mercredi 14 septembre 2016

En voila une bonne BD une fois !

Bob et Bobette.
Pour le lecteur belge, cette série est une institution aussi célèbre que Tintin ou Spirou & Fantasio. Traduite en 32 langues, elle reste pourtant peu connue en France.

La  série, d'une longévité énorme rappelant les comics américains ( plus de 300 numéros depuis les années 40 à raison de 2 ou 4 albums par an ), a été créée par Willy Vandersteen ( ouuuuh, mes lecteurs francophones hors Belgique vont lire ça n'importe comment, je le crains ).

Elle raconte les aventures de Bobette, de sa tante Sidonie, de leur voisin Lambique, d'un ancien super-héros nommé Jérôme ( à la grammaire restreinte ) , du bon professeur Barabas et de Bob...

Bob n'est pas le frère de Bobette, c'est un orphelin originaire de l'île d'Amoras/Amphoria ( selon les traductions) que Bobette et Sidonie ramèneront dans leurs bagages dès leur seconde aventure.

Notons que Hergé débauchera le grand Willy pour lui fournir des aventures du duo dans le journal de Tintin, en résultera 8 aventures qui ne sont republiées que sous une couverture bleue. L'histoire veut que le papa de Tintin se fâchera par ego avec Vandersteen qui était capable, lui, de fournir assez de pages chaque semaine, contrairement au créateur du héros dont le journal portait le nom...





La série a aussi historiquement porté un coup au 9éme art puisque la réputation de la Bande-dessinée d'être un nid à fautes d'orthographe peut en partie lui être imputée : en effet, pour suivre le rythme de publication soutenu, les traductions vers le français se faisaient souvent très vite, sans vraie relecture. Aujourd'hui encore, les albums en couvertures souples et bardées de rouge de Bob et Bobette sortent régulièrement. Une institution vous dis-je.

Et les institutions, depuis quelques années et le succès de la collection « XXX présentent Spirou & Fantasio », elles sont revisitées sous formes d'hommage ou de spin-off. On se souviendra du récent « L'homme qui tua Lucky Luke » pour resituer le procédé.

Hors, ce n'est pas un tome mais bien six qui sont ici prévus pour nos héros. Quatre sont parus à ce jour. Abordons ensemble le premier voulez-vous ?


Île d'Amphoria, 2047. Bob court à travers la jungle, seul et épuisé. L'île dont il se souvient a bien changé : poteaux électriques, chars d'assaut abandonnés...il trouve une arme et un briquet dans l'un deux et part chasser de quoi se nourrir. Attirée par la lumière et l'odeur de la nourriture, une jeune femme sort des fourrés : elle s'appelle Jérusalem et en échange de quoi se sustenter, elle accepte d'aider Bob à sortir du merdier dans lequel il se retrouve, et à retrouver Bobette par la même occasion. L'ouverture donne envie et embraye alors sur un flashback expliquant comment nos héros se sont retrouvés si loin dans le temps et l'espace de chez eux...





Premier constat, nos deux gamins sont devenus des adolescents, presque des adultes. La série en devient moins désuète et ce même si elle conserve quelques traits de la naïveté bon enfant qui la caractérisait : les inventions folles du professeur ( qui n'a rien à envie à un Champignac ) sont conservées, les vilains sont très vilains, etc...
Elle gagne aussi en rythme et en violence. Amphoria semble être devenue une dictature avec une armée toute puissante et Jérusalem ne fait pas de prisonnier. Le point fort, c'est que si l'ancien lecteur de la série est en terrain connu et reconnaît très vite les personnages et leurs caractères, le nouveau venu s'y retrouvera très vite également et ce même si certains éléments constituants de la longue histoire de nos héros sont employés dans la structure du récit. Un exercice d'équilibriste dont se sort assez bien le scénariste Marc Legendre qui semble connaître la saga de près ( ce qui n'est pas une mince affaire, plus de 300 albums vous disais-je tout à l'heure).


Les dessins sont signés Charel Cambré. Son style dénotte immédiatement avec l'aspect habituel de nos jeunes héros mais ceux-ci ont grandi et ces nouvelles aventures ne s'adressent plus au même public. Le dessin est plus détaillé et dans le même temps plus caricatural, certains personnage, je pense à Lambique, étant des caricatures visuelles d'eux-mêmes dans un style qui se veut pourtant plus réaliste. Passage des ans oblige, le côté sexy de Bobette et de Jérusalem ne sera pas gommé et la nudité et la sexualité seront fortement suggérées. Les enfants n'en sont plus, les lecteurs non plus : ils s'attendent à des réactions plus matures de la part des personnages.





Malgré quelques fautes de goûts en matière de caractérisation des personnages antagonistes ou très secondaires, et une incongruité scénaristique aberrante ( Jérusalem est sourde mais semble réagir aux sons, déroutant et faisant tiquer ) , ce retour de Bob et Bobette sur le devant de la scène est vraiment réussi et devrait plaire à ceux qui, comme moi, ont abandonné l'affaire un peu avant leurs 15 ans, devenant clairement trop vieux pour des histoires certes toujours teintée d'un humour à plusieurs niveaux mais qui avaient encore un goût trop prononcé de gamineries.

Exo-Politics

Éditée sous la bannière Glénat Comics, la série de SF Orphelins est en réalité un fumetti, soit l'équivalent italien des bandes-dessinées anglo-saxonnes. Il faut croire que le terme n'est pas assez connu du grand public que pour attirer l’œil (mais Glénat comics, récemment , a fait paraître sous ce label des bandes-dessinées tout ce qu'il y a de plus françaises : appât facile quand tu nous tiens).

Passons outre ces quelques considérations et entrons dans le vif du sujet, la nationalité d'une œuvre n'étant pas un critère qualitatif.


Le futur plus ou moins proche. Une explosion gigantesque ravage presque toute la planète. Très vite, les coupables sont désignés : la rencontre du 3éme type a eu lieu sous forme d'une immense attaque. Les orphelins survivants deviennent pupilles de l'état et sont formés militairement à une guerre future. Plus qu'un simple entraînement « spartiate » , des expériences sont conduites sur leurs corps pour leur donner des aptitudes au combat inédites.
Des années plus tard, nos orphelins débarquent sur une planète alien prêts à en découdre.

Orphelins fleure bon le parfum des productions cinéma du producteur Roger Corman qui produisait essentiellement des petits budgets surfant sur les vagues produites par les succès des autres studios ( Forbidden World étant un resucée du Alien de Ridley Scott par exemple). L'avantage de la bande-dessinée, c'est que les images ne sont pas limitées par les moyens techniques ou le budget alloué aux effets spéciaux. Pour le reste, Orphelins emprunte dans son ouverte aux explosions d'Akira, ses batailles et son mode militaire à Starship Troopers ( autant le film de Verhoeven que le roman de Robert Heinlein, traduit sous le titre Étoiles, garde-à-vous!) ou encore La stratégie Ender. Les filiations sont flagrantes mais l'ensemble arrive à tirer son épingle du jeu, jusqu'à faire oublier ses illustres modèles le temps de la lecture.




Chaque chapitre se suit en deux temps : la formation militaire et l'opération sur le terrain. Les récits se suivent donc en parallèle et se répondent l'un l'autre bien entendu. Si l'action, le suspens et les rebondissements sont légions, ils fonctionnent à plein régime grâce au soin que les auteurs ont à écrire leurs personnages principaux. Les liens que forment entre eux les orphelins, on y croit. Leurs psychologies,leurs forces, leurs doutes et leurs faiblesses ? Aussi.

Les thèmes abordés par la série sont nombreux : se reconstruire après un attentat, l''es liens que l'on sécrètent et qui joignent les êtres'' dans l'adversité, l'expérimentation humaine, les enfants soldats, la manipulation de masse, etc...autant de sujets graves et d'actualité ( j'aime rappeler que la SF est souvent un moyen d'aborder des sujets de société sans passer pour un emmerdeur aux yeux du public) qui sont ici abordés dans le cadre d'une aventure haletante et prenante.

Le petit bémol viendrait du côté des dessins. Si ceux-ci sont agréables à l’œil (certaines parties de fin de saga frôlent même la poésie visuelle de toute bôôté ) et que le story-telling est un sans faute, il manque d'originalité, surtout dans le design des aliens et de leur planète natale. Dommage.





Bref, Orphelins est un space-opera de très bonne facture, une série B de bande-dessinée qui ne rivalisera sans doute pas avec ce que Les Humanoïdes associés nous sortent en ce moment avec la série Méta-Baron mais cracher dans la soupe serait mesquin.

Série en 6 tomes terminée.

dimanche 11 septembre 2016

Une saison en enfer.

Premier sang, roman de David Morell écrit en 1972, est ressorti il y a quelques petites années dans nos vertes contrées. L’occasion de revenir sur un roman qui aura marqué les esprits de tous, même ceux qui ne l’ont pas lu.

Années 70. Un jeune homme, cheveux longs, l’air étrange, erre dans l’Amérique profonde et rurale. Le shérif du coin, Teasle , ne voulant pas d’un « hippie » dans son patelin,  lui offre un burger et un aller simple en voiture vers la sortie de la ville. Mais le gamin décide de revenir et le shérif l’embarque, le fait coffrer pour vagabondage et l’enferme dans la petite prison de la ville, espérant que le traitement le fera partir une fois remis dehors. Mais le gamin n’est pas n’importe qui. Il est revenu du Vietnam avec ce que l’on appellerait de nos jours un stress post-traumatique…Et lorsque Teasle décide de lui couper les cheveux pour éviter des soucis sanitaires, la vue des ciseaux rend le même complètement fou. Il s’échappe en tuant un des adjoints et se lance dans une fuite vers les montagnes et la forêt. Une traque sanglante se met en place.
Mais qui est le chasseur, qui est le gibier ?

David Morell est canadien. Il fait des études de lettres américaines et décide d’écrire son premier roman en se basant sur un traumatisme qui aujourd’hui encore est peut-être la raison de la folie totale des USA : la perte de la guerre du Vietnam. Un sujet toujours sensible au pays de l’Oncle Sam, alors imaginez lors des années ayant directement suivi la débâcle.

Morell livre un récit tenant autant du duel psychologique que physique. Le gamin est un ancien béret vert, Teasle un vétéran de la Guerre de Corée. Tous les deux sont décorés de prestigieuses décorations mais chacun représente un type de soldats revenus à la vie civile de manière différente. Si les troupes qui ont servi en Corée ont vite retrouvé un emploi (économie plus douce à cette époque ), il en va du contraire pour les soldats revenus du Nam , dont beaucoup étaient mal vus en raison du caractère impopulaire qu’a pris le conflit en cours de route. Ils sont revenus non pas en héros mais souvent comme des « collabos » du gouvernement va-t-en-guerre.

Pour éviter tout manichéisme, Morell alterne les chapitres selon le point de vue du gamin et celui du Shérif. Plus le temps passe et plus le lecteur est immergé dans leurs psychologies respectives, floutant la barrière entre le tort et la raison. Difficile de ne pas comprendre les raisons de l’un et de l’autre, de sympathiser avec leurs vies cassées. En filigranes, on pourra y voir un affrontement entre les partisans de la guerre et les autres, mais plus profondément, c’est presque une dispute familiale terrible que se joue : Teasle pouvant être une figure paternelle pour le petit, lui dont la femme l’a quitté car elle ne voulait pas d’enfants.

Dans cette traque sauvage et furieuse, le lecteur devient prisonnier d’une écriture sèche, sans fioriture et terriblement prenante.Plus le duel avance, et plus la certitude que rien ne se terminera bien s’impose. Mais impossible de ne pas aller jusqu’au bout de la nuit , jusqu’au bout de l’horreur de voir ce qui se passe quand le produit d’exportation number one des USA, la guerre, revient au pays sans être capable de changer sa nature. Un roman prenant, peut-être pas aussi dur qu’il aurait pû/dû être ( c’est un premier roman après tout, mais des premiers comme ça, je veux bien en lire des dizaines) mais qui hante l’esprit après la dernière page.

Je me rends compte que je n’ai pas nommé le gamin le long de cette critique. Son nom, vous le connaissez mais vous l’associez à une image d’Epinal : Rambo.

jeudi 25 août 2016

De l'importance du héros mythologique dans la construction personnelle.

Depuis l’aube des temps, l’homme est un conteur d’histoires.
L'homme a besoin de partager ses expériences , de trouver diverses façons de comprendre et de résoudre ses problèmes journaliers.
Lascaux, même si cela nous échappe, raconte
quelque chose.
Les histoires et ensuite les mythes font donc partie intégrante de notre patrimoine interculturel.

Pas une seule civilisation sans mythe !

Dans toute civilisation, de tout temps et en toutes circonstances, des mythes sont apparus,reflet de tout ce qui pouvait naître des activités de l'être humain et de son esprit.
Joseph Campbell.

Il n’est pas inintéressant de rappeler que le mot mythe vient du grec μῦθος , mythos. Sous son sens premiers, le terme désigne une fable, un récit !

Ces récits et leurs descendants modernes peuvent-ils aider, partiellement, à se construire en tant qu’individus?



Philip K .Dick a écrit : «  La réalité, c’est ce qui continue d’exister quand on a cessé d’y croire ! ».

Mais durant la lecture d’un mythe, d’une représentation théâtrale ou de la projection d’un film, notre esprit accepte le récit fictionnel comme étant réel (regardez par la fenêtre et voyez Superman voler, vous saurez que vous hallucinez mais ça ne vous choquera pas de le voir fendre les airs sur grand écran), c'est le principe de suspension consentie de l'incrédulité.

Non seulement c’est une transposition du mythe de la caverne de Platon mais c’est encore plus fort du fait qu’on sait que c’est faux et que cela est accepté (sans rejet par l’esprit) aussi facilement qu’un chèque de Kadhafi par Nicolas Sarkozy !
Dès lors, peut-on envisager qu’on puisse retirer une expérience de vécu d’une lecture, d’une représentation? Le mythe pouvait-il apporter quelque chose ?

Or le mythe, se subdivise en deux grandes catégories :
1° Il y a les mythes fondateurs, ceux qui expliquent l’origine du monde ( autrement dit, la Cosmogonie ) ; c’est Gaia émergeant du chaos originel, c’est Yahvé  (ou Jéhovah ) qui met 7 jours à tout créer (oui, le 7me jour il créa sa plus belle œuvre : le repos ! ).
Le mythe sert à expliquer la création de la Terre et son fonctionnement : chez les Grecs ( et les Romains qui leur ont tout piqué ) , les divinités sont des forces de la nature : Zeus manie son foudre, Apollon fait se lever le soleil, les relations mère-fille entre Déméter et Perséphone expliquent les saisons, etc…

2° Il y a le mythe comme représentation poétisée de la vie en société dans une époque donnée.
Les mythes se situent dans un contexte déterminé selon la culture dont ils émanent. Ils suivent cependant généralement une structure fort similaire, ce qui poussera le chercheur Joseph Campbell a posé la théorie du mono-mythe, le mythe à l’origine de tous les mythes. Son livre, Le héros aux mille visages/Les héros sont éternels, est d’ailleurs LA bible de tout scénariste hollywoodien qui se respecte !

C’est la seconde option qui nous intéresse ici.
Pour nous, par exemple, les mythes grecs peuvent nous éclairer tant sur leur mode de vie que sur leurs croyances. Mais pour un grec de l’antiquité, qu’étaient-ils ? Un agréable divertissement ? Une allégorie sur la vie ?
Tout le décorum sociétaire n’était là que pour plonger le lecteur ou l’audience théâtrale dans une situation connue. C’est la (ou les) figure du héros qui était importante et porteuse d’un message. Le héros, dans son acceptation globale (et pas uniquement gréco-romaine) est un être capable d’exploits surhumains (même si de nos jours, le simple fait d’aller contre son instinct de survie pour sauver quelqu’un fait de vous un héros). Comme le disent les américains, un héros est quelqu’un de «  bigger than life ! ».
 D’ailleurs, il est notable que le décorum des mythes grecs tels qu’ils nous sont parvenus est sans doute différent de ce qu’il était à la base.



En effet, la plupart des mythes grecs  ont  pour origine chronologique une période appelée « Le Moyen-âge grec » (mauvaise traduction de Greek Dark Age ) et située entre 1200 avant Jésus Christ et 776 (toujours avant J.C…mais non, pas John Connor enfin…) avec les premiers Jeux Olympiques. C’était ce que j’appellerai l’âge héroïque,où dieux et demi-dieux foulaient le sol de la Terre, guerroyaient pour la gloire ou l’honneur, où leur présence faisait et défaisait des nations. 
Troie est tombée pour quelques divins orgueils, Héraclès a aidé à unir le territoire Thrace et Zeus a engrossé la moitié des filles nobles du monde connu !

Et quel monde ! Troie en Asie Mineure, Andromède princesse enchaînée d’Ethiopie ,Prométhée qui,selon les mythes, est enchaîné ( décidément ! les grecs ont inventé plein de pratiques bizarres en fait.Le Sado-maso, ça serait donc eux, aussi ?) sur le mont Atlas ( en Afrique du Nord) ou sur le mont Caucase ( situé dieu sait où entre la Mer Noir et la mer Caspienne). Ce monde décrit, est pour les grecs de l’antiquité, terra incognita. J’entrevois deux hypothèses : soit les minoens et les mycéniens en savaient plus long sur la géographie qu’on ne le pense actuellement  (meilleurs explorateurs ? souvenirs du pays des hyperboréens si tant est qu’il exista ? ) soit, par le jeu des voyages et du commerce, certains mythes ont été importés.

Aucune civilisation  n’est vraiment fermée sur elle-même et la culture est poreuse, contaminante et contaminable envers d’autres cultures ! Il lui arrive même d’être agri…culture ! 



Ce Greek Dark Age dont on ne sait presque rien correspond à une période de troubles. À la même période, l’Egypte et le territoire Hittite connaissent des bouleversements, Mycènes s’est effondré. Des civilisations liées par le commerce et la guerre ! Si l’une disparaît, l’équilibre peut-il se rompre et entraîner les autres vers une chute ?
L’antiquité Grecque commençante, est donc une…Renaissance. On redécouvre l’écriture et les mythes de l’ancien monde ( dans le sens du monde ancien, celui que l’on a pas connu et qui précéda chronologiquement) sont couchés par écrit. Ils ont survécu oralement, dans la mémoire des populations, des rares artistes encore en activité,etc…C'est vers 650 avant notre ère qu'Hésiode couche la Théogonie.
Mais ces mythes ne reflètent sans doute plus le mode de vie de ces âges sombres presque effacés de l’histoire mondiale. Ils ont évolué. Le nombre d’aventures d’Héraclès,par exemple, a-t-il favorisé sa longévité et propagation comme certains illustrés plus modernes ? La question reste ouverte. 



Toutes les cultures font partie intégrante de l’histoire qui est une évolution ! Et les mythes , faisant partie de ces cultures, ne sont pas des récits fixes et immuables ! Ils peuvent être revus, corrigés pour intégrer de nouvelles données, des nouvelles valeurs morales, etc… Difficile de penser dès lors que les mythes grecs sont une copie carbone de ceux qui se racontaient à la cour d’Agamemnon ! C’est cette même logique qui est appliquée aux super-héros actuellement d’ailleurs ( mais je le répète depuis des années, ils sont une forme de mythologie et suivent donc les mêmes modes opératoires ! ).
La base est la même pour tous les films de Superman ou de Batman, mais les héros sont à chaque fois remis « au goût du jour », comprenez qu’ils sont placé dans un contexte plus actuel pour chaque film. Or l’actuel est une notion qui ne fait que passer !








Chacune de ces versions des héros était la plus moderne de son époque. Chacune était intrinsèquement le héros que l'on connaît tous mais le mythe a évolué. Et il évoluera encore ! Dés lors, des films comme "Troy" (avec Brad Pitt) ou "King Arthur"sont tout aussi légitimes que des adaptations plus fidèles à Homère ou à la matière de Bretagne car elles reflètent l'adaptation à notre époque en matières de récits pseudo-historiques.

C’est pour cela que les héros de Iliade ou de l’Odyssée se comportent comme des grecs antiques mais connaissent un monde plus grand, plus vaste ! Et ces mythes enflammeront l’imagination d’un roi macédonien: Alexandre le grand ! Ce monde oublié, il voudra le redécouvrir !
Cela lui coûtera tout. Mais les mythes auront fait passer un message dans son esprit !
Auront fait germer une idée !
Et comme le fera dire Christopher Nolan à DiCaprio ( dans une scène non retenue) d’Inception :

Une idée est le plus puissant des parasites ! Une simple idée issue de l’esprit humain peut construire des villes ! Une simple idée peut transformer le monde et réécrire toutes les règles ! 

Que le héros vive une aventure porteuse d’un message, d’une idée, il en était déjà ainsi dans la plus vieille épopée connue, celle de Gilgamesh : aussi puissant était-il, il était condamné à mourir comme tout le monde. On pourrait donc penser, qu’en filigranes, le message est que personne ne peut échapper à son destin. 
On retrouve cette notion d’inéluctabilité également chez les grecs. S’y ajoute aussi un autre grand thème : si vous ne prenez pas garde, vous vous ferez baiser par les dieux ( au sens propre comme au figuré ).

Prenez Héra par exemple, femme et sœur aimante mais terriblement jalouse ! Héraclès, fils bâtard de Zeus est pour elle un affront et elle lui en fera voir de toutes les couleuvres ( je suis content de moi là ).

D’un point de vue personnelle, je n’ai jamais compris pourquoi ce n’est pas Zeus qui s’en prenait le plus dans ses divines bourses car le fautif, c’est lui. La reine des coups tordus qu’était Héra n’aurait pas pu, je ne sais pas moi, droguer l’ambroisie de son mari et lui administrer l’antidote le soir ? Comme ça, si Monsieur découche, il passe une nuit infernale !  Héraclès offre aussi un bel exemple de la porosité entre cultures. Il se verra accaparé par les voisins des Grecs, les Romains sous le nom d’Hercule ( si je t'attrape je...).
Plus fort encore, les mythes irlandais le désignent sous le nom de Cùchulainn , fils du dieu Lug, lui aussi dieu-roi de son panthéon. 

Le Hercule Irlandais !

La notoriété d’Héraclès peut s’expliquer par le nombre incroyable d’histoires le concernant venues enrichir son récit de base ( à moins que sa popularité n'ait entraîné la rédaction de nouveaux textes). Un héros populaire dont les gens étaient friands. Et qui de fait, donna naissance à divers « clones ».

Le premier qui me sort que Héraclès et Hercule sont la même personne prendre une belle tatane dans sa tête de banane azimutée car cette affirmation serait aussi erronée que d’affirmer que Superman, Appollo et Hypérion sont le même super-héros !
Ces deux ersatz du kryptonien ( il en existe bien d’autres,je vais pas tous vous les faire ) portent  d’ailleurs tous les deux des noms mythologiques associés au soleil, sources des pouvoirs de Superman (Apollo,Apollon en anglais, dieu du soleil, Hypérion le titan occupant la place avant la Titanomachie lancée par Zeus ). Batman n’est pas en reste, lui qui aura Midnighter ou encore Nighthawk comme copies affirmées voire revendiquées ! 








Pour le thème de l’inéluctabilité, prenons l’histoire de Persée, fils de Danaé fille d’Acrisios ! Hors, notre bon Acrisios avait été informé par un oracle que son petit-fils, un jour, le tuerait. Pour empêcher que sa fille ne mette au monde un enfant,Acrisios la fit enfermer. Zeus, amoureux de Danaé, se changea en pluie d’or pour contourner l’enfermement ( l’or n’ouvre-t-il pas toutes les portes ? Aujourd’hui nous sommes moins regardants, l’argent le fait tout aussi bien). Zeus et Danaé consomment comme des lapins et 9 mois plus tard…
Passons sur tous les détails de l’histoire de Persée, c’est le destin d’Acrisios qui est ici important. Quand son petit-fils est devenu grand, après son triomphe sur Méduse et son mariage avec la belle Andromède, il participa à des jeux. Lors d’une épreuve de lancé, il rate son coup et tue un spectateur…qui se révèle être Acrisios !
En tentant d’échapper à son destin, Acrisios a scellé sa mort. En tentant de modifier son futur, il n’a fait que le mettre en place. Aucune action ne peut vous empêcher de subir votre destin. 

On ne le répétera jamais assez, ne jetez pas vos discoboles n'importe où, il pourrait y avoir des blessés !

Ironiquement, c’est l’effet inverse qui se produit avec Cassandre. Elle a beau claironner que tout va mal finir et que Troie est encore plus foutue que l’économie de Détroit, personne ne l’écoute. Et bien entendu, Troie tombe ! Le destin est immuable : que l’on choisisse d’agir pour le changer ou qu’on ne prenne pas en compte les oracles, le destin, chez les grecs, ne se modifie pas ! 

Quels effets, de tels messages, peuvent-il avoir sur la construction personnelle des gens qui baignent dans ce genre de littérature ? Une acceptation de leur sort ? Après tout, les mythes sont une part de leur religion. L’opium de ce peuple. 

Mais les héros, malgré un destin souvent funeste ou homicide, accomplissent aussi des miracles ou des actes désintéressés ! Ces actes, peuvent-ils impacter le sens moral des gens ? Les inspirer ? 

À l’époque, comme aujourd’hui, les histoires avaient quelque chose à exprimer sur la société, sur la réalité vécue. Faut-il voir le mythe de l'Atlantide comme une histoire dramatique, une allégorie sur la suffisance d'Athènes et de facto une mise en garde contre sa chute ou encore une allitération sur la fin de la civilisation minoenne ( dont la fin semble de plus en plus concorder avec une ou l'autre catastrophe naturelle de grande ampleur ) ?

La société, bien entendu, est un concept mouvant.

Quittons l’antiquité et attaquons si vous le voulez bien, le moyen-âge.
Finis les mythes mettant en scène des dieux, des demi-dieux et autres créatures fantastiques. Nous sommes à une époque de ténèbres mentales, d’aliénation sectaire menée par l’organisation la plus puissante de l’époque : L’Église !

La Bible est le texte de référence. Le seul texte « mythologique » à ne pas être interdit. Et pour cause.
Les religions dites révélées ont toujours réclamé pour elles la possession de LA vérité et font toujours tout pour contester celle des autres ( au pif : l'inquisition, les croisades, les mises à l'index,la mutilation génitale des statues...).
De nos jours, un individu est d’ailleurs passible de la peine capitale en Arabie Saoudite s’il pénètre sur le territoire avec un ouvrage religieux non-islamique. Et en France et aux États-Unis, il y a des militants (nombreux) qui espèrent faire entrer le blasphème sur la liste des délits. Mais je m’égare.
Les mythes sont donc plus qu’hérétiques pour l’Église.Il faudra attendre la Renaissance pour que l'humanité redécouvre son immense patrimoine !





Il y a pourtant une littérature moyenâgeuse qui va se mettre en place. La Geste arthurienne. Descendante des chansons de geste, dont la première si je ne dis pas de conneries a été La Chanson de Roland. La Chanson de Roland est encore de nos jours exploitée dans les cours d’histoire alors qu’il s’agit d’une image d’Epinal. En réalité, point de jeune et héroïque Roland, juste un nobliau trentenaire ( à l'époque, 30 ans c'est vieux, très vieux), Hruodland, qui s’est fait buté minablement lors d’une escarmouche. Le tout a été passé aux moulinettes poétiques et patriotiques habituelles, rien de plus rien de moins. Mais notez que cela a exalté des générations entières à se comporter comme des héros, des chevaliers. Des générations qui se sont donc en partie construite là-dessus. Une chanson ! Imaginez alors le pouvoir de textes plus élaborés…et chrétiens ! 




Car la geste arthurienne est noyée sous le christianisme : la quête du Graal, la coupe du Christ ! Les valeurs chevaleresques calquées sur les valeurs chrétiennes ( regardez un peu ce qui arrive au parjure Mordred ou encore à Guenièvre et Lancelot pour avoir été amants illégitimes ! ) . La matière de Bretagne naît, grandit et s’enrichit encore et encore, même aujourd'hui ! Du pain béni pour et par l’Église qui ne devait pas tenter d’éradiquer cette littérature (ou alors nous aurions beaucoup moins de sources les enfants ! ).

Et encore une fois, le mythe s’adapte à son époque . Arthur est inspiré par un chef breton ( la Bretagne romaine, soit l’Angleterre) unificateur des tribus bretonnes mais surtout figure qui aurait à la fois vaincu les Saxons et accepté ensuite les migrants saxons venus pacifiquement, devenant le père des anglo-saxons !
Ce chef apparu au début de moyen-âge ( au dark age ) est recyclé un millénaire plus tard dans un contexte collant à l’époque de la rédaction de la geste ! Comme les grecs avaient remis « au goût de l’époque » les récits du Greek dark age ! 



Cette geste arthurienne va devenir une publicité ambulante pour les valeurs chrétiennes et chevaleresques : Lancelot, Perceval, etc….devenant des modèles à atteindre pour qui est sensible à tout cela (ne me faites pas dire que tous les chevaliers voulaient être chevaleresques, la plupart avait sans doute pour but de jouir de leurs privilèges et s’acquitter des devoirs en râlant ! ). 

Si l’Église, ayant toujours voulu imposer ses idées n’y a pas trouvé à redire, n’est-ce pas là une sorte de preuve , ou plutôt d’indice, qu’elle avait compris que le récit pouvait instiller quelque chose d’assez fort dans l’esprit des gens pour les faire agir d’une façon ou d’une autre ? Ou tout du moins, les inspirer (un lavage de cerveau c’est plus complexe et cette influence est plus restreinte, tout le monde ne sait pas lire en ce temps obscur, loin de là!).
La propagande est une invention qui a de l’âge ! 

On le voit donc, au fil des siècles, des millénaires, les mythes ont instillé des concepts dans les esprits et ont donc aidé ( ou pas , c’est selon comment on le prend ) à construire certains aspects de la personnalité des lecteurs, auditeurs et j’en passe et des meilleurs ! 

De nos jours, si je doute que les mythes classiques ou moyenâgeux puissent inspirer , les récits plus récents ( dès les romans de capes et d’épées de Dumas, plus ou moins ) peuvent jouer ce rôle. Ils ne font pourtant que reprendre des archétypes classiques mais dans un environnement contemporain et surtout loin de l’aspect désuet de héros passés de mode. Sans compter que les instances religieuses ( de quelques obédiences qu’elles soient ),qui ont toujours une main mise importante sur certaines littératures, ne peuvent pas suivre face à la masse d'ouvrages qui sortent chaque semaine! L'accès pour tous à la lecture et l'écriture a bien entendu fait exploser l'offre qui n'est plus aux seules mains des moines copistes !

Certains héros modernes sont de nouveaux héros "classiques", vecteurs de valeurs et intégrés dans leur époque pourtant mouvante. James Bond , éternel gentleman sur la fin de sa trentaine, a vu le monde changer et son décorum a donc évolué avec l’Histoire. Lui, est resté le même. Un héros incorruptible , intransigeant avec le mal, ne supportant pas de voir un ami ou une femme se faire malmener. Son pendant américain le plus proche est bien entendu Jack Bauer. 




Ces deux agents très spéciaux possèdent une mythologie riche qui nourrit leurs aventures. Ce sont aussi des outils de propagandes occidentales, ne le nions pas ! 

Tout comme Bond, la plupart des héros de bande-dessinée ( qui ne sont pas que pour les enfants mais qui sont souvent leurs premières lectures pour des raisons débiles : y a des images, c’est pour les gosses. Et ta sœur ? Elle bat le beurre ?  Le cinéma aussi ce sont des images et t’emmènerait pas ton gamin voir Se7en, si ? ) ne vieillissent pas. C’est leur environnement qui change et évolue. Spirou, Tintin, Batman ou Superman sont nés dans des publications des années 30. 75 ans plus tard ( Spirou et Superman ont le même âge ) , ils n’ont pas pris une ride. Si Spirou évolue sans que les auteurs se soucient d’une telle chose, les éditeurs de Superman (et de tout le panthéon DC comics )  remettent souvent les héros au goût du jour, en redéfinissant leurs origines dans un contexte plus moderne. Idem au cinéma où les récents Batman Begins et Man of Steel viennent corroborer mes dires. Se faisant, ces héros touchent finalement toutes les générations !

Le super-héros, cette mythologie moderne, peut-il apporter quelque chose à la construction personnelle ? Ses valeurs peuvent-elles inspirer certains jeunes au point de fortifier leur sens moral ? Je réponds par l’affirmative en nuançant : sans certains dons moraux comme l’empathie ( qualité qui se développent souvent durant ou peu après l'adolescence, et encore, pas chez tout le monde), les valeurs héroïques n’ont aucune chance de germer : la terre spirituelle est stérile sans certaines prédispositions !





Oui, ce sont des panthéons modernes, c'est bien plus frappant quand les héros sont en groupe.



Un héros peut-il positivement influencer un enfant ? Je le crois. Pour un adulte fait, je suis beaucoup moins certain, sauf dans le cas d'une épiphanie fulgurante de puissance 10.

Lorsque Captain America est créé en 1941, Pearl Harbor n’a pas encore été attaqué. L’évènement arrivera des mois plus tard. L’Amérique n’est donc pas en guerre. Mais voila, Captain America est un appel des auteurs à ne pas fermer les yeux sur ce qui ce déroule en Europe. La couverture du premier numéro montre d’ailleurs le héros en train de mettre son poing sur la figure de l’oncle Adolf !  Il n’y a bien entendu aucune statistique disponible sur le nombre de jeunes touchés par cette image qui iront s’engager dans les troupes U.S mais il est presque certains que cela a joué un rôle.
Captain America est aussi le vecteur d’une idée de son temps : la science comme solution miracle aux problèmes humains. C’est la science qui a rendu le chétif Steve Rogers en un homme grand, musclé et délivré de la maladie (et , ironiquement, un parfait aryen )



Dans les années 60, la bombe atomique est passée par là. La science n’a plus cette aura de bienfaitrice. Les héros seront les résultats de terribles accidents souvent atomiques : Peter Parker  est mordu par une araignée rendue radioactive par une expérience , Bruce Banner est irradié de rayons gamma sur un site d’essai de bombe et devient Hulk. Pire, les radiations dans l’air ont créé la race des mutants dont les X-men sont les représentants les plus connus.
Non, le message a changé : la science peut être un danger si l’on ne fait pas attention. La science, devenue déesse de son temps, a fait connaître son ire de ne pas avoir été traitée comme il se doit : science sans conscience est ruine de l’âme, chez Marvel elle devient également ruine du corps ! 




Plus tard, ce n'est plus la force nucléaire qui sera présentée comme une menace mais la force génétique. Spider-man sera clonés plusieurs fois dans le but de détruire sa vie. Le Peter Parker de l'univers Ultimate sera mordu par une araignée génétiquement modifiée, tout comme le Peter Parker des films. Plus tard, Miles Morales, l'actuel Ultimate Spider-Man sera lui aussi mordu par une araignée OGM.



Spider-man et Scarlet Spider. L'original et le clone issu des expériences du Dr Warren pour pourrir la vie de Peter Parker. 


Mais ces êtres modifiés, maudits par leurs différences, sont habités par des concepts moraux ! Des concepts moraux qui transcendent les cultures. Non, ils ne sont pas les porte-drapeaux de l’impérialisme américain. Ils sont américains et donc pensent et agissent comme tel mais c’est aux lecteurs internationaux de faire preuve de recul. On ne reproche jamais à un personnage européen de se comporter en européen.  Mais il s’agit bel et bien d’une mythologie moderne, ancrée dans son temps ! 

Mais cela n’empêche pas certaines notions antiques de franchir les barrières du temps : Thor le dieu du tonnerre Asgardien (ou Ase si l'on veut être vraiment précis. Mais parfois, le public a besoin qu'on lui balise le chemin) est devenu un héros Marvel, emmenant avec lui son panthéon . Wonder Woman est une amazone, adoratrice des dieux grecs et membre de la Trinité DC qu’elle forme avec Superman et Batman.

Les dieux classiques, en plus d’être une source d’inspiration, sont parfois devenus membres complets d’une nouvelle mythologie. Et dans la réalité parallèle «  Earth 2 », Wonder Woman est adoratrice des dieux romains. Ceux-ci ont payés un lourd tribut lors d’une invasion extra-terrestre et seul Mercure est encore vaillant. La fin du premier épisode le verra, mourant, transmettre son pouvoir au futur Flash. La boucle est bouclée, le premier Flash, dans les années 30, avait le look de ce dieu aux bottes et au casque ailés !







« Un grand pouvoir implique de grandes responsabilités » , telle est la devise de Spider-Man. Elle exhorte a ne pas se débiner lorsque l'on a les moyens d’aider. Nul besoin de super-pouvoirs pour faire le bien.  Les X-men quant à eux sont une métaphore sur le racisme et la ségrégation qui gangrènent les années 60 aux USA. Plus tard, les mutants seront les représentants de toutes les minorités et des exclus car différents : le gros du lectorat gay, juif ou étranger lit les séries liées aux mutants. Charles Xavier et Erik « Magneto »Lensher sont les Martin Luther King et Malcolm X de l’univers Marvel ! Quelle influence peut avoir sur le jeune lecteur ces notions ? J’ose croire que l’on emporte avec soi une part de nos découvertes fictionnelles. Si l’on est touché l’espace de la lecture, si un lien empathique s’est créé, pourquoi se détricoterait-il  une fois le livre refermé, le film fini ? 

La continuité des mythes grecs vers des héros modernes ne se limite pas aux comics. Les mangas aussi ont puisé leur inspiration dans la Grèce antique. Saint Seiya ( Les chevaliers du Zodiaque ) en est un bon exemple. Les valeurs de fraternité entre les hommes, de sacrifice et de courage y sont portées par les chevaliers d’Athéna ( notion européenne, au Japon point de chevaliers mais des Saints, d’Athéna, car ils sont capables de miracles ).
Et on en est à pas moins de 7 séries différentes centrées sur les chevaliers sacrés ! Et lors d’une aventure propre au seul dessin-animé, Seiya et ses compagnons croiseront le fer avec les guerriers divins du royaume d’Asgard ! 







Enfin, comment ne pas parler de Dragonball qui puise une part de son inspiration dans des mythes asiatiques ( comme la légende du roi singe ) mais aussi dans la mythologie moderne des comics ? Les origines de San Goku ont bien trop de points communs avec celles de Superman pour que cela soit innocent. 

Et là aussi l’œuvre n’est pas dénuée de valeurs fortes comme le dépassement de soi, l'appel de l'aventure initiatique,le refus de renoncer et la protection des plus faibles face à des tyrans immoraux et prêts à tout !


Abordons le cinéma.
En tant que média de masses, il est peut-être le moyen d'expression moderne qui touche le plus de personnes sur la planète !
J’ai , par la bande, abordé le cinéma de super-héros, je n’y reviendrai donc pas. La mythologie, surtout gréco-romaine, a été une source d’inspiration pour le cinéma. Hercule a été le porteur d’un bon nombre de nanars italiens (conscients de leur non potentiel, les italiens font maintenant du cinéma sur les terrains de foot d’ailleurs ) et hollywoodiens. Plus récemment, nous pouvons signaler Le Choc des titans, son mauvais remake ( mais l’original ne volait pas déjà bien haut ) et sa suite La colère des Titans ou encore Immortals qui revenait sur l’histoire de Thésée. Mis à part une mise en image léchée ( les dieux et les créatures en jettent ), ces films sont loin d’être inoubliables.








Une saga moderne a pour elle d’avoir largement pioché dans les mythologies et leurs mécanismes sans que cela ne se ressente pour le profane. La saga Star Wars.

Il a bien longtemps, dans une galaxie lointaine, très lointaine…
Cette accroche est tout bonnement géniale. Elle contient en quelques mots tout l’apport du mythe que le spectateur est sur le point de voir : le mythe est souvent une histoire située dans un passé lointain et presque oublié et sa situation géographique est …exotique ! Quoi de plus ancien qu’une époque oubliée, quoi de plus exotique que des planètes inconnues ?  Tout, je dis bien tout, dans Star Wars est mythologique et brasse des figures connues et reconnues. Et les films ont beau être inégaux, les apports mythologiques ont toujours été traités avec soin car découlant non pas d’une volonté absolue de les inclure mais d’une connaissance encyclopédique sur le sujet.

Bien que, techniquement, les 6 épisodes d'origine sont l’histoire de la chute et de la rédemption de Dark Vador/Anakyn Skywalker ( sa chute renvoyant autant à Lucifer qu’à Icare), c’est le parcours de Luke Skywalker qui est le plus à même d’illustrer la puissance mythologique du récit ! La nouvelle trilogie semble lui offrir un nouveau rôle qu'il nous faudra découvrir dès l'épisode VIII en Décembre 2017.




Le héros des mythes commence son aventure en quittant son village, souvent poussé par un vieux mage. Il devra affronter des épreuves, apprendre la vie et revenir chez lui pour faire partager son nouveau savoir et changer les choses. Là, d’un coup, je viens de vous parler de Luke Skywalker, de Neo, de Frodon Saquet ( et de Bilbon tiens aussi ) ou encore de Jake Sully dans Avatar (mais je ne vais attaquer que Star Wars, qui est déjà un sujet vaste et que vulgariser ici m’ennuie un peu car c'est bien réducteur.Mais c'est un article, pas un essai ).

Luke va suivre le vieux sage Obi-Wan Kenobi ( une figure à la Merlin ou encore à la Gandalf le Gris ).
Obi-Wan "Ben" Kenobi est l’un des derniers chevaliers Jedi, versé dans l’art du contrôle de la Force. Luke est le fils d’un Jedi assassiné par un chevalier noir (vous sentez l’influence arthurienne ? ).
Tel un Siegfried de l’espace, Luke recevra l’épée de son père ( le sabre-laser pouvant être comparé à une épée magique, il est facile de relier tout ceci à Excalibur également ) et devra secourir une princesse en détresse. Si Siegfried terrassait un dragon pour sauver la dame, Luke prendra d’assaut l’étoile noire. Et ça, ce n’est que pour le premier volet de son aventure !





Dès L’Empire contre-attaque et jusqu’au Retour du Jedi, les influences deviendront plus subtiles et parfois plus empreintes de philosophies que de mythologies. Yoda est une sorte de farfadet nordique qui a fait le tour de bien des questions (normal, en 900 ans ont a le temps de se pencher sur plein de chose ). Il est sans doute le personnage de la saga le plus marquant, ses remarques philosophiques étant simplement émises et font souvent mouche :
«  Regarde moi, est-ce par ma taille que tu peux me juger ? Et bien tu ne le dois pas.», les apparences sont trompeuses et il faut voir avec ses yeux comme avec ses facultés mentales et spirituelles.



«  Un grand guerrier ? Mmmm, personne par la guerre ne devient grand ! » , cela se passe de commentaire, je tomberais dans le pathos.

« Toujours en mouvement est l’avenir ! » ; contrairement à Vador qui serine à Luke « Tel est ton destin ! », Yoda offre une vision opposée : nul destin n’est scellé , il n’y a de destin que ce que nous faisons de nous-mêmes ( James Cameron ). Vador le redécouvrira d’ailleurs et le payera de sa vie.

Obi-Wan était décrit comme un guerrier vieillissant au service d’un idéal juste, il était d’ailleurs général lors de la guerre des clones. Yoda apporte plus de perspectives au rôle d’un chevalier Jedi. Les techniques de guerre doivent être apprises pour le seul fait de les connaître et pour se défendre face à ceux qui les emploieraient pour l’agression. Yoda, dans les films centrés sur Luke, n'apparaîtra d'ailleurs jamais l'arme à la main : " Tes armes, tu n'en auras pas besoin..." dit-il à Luke avant une épreuve. Luke ne l'écoute pas et échouera.L'expérience de la vieillesse est bien souvent ignorée par la jeunesse qui doit faire ses propres expériences et poser ses propres choix..

Le manichéisme tend à s’estomper. Y compris en la personne de Dark Vador qui se révélera être le père de Luke. Le personnage le plus noir de l’histoire du cinéma de l’époque va devenir le sauveur de la Galaxie : c’est bel et bien lui qui tuera l’Empereur, le maître du côté obscur ! Soudain, il devient un être habité par le conflit entre les forces de la lumière et des ténèbres et il placera l’avenir de son fils au dessus de ses désirs tyranniques.Ses méthodes resteront le meurtre...appliqué à la défense légitime de son enfant, le dernier lien avec son humanité qu'il croyait perdue.



L’Empire, puise son imagerie dans un mythe plus récent. Un épisode de l’histoire moderne que l’humanité a tellement assimilé au mal absolu qu’il en a été en partie mythifié : les nazis. Les uniformes des officiers impériaux ressemblent énormément à ceux des officiers de la S.S. Tout comme l’Allemagne, l’Empire s’est armé en dépit des traités, etc… On notera même une sorte de xénophobie,ils sont tous blancs et il n’y a aucuns non-humains dans les rangs impériaux ! Et les rares aliens appelés en renforts sont extrêmement mal vus . L’alliance rebelle, elle, regorge d’extra-terrestres dans ses rangs ! L’image a bien fait passer les différents discours des deux camps en faction !

Lorsque Luke regagne enfin les siens, il est le dernier des Jedi. Ou plutôt, n’est-il pas le premier des nouveaux ? Son apprentissage va changer le statu-quo de la Galaxie ( de son monde ) mais aussi de son Ordre et devrait profiter à tous : à la Nouvelle République à naître qui pourra s'appuyer sur des nouveaux Jedi mais surtout aux futurs nouveaux Jedi à qui Luke apportera une vision moins dogmatique : l'attachement personnel qui le lie à son père ne le mènera pas sur le chemin du côté obscur, c'est même tout l'inverse qui se produit.
Les nouveaux Jedi seront moins limités que les anciens. Cela ouvrira diverses voies dans l' univers étendu de Star Wars (les comics, les romans, les Jeux Vidéos ) : la possibilité de se marier et d'avoir des enfants pour les Jedi, l'émergence des Chevaliers Impériaux (chevaliers entraînés à obéir, ce qui les rend moins tentés par le côté obscur, et dévoués à un homme et non à un côté ou l'autre de la Force) un siècle et demi plus tard, etc... Le rachat de la licence par Disney et la mise en chantier de nouveaux films vient créer une ligne du temps parallèle à toutes ces histoires annexes.


Mara Jade, la "main de l'Empereur" a été le prototype des chevaliers impériaux si l'on y fait attention.

Luke Skywalker et Mara Jade-Skywalker, sa femme. L'amour commence toujours par une dispute.

Groupe de chevaliers impériaux, 150 ans après la mort de Luke Skywalker.


Luke et la famille Skywalker n'est plus au centre de l'histoire. Star Wars explore une nouvelle direction.

Le héros, pour celui qui n’est pas apathique, est une figure forte et inspiratrice. C’est une métaphore de ce à quoi nous pourrions prétendre si nous poussions certains traits de caractère à leur apogée et si nous en délaissions (ou du moins si nous voulions bien en amoindrir) quelques uns moins glorieux. Et s’ils arrivent à faire passer ne fut-ce qu’une once aussi petite soit-elle d’eux-mêmes dans l’esprit des lecteurs, alors leur existence fictionnelle aura servi à autre chose qu’à amuser le public…elle aura participé à sa construction. Pour le meilleur espérons le, il y aura toujours des gens pour penser qu’Hannibal Lecter fait un boulot formidable…


Ils sont capables de grandeur, Kal-El, ils en ont la volonté. Il ne leur manque que la lumière pour les guider. Plus que toute autre raison, c'est pour leur capacité au bien que je t'ai envoyé parmi eux. Mon fils unique.

Tu donneras aux peuples de la Terre un idéal à atteindre.Ils se rueront sur tes pas, ils trébucheront, ils tomberont. Mais le moment venu, ils te rejoindront dans le Soleil. Le moment venu, tu les aideras à accomplir des miracles.