jeudi 21 juin 2018

UMACdonald's

Si j’écris ce blog depuis 10 ans ( dans quelques jours , mais j’arrondis , c’est plus joli ) , ma plume m’a, au fil du temps, ouvert les portes d’autres sites. Blurayactu.com, UMAC, UMAC2, le défunt Cable’s Chronicles.

J’ai côtoyé dans la vie réelle et la vie virtuelle des personnes passionnées, motivées par le désir de transmettre leurs passions et leurs avis. Cependant, toute cohabitation ne se fait toujours sans heurts. Ainsi va la vie et la nature humaine.

Un évènement survient, prenant des proportions cataclysmiques, telle une brindille rougeoyante qui finit par mettre le feu à la plaine et à la forêt. Parfois, il vaut mieux laisser le feu s’éteindre et regarder de l’autre côté et passer à autre chose.  C’est ce qui c’est passé avec le tenancier des sites UMAC et UMAC2 , Neault, que je ne citerai pas par ses nom et prénom.

En 2008, lorsque je lance ce blog, je lis déjà Neault depuis quelques années. De fil en aiguilles et de commentaire en commentaire , se noue une sorte de relation épistolaire entre lui et moi. C’est entre autre parce qu’il écrit que je décide de m’y mettre. Pour prouver et me prouver que j’en suis capable, que brûle en moi cette envie d’argumenter avec style, passion et vocabulaire.
S’il m’arrive d’être rentre-dedans , je n’ai jamais eu le côté Rock’n’Roll ( pour rester poli ) qui peut parfois régner sur ce blog.
C’est cette attitude qu’il me faut mettre en lumière aujourd’hui. Une attitude qui, sous couvert de ne pas respecter le « politiquement correct » , se permet de cracher son mépris, sa haine, sa morgue sur celles et ceux qui ne pensent pas dans sa logique.

Un des derniers articles en date, celui sur la X card pour ceux qui voudraient aller jeter un œil, m’a fait réaliser que, si chacun est libre d’avoir son opinion, le ton et la manière de communiquer sur ce site est souvent ….à gerber. Les rares écrits n’étant pas de Neault sont souvent plus ouverts et posés, mais les siens sentent mauvais. Et sa dernière recrue semble être un élève doué. Si le fond ne m’a pas semblé dénué d’intérêt, la forme en revanche caresse dans le sens du poil les bas instincts primaires du pilier de comptoir dans un exercice stylistique qui consiste à « enrober de sucre le diable-lui-même ». Oui, je cite V for Vendetta à dessein, cette œuvre d’Alan Moore honnie par Neault , je ne résiste jamais à faire des clins d’œil.
La goute d’eau qui met le feu aux poudres. Il est des êtres vils, misérables, miséreux et dangereux.
Et se défiler, ne pas les appeler par ce qu’ils sont, se taire est une honte, un acte déloyal envers tout ce qui mérite d’être défendu et d’humaniste.
Il n’est jamais trop tard pour dévoiler la nature morbide des personnes qui sont persuadés d’avoir raison car ils hurlent dans une caisse de résonnance avec une écriture travaillée qui ne sert qu’à cacher la petitesse et la faiblesse de leur esprit.

Lorsque Neault ouvre son blog à d’autres plumes, je suis invité à les rejoindre.  J’avoue, plus par diplomatie que par envie ou opportunité, j’accepte. Se pose alors un sérieux problème : qu’ai-je à dire de plus là-bas que dans ces pages ? J’opte d’abord pour une certaine facilité : je ne chronique pas les fascicules comics ici, pourquoi ne pas le faire là-bas ? Prenant petit à petit mes marques, je m’adapte. Une plume plus posée ici, plus violente et , disons-le, hautaine, de l’autre.

Cette façon d’écrire ne posera jamais problème, Neault semblant aimé que je m’attaque comme un chien enragé à ceux qu’ils considèrent le mériter.
Et puis survient le drame. Un article le force à s’excuser devant des responsables de Panini Comics ( pour un article que j’ai rapatrié par ici avant que les écrits ne soient supprimés ou inaccessibles – ce qui c’est passé bien entendu, le révisionnisme a été appliqué. Manœuvre charmante qui n’est que la pointe de l’iceberg ). Il encaisse mal, très mal. Panini est le mal incarné à ses yeux et se rabaisser ainsi doit lui être insupportable. Concevable interprétation de ma part.

La rupture se fait en mauvais termes. À l’époque, UMAC se met en veille pour que soit lancé UMAC2. Si les ambitions de départ semblaient vouloir être la FALCON X des blogs, les coulisses sont moins reluisantes. Alors qu’UMAC accueillait de la fiction, UMAC2 ne le fait plus. Je ne le découvre qu’en tentant d’en poster moi-même. Je n’y écris pas beaucoup (mon rythme étant ralenti ici, dur dur de maintenir un cap là-bas ) et j’avais l’opportunité de démontrer que non, je ne me désintéresse pas du site, loin de là.

Bref, la cessation d’activités prend effet lors d’une conversation sur Facebook. Alors que celle-ci démarre (et tant pis si tu as une vie ou si tu es occupé, ta petite lumière verte indiquant ta présence est suffisante pour que tu sois disponible à tous ! ) , je m’en désintéresse pour raisons privées. Après tout, les paroles s’envolent, les écrits restent et prendre connaissance des « directives éditoriales » ( car c’est de cela qu’il s’agit, la liberté de ton a commencé à perdre sa place ). Jeté manu militari , je confesse le prendre assez mal.  Et là, le franc tombe. Une mécanique se déclenche dans ma tête, révélant que je savais depuis le début que le clash était inévitable, que les convictions profondes de l’un s’accorderaient mal avec celles de l’autre.

J’ouvre un compte twitter parodique, UMACdonald’s, considérant désormais UMAC comme un fast-food culturel : ça a l’air bon, c’est même agréable à manger mais gare si vous en abusez. Je le fais pour rire un peu et surtout faire sortir le loup du bois, pousser le vrai visage de Neault à se montrer en public. Car la parodie n’est un poil à gratter que si l’on a quelque chose à cacher. Mais Neault n’est pas très Charlie (et même pas du tout, si vous savez lire entre les lignes de phrases écrites en bleu-marine).
Mais le loup est vieux et rusé. Il ne se compromettra jamais en public.
Et en privé, il doit penser que mon code de conduite m’empêchera de le dénoncer.

Il avait raison, jusque maintenant.
Alors, mesdames et messieurs, devant vous ce soir, le Spectaculaire Geoffrey va faire apparaître le vrai visage de cet homme, de son mépris et surtout, de sa violence verbale et de ses menaces physiques.





L’écureuil péteur en question, c'était ma meilleure amie à tenir éveillée après l'avoir fait vomir la boîte de Xanax qu'elle venait d'avaler. J'assume toujours avoir choisi la voie humaine sur ce coup-là. Si elle avait été en vacances chez elle et pas chez moi, j'aurai assisté moi aussi à des funérailles. Ma priorité va aux autres et pas à ma réputation ou celle d'un site qui n'existe que pour flatter l'ego d'un scribouillard même plus apte à le faire marcher seul.





À mes amis et connaissances rédacteurs occasionnels pour son site je dis ceci : un jour, cela pourrait être votre tour. Et vous valez mieux que la haine et le dédain d’un homme tel que lui. L’intimidation est l’arme des tyrans et des brutes. Mais ils n’ont du pouvoir que si on leur en donne.
Aujourd’hui, j’espère lui en retirer un peu.

Et j'avoue que si je n'avais pas déménagé, j'aurais attendu avant de poster tout ceci.
Sa passion des armes à feu et cette violence qu'il garde privée me font réellement peur. Je le considère comme dangereux psychologiquement mais également pour l’intégrité physique des personnes qui viendraient à lui déplaire.

Une parodie bête et méchante semble être considérée comme un acte égal ou supérieur à avoir profaner la sépulture de sa grand-mère pour la violer dans une tournante.
Quels actes une telle personne posera-t-elle le jour où son visage est découvert par tous ?
J'espère que vous ne le découvrirez pas dans le journal en même temps que ma nécrologie.
Car je crois aux pouvoirs des mots. Je sais que crier une chose et prendre le temps de l'écrire sont deux choses différentes et aux portées différentes. Menacer de manière épistolaire n'est pas anodin, c'est un acte posé et réfléchi et pas un réflexe vulgaire dont le seul but est de se soulager d'un coup. C'est une menace réelle envers mon intégrité physique.
Et j'ai souvent eu peur de le voir débarquer.


" Les hommes sont si bêtes qu'une violence répétée finit par leur paraître un droit . " Jean Paul Sartre .



mardi 5 juin 2018

Jason in the Sky

Frank Cho est un dessinateur apprécié dans le milieu des comics. Malheureusement, l’homme est
assez lent sur sa table à dessin et reste , si pas rare, souvent  absent des étals.
Alternant entre un passage chez Marvel (pour remplir aisément le compte en banque ) et des projets indépendants ( qui se vendront moins et ce malgré la renommée de l’homme ) , Cho nous revient en VF, chez Delcourt, avec Skybourne, délire fantasy moderne.

Le 4éme de couverture nous apprend qu’après avoir été relevé des morts par Jésus, Lazare a eu 3 enfants : l’invisible Abraham ( on ne le voit pas dans ce tome et son existence n’est évoquée que dans le résumé ), le dépressif Thomas et l’amazing Grace ( how sweet she sounds).
Dotés de dons surnaturels.
Et qu’ils vivent encore de nos jours, chassant et pourchassant les monstres démoniaques et les artefacts dangereux, sous le couvert des deux organisations les plus humanistes du monde : L’armée et le Vatican.
Sachez que tout cela n’est pas nécessairement tiré par les cheveux : des tas de Lazare peuplent les annuaires téléphoniques, et les appeler à 3h du matin pour leur dire «  Allo Lazare ? Lève-toi et marche » reste répréhensible devant la loi.




Après l’échec cuisant d’une mission de Grace, Thomas est sorti de la retraite qu’il s’est imposé presque 30 ans plus tôt. Mais tout aussi immortel et brillant soit-il, 30 ans sans entraînement, ça laisse des traces. Des traces qu’il devra vite faire disparaître s’il ne veut pas voir le monde anéanti par Merlin en personne.



Côté dessin, les connaisseurs de Cho savent à quoi s’attendre : des hommes musclés, des armes stylisées, des femmes en formes. Il colle à un schéma reconnaissable. Malheureusement, ce schéma est aussi celui des décors assez peu remplis et de textures lisses. Cela flatte la rétine mais sans jamais lui décrocher l’iris.







Niveau scénario, c’est à peu près la même chose. Les lecteurs se souvenant de son passage sur Savage Wolverine l’avaient remarqué, les concepts et les idées cool ne sont là que pour permettre à Cho de dessiner ses personnages dans des scènes d’action léchées. Tout est un peu prétexte à mettre en image de quoi flatter dans le sens du poil le lecteur sans lui demander d’allumer son cerveau.

Ainsi, tout le rapport à l’immortalité est à peine évoqué à travers une sévère dépression de Thomas (et clichée au possible ) et tous les aspects mythologiques païens et chrétiens (voire lovecraftiens ) semblent avoir été sortis de la naphtaline pour en mettre plein les mirettes. Et de ce côté-là, oui, ça foisonne. Cho convoque un bestiaire connu mais dense : il est bloqué par sa narration rythmée qui l’empêcherait de proposer et de présenter des créatures plus obscures venues de bestiaires moins utilisés devant le grand public.

Et c’est là que ça devient intéressant à analyser. Car à trop travailler l’attitude cool et fun, on en vient parfois à vendre un discours assez limite.
Car, que voit-on dans les images ?
On voit des avatars messianiques issus d’une idée de prolongement d’une aventure biblique combattre des concepts païens. Merlin, présenté comme un antagoniste dans un contexte chrétien n’est pas bête : au Moyen-Âge, la figure de ce mage pose problème à l’Église et il survit dans le folklore mais plus tellement dans les textes de la matière de Bretagne. L’homme est le fils d’un démon, alors vous pensez-bien, ils n’allaient pas le garder. En faire un radicalisé cliché accro à la fin du monde et de l’humanité aide le lecteur à ne pas trop se poser de questions et à éprouver de l’empathie pour la quête des héros mais au-delà du vilain Merlin, le QG de l’organisation regorge de « monstres » en cage, des monstres venus de mythologies concurrentes au christianisme.





Et l’apparition semi-lovecraftienne de rigueur dans ce genre d’exercice de fan service place le récit dans une mouvance de Dieu contre Dieu, une religion saine face à toutes les autres, forcément dévoyées, pourries et menant à l’anéantissement du monde. Difficile de dire si Cho se place vraiment dans un prosélytisme plein d’entrain ou s’il n’a pas vu plus loin que le bout de son nez dans son envie de trouver un concept et de tout défoncer mais un constat reste toujours sans appel : un média visuel fait passer ses messages par l’image. Et l’image est ici à questionner.

En dehors de cela, Skybourne ( dont on ignore s’il y aura une suite alors que certaines portes restent ouvertes ) est aussi bourrins qu’érudits, aussi jouissif que questionnant, aussi  léger que lourd et aussi oubliable qu’obligatoire.

Un grand numéro de What the fuck qui assurera au moins 30 minutes loin de tout.
Ou pas.
(in)dispensable.

mardi 1 mai 2018

Autoroute infernale.

Sortie en Australie en 1979 mais ayant dû attendre 1983 pour toucher nos côtés, Mad Max de George Miller (et surtout sa suite,Mad Max 2 ) allait venir planter dans nos esprits une conception du genre post-apocalyptique où la civilisation s’est effondrée, remplacée en micro-états ou territoires reliés entre eux par des routes ( parfois au sens très large) souvent dominées par des bandes ultra-violentes armées jusqu’aux dents de sagesses et vouant un culte aux engins motorisés et plus customisés que la bagnole du héros de Fast&Furious.

Voyous ou Policiers, tous ne sont au final que des gangs rivaux séparés par une idéologie d’ordre ou de chaos justifiant à leurs yeux leurs excès , le tout dans une nature devenue folle après que l'aliénation humaine ait déréglé la planète.

Et si Mel Gibson reste la figure incarnée sur pellicule de cet état de fait futuriste, le grand public ignore bien souvent qu’en 1969 sortait un roman tout sauf érotique de l’auteur américain de SF Roger Zelazny, Damnation Alley, traduit de nos jours par Route 666 ( ah, subtilité ).
Anecdote marrante, une telle route numérotée existait bien aux States mais a été renommée en 491 pour éviter les connotations sataniques et le vol des panneaux.








Dans un futur indéterminé, la guerre nucléaire a foutu en l’air le monde. Dans ce qui reste de l’Amérique du nord, les États sont désormais désunis. L’intérieur des terres est plus radioactifs que les idées de l’extrême droite actuelle et seules quelques bandes côtières survivent. Personne n’a de nouvelles du reste du monde.
La nation de Californie s’apprête à lancer un convoi armé et blindé pour acheminer un vaccin contre la peste à la Nation de Boston. Pour cela, elle fait entre autre appel à Hell Tanner, le dernier Hell’s Angel, pour conduire l’un des véhicules sur la route 666, surnommée ainsi en raison des dangers qui la parsèment.
L’homme est dangereux et a déjà parcouru une partie de la route avant de rebrousser chemin. C’est que l’autoroute de l’enfer, le chemin de la damnation est irradié, pollué, truffé jusqu’au trou de balle par des gangs azimutés du cortex, traversé par des vents charriant des débris faisant pleuvoir des pierres et quelques colonies de chauve-souris géantes à faire pisser Barbatos dans son froc parsèment le midwest.
Barbatos, le démon chauve-souris


Tout comme le héros de l’histoire, prenons un minimum de détour pour aller à destination : si en 69 ce court roman pouvait faire frémir , le premier Mad Max, même sans les monstres ou la nature déréglée, le rendait un peu ringard en à peine 10 ans et un budget fauché.
Le lecteur de l’époque , les golden sixties ( oui, assez étrangement, la fin de l’esprit d’une décennie se situe souvent un peu avant la moitié de la suivante ), était face à un monde qu’il n’imaginait peut-être ne jamais voir, la détente USA-URSS étant entamée, le feu nucléaire restait un vestige du passé dont seul le Japon aura fait les frais. Le Sida n’existait pas encore, la peur de la maladie mortelle et épidémique ne régnait pas dans les rangs des adeptes de l’amour libre.
Et la batmobile ou la voiture de James Bond étaient certes dopées au gadget mais pas du tout comme les véhicules dont Zelazny dote ses héros. Du moins en ce temps-là.




50 ans plus tard, force est de constater que le lecteur alléché par le résumé verra ses espoirs déçus. Aucune vraie menace ne résiste aux armes embarquées, les attaques de chauves-souris ou d’araignées géantes sont réglées à coups de roquettes ou de lance-flammes comme dans un jeu vidéo dont on aurait débloqué les codes de triche. Les relations entre les personnages sont esquissées assez sommairement même si en de rares moments l’auteur vient donner un peu d’épaisseur aux actes de ses protagonistes.

Reste que le roman ne manque pas de rythme de par son format court ( 200 pages)  ni de petites critiques sur le cynisme des individus dans une situation collective. Mais le constat final n'est ni faste ni furieux.
Une œuvre séminale dans le plus petit sens du mot, simple spermatozoïde microscopique avant l’éclosion d’un genre bien plus grand et profond que lui quand George Miller lui insufflera une vie en cinémascope dont la force de l’âge donnera le flamboyant Mad Max Fury Road.
Dispensable, sauf pour les curieux désirant gratter les références et les strates archéologiques du genre.



mardi 24 avril 2018

Rapace sanglante.

Quand on pense Fantasy, on pense immanquablement anglo-saxonne. On ne compte plus les romans, à commencer par Le Seigneur des Anneaux ou Le Trône de Fer à avoir été composé dans la langue de Shakespeare, poète  absolu de la perfide Albion. Du Royaume-Uni aux États-Unis en passant par l’Australie, la Fantasy semble être un territoire conquis par la langue anglaise. Mais parfois, surgit face au vent un auteur francophone qui se dit qu’il peut tout aussi bien faire. La production en langue française est moindre mais elle n’en est pas moins de qualité équivalente ( c'est-à-dire que ça évolue entre le pire et le meilleur, comme partout ).


Vous l’aurez compris chers lecteurs et lectrices, je vais vous entretenir d’un roman français , La Crécerelle de Patrick Moran dont c’est le premier roman (oui, ça fait deux fois roman, ah trois maintenant. Pour la règle de non répétition , nous repasserons, vous en conviendrez) paru aux éditions Mnémos, spécialisées dans les littératures de l'imaginaire.


La Crécerelle est le nom professionnel d’une femme parcourant le monde, laissant dans son sillage un sillon de sang. Les morts se comptent par centaines. Maîtresse d’une magie assassine, la Crécerelle tue. Mais pourquoi et pour qui ? Prend-t-elle plaisir à ôter la vie de ses victimes ? Patrick Moran décide dès le début de ne pas présenter son anti-héroïne comme un clone de la méchante fée clichée mais de la doter d’une psychologie poussée et parfois paradoxale. Mine de rien, ce simple petit trait lui donne une épaisseur considérable.

Ensuite, même si le roman est relativement court, Moran crée un monde aux régions et aux cultures multiples, rappelant bien entendu celles de notre propre monde, comme un miroir déformé, permettant aux lecteurs de s’immerger relativement rapidement dans les spécificités relatives à chaque coin du monde que la Crécerelle parcourt. Plus amusant encore, Patrick Moran est un spécialiste de la geste Arthurienne et il est très stimulant de trouver ce qu’il a emprunté au mythe du roi à l’épée Excalibur pour le tordre ou le détourner.

Désireux de proposer quelque chose d’original, les systèmes de magie que l’auteur met en place sont fort différents de ce que l’on pourrait croiser dans de la fantasy classique où baguettes et bâtons de sorciers servent à lancer des sorts et des incantations basées sur des formules dans des langues inventées. Ici , la magie à un coût, celui du sang. Plus le sort est puissant, plus l’héroïne transpire son liquide vital, rendant la surenchère magique impossible car des plus dangereuses. Ensuite, si, telle la Sorcière Rouge de Marvel, celle-ci venait à tenter de réécrire l’histoire, le tissu même de la réalité en serait fragilisé. Les possibilités de la Crécerelle sont en théorie infinie mais le prix est si élevé que le personne doit constamment être sur ses gardes, évaluer les risques. Nous sommes très loin d’un Harry Potter dont les limites sont en fait sa mémoire lui servant à réciter ses sorts.

L’aventure est riche et prenante, elle ne manque ni de rythme ni de personnages creusés. On regrettera peut-être que le roman soit peu épais tant l’univers présenté ne semble traité qu’en surface alors que l’on sent que le terrain de jeu est bien plus grand que celui qui nous est présenté. Dès lors, que la Crécerelle fasse des va-et-vient entre divers endroits quand le monde semble si vaste peut frustrer. Mais ce sont des scories au final peu dommageables et qui seront à coup sûr effacées petit à petit au cours de la carrière de l’auteur qui est définitivement à suivre de près.

jeudi 12 avril 2018

Les belles à la prison dormante.

Stephen ( prononcez Steven, si si ) King nous revient , accompagné pour l’occasion par son fils ,non pas Joe Hill mais Owen King qui a gardé le patronyme de papa , lui. Alors, plus d’idées dans deux têtes que dans une ? Réponse tout de suite.

Dooling est une petite ville perdue dans les Appalaches, en Virginie Occidentale ( King quitte le Maine ce coup-ci). Bourgade typiquement américaine où tout le monde connait tout le monde. Ce qui la distingue un peu, c’est sa prison pour femmes où officie le Dr. Clint Norcross, psychiatre d’une cinquantaine d’années, mari de Lila,  la Shérif de la ville.

Deux évènements vont venir semer le trouble.
Internationalement, le monde voit toutes les femmes s’endormir dans des cocons de soie. Et gare à ceux qui tenteraient de réveiller une dormeuse : cette dernière se réveille avec la folie chevillée au corps et le meurtre sadique dans le sang.

Localement, l’arrivée de l’étrange Evie Black, enfermée, peu après son attaque mortelle sur deux petits chimistes dealers, à la prison. Evie semble en savoir plus qu’elle n’en dit sur l’épidémie Aurora. Sa présence va cristalliser bien des tensions dès lors qu’il apparait qu’elle est la seule femme au monde à pouvoir se réveiller sans encombre.

Difficile, à la lecture du pitch de ne pas penser à la série «  Y, The Last Man », qui partait sur un postulat inverse : tous les hommes du monde meurent au même moment, sauf Yorick, petit magicien qui n’a rien de spécial. Que faire alors que la moitié de l’humanité disparaît ? Une moitié indispensable à la reproduction ? Le monde devient-il fou ? D’après King et fils, oui, et cela semble pire si la moitié qui reste est masculine.

Si la première partie du roman prend son temps pour installer le décor et les personnages, elle le fait dans la plus pure tradition kingienne : la psychologie est fouillée, les points de vues de divers intervenants est exposée avec soin, du héros au salaud. Le sel se trouvant bien entendu dans les zones de gris : difficile de ne pas comprendre certaines réactions de l’antagoniste de l’histoire. Du moins, au début.
Car une fois l’échiquier mis en place et les pièces déplacées pour débuter le vrai cœur de la partie, les choses se gâtent. Le sujet était-il trop gros ? En 800 pages, sans doute. Le destin du monde, au final, se jouera en deux temps : un Fort Alamo certes prenant et réglé comme du papier à musique ET une histoire parallèle intéressante en surface mais qui ne plongera jamais vraiment dans le questionnement profond.
Et entre les climax et la mise en place d’une intrigue secondaire : du remplissage.
Du remplissage digne d’un soap opera. Pour créer de la tension artificiellement entre Lila et son mari, les auteurs collent une histoire de possible adultère donc la résolution se produit sans faste ou enjeu. Certes, les King nous ayant surtout attaché aux Norcross, cette zone d’ombre nous tient en haleine. Mais il apparaît bien vite que l’incidence de la chose sur la situation principale est proche du néant total.
Ensuite, la situation secondaire que je ne dévoilerai pas ici pour ne pas spoiler n’aborde jamais vraiment de sujets intéressants.  Les hommes du monde semble désemparés, à raisons, mais le point de vue reste très masculin/féminin. Jamais la question des transexuels n’est abordée : les femmes devenues hommes se mettent-elles à dormir ? Idem pour les hommes devenus femmes, et quid des en transition ? Il y avait là tout un pan sociologique à aborder que les King laissent de côté. Très étrange de la part de Stephen qui aime pourtant explorer les situations sous leurs divers angles.
Reste que les King arrivent à mettre le lecteur masculin mal à l’aise face à ses questionnements et possibles contradictions. Pas mal, mais pas assez pour tomber le cul par terre. Le lecteur habitué de King ne pourra sans doute pas s’empêcher de se demander dans quelle mesure le roman est de Stephen ou d’Owen. La symbolique très marquée Judéo-chrétienne est en effet très loin de celle employée par papa King dans sa riche œuvre.



La postface n’abordant absolument pas le processus d’écriture des romanciers, c’est au fan de se faire une idée sur le sujet.
Trop de facilités et top de remplissage finissent de faire de cette lecture un roman dispensable qui , s’il n’est pas sans qualités profondes, regorgent de trop de défauts structurels pour vraiment créer l’adhésion totale.

mercredi 4 avril 2018

Vol au-dessus d'un nid de doudous.

Initialement prévu pour sortir en décembre 2017, Ready Player One, le nouveau film de Steven Spielberg, ne déboule dans nos salles qu’en cette fin du mois de Mars. Pourquoi ? Parce que The Last Jedi a vu sa sortie décalée et que, pas fous, la Warner et le grand barbu n’ont pas voulu jouer contre le phénomène Star Wars ( parait-il que même James Cameron et son Avatar ne tenteront pas le coup, on a la Force ou on ne l’a pas ).

Les plus attentifs d’entre vous auront remarqué qu’il s’agit du second film du maître à sortir cette année ( nous ne sommes qu’en MARS !!!! ) , puisque The Post était sorti il y a deux mois (mais avait pourtant été tourné APRÈS Ready Player One. Ça va, vous suivez toujours ? ) .

Nous sommes en 2045 ( détail amusant, Minority Report se situait en 2054 ) , l’économie s’est effondrée ( tu m’étonnes ). Les populations les plus défavorisées vivent dans les banlieues des grandes villes dans ce que l’on nomme « les piles » : des amas de caravanes empaquetées les unes sur les autres. Les gens vivent donc littéralement les uns sur les autres dans un monde surpeuplé.
Pour supporter leurs vies misérables, la majeur partie de la populace se connecte à l’OASIS, une simulation virtuelle interactive, sorte de MMO géant ayant remplacé les réseaux sociaux.
L’OASIS a été conçu par James Halliday , le cliché du geek sympa et brillant.
Hors, monsieur Halliday est mort sans héritier. Alors il a conçu un concours : 3 challenges monstrueux qui mènent à un Œuf de Pâques .
Et il a fait en sorte que personne ne veuille poser un lapin !

Celui ou celle qui mettra la main sur l’œuf héritera de 500 millions de $ et aura le contrôle total de l’OASIS. Des millions de joueurs tentent leur chance. Parmi eux, les Sixers, des joueurs anonymes payés par l’IOI, une société ayant pour but avoué de rendre payant et de saturer de pub le monde virtuel d’Halliday (non, pas Johnny, James ! Faites au moins semblant de suivre un peu ! ) et dirigée par Nolan Sorrento. Sans parler des idées cachées de cet homme vil et pleutre qui devrait faire réfléchir les spectateurs sur la neutralité du net.
Entre les amateurs et les pros, comme dirait la France en 39 , la guerre est déclarée.





Ready Player One est tout d’abord un roman d’Ernest Cline.
Littérature « young adult » relativement fun mais peu riche en littérature justement.
Le héros est un geek/nerd assez lambda qui pourrait tout aussi bien vivre de nos jours tant sa façon de penser et ses références pop-culturelles sont celles des geeks d’aujourd’hui. Pire, Wade, le héros, est présenté comme un stalker un peu bas du front à la maturité sentimentale & sexuelle d'un adolescent de 13 ans. un Fifty shdes of geek total et absolu.
Et les références, elles sont à ramasser à la pelle.  Le roman est un véritable name-dropping de personnes, personnages et œuvres venues de tous les supports possibles. Impossible de ne pas se dire «  Hé, mais je connais ça, c’est cool ». L’auteur crée une connivence avec son lecteur sur base de quelques goûts communs. La marque des faibles.
Mais il reste le concept de base. Et c’est ça qui intéresse Spielberg ! Le squelette du roman et du film sont les mêmes. Mais le corps est tout à fait différent. (Ouf. Le film coupe à la machette dans les côtés vraiment malaisants du personnage principal dont les aspects petit connard creepy donnaient envie de le dénoncer aux flics toutes les 15 pages.)
Et ce film est un pur produit Spielbergien. Warner Bros s’y attendait-ils en confiant les manettes à papy Stevy ? Peut-être pas.



Revenons un peu sur la genèse du projet voulez-vous ? ( de toute façon, vous n’avez pas le choix, c’est mon texte,na ! )

Un an avant la sortie du roman, les droits sont rachetés par Warner Bros. Une fois le livre sorti et devenu un best-seller ,les pontes de la Warner tentent d’intéresser…Christopher Nolan !
Mais lui rêve de plages françaises, dans le Nord, à Dunkerque.  (oh ça va hein, on le sait tous depuis Inception que Nono fait des rêves bizarres, jouez pas les surpris)

Et en mars 2015, c’est l’annonce atomique, ils ont choppé un Moby Dick !

Qui ,en lisant le roman, n’a pas fantasmé sur un ou l’autre réalisateur capable de capturer l’essence des images mentales que le texte plantait dans nos têtes ?
Guilermo Del Toro aurait été un choix totalement justifié et justifiable. Peter Jackson aussi. Après tout, si le studio était capable de proposer le film à Nolan, pourquoi pas à d’autres grosses pointures autant réalisateurs que auteurs ? Des personnes ayant grandi et aimé la culture pop dont Cline fait le catalogue dans son histoire ? Qui plus est, Del Toro et Jackson ont déjà bossé avec la Warner, mes poulains étaient probables.
Mais qui aurait imaginé que c’est l’un des architectes de cette culture marquante qui serait choisi et surtout intéressé ? Steven Spielberg en personne ? Je n’aurai pas misé un copeck sur son implication. Et là, le projet passe de « ça peut être sympa avec un vrai réal aux commande » à «  OH NOM DE DIEU DE BORDEL DE MERDE, DIEU S’EN CHARGE LUI-MÊME !!!!!!! »

Le film sort 3 ans ( !!!) après la signature du contrat et un peu moins de deux ans après le tournage.
Je crois me souvenir que dans le roman , l’OASIS est une simulation ultra-réaliste. Dans le film, c’est une vision en image de synthèse.
Spielberg décide de séparer les visuels des deux mondes. Tournage en pellicule pour le monde réel, tournage en performance capture ( oui comme Avatar ou Tintin ) pour le monde virtuel. Et ça ne s’arrête pas là : même la façon d’appréhender les plans est différente selon le mode de tournage ! Le monde réel est gris. Certes, les gens s’habillent de façon colorées mais tout est terne, et les cadrages sont assez serrés.
L’OASIS ? C’est la fête à la couleur, à l’ensoleillement et aux plans larges. Le monde réel semble limité quand le monde virtuel semble sans limite. Un univers entier toujours en expansion. Une métaphore peu voilée de l’Internet moderne où nos avatars sont souvent calqués sur des personnages de fictions bien connus quand il s’agit de cacher nos identités. Est-ce vraiment si étonnant de croiser tant de personnages référencés comme Batman, Batgirl, Harley Quinn ? Bien sûr que non, allez faire un tour sur twitter et admirez les photos de profils !
Comme d’habitude, Spielberg nous parle de notre présent via un prisme. Que cela soit le prisme du futur fantasmé ou du passé documenté, Steven Spielberg ne fait que ça : nous interroger sur notre présent.  Une obsession récurrente, parmi tant d’autres, qui fait de lui ce que Truffaut (et Alain Resnais tentera de le faire entrer dans pas mal de tête ) : un auteur !









Steven Spielberg , avec quelques idées simples, définit la vision des personnages de leurs environnements et par la même occasion nous les fait appréhender d’une manière différente chacun. Le procédé est fluide, comme le reste du film. Une fluidité exemplaire sur 2h20 de métrage qui ne semble jamais vraiment durer plus de 80 minutes. Pour atteindre un tel rythme et une telle fluidité, il faut penser sa réalisation avant, pendant et après le tournage ! Et le résultat final le prouve, tout cela a été fait, et bien fait !

Dès la première séquence, le ton est donné : l’on passera d’un monde à l’autre avec une facilité déconcertante. Des scènes live côtoient des séquences virtuelles ( jouées par les acteurs, c’est de la performance capture, je le répète ! ) souvent jouée à des semaines d’intervalles alors qu’elles doivent s’imbriquer comme des pièces de Tétris dans une partie qui n’accepteraient aucun trou dans l’amoncellement des pièces !  1ére étape, revoir l’histoire !
Zak Penn est engagé pour écrire le scénario en compagnie d’Ernest Cline. Pas la première fois que Spielby associe un scénariste avec l’auteur du roman ( Jurassic Park anyone ? ).





Mais Penn est une montagne russe : capable de passer d’X-men 2 à X-men l’affrontement final, d’Elektra à Incredible Hulk et ensuite Avengers.
Mais il a pour lui de sembler s’intéresser à une partie de la culture-pop et de vouloir donner du rythme. Et puis, les scénarios sont écrits ou ré-écrits sour supervision du réalisateur ( on le sait rarement mais même non-crédités, les réalisateurs peuvent avoir leur mot à dire , le scénariste bossant sous leurs ordres comme un technicien ).
Et si le scénario semble simple (mais pas simpliste !) c’est qu’il a été façonné pour que Spielberg insuffle ses réflexions par l’image. Une refonte pas complète mais suffisamment importante pour qu'un personnage inédit au roman soit créé pour les besoins du film.
Défaut de ses qualités, certains dialogues sonnent faux et les facilités scénaristiques peuvent être grosses. Mais tout ça est distillé dans le film et ne représente pas du tout l’entièreté du script.  Plus qu’un scénario, c’est la réalisation qui fait et dit le film. Et ça tombe bien : Spielberg a des choses à dire et il sait y faire.
À 71 ans, des gars comme lui, Scorsese ou George Miller hurlent aux jeunes réalisateurs, sensés être encore pleins de fougue et d’entrain «  Vous êtes des mômes paresseux , même ceux d’entre vous avec de grandes qualités ».




En moins de 15 minutes, Spielberg pose les bases de l’univers de son film et s’offre ensuite un énorme morceau de bravoure, une course de voitures folle, monstrueuse et si lisible que Speed Rarer, Mad Max Fury Road et Baby Driver sont allés au bar pour boire une bière ou deux, histoire d’encaisser. Ils sont toujours sur le podium mais une nouvelle catégorie vient d’être créée, désolé les gars. Tout le film est à l’image de ce premier quart d’heure. Que dire de plus sur la réalisation , le montage, etc…sans tomber dans l’excès ? Tout coule tellement de source , tout  est tellement réglé comme du papier à musique de qualité supérieur …
Détail qui tue : toute cette séquence de course à travers un New-York ré-organisé nous est présentée...sans musique justement.
L'un des outils les plus utilisés au cinéma pour immerger émotionnellement le spectateur n'est pas employé et la scène marche pourtant du feu de Zeus (ou de l'éclair ? Mais alors l'expression ne veut plus rien dire. Ô cruel dilemme du poète critique ) ! Dans Le pont des espions, Steven Spielberg attendait 40 minutes avant d'utiliser une seule note. Et cela fonctionne tellement bien qu'il faut un moment avant de se dire qu'il "manque" quelque chose.

Bien entendu, il y a des défauts.
Si le chef-d’œuvre est technique, les scories et les impairs achèvent de faire de Ready Player One un grand film, tout court.  Je le disais plus haut, certains dialogues sonnent faux et d’autres heureuses coïncidences sont trop grosses pour ne pas avoir été pensées en amont pour nourrir le rythme. Alors bien assis dans votre fauteuil de cinéma, ça passe. Mais à la seconde vision, difficile de ne pas trouver étrange que tout les personnages principaux se trouvent non seulement sur le même continent, mais aussi dans le même pays voir carrément la même ville.

La musique d’Alan Silvestri ( il va falloir se faire une raison, John Williams n’est pas éternel et plus aussi jeune qu’avant, il ne saura plus forcément suivre le même rythme de travail que Spielberg ) est agréable mais singe parfois un peu trop Wiliams sans l’égaler.
Dommage car l’homme est doué ( allez donc  vous refaire les B.O de Retour vers le futur, Predator, Le retour de la momie, Van Helsing, Captain America. Dans le pur divertissement, il assure ) mais un cran en dessous de ce à quoi l’on pouvait s’attendre.
Quant à la morale de l’histoire, elle semble un peu WTF compte-tenu de l’intrigue.
Et le dernier point noir, pourquoi diantre Simon Pegg et Perdita Weeks ( As above so below, Penny Dreadful ) ont-ils si peu de temps de présence à l’écran ?

Dans la zone grise, une chose étrange mais pas incongrue. L’un des thèmes spielbergiens par essence est le manque du père. Elliot dans E.T , Indy dans La dernière croisade ( et encore plus dans Le royaume du crâne de cristal ) et tant d’autres ( je ne vais pas faire un listing ) semble s’atténuer avec le temps ( A.I montrait le manque de la mère ) , Minority Report le manque d’être un père.

Les orphelins (ou presque) ont souvent eu la faveur de Steven Spielberg mais depuis quelques années, ces orphelins ne ressentent plus le besoin de trouver des figures parentales de substitution. 
Soit l’une des thématiques majeures de Spielberg passe soudain au second plan ( auquel cas il n’est plus aussi pointilleux qu’avant ) soit c’est que lui-même ne voit plus ces manques de la même façon ( rappelons que Spielberg n’a jamais caché avoir très mal vécu le divorce de ses parents : le garçon en manque de père de ses films, c’est lui ! ), ce qui semblerait dire qu’il affectionne encore ces personnages mais qu’il n’est plus en quête lui-même.
Guillermo Del Toro twittait il y a quelques temps que faire du cinéma est une thérapie. Peut-être celle de Spielberg porte-t-elle quelques fruits. Tant pis pour ses exégètes et tant mieux pour lui ?

Ainsi, Wade Watts, facette du jeune Spielberg dans ce film refléterait que le réalisateur accepte enfin d’avoir été «  abandonné » ( le mot est fort et exagéré)  sans pour autant ne pas ressentir ce besoin de s’évader dans des mondes étranges et pourtant familiers ? ( n’est-ce pas ça faire du cinéma ? )
Tye Sheridan, le nouveau Cyclope de X-Men se glisse facilement dans le rôle mais il peine un peu à faire transparaître certaines émotions. Sa prestation est tout à fait correcte mais il n’est pas encore de ces acteurs aux prestations sans doute pas oscarisables mais qui attirent la sympathie du public.


L’imagerie convoqué par tonton Stevy ,en revanche , pullule d'autres thèmes.
Et au lieu de les surligner aux gros marqueurs fluo jaunes, il laisse le spectateur faire le bilan de ce qu’il voit. Un pays à l’abandon où l’emploi est rare, les situations précaires fréquentes. Les institutions nationales sur le déclin quand la privatisation règne dans tous les milieux ( des milices privées dans les rues, des bagnes tangibles ET virtuels tenus par une grosse compagnie, l’esclavagisme légal et déguisé sous un autre nom.Des drones de surveillances ultra-perfectionnés et invasifs, sorte de pompiles géants prêt à fondre sur la proie.Certes moins inventifs que les fameux Spyders de Minority Report. Le constat toujours froidement réaliste que la pire machine à broyer l’humanité reste l’humain et non un requin fou ou quelques dinosaures revenus à la vie ).






Le capitalisme sauvage n’a jamais aussi bien porté son nom. Spielberg déteste les hommes d’affaires ( tellement flagrant dans The Lost World, tiens, un autre film roller-coster ), peut-être aussi bien parce qu’ils tiennent Hollywood entre les mains de leurs visions étriquées (oui, une vision peut avoir des mains…la preuve par Marvel ! ) que parce qu’il flirte lui-même beaucoup avec cette ligne entre l’artiste et le businessman ( il a produit les 5 Transformers, entre autres  et a survendu à la limite de l’honnêteté le premier volet).
A-t-il peur d’être un Nolan Sorrento en puissance s’il se laissait aller ? Un personnage tellement imbu de lui-même que ses initiales ornent ses nœuds de cravates et dont le désir de contrôler un univers virtuel s'exprime via son avatar qui ressemble à un un agent Smith de sorti de The Matrix; un agent que l'on aurait dopé aux hormones et autres anabolisants (oui, ça transpire la confiance en soi ).
En tout cas, Ben Mendelshon lui donne toute la fourberie et la rage du haineux frustré. L’acteur est habitué des rôles de salauds depuis The Dark Knight Rises et il est si à l’aise dans l’exercice qu’il se permet de chaque fois les jouer différemment. Espérons qu’il ne soit pas à jamais prisonnier de ce genre de rôles (mais c’est mal embarqué : il est le prochain sheriff de Nottingham ).
Lui et ses sbires sont la manifestation cinématographiques des brutes incultes prêtes à tout pour mettre la main sur un trésor inestimables et ayant besoin du cerveau des autres pour y arriver ( les Nazis dans la série des Indiana Jones , les actionnaires d'InGen dans The Lost World - décidément )



Par contre, il est très certainement James Halliday, un personnage ayant vécu un long moment en créant un univers riche et foisonnant qui cherche encore un héritier digne de ce nom ( beaucoup ont essayé et même revendiqué ce titre : M.Night Shyamalan, Les frères Duffers créateurs de Stranger Things, J.J Abrams que l’on croyait pourtant déjà adoubé ).

Quelqu’un avec un regard amoureux sur la culture-pop ( Spielberg est un grand consommateur , du cinéma en passant par les jeux vidéos – c’est un gamer reconnu ) , qui la considère non pas comme une manne ( coucou les reboots de Ghosbusters, La Momie, Robocop , Jurassic Word, etc…)  à exploiter mais comme une ressource morale et mentale , un réservoir contenant de quoi puiser de la force et de l’espoir, l’anti-boîte de Pandore !
 ( permettez-moi d’illustrer mon exemple d’une manière simpliste : j’ai tiré mon code moral de romans de capes et d’épées, des Jedi et de Batman. Bon, après, je doute que Yoda aurait été chaud pour former Bruce Wayne. J’y ai picoré et assemblé ce qui me parlait et me semblait bon ).

Hors, cette boîte à outils pop-culturelle a été alimentée par d'autres, dont certains connus personnellement par Spielby à l'instar de Stanley Kubrick ou Stephen King (et ça se prononce Steven et pas Stépeheune !!!! ) à qui il ne manque pas de rendre hommage.
Steven Spielberg retrouve pour la 3éme fois l’acteur anglais Mark Rylance après Le pont des espions et Le bon gros géant.

Oui enfin, vous n'étiez pas à sa cheville et il vient de vous enterrer.Après un tel défilé de références correctement dosées pour ne pas créer une indigestion ni le sentiment d'être pris pour un neuneu, faut-il vraiment tenter l'aventure d'une saison 3 de Stranger Things ? Surtout au vu des limites clairement exposées en saison 2 ? Laissez tomber, seul " It " a réussi à plus ou moins rivaliser pour l'instant.



Olivia Cook en Samantha/ Art3mis est convaincante mais il lui manque un petit quelque chose pour vraiment créer l’empathie avec le public. Comme pour Tye Sheridan, l’actrice joue bien et reste convaincante mais l’on a du mal à sentir le poids de sa motivation sur ses épaules. Même si le rythme du film est élevé, il est possible de donner de l’épaisseur à son personnage de manière subtile et rapide : regardez Daisy Ridley dans The Force Awakens !





Tiens , puisque l’on est dans Star Wars et les chevaliers Jedi, tonton Steven a lui aussi réalisé un film où certains archétypes sont distillés.
Commençons par le plus évident, le héros du film se fait appeler Parzival , soit l’équivalent SMS de Perceval, le chevalier de la table ronde destiné à découvrir le Graal.
Nul besoin de lui coller un roi Arthur ou un Lancelot, ces deux-là échouent dans la quête.
Il est par contre accompagné de fidèles alliés dont les avatars sont , entre autres,un ninja ( soit un être attaché à la notion de clan ) et un samouraï ( un chevalier japonais, pour rester basique de chez basique ).
Son ami Aech est une sorte d’orc robotique un peu destroy, le meilleur ami indéfectible. Et Art3mis, ma foi, voila un personnage féminin solitaire dont le nom rappelle la déesse grecque de la chasse armée d’un arc. Et Art3mis chasse surtout les Sixers.Et pourquoi elle le fait servira de catalyseur, d’allumeur du feu de la conscience politique du héros.
 Les archétypes restent assez à la surface des choses mais fonctionnent tout à fait sans avoir besoin de plusieurs couches qui viendraient les alourdir. Là encore le rythme et l’imagerie convoqués par Steven Spielberg viennent pallier à ces défauts structurels du scénario.

Enfin, comment ne pas admirer la facilité avec laquelle Spielberg insuffle dans son film plusieurs tropes propres aux jeux vidéos, tel Edgar Wright il y a quelques années dans Scott Pilgrim VS The World ( pas vu ? mangez-en, c'est bon ). Fait peu connu, Spielberg est un gamer de longue date et l'on sent la connaissance et l'affection du monde vidéo-ludique dans sa façon de le représenter à l'écran.







Ready Player One est donc un travail fascinant de par ses niveaux de lectures et ses références ( qui elles mêmes peuvent ouvrir la porte d’un nouveau niveau de lecture. C’est une poupée gigogne dantesque ) ainsi que par le regard posé par son auteur sur les  œuvres qui nous bercent, nous portent et réveillent en nous le meilleur pour tenir face au pire. Et en plus c’est une putain de claque, alors vous attendez quoi pour aller le voir ?