semble très secondaire...à moins que…



L'overdose aurait pu guetter ( multiples intrigues parallèles et parfois imbriquées , nombreux concepts fantastiques : vampires, sorcières, médium, Dieu&Lucifer, immortalité,,etc…) mais tout est dosé. De plus, le style narratif donnant à chaque personnage une aptitude spécifique est un schéma auquel le spectateur est habitué depuis des siècles ! Et Penny dreadful se glisse très bien dans ce genre.


La réalisation est correcte et très télévisuelle de luxe ( c'est classique mais travaillé ) donc rien de révolutionnaire mais le travail sur la lumière, les décors et les costumes est de toute beauté : on est très loin de l'image des reconstituions à la française ( alors que, si le cinéma français avait recours à des techniques simples comme l'étalonnage ou un vrai travail sur la photo, le côté artificiel des costumes pourraient disparaître : c'est incroyable ce qu'on peut obtenir en travaillant la lumière!). L'ambiance est toujours palpable, souvent étrange, parfois malsaine et choquante.
Bref, malgré des défauts dans sa jeunesse, la série mérite que l'on se penche sur son cas.

dimanche 5 juillet 2015

Déjima, mon amour !

David Mitchell est un auteur britannique relativement inconnu de par chez nous. Et ce même si son roman Cartographie des nuages a été adapté au cinéma, avec brio, il y a quelques années sous le titre Cloud Atlas (le titre original du roman d'ailleurs). Il gagnerait pourtant à être connu !

Été 1799, Jacob De Zoet, jeune clerc, débarque à Déjima, au Japon.
Cette île artificielle située dans la baie de Nagasaki est le seul point d'accès au Pays du soleil levant, l'archipel étant encore fermé aux étrangers (et aux autochtones a qui il était interdit de quitter le territoire ! ).
Jacob travaille pour la compagnie des indes néerlandaise et est amené à se plonger dans les comptes de l'entreprise. Il fait la rencontre de divers personnages dont Mlle Aibagawa, sage-femme au visage brûlé dont il tombe amoureux.

Un papillon de nuit fonce dans la flamme d'une bougie. Il tombe sur la table, agitant les ailes. 
"Pauvre Icare." Ouwehand l'écrase d'un coup de chope. "N'apprendras-tu donc jamais?".

Certains romans sont conçus comme des poupées gigognes. Celui-ci est conçu comme un éventail : l'éventail se déplie comme l'auteur déplie son intrigue. Ensuite, chaque partie de l'éventail se déplie également pour venir approfondir les relations entre les personnages et leur background, pour multiplier les points de vue et les rebondissements et ce faisant, part dans énormément de directions sans jamais perdre de sa cohérence.  Des histoires dans l'histoire qui viennent nourrir l'histoire. Un ensemble qui aurait pu être totalement foutraque et qui ne l'est pas, jamais.

"Imprimés, les mots sont nourriciers, déclare Marrinus, et vous me semblez affamés, Dombourgeois."

Car au-delà de la rigueur chirurgicale de l'intrigue, il faut y ajouter celle des mots. Tout , absolument tout, est choisi avec soin, faisant couler la lecture comme une douce liqueur dans la gorge.  Rigueur de la recherche historique et culturelle également : Mitchell a vécu 8 ans au Japon et a épousé une fille du pays. Impensable qu'il puisse se planter, il mettra  4 ans à écrire le livre, souhaitant l'achever avant que le livre ne l'achève lui !



Jouant avec les genres (sommes nous face à un roman historique, une romance contrariée, un livre au fantastique diffus ou un récit exotique, etc…?) , Mitchell nous entraîne dans un aventure où les temps morts n'en sont pas tant l'envie de tourner les pages se saisit du lecteur une fois le roman ouvert. Un vrai piège dans lequel il fait bon tomber !

Pour finir, un petit mot pour mes lecteurs français : les belges sont habitués à lire le néerlandais (et ce même si les francophones ne le comprennent pas toujours ) mais pour le lecteur situé en dehors des frontières du plat pays, les patronymes des héros Néerlandais pourraient être sujets à certaines difficultés ( non, Kim Clijsters ne se prononce pas comme vous le faisiez à Rolland Garros, désolé). Mais il est vrai que, comme Mitchell le fait dire plusieurs fois dans son roman, cette langue est une vacherie rude à l'oreille. C'est pourquoi je ne résiste pas à livrer ces doux écrits qui résument parfaitement cette langue :

"Quelle drôle de langue que le néerlandais, songe Penhaligon. On croirait entendre quelqu'un s'étrangler en lapant de la boue."
"Les sonorités de la langue néerlandaise font penser à un porc montant une truie."

Cruel, mais terriblement vrai !

mercredi 10 juin 2015

Le monde de demain , aujourd'hui !

Brad Bird, le réalisateur des films d’animation que sont Le Géant de Fer, Les Indestructibles et Ratatouille, était passé derrière la caméra physique avec Mission :Impossible-Ghost Protocol .
Quelques mois plus tard, son collègue Andrew Stanton, réalisateur de Wall-e, sortait son « John Carter », produit par Disney. Et Disney refait le même coup : foirer la campagne de promo.

Bref, Brad Bird ancien de Pixar et de facto proche de Disney, accepte de rejoindre le projet « Tomorowland » et d’y imprimer sa patte (mais pas que la sienne, on y reviendra aussi).
Bref, Disney était un studio écolo, on le voit recycler ses idées depuis des années maintenant : que ça soit des faux remakes de ses films d’animation ( tous plus terribles les uns que les autres et même moralement douteux dans le cas de Maleficient/Maléfique avec Angelina Jolie) ou, plus fou, recycler des attractions de Disneyland pour en faire des longs métrages. La trilogie « Pirates des Caraïbes » (non, y a pas eu de 4 , non ! ) sort de là : une attraction mineure sur laquelle les scénaristes et le réalisateur Gore Verbinski ont pu faire ce qu’ils voulaient.
Et bien, Tomorrowland, c’est pareil. La base provient de Disneyworld, mais le film est la somme de son réalisateur et ses scénaristes ! Bref, un autre titre et un autre studio pouvait nous sortir le même film.  Ajoutons que Disney produit des films « live » depuis les années 50 ( L'île au trésor, 20.000 lieus sous les mers, etc...)
La polémique c’est un film Diseny donc ça suit la logique Disney n’a même pas à aller plus loin, merci.

Cassey Newton est une jeune adolescente de 16-17 interprétée par Britt Robertson (qui a en réalité 25 ans) dont le père est ingénieur à la NASA. Elle tient du papa un intellect supérieur voir supérieur à celui de son géniteur. La NASA ayant abandonné ses projets, les plateformes de lancement sont démontées et son père travaille à ce démantèlement. Quand il n’y aura plus rien, son père sera sans emploi. Voila pourquoi Cassey s’introduit illégalement sur le terrain pour saboter les grues et faire gagner à son père du temps avant sa mise à la porte. Un jour, elle entre en possession d’un étrange pin’s qui, une fois touché, vous projette dans une vision d’une ville au look retro-futuriste où tout semble possible grâce à la science avancée. ( Tomorrowland, c’est un peu Poudlard,l’école de magie d’Harry Potter, pour les génies scientifiques en fait).
Cassey se met en route pour trouver cet endroit et rencontre Frank Walker, ancien inventeur juvénile qui a perdu ses illusions sur le monde et joué par George Clooney qui a pris visiblement beaucoup de plaisir à s’amuser en faisant ce film. Son humour à froid et désabusé lui vont très bien.
J’en ai sans doute trop raconté donc je n’irai pas plus en détails sur les personnages incarnés par Hugh Laurie ( la seconde vie du Dr House commence à prendre au ciné, et c’est un vrai plaisir de le revoir même s’il joue à la « House » sans vraiment proposer autre chose mais le kiff est là, et le personnage d’Athéna, jeune fille incarnée par Raffey Cassidy, jeune actrice sorte de mini Audrey Hepburn, qui livre un jeu étonnant qui nous rappelle que, parfois, des réalisateurs arrivent à faire ce que seul Steven Spielberg fait : tirer une performance exceptionnelle d’un enfant. Et c’est le cas ici.





La révélation du film. " Je suis le futur, Frank Walker." Puisse le sien être lumineux.

Brad Bird s’amuse et nous amuse avec une réalisation classe et moderne sans céder aux effets faciles (beaucoup d’effets spéciaux certes mais toujours là pour accompagner et non écraser les acteurs : il le dit lui-même, Spielberg a été une inspiration sur ce projet, tout il l’a été pour J.J Abrams depuis qu’il fait du cinéma. Et ça se sent, ce film aurait pu être réalisé par le grand Steven si cette humaniste convaincu n’avait pas commencé à perdre sa foi en l’humanité (et je dis ça sans le juger aucunement : lui, plus que tout autre, a changé ma vision du cinéma, faisant de votre serviteur un cinéphile alors qu’il aimait juste aller au ciné comme tout le monde).
On retrouve les goûts de Bird pour les gadgets, les visions d’une autre époque etc…Tommorowland ( tant le film que le lieu ) est imprégné de rétro-futurisme ( la vision du futur que l'on avait dans le passé). Cet aspect rétro-futuriste (et même un peu steampunk lors d'une séquence particulière), participe à l'ambiance et la volonté de Bird de se poser en défenseur d'une ambiance certes empreinte de suspens et d'action mais définitivement anti-grim & gritty (le grim & gritty est une période sombre, cynique, violente, désabusée et parfois nihiliste qui a commencé dans les comics des années 80 et a contaminé la fiction en générale dès les années 90 ). En citant l'époque de Jules Verne, de Nikola tesla, etc...Bird convoque une époque qui avait foi dans la science pour améliorer la vie humaine. Ce qui est la base du projet «  Tommorowland ».




Cette foi en la science est palpable dans les propos de plusieurs personnages, en particulier Cassey qui, devant le discours alarmant de ses professeurs qui débutent des faits et des causes, les poussent à donner des solutions. Solutions qu'ils n'ont pas. Vous la sentez la charge contre le système enseignant tel que conçu chez nous ? ( et défendu avec trop d'assiduité pour être vraiment honnête par la saga Harry Potter ? ).

Niveau charge, le film est également une charge (oui, je me répète ) contre le manque d'ambition de la société ( du politicard au simple citoyen ), charge contre le manque d'imagination ( nous vivons une époque qui se repose encore et encore sur le recyclage de vieilles technologies : le cd a donné le dvd, le dvd a donné le blu-ray mais il s'agit d'améliorations et non d'innovation ! Je ne peux que vous conseiller le livre «  Futurs ? La panne des imaginaires technologiques. » si le sujet vous branche ou vous interpelle).

Il est notable que ce film, du pur Brad Bird, soit aussi le reflet des constructions scénaristiques de son scénariste principale, Damon Lindelof ( Lost, Prometheus, Star trek Into Darkness ) : il aime poser ses personnages et introduire des flashbacks. Devinez ce qu'on retrouve ici pour tout mettre en place et enrichir le background ?


Le cinéma français a tellement peur des films de genre, qu'il doit attendre les américains pour faire les fous avec la Tour Eiffel ! Si les ricains n'étaient pas là...

J'ai parlé de Spielberg plus haut dans cette critique, j'y reviens encore une fois. Le grand barbu (oui, Spielby et Dieu ont le même surnom. Coïncidence ? Je ne crois pas ! ) est une des influences revendiquées par le réalisateur ( il le disait sur Twitter, je ne spécule pas ) et cela se ressent. Le film aurait pu être une création spielbergienne si le multi-oscarisé n'avait pas bifurqué ces dernières années vers un certain pessimisme quant à l'avenir de l'humanité (et comme le mec est un humaniste, ça doit lui faire mal).


En œuvrant à fournir du rêve tout en poussant à rêver, le film de Brad Bird est un must see, aussi bien pour les adultes, les ados et les enfants. Emmenez les voir ce film seulement, ne les enfermez pas dans l'air du temps qui consiste à accélérer alors que le mur est devant ! Il ne vous demande que deux choses : être attentif ( on vous donne les infos dans l'action et on ne vous le répétera pas 20 fois : le film vous croit intelligent, prouvez-lui qu'il ne se trompe pas ) et laissez votre cynisme au vestiaire (parce qu'en plus, ce film vous veut du bien ! ).