samedi 23 septembre 2017

Batman & Double-Face on the route encore vers l'aventure !

Aujourd’hui, 23 Septembre,c’est le Batman Day. Et ouf, je suis encore dans les temps pour proposer un article sur Batounet d’amour.




Après Batman Rebirth en Juin et Detective Comics en Juillet, c’est All-Star Batman qui débarque en VF. La série est scénarisée par Scott Snyder qui officia sur le titre Batman tout court durant plus de 50 numéros ( et même un peu plus si l’on considère ses travaux sur Detective Comics, la mini-série Gates of Gotham et les hebdomadaires Batman Eternal et Batman & Robin Eternal ).
Autant dire que l’homme connait son chiroptère ou tout du moins possède une certaine expérience du terrain Gothamite.



(oui, celui-ci ce n'est pas du Batman mais LISEZ-LE ! )

Harvey Dent, alias Double-Face (ou Pile-ou-Face selon les traductions ) est emmené hors de Gotham par Batman. Le but du croisé à la cape est d’arriver 800 km au loin de Gotham City dans un endroit où un remède à la maladie mentale qui ronge Dent depuis qu’il a été défiguré à l’acide. Mais Double-Face ne l’entend pas de cette oreille. Sa situation de seigneur du crime lui va très bien. Et il entend bien garder sa psyché endommagée.
Il a donc mis son voyage et celui du chevalier noir à prix. Pas pour de l’argent, non. L’ancien procureur a gardé le goût de l’investigation et possède un réseau qui a acquis tous les secrets honteux de , je cite, tout le monde ( prends ça dans la gueule Zuckerberg ! Il connaît d’ailleurs la double identité de Bruce Wayne ! ) : si Batman n’est pas stoppé avant la ligne des 800 bornes, toutes les données seront divulguées. En faut-il plus pour pousser super-vilains et citoyens ordinaires à vouloir à tout prix empêcher nos deux lascars d’arriver à destination ?




Scott Snyder est un scénariste qui connaît ses classiques et comment raconter une histoire. Le bougre est d’ailleurs professeur sur le sujet à l’Université de New York, Columbia et Sarah Lawrence College ( tous situés à ou dans l’état de New York , à savoir la vraie Gotham Américaine ). Il met en échec le dicton qui veut que «  ceux qui ne savent pas enseignent ». Il a énormément d’imagination et aime jouer avec les codes ( regardez la série qui l’a vraiment lancé, American Vampire  -une tuerie, mangez-en ! - , pour vous en convaincre ).
Cependant , à force de prendre ses marques et ses aises sur Batman, il en est progressivement venu à en faire parfois trop. L’ennemi du mieux.

À l’image de son traitement de Double-Face. Ce dernier avait disparu des comics Batman depuis 2013 : à la suite d’une aventure revisitant ses origines, Harvey lançait sa pièce fétiche pour savoir s’il devait se suicider ou pas. Un grand bang suivra.
C’est pourtant un Harvey en pleine forme (oui, c’est relatif) qui officie ici. Snyder glissera bien une réplique sur un certain coup de feu mais ça sent la facilité absolue. Mieux, il change complètement l’agencement de la personnalité de Dent pour en faire une sorte de Jekyll et Hyde, Dent n’étant pas forcément conscient de ce que projette Double-Face et inversement ! Détail qui n’apparaissait absolument pas la dernière fois que nous l’avions croisé ! Et ne parlons pas du cliffhanger du premier chapitre. Certes, je vous mets au défi de le voir venir. Mais ses conséquences seront presque invisibles.

All-Star Batman se situe dans le prolongement direct de son run sur Batman ( il utilise d’ailleurs ici quelques cases en communs avec Batman puisqu’il co-scénarisa le premier épisode de Tom King qui lui a succédé sur le vaisseau amiral des séries consacrés au milliardaire orphelin ).
Snyder propose une situation bandante, fait souffrir son héros tant physiquement que psychologiquement, multiplie les retournements de situation et tords des concepts connus. Bien que toujours assaisonnée différemment, sa recette sur Batman ne change pas. Pire, à force d’habitudes chopées dans une zone de confort , Snyder grossit le trait de certains de ses défauts au point que certaines situations semblent sortir de la série télévisée des années 60 qui aurait été écrite sous un angle plus violent et sans l’innocence et le kitsch qui marquait ce programme qui ne colle plus du tout aux critères que l’on associe à Batman de nos jours.

Pourtant, Snyder fait tout pour sortir de sa zone de confort (et de celle du héros ) : depuis le début de son run sur Batman, Gotham est un personnage à part entière ? Batman la quitte dès le début de l’aventure pour partir sur les routes avec Harvey Dent. Le chevalier noir est une créature de la nuit ? Ici, il devra bosser la journée aussi, prouvant au passage que les ombres ne lui sont pas forcément nécessaires pour arriver à disparaître face à ses ennemis : ah, on a de l’entrainement et de la ressource ou on n’en a pas. Batman est un être dépressif et noir ? C’est un Batounet Rock’n’Roll avec du répondant ne manquant pas d’un certain humour décalé et adepte du « check » avec son nouvel accolyte qui nous est ici proposé. Une sorte de héros badass des années 80 sorti d’un blockbuster.

Je m'appelle Bruce et je n'ai rien à compenser !

Et si cet aspect blockbuster fonctionne , c’est parce que le récit va vite et reste prenant. Mais manque de profondeur et multiplie les moments What the fuck qui vont du jouissif régressif ( Batman avec une tronçonneuse ) au délire total ( guettez l’implication de La cour des Hiboux, autre invention de Snyder, ici : ridicule ). Quant aux blessures de Batman, celui-ci semble nous avoir caché qu’il était de la famille, éloignée, de Wolverine. Ces gros défauts font grincer des dents et des neurones lors de la lecture de ce road-movie effréné. Pire, alors que l'un des enjeux dramatiques majeurs reste " Qui a raison de placer sa foi dans l'homme de la rue ? Batman qui veut voir le bien ou Harvey qui cherche à prouver que l'occasion de se laisser au mal fait le larron ? " , celui-ci ne sera vaguement développé qu'épisodiquement.

Allo Alfred ? Ça va couper !

Ce récit principal est entrecoupé par une histoire secondaire centrée sur Duke Thomas, le nouvel acolyte de Bruce Wayne ( que l’on retrouve aussi dans la série de Tom King ) . Sortir du schéma Batman et Robin semble être le leitmotiv de Snyder depuis son arrivée à Gotham et de facto, cela devient une technique de Bruce également. Cette histoire courte nous narre la formation de ce nouvel allié selon une méthode très tirée par les cheveux dont on perçoit mal les tenants et les aboutissants (mais patience, c’est peut-être à dessein que les choses sont pour l’instant floues ).  Très plan-plan, le scénariste ne nous accroche vraiment que grâce au mystère que doit résoudre Duke.

Aux dessins de l’intrigue principale, on retrouve John Romita Jr. Le dessinateur prodige puis déclinant de chez Marvel semble avoir découvert une nouvelle force intérieure depuis qu’il travaille chez DC Comics. Son story-telling rivalise avec celui qui était le sien lorsqu’il assurait la partie graphique des différents titres consacrés à Spider-Man sur lesquels il était passé. Et son trait trop souvent brouillon ces dernières années retrouve enfin de l’assurance ! Il insuffle une véritable énergie à ses planches, une énergie qui participe pleinement à l’envie de ne pas lâcher l’aventure même lorsqu’elle nous semble abracadabrantesque ! Il retrouve l'univers du Dark Knight après The Last Crusade ( non , pas le film de Spielberg ! ).

La partie centrée sur Duke quant à elle échoit à Declan Shalvey. Son trait plus simple élégant est malheureusement en dessous de ses capacités ; capacités démontrées sur l’actuelle série Injection de Warren Ellis mais aussi sur ses épisodes de Moon Knight, le Batman de Marvel. Si Batounet avait été le principal protagoniste de cette petite histoire, il aurait sans doute été plus à l’aise mais avec un héros aussi peu charismatique et monolithique que Duke Thomas (on dirait un motard bien protégé à peine customisé ) , Shalvey ne semble pas très inspiré sans pour autant être honteux. Mais il est capable de bien mieux.




All-Star Batman est la plus faible des « nouvelles »séries Batman jusqu’à présent. Efficace mais anecdotique et flanquées de défauts franchement gênants, elle contentera les fans hardcore de la chauve-souris ( et encore, à condition d’avoir d’autres sources à disposition ) et peut-être les amateurs de virées sur les routes dopées à l’adrénaline et à l’action. Mais sa grande qualité reste de sortir Batman de son environnement habituel, le forçant à plus d’efforts. Peut-être faut-il y voir une allégorie sur le travail de Snyder, qui lui aussi devra en fournir un peu plus à l’avenir ?
Chaque arc narratif sera assuré par un dessinateur différent (et pas des manchots apparemment ) , une légère plus-value qui attirera les lecteurs fans de certains artistes.

vendredi 8 septembre 2017

Coulrophobie : critique du film "IT ( "Ça") d'après Stephen King.

«  Je me sentais bien.
Jusqu’à ce que je voie Derry.
Quelque chose allait mal dans cette ville et je pense que je l’ai su dès le début.
(…)Une artère verte traversait le centre de la ville. De loin, elle ressemblait à une cicatrice. Autour de cette ceinture verte en zigzag, la ville semblait exclusivement grise et noire de suie sous un ciel coloré en jaune pisse par ce qui sortait (…) de toutes ces cheminées d’usine.
(…) , je l’ai détestée au premier regard. »
Jake Epping, sous la plume de Stephen King ( dans le roman 22/11/63 )



On avait laissé Andrès Muschietti en 2013 avec le film d’horreur poétique Mama (avec Jessica Chastain,produit par Guillermo Del Toro : ces deux-là allaient tourner Crimson Peak ensemble peu après,mais je m’égare).
Nous le retrouvons devenu Andy Muschietti, prénom anglicisé, avec l’adaptation de «Ça » , le roman fleuve culte de Stephen King (j’en profite pour rappeler que Stephen se prononce bien Steven, oui comme Spielberg).

Déjà adapté sous forme de téléfilm en deux parties dans les années 90, « Ça » est souvent considéré comme le livre le plus flippant de l’auteur installé dans le Maine ( lisez Salem, on en reparlera ) . Il sera tenté par l’auteur de ces lignes ( c'est-à-dire moi, votre serviteur attitré ) de faire la part des choses, de parler du film surtout en évitant un maximum de le comparer au matériel littéraire dont il est issu. La littérature et le cinéma étant deux arts profondément différents bien que cherchant le même résultat, à savoir nous transporter dans le spectre émotionnel par le biais d’une histoire.

Derry, Maine.Octobre 1988. Bill ,tout jeune adolescent est alité en cette pluvieuse journée d’automne. Cela ne l’empêche pas de fabriquer un bateau en papier pour son petit frère Georgie, qu’il aime beaucoup. Georgie sort donc jouer avec son joujou. Le place dans une rigole pleine d’eau et suis cette embarcation lilliputienne suivre sa route nautique…jusqu'à une bouche d’égout. Hors, dans ce tunnel où se mélange eau de pluie acide, pisse, merde et autres détritus, apparaît la tête d’un clown jovial qui entame la conversation avec le jeune garçon. Du sang coulera, effacé par la pluie et oublié par la lâcheté d’une adulte ayant assisté à une partie de la scène.
Georgie ne reviendra pas à la maison.
Été 1989 : Bill et ses amis, Le club des ratés, subissent les assauts d’une bande d’ados plus âgés. Ces crétins décérébrés et violents qui feraient passer un baraki(1) pour un intello ont commis l’erreur de s’en prendre à d’autres enfants. Ne laissez jamais vos ennemis s’unir nous enseigne la sagesse chinoise. Le club rencontre donc Ben, Mike et Beverly. Ils n’ont pas que le point commun d’être harcelés à l’école. Ils ont vu quelque chose. Dans cette ville , un mal rôde. Qui semble réveiller la violence des adultes et s’attaquer aux enfants. Le club l’a vu, fugacement ou frontalement : un clown. Et puisque personne ne fait rien, eux vont devoir faire quelque chose.




Le monde des enfants n’est pas DisneyLand.
L’enfance est le domaine des monstres, réels ou imaginaires.
L’enfance est l’endroit où la peur rôde. La peur du placard ou de la cave, où les monstres de notre imagination ( seulement eux ? ) attendent de nous attraper pour nous dévorer.
La peur des monstres bien réels eux, comme certains autres enfants, plus grands, plus forts, plus bêtes : satisfaits de leur position de force comme le sont souvent les médiocres avec du pouvoir et n’attendant qu’une occasion de rouler des mécaniques infernales .
Et la peur des parents, figure d’autorité qui peuvent vous étouffer dans le but de vous garder près d’eux et remplir leur vie misérable , de vous malmener car leurs pulsions sadiques et sexuelles veulent faire de vous une victime qui n’osera rien dire ou la peur d’être seul face à des parents presque invisibles qui vous laissent vous démerder(2).
La trinité de la peur infantile se retrouve dans «  Ça ».  Et ça marche en plein. Pourquoi ? Pour une raison toute simple : nous sommes tous des enfants.

Certes , les adultes semblent l’oublier, comme si l’âge était une mue. Non, l’âge est une couche de plus sur la poupée russe que nous sommes. Et la première poupée, celle tout au fond, est celle d’un enfant. Nous grandissons, nous évoluons, mais nous voyageons avec les étapes de notre vie, moins exposées, mais toujours là, prête à se mouvoir jusque dans nos souvenirs si on les titille un peu. Et c’est justement en la titillant dès les premières minutes du film que Andy Muschietti nous happe pour ne plus nous lâcher durant 135 minutes. Une simple expédition dans une cave humide et mal éclairée suffit à nous rappeler que oui, nous avions peur du noir, de descendre sous terre…et qu’il en faut peu pour que notre cerveau se connecte à cette partie de nous que l’on oublie trop souvent.  Il est bien aidé par un directeur de la photo compétent, Chung-hoon Chung habitué de Park Chan-wook (oui, la photo délicieuse de The Handmaiden/Mademoiselle, c’est lui ) et par le compositeur Benjamin Wallfisch, déjà responsable de A cure for wellness .

Véritable casse-tête chinois d’adaptation, le roman de King est connu des fans pour sa structure narrative particulière qui entrelace deux époques distinctes : la fin des années 50 où une bande de gamins est confrontée à un monstre hideux et la fin des années 80 où ces derniers, devenus adultes, reviennent finir un boulot qu’ils espéraient achevé. Le film se concentrera uniquement sur les kids, transposés à la fin des années 80
Logique : lorsque le livre est paru dans les années 80, ce sont les 50’s qui faisaient office de fantasme nostalgique. Une adaptation se devant de parler à son public actuel, changer les époques est bien vu et absolument pas dommageable.
Mieux , le film ne surfe absolument pas sur la vague «  Les 80’s c’était trop cool » et les clins d’œil sont discrets, simple éléments de décors là où une série comme Stranger Things ( très prenante au demeurant ) semble crier tous les quarts d’heure «  Hé, regardez, je connais mes classiques et je vous le montre ! » ).

Le scénario doit pourtant faire des choix cornéliens : comment adapter , en un peu plus de deux heures , près de 1200 pages sont 65% sont consacrées aux gamins ? Adapter, c’est trahir. Alors trahissons, mais faisons le bien.
Le script élague dans le texte, retiens des scènes chocs mais les place parfois dans un autre contexte, le but est de créer une tension palpable et du lien entre les protagonistes qui affrontent alors des épreuves ensemble et démontrent leur empathie les uns envers les autres dans un environnement pourri.
L’ADN, le squelette et la substantielle moelle sont là, seul le corps est sensiblement différent. Comme un faux jumeau terriblement ressemblant. Cette moelle conserve aussi l’interconnexion de l’univers de King ( oui, tous ses romans sont liés aux autres par l’entremise du cycle La Tour Sombre essentiellement bien que cela soit en fait plus complexe ) : ainsi, les fans ne manqueront pas de remarquer quelques clins d’œil à ce cycle Jupiterien d’une fantasy atypique ( guettez au début du film cette statue sur laquelle un petit malin a gravé 19 19 : c’est subtil mais le connaisseur appréciera la référence).
Deux avantages de se construire le film de manière linéaire : le premier, c’est que l’histoire proposée ne connait pas de temps mort , c'est-à-dire le pire ennemi du cinéaste. Secundo, en cas d’échec au box-office, le public aura quand même eu droit à une histoire complète qui peut se passer d’une suite.
L’inconvénient, c’est que le cinéma supporte mal la multiplication des héros au sein d’un même film, il faut quelques rôles forts et des seconds rôles,il faut un fil conducteur. Ainsi, c’est surtout Bill et Beverly qui seront mis en avant , le reste de la bande étant les seconds couteaux, développés certes, mais bien moins que les autres.

Dans le cadre du film, ça fonctionne même si l’on sent qu’il manque un petit quelque chose. Mais les fans risquent de jaser car «  tel ou tel perso n’est pas mis plus en avant, c’était mon préféré merde. » . Il serait pourtant malhonnête de dire que le reste de la bande sert à faire tapisserie, chacun ayant son moment de gloire ( de trouille ! ) et aussi fugaces soient-elles parfois, leurs psychologies évoluent le temps d’un plan ou d’une scène complète. Les parents, parfois véritables démons, ont-ils encore une chance d’autorité face à des enfants qui affrontent le diable en personne ? Le film semble dire, par endroits, que « la seule chose dont il faut avoir peur, c’est la peur elle-même ».

Et la peur, elle est bien là : de façon simple parfois, en utilisant le jump scare (avec parcimonie ) , de manière plus complexe le reste du temps, l’ambiance malsaine se glissant sous votre peau, jusque votre moelle osseuse et remontant le long de votre échine dorsale jusque à se lover dans votre petit cerveau reptilien et activant ce sentiment aussi salutaire que dérangeant : la peur.
Ainsi, ce sont autant les images chocs et dérangeantes que les ambiances sombres et ombrées ( dans des décors anxiogènes comme c’est pas permis ) que le réalisateur convoque à l’écran : on frémit de ce que l’on y voit, on s’accroche à son siège de ce qu’on le n’y voit pas (mais on le suppute, on le devine…on le sent ). Et à ce niveau, que l’on craigne autant de voir un monstre qu’un ado violent apparaître dans le champ pour s’attaquer au club des ratés, voila bien une réussite.





Le réalisateur ne reste pas en mode «  frisson » durant tout le film. Pour que l’on s’attache aux personnages, encore faut-il nous les montrer dans leur vie ordinaire. Ainsi on se prend de sympathie pour ces héros en culottes courtes qui subissent les derniers harcèlements scolaires de l’année avant de plonger avec eux dans un été qui aurait dû être délicieux et où pointent déjà la nostalgie du temps passé quand les premiers émois sensuels font leur apparition.
Tous les groupes d’amis qui ont connu « une fille » dans la bande le savent, on finit tous par en tomber un peu amoureux. Beverly devient donc un liant essentiel pour le club des ratés et c’est ce lien si puissant que le réalisateur doit développer pour que l’on croit à son histoire. Sans en faire trop , ce qui rendrait la chose artificielle, Muschietti capte les sentiments naissants de nos héros. Cette force émotionnelle positive qui viendra nourrir leur courage et leur détermination face à l’horreur absolue.

Pour créer une telle alchimie, il faut plus qu’un talent de directeur d’acteurs, il faut les bons interprètes.
Si Stan, Mike et Ben sont en retrait (et au final, un peu lambda ), il faut ici souligner le travail très pro de Jaeden Lieberher en Bill le bègue, véritable héros de l’histoire dont la quête est personnelle : son frère est mort et il se sent responsable , et de Sophia Lillis en Beverly , cœur (com)battant du film qui devrait rappeler à certains le personnage interprété par Elle Fanning dans Super 8 de J.J Abrams ( un gros hommage à Spielberg et sans doute sans le vouloir à King, tant leurs deux visions de l’enfance se rapprochent énormément malgré des traitements différents). Et attendez de voir le petit Georgie lors de ses apparitions fantomatiques : non seulement l’acteur est effrayant dans son jeu mais le malaise est total tant sa performance malsaine entre en contradiction avec notre vision d’un jeune enfant qui se doit d’être pur et bisounours. Tordez les images liées à nos instincts ataviques et contemplez le résultat !


 "J'ai vu un Jésus grossièrement sculpté descendre le canal au fil de l'eau et disparaître dans le tunnel passant sous Canal Street. On distinguait ses dents entre ses lèvres écartées en un rictus hargneux.
(...) il y avait quelque chose à l'intérieur de cette cheminée d'usine effondrée.(...).Et à l'intérieur du conduit - dans les profondeurs de cet énorme boyau - quelque chose bougeait et s'affairait."
Jake Epping, sous la plume de Stephen King ( roman 22/11/63)






Quant à l’horreur visuelle, le réalisateur a eu la bonne idée de ne pas miser sur le tout virtuel comme l’aurait fait le premier tâcheron venu. C’est donc un savent mélange de maquillage , d’effets mécanique et d’images de synthèse qui se marient ici pour donner naissance au fameux clown et ses divers avatars phobiques. Le résultat n’est pas effrayant à vous faire fermer les yeux, il est efficace à vous empêcher de vouloir les fermer : qui sait alors ce que la chose pourrait vous faire ?

Une horreur qui surgit dans une petite ville d’Amérique typique, et qui a été trouvée par l’équipe de repérage…au Canada ! C’est en effet en grande partie dans l’Ontario que fut tourné le film ( de plus, un tournage au Canada est notoirement moins cher qu’aux States ) même si quelques vues de Bangor, la capitale du Maine et ville de résidence de King, sont utilisées dans le long-métrage.

Imparfait , notamment dans son attribution de l’importance des personnages ( c’est pas un Harry Potter ici , ils auraient tous dû être sur le devant de la scène ), « Ça » est une réussite salutaire pour les adaptations horrifiques de King qui étaient rarement convaincantes voir carrément loupées.  Une adaptation-trahison bien pensée qui a décidé de faire son truc tout en préservant le plus important : l’âme du roman et les âmes des personnages.



Je pense que c'était Derry qui se trouvait là-dedans - tout ce qui allait mal chez elle, tout ce qu'elle avait détraqué, tapi dans ce tuyau. En hibernation. Laissant croire aux gens que les mauvais jours étaient finis, attendant qu'ils relâchent leur vigilance et oublient qu'il y avait eu des mauvais jours. 
Je me suis enfui en toute hâte et jamais plus je ne suis retourné dans cette partie de Derry.
Jake Epping sous la plume de Stephen King ( roman 22/11/63)


"J'ai même commencé à mettre en doute la certitude de Beverly Marsh selon laquelle les mauvais jours étaient révolus pour Derry,et je me suis surpris à imaginer  (...) qu'elle en doutait elle-même. N'avais-je pas entrevu une étincelle de perplexité dans ses yeux ? Le regard de quelqu'un qui n'y croit pas tout à fait mais qui désire y croire ? Qui a peut-être même besoin d'y croire ? "
Jake Epping, sous la plume de Stephen King ( idem).

" Le piédestal était presque complètement enfoui dans la neige,mais la plaque vissée dessus était encore visible. (...) :
À CEUX QUI DISPARURENT DANS LA TEMPÊTE
DU 31 MAI 1985
ET AUX ENFANTS
TOUS LES ENFANTS
AVEC AMOUR DE LA PART DE 
BILL,BEN,BEV,RICHIE,STAN,MIKE
LE CLUB DES RATÉS
Tracé à la bombe en grande lettres hachées , également bien visible à la lumière des phares, figurait en réponse ce message :
LE CLOWN VIT ENCORE "
Dreamcatcher,Stephen King.

: un baraki, pour nos amis français, c’est un peu le beauf ultime, dont le sens de la mode est inexistant, passant d’un legging imprimé léopard ou un jogging aux couleurs jamais harmonisées entre elles. Ses pires ennemis sont le bac de bière vide , l’ensemble de la syntaxe française et l’ONEM qui peut lui supprimer les alloc’s du chômage. Il est en général accompagné d'un fratrie (la sienne ou qu'il aura généré par la grâce du prix trop élevé de la capote ou de l'avortement ) composée de Kevin, Jason , Logan ... Pour plus de renseignements, se référer à cet ouvrage de référence :



2 : Point commun entre les deux Steve ( Spielby et King ) : ces adultes qui ne voient pas ou ne veulent pas voir le problème. Nous en avons un exemple dans E.T où la mère est complètement aveugle à la situation, même quand elle partage la cuisine avec le gentil extra-terrestre. La situation est bien entendu bien plus mortelle pour les enfants quand les adultes refusent de voir un monstre qui ferait pisser dans son froc l’Alien de Ridley Scott.

samedi 15 juillet 2017

Divine hérésie.

Jason Aaron et R.M Guera refont équipe après le récit policier tendu et à tiroirs qu’était Scalped.
Leur nouveau jouet commun, The Goddamned , se place dans une catégorie totalement différente.
Catégories plutôt car Jason Aaron ne se contente jamais de rester dans la même veine au sein d’un récit, mêlant les sous-genres d’un genre (oula, ça va , vous suivez ? ) allègrement pour surprendre le lecteur et s’amuser à l’écriture.
Blasphématoire et foncièrement hérétique.

1600 ans après le départ forcé d’Adam et Eve du jardin d’Eden ( une sombre histoire de pomme et de serpent qui parle…m’est idée qu’on savait en fumer de la bonne là-bas ), un homme arpente le monde. Il vient de se réveiller dans une fosse à merde, jadis point d’eau potable d’une tribu qui n’a rien trouvé de mieux que de saloper l’endroit.
Peu jouasse, notre dormeur du val pollué va se rendre au cœur de la tribu des osseux, un clan qui pensait lui faire facilement la peau. Mais il a le cuir solide et le leur est sur le point de se retrouver troué.

Vivant de la violence, pour la violence, l’homme avance, seul. Il est marqué à jamais : dans un monde où règne le chaos et les blessures, il ne porte aucune cicatrice. Une marque invisible vue de tous, une marque qui le place en dehors de l’humanité. Il est Caïn, il a inventé le meurtre et Dieu l’a puni pour cela. Il a vu le paradis, il a vu le monde beau. Et ensuite, l’humanité a détruit le monde. Mais cela ne le regarde pas, n’est-ce pas ? Lui, tout ce qu’il veut, c’est mourir, enfin. Alors il marche, à la recherche d’une faille dans la logique de ce divin enculé qui l’a maudit à jamais. Il finira par croiser Noé, bigot dévot qui rase le bois de la planète pour construire une arche en vue de survivre à un déluge qu’il annonce. La rencontre ne se passera pas pacifiquement.



Athée depuis des années, Aaron a été élevé dans la foi baptiste. Il est resté fasciné, ce sont ces mots, par les thèmes de la religion chrétienne et la foi. Fasciné, mais pas complaisant. Fonçant tête baissée dans le monde tel qu’il aurait été selon les théories bibliques et les créationnistes , Aaron ne se prive pas de faire vivre les humains décadents que le Tout-puissant veut faire partir en tirant la chasse de ses grosses toilettes ( donc oui, si Dieu existe, la Terre est son égout, pensez un peu à ça ) avec des espèces rappelant nos bons vieux locataires de Jurassic Park.




Plaçant son récit dans un désert total, le scénariste joue autant sur le terrain de Conan que de Mad Max (l'intrigue peut autant se dérouler loin dans le passé que dans le futur, sans vrai rappel temporel ), lançant un héros solitaire qui a tout perdu dans un espace où les restes de la civilisation se disputent les maigres ressources disponibles.
La loi du plus fort prévaut et Noé nous apparaît sous des traits bien plus dégueulasses que dans le film puant de Darren Aronofsky (étrangement, la bande-dessinée tirée presque du même scénario est bien différente dans la nuance et reste agréable, comme quoi...) dont le héros interprété par Russel Crowe passerait presque pour un humaniste à côté de celui qui nous occupe ici : violent, sûr du divin  consentement en ses actions, aveuglé par sa foi.
Difficile de ne pas voir les parallèles entre ce monde et le nôtre lors de la lecture. Un monde tellement perverti que même la rare beauté devient sauvage et ivre de sang, à l'image de ce paon avide de chair fraîche croisé le temps d'une page.
La nature devient aussi folle que l'humanité dès lors que même les loups se dévorent entre eux.



Odyssée barbare érudite, sanglante et désespérée, les aventures de Caïn sont un coup de poing dans la gueule, un coup de gueule contre le monde, un monde dévasté et ravagé par la bêtise et la crasse. La cruauté se cache partout, l’espoir nulle part.
À l’est d’Eden, rien de nouveau, tout est moins beau.
Les similitudes entre le récit et d’autres archétypes venus de genres différents s’entrechoquent comme les lames sur les os des victimes de raid, un héros détaché voire cynique, figure du héros solitaire qui se trouve une conscience (avant de la reperdre ? ) , des seigneurs de guerres tout-puissant mélangeant religion et voie guerrière ( Daesh, Immortan Joe…) qui imposent leurs vues par la guerre , le viol et l'esclavagisme.
Les couches du récit sont nombreuses. Comme un oignon.

Les dessins de Guera viennent encore plus accentuer l’horreur de l’endroit, son style étant taillé pour saisir les traits grossiers de la misère et de la déchéance mentale et physique des protagonistes et de leurs habitats. On peut presque sentir l’odeur de merde et de pisse en regardant trop longtemps les cases. Elle s’insinue jusque dans notre cerveau.

Nourri d'influences diverses, la série convoque tout autant La Genèse que les codes du western pré-historique et du récit post-apocalyptique. Un grand écart épatant qui donne envie de voir où l'équipe va nous emmener. Et quand, la bête étant en hiatus à durée indéterminée aux USA.

50 shades of light.

Alors que le BDSM a fait une entrée fracassante dans la culture populaire par le biais d’une littérature au rabais et de films moins palpitant qu’un porno sous Xanax ( oui, 50 nuances d’engrais, je pense à toi ) , il a aussi perdu en chemin ce qui le caractérise, ne laissant qu’une vision expurgée capable de plaire à la ménagère de plus de 55 ans et aux midinettes. Quelque chose de lisse, consensuelle et incapable d’être un tant soit peu transgressif. Il faut que les gens qui se sentent normaux puissent s’encanailler sans se sentir déviants ou sales.

Dieu merci ( c’est une expression, je suis athée ) , à quelque chose malheur est bon. 50 shades a ouvert une porte et au milieu de ses clones dégénérés, quelques œuvres ont pu se faire éditer…tout en ne tombant pas dans les pièges évidents dans lesquels s’est vautrée la littérature érotique à la mode actuellement. Sunstone est de celles-ci.

Stjepan Sejic est un dessinateur d’origine croate qui s’est fait connaître outre-atlantique par son travail sur le comic book Witchtblade (un seul tome de son travail sur la série a été édité en VF, la série n’ayant jamais réussi à décoller sous l’égide de Delcourt qui a pourtant tenu bon autant qu’il pouvait).  Mais l’homme est aussi connu sur deviantart où il publiait un comic , Sunstone donc. Image Comics lui a proposé de le publier en album et Sejic a commencé à retravaillé ses dessins pour les caller sur un modèle de parution livresque.

C’est donc l’histoire de Lisa et Allison, deux fans de BDSM qui se rencontre pour la première fois après des mois d’échanges sur le net. Lisa est une soumise, Alli est une dominatrice. Tout devrait bien se passer non ?
Et c’est là que la surprise survient. Loin de nous vendre un porno, Sejic nous offre…une belle histoire d’amour. La première rencontre ? Mais que ça soit pour du BDSM ou pas, ça reste un premier rendez-vous, avec ses questionnements, ses craintes, ses espoirs. Lisa et Alli se posent des questions sur elles-mêmes, sur l’autre, sur ce qu’il faut faire, ne pas faire.






Et passent à l’acte. Loin de l’imagerie à peine osée d’un Christian Grey et de son comportement abusif ( vous connaissez la blague comme quoi si il était moche, pauvre et vivait dans une caravane ça serait un épisode d’Esprit Criminel ? Et bin, c’est pas une blague ) , Sejic convoque l’imagerie BDSM-latex, baillons, etc… en indiquant tout ce que cela représente pour les personnages. Il s’agit d’un jeu de rôle et non d’un style de vie tout court. Les protagonistes sont d'ailleurs très bien dans leurs têtes vis-à-vis de leurs désirs et fantasmes. Et un peu paumé quand on arrive sur le terrain des sentiments ( ah, ces humains...)
Peu avare en images sur le sujet, Sejic ne convoque jamais le spectre de l’excitation facile. Sous un vernis hardcore, se cache en fait un érotisme féroce, agréable à regarder mais pas à reluquer. Les atermoiements érotiques se placent dans une configuration de vie de tous les jours, moments récréatifs au milieu des relations humaines qu’entretiennent les personnages.




D’abord très centré sur Lisa et Alli, la série s’ouvre au fil des tomes sur toute une galerie de personnage attachants, tous différents, si ce n’est leur goût pour le BDSM. Leur lieu de rencontre privilégié étant la boîte le Crimson. Enlevez la couche coquine, et on se retrouve dans Coupling, ou dans une moindre mesure dans Friends.
Le BDSM est ici un décor abordé sans condescendance mais ne constitue pas le cœur de l’intrigue. Non, l’intrigue se construit sur la base des psychologies solides des personnages, de leurs choix, de leurs conneries et de leurs facultés à apprendre de leurs erreurs, ou non.  Une comédie romantique solide, jamais cul-cul ( mais un peu cul quand même ) et terriblement attachante ( avec des nœuds, si possible ).

4 tomes disponibles en VF, le numéro 5 sort fin Août.

mercredi 12 juillet 2017

Bat-family business.

James Tynion IV est un auteur de comics poussé par son mentor, Scott Snyder. Il lui a offert de coécrire certains épisodes de Batman, certains back-ups et de participer aux séries hebdomadaires Batman Eternal  et Batman & Robin Eternal. Des sagas ambitieuses mais un peu longuettes. C’est aussi lui qui a commis Batman/NinjaTurtles. Bref, pas le gars dont on attend le travail avec
impatience…

Jean-Paul Valley, alias Azrael est attaqué par Batman dans la cathédrale de Gotham. Le combat est peu équilibré, Jean-Paul se faisant dézinguer comme c’est pas permis. Soudain, l’ombre noir de la chauve-souris décide de fuir suite à une alarme dans son masque high-tech. Cette alarme ? Batman lui-même…quelqu’un se faisait passer pour lui a attaqué Azrael et le match était filmé par un drone.
Deux jours plus tard, Bruce décide de recruter une petite équipe et de la former avec l’aide de Batwoman, alias Kate Kane, sa cousine du côté de sa mère.




Soit Tynion IV a engagé un ghost writer, soit il prend de la coke. En tout cas, le boulot qu’il fourni ici est en tout point excellent. Il signe peut-être même une meilleure série que Batman avec ce Detective Comics , titre de la première revue à avoir accueilli l’homme chauve-souris en 1939 !

Qui est derrière ce faux Batman ? Pour quels motifs ? Voila bien des questions et je vous encourage à aller chercher les réponses dans cet excellent album. Mais diantre, voila que cela ferait une bien courte critique n’est-ce pas ?



Alors, à part une grande menace, qu’est-ce qu’on a à se mettre sous la dent ? Et bien, outre une intrigue principale menée tambours battant, Tynion IV nous offre une série de personnages ! Batman, personnage perçu essentiellement comme un solitaire , est une image d’Epinal. Bruce Wayne est avant tout un homme blessé, hanté par le fait d’avoir perdu sa famille. Très vite, il s’en créera une de substitution en adoptant Dick Grayson, le premier Robin devenu aujourd’hui Nightwing. Viendront s’ajouter Jason Todd et Tim Drake. Avant que Talia Al Ghul ne lui avoue lui avoir caché son fils, Damian, l’actuel Robin ( qui a quitté les bat-séries pour rejoindre les Teen Titans, dommage ).

Batwoman, pour ceux qui l’ignoreraient, est la cousine de Bruce Wayne, la nièce de Martha Kane, épouse Wayne. Ce fait, souvent cité mais peu exploité, est ici au centre de l’intrigue. Car ces deux-là ont bien des points en communs. Des fêlures et des blessures similaires ; des moyens de guérisons qu’ils ont choisi d’arpenter seuls (ou presque : Bruce a Alfred, Kate avait son père, le colonel Jake Kane ). Voie qu’enfin un scénariste les réunit pour en faire une relation forte est non seulement une bonne chose mais également une chose bien écrite. On frôle rarement le pathos «  à l’américaine » et il n’est jamais étiré comme au cinéma ou les séries un peu trop lisses.



Ensuite, Tynion IV réintroduit des éléments qui avaient disparu de la continuité officielle. Cela semble sortir de nulle part mais tout se goupille pourtant avec facilité dans le bat-verse : Tim Drake, Red Robin, est de nouveau en couple avec Stéphanie Brown,Spoiler. Leur relation d’ados n’est absolument pas calquée sur Dawson et autres conneries du genre : ils sont ados mais intelligents, matures.

Les relations au sein de cette bat-famille réduite sont au cœur du récit, ce qui renforce d’autant plus l’adhésion du lecteur à l’histoire narrée. Mieux, en insistant là-dessus, Tynion IV arrive à faire passer le fait que ce bat-titre est plus centré sur le supporting cast que sur Batman ! Batwoman tire la couverture mais ce serait mentir que de dire que les autres n’existent pas, même si Cassandra Caine (Orphan) et Gueule D’Argile (oui oui, vous lisez bien…un choix intrigant mais payant ! ) ne sont pas encore pleinement sous les projecteurs.  Peut-être que cela aurait alourdit le récit mais avec une structure de famille destroy, introduire Damian Wayne et Harper Row dans l’équation aurait fait sens.





Niveau dessins,vu le rythme bimensuelle du titre aux USA, ce sont les dessinateurs Eddy Barrows et Alvaro Martinez qui se relayent. Leurs styles ne sont pas trop dissemblables et il n’y a donc pas de vraies ruptures graphiques ( contrairement à Batman par exemple ). Les cases profitent d’un bon stiry-telling et les dessins assez réalistes sans taper dans la décalque de photos permet de se plonger dans le récit.

Bref, Batman Detective Comics est , pour l’instant, la meilleur Bat-Série publiée en VF par Urban comics. Foncez !

dimanche 9 juillet 2017

The Island.

Alex Nikolavitch est : traducteur ( surtout pour les comics), scénariste de bande-dessinée ( voire ici ) , essayiste et depuis peu, romancier. Son second roman ( oui, je sais : j’ai pas chroniqué le premier. Et ta sœur, elle bat le beurre ? ) , publié chez Les Moutons Électriques est sorti il y a peu.

Les rues de New-York sont un endroit à nul autre pareil. Il n’y a que là-bas que vous pourrez croiser un étrange marin semblant tout droit sorti d’une couverture de livres pour la jeunesse se balader à la recherche d’herbes « médicinales » particulières. C’est aussi dans ces rues que les flics chassent les truands. Et quand le big boss d’un gang prend en chasse notre matelot c’est tout naturellement qu’un flic entre dans la danse. Une flic à dire vrai, Wednesday. Et par un tour de passe peu catholique et fort brumeux, notre petit trio se retrouve…sur une île exotique qui semble un peu trop familière à n’importe quel fan de Disney ou de Steven Spielberg.



Nikolavitch convoque, vous l’aurez compris, le petit monde de l’île de Neverland, à savoir le Pays Imaginaire de Peter Pan inventé par Barrie, pas le parc d’attractions personnel de feu Michael Jackson. Jouant avec les archétypes que nous connaissons et n’hésitant pas à en proposer d’autres, l’auteur nous plonge dans un univers que nous connaissons au moins tous de loin et dont certains repères nous sont familiers. Mais il ne fait pas que nous lancer dans un monde connu : il tord certains concepts, en fait évoluer d’autres, etc…

Le récit a cela d’original qu’il suit essentiellement l’histoire croisée de trois personnages, le fameux capitaine au Crochet et son ennemi volant se retrouvant n’être que des seconds rôles. Et nos trois larrons ont des motivations et des plans bien à eux, des plans qu’ils veulent absolument mettre en branle et vite. Le rythme se retrouve donc assez soutenu dans ce court roman qui n’oublie pourtant pas de donner un background suffisant à ses personnages pour que le lecteur ne lise pas le récit de coquilles vides.
Et en plus de ça, c’est bien écrit et difficile à lâcher.

mercredi 21 juin 2017

I am Gotham

C’est l’heure du grand chambardement chez DC comics (enfin,en VF. Aux States, c’est arrivé il y a quelques mois déjà).  Toutes les  séries de l’éditeur ont été revues (ou relancées pour certaines, comme Nightwing) et affublées d’une nouvelle équipe artistique. Et pour que les lecteurs aient leurs doses, plusieurs titres sont devenus bimensuels, rien que ça.

Batman n’échappe pas à la chose et la série éponyme se voit relancée sous la houlette de Tom King au scénario, épaulé par David Finch aux dessins ( du moins en grande partie : difficile de tenir le rythme de plus que 40 pages dessinées par mois sans aide de temps en temps).

Batman, jusqu’ici, était le titre jalousement supervisé par Scott Snyder. Ce dernier aide d’ailleurs Tom King lors du premier chapitre du tome 1 VF puisque Urban en profite pour relancer la série sous un autre titre pour bien différencier les deux périodes.Et même sous un format un peu plus grand que le format comics habituel. Et mine de rien cela accroît le plaisir de lecture.

Difficile de dire, lors de ce premier épisode qui écrit quoi mais la nouvelle version de Julian Day, L’Almanach, sent le Snyder à plein nez tant le concept à été pousser du côté du fantastique horrifique (et que la menace qu’il a lancée sur Gotham rappellera le run de Scott Snyder ). Mais cet épisode met aussi en place une partie du décorum que Tom King va utiliser et faire vivre.

Soucieux de récupérer (et de rendre) des jouets en ordre de marche, cet épisode règle quelques questions et menus détails comme la fortune de Bruce Wayne qui lui est restituée ( de manière facile cela-dit). Batman est avant tout un concept et Snyder avait déjà remis pas mal d’ordre dans son tableau de jeu avant de rendre les manettes.



Cet interlude introductif (notez les concepts que j’emploie quand même ) passé, King est seul aux commandes du bat-plane, et il va le faire aller à toute vitesse et à travers pas mal de turbulences. Et au final,c’est peut-être la seule chose à lui reprocher. Son rythme ultra-soutenu, certains enchaînement se font sans crier gare , mais non sans logique , et quelques dialogues qui devraient être dramatiques au possible sonnent creux.
L’intrigue pourtant  se suit avec un pied terrible : un avion va se crasher sur Gotham, Batman va donc tenter de l’en empêcher alors que les supers-héros plus aptes à gérer sont indisponibles ( pas de bol, la Justice League semble faire la nouba sans inviter Bruce…sympa les mecs ). C’est alors que surgissent deux nouveaux héros calqués sur Superman et sa cousine : Gotham et Gotham Girl. Et leur arrivée marque le double-sens du titre ( qui semble être une habitude récurrente quand l'on connait les titres des prochains arcs narratifs et un peu leurs contenus ).




C’ était casse-gueule : tant les looks et les noms de codes font cheap, l’originalité des pouvoirs est inexistante…et pourtant, ça marche. La venue de deux héros supplémentaire permet à Batman de penser à sa succession, de ne plus porter un énorme poids (et de potentiellement éviter à ses enfants de le porter plus tard ? ) . Tom King gère bien l’arrivée de nos deux larrons en les confrontant à des lieux communs du héros gothamite , comme une rencontrer avec James Gordon, un brin blasé.
Bien entendu, Batounet ne va pas leur faire confiance à 100% et une partie de l’album sera consacrée à sa petite enquête sur qui sont nos deux samaritains.



Parallèlement, une série de morts étranges secouent la ville,et le pourquoi du comment aura des répercussions importantes et mortelles. La fin de l’album offre des réponses et soulève ensuite quelques questions. Mais King gère très bien son histoire et semble savoir où il se dirige sur le long terme. Il distille des infos sur le futur de son héros et donne envie de savoir comment on va en arriver là. Il introduit un nouveau casting principal (enfin presque, Duke Thomas étant une invention de Scott Snyder quand même ) et offre souvent des dialogues savoureux entre les habitués : Alfred est impayable et ironique, Bruce un peu moins coincé. La caractérisation des personnages est une vraie réussite et ce malgré ce que je pointais plus haut, des dialogues parfois creux mais avec un fond qui lui ne l’est pas.


Aux dessins, on retrouve principalement David Finch. Un habitué de la chauve-souris mais qui a affiné un peu son style. Il est plaisant de voir un artiste compétent mais trop peu attentionné enfin se décider à étaler son talent sans ses errements habituels, il y a une vraie évolution de son trait mais nul doute qu’il est bien aidé par l’encrage et la mise en couleur. Finch se partagera la tâche avec Mikel Janin en raison de la cadence de sortie du titre : deux fois par mois, c'est presque impossible de tenir le rythme et la qualité picturale. C'est d'ailleurs Janin qui ouvre l'album avec l'épisode centré sur Julian Day. Nous le retrouverons aux commandes des cases du tome 2 : Je suis suicide.


Batman Rebirth est donc une réussite. Pas totale car King a tendance à vouloir aller un peu vite mais le résultat est frais, bouscule un peu les habitudes de la chauve-souris et accroche son lecteur. De plus, le rythme bimensuel assure des sorties moins sporadiques du côté de chez Urban qui dispose de plus de matériel. Nul doute que la suite devrait arriver dans trois à quatre mois maxi. Vivement !