samedi 15 juillet 2017

Divine hérésie.

Jason Aaron et R.M Guera refont équipe après le récit policier tendu et à tiroirs qu’était Scalped.
Leur nouveau jouet commun, The Goddamned , se place dans une catégorie totalement différente.
Catégories plutôt car Jason Aaron ne se contente jamais de rester dans la même veine au sein d’un récit, mêlant les sous-genres d’un genre (oula, ça va , vous suivez ? ) allègrement pour surprendre le lecteur et s’amuser à l’écriture.
Blasphématoire et foncièrement hérétique.

1600 ans après le départ forcé d’Adam et Eve du jardin d’Eden ( une sombre histoire de pomme et de serpent qui parle…m’est idée qu’on savait en fumer de la bonne là-bas ), un homme arpente le monde. Il vient de se réveiller dans une fosse à merde, jadis point d’eau potable d’une tribu qui n’a rien trouvé de mieux que de saloper l’endroit.
Peu jouasse, notre dormeur du val pollué va se rendre au cœur de la tribu des osseux, un clan qui pensait lui faire facilement la peau. Mais il a le cuir solide et le leur est sur le point de se retrouver troué.

Vivant de la violence, pour la violence, l’homme avance, seul. Il est marqué à jamais : dans un monde où règne le chaos et les blessures, il ne porte aucune cicatrice. Une marque invisible vue de tous, une marque qui le place en dehors de l’humanité. Il est Caïn, il a inventé le meurtre et Dieu l’a puni pour cela. Il a vu le paradis, il a vu le monde beau. Et ensuite, l’humanité a détruit le monde. Mais cela ne le regarde pas, n’est-ce pas ? Lui, tout ce qu’il veut, c’est mourir, enfin. Alors il marche, à la recherche d’une faille dans la logique de ce divin enculé qui l’a maudit à jamais. Il finira par croiser Noé, bigot dévot qui rase le bois de la planète pour construire une arche en vue de survivre à un déluge qu’il annonce. La rencontre ne se passera pas pacifiquement.



Athée depuis des années, Aaron a été élevé dans la foi baptiste. Il est resté fasciné, ce sont ces mots, par les thèmes de la religion chrétienne et la foi. Fasciné, mais pas complaisant. Fonçant tête baissée dans le monde tel qu’il aurait été selon les théories bibliques et les créationnistes , Aaron ne se prive pas de faire vivre les humains décadents que le Tout-puissant veut faire partir en tirant la chasse de ses grosses toilettes ( donc oui, si Dieu existe, la Terre est son égout, pensez un peu à ça ) avec des espèces rappelant nos bons vieux locataires de Jurassic Park.




Plaçant son récit dans un désert total, le scénariste joue autant sur le terrain de Conan que de Mad Max (l'intrigue peut autant se dérouler loin dans le passé que dans le futur, sans vrai rappel temporel ), lançant un héros solitaire qui a tout perdu dans un espace où les restes de la civilisation se disputent les maigres ressources disponibles.
La loi du plus fort prévaut et Noé nous apparaît sous des traits bien plus dégueulasses que dans le film puant de Darren Aronofsky (étrangement, la bande-dessinée tirée presque du même scénario est bien différente dans la nuance et reste agréable, comme quoi...) dont le héros interprété par Russel Crowe passerait presque pour un humaniste à côté de celui qui nous occupe ici : violent, sûr du divin  consentement en ses actions, aveuglé par sa foi.
Difficile de ne pas voir les parallèles entre ce monde et le nôtre lors de la lecture. Un monde tellement perverti que même la rare beauté devient sauvage et ivre de sang, à l'image de ce paon avide de chair fraîche croisé le temps d'une page.
La nature devient aussi folle que l'humanité dès lors que même les loups se dévorent entre eux.



Odyssée barbare érudite, sanglante et désespérée, les aventures de Caïn sont un coup de poing dans la gueule, un coup de gueule contre le monde, un monde dévasté et ravagé par la bêtise et la crasse. La cruauté se cache partout, l’espoir nulle part.
À l’est d’Eden, rien de nouveau, tout est moins beau.
Les similitudes entre le récit et d’autres archétypes venus de genres différents s’entrechoquent comme les lames sur les os des victimes de raid, un héros détaché voire cynique, figure du héros solitaire qui se trouve une conscience (avant de la reperdre ? ) , des seigneurs de guerres tout-puissant mélangeant religion et voie guerrière ( Daesh, Immortan Joe…) qui imposent leurs vues par la guerre , le viol et l'esclavagisme.
Les couches du récit sont nombreuses. Comme un oignon.

Les dessins de Guera viennent encore plus accentuer l’horreur de l’endroit, son style étant taillé pour saisir les traits grossiers de la misère et de la déchéance mentale et physique des protagonistes et de leurs habitats. On peut presque sentir l’odeur de merde et de pisse en regardant trop longtemps les cases. Elle s’insinue jusque dans notre cerveau.

Nourri d'influences diverses, la série convoque tout autant La Genèse que les codes du western pré-historique et du récit post-apocalyptique. Un grand écart épatant qui donne envie de voir où l'équipe va nous emmener. Et quand, la bête étant en hiatus à durée indéterminée aux USA.

50 shades of light.

Alors que le BDSM a fait une entrée fracassante dans la culture populaire par le biais d’une littérature au rabais et de films moins palpitant qu’un porno sous Xanax ( oui, 50 nuances d’engrais, je pense à toi ) , il a aussi perdu en chemin ce qui le caractérise, ne laissant qu’une vision expurgée capable de plaire à la ménagère de plus de 55 ans et aux midinettes. Quelque chose de lisse, consensuelle et incapable d’être un tant soit peu transgressif. Il faut que les gens qui se sentent normaux puissent s’encanailler sans se sentir déviants ou sales.

Dieu merci ( c’est une expression, je suis athée ) , à quelque chose malheur est bon. 50 shades a ouvert une porte et au milieu de ses clones dégénérés, quelques œuvres ont pu se faire éditer…tout en ne tombant pas dans les pièges évidents dans lesquels s’est vautrée la littérature érotique à la mode actuellement. Sunstone est de celles-ci.

Stjepan Sejic est un dessinateur d’origine croate qui s’est fait connaître outre-atlantique par son travail sur le comic book Witchtblade (un seul tome de son travail sur la série a été édité en VF, la série n’ayant jamais réussi à décoller sous l’égide de Delcourt qui a pourtant tenu bon autant qu’il pouvait).  Mais l’homme est aussi connu sur deviantart où il publiait un comic , Sunstone donc. Image Comics lui a proposé de le publier en album et Sejic a commencé à retravaillé ses dessins pour les caller sur un modèle de parution livresque.

C’est donc l’histoire de Lisa et Allison, deux fans de BDSM qui se rencontre pour la première fois après des mois d’échanges sur le net. Lisa est une soumise, Alli est une dominatrice. Tout devrait bien se passer non ?
Et c’est là que la surprise survient. Loin de nous vendre un porno, Sejic nous offre…une belle histoire d’amour. La première rencontre ? Mais que ça soit pour du BDSM ou pas, ça reste un premier rendez-vous, avec ses questionnements, ses craintes, ses espoirs. Lisa et Alli se posent des questions sur elles-mêmes, sur l’autre, sur ce qu’il faut faire, ne pas faire.






Et passent à l’acte. Loin de l’imagerie à peine osée d’un Christian Grey et de son comportement abusif ( vous connaissez la blague comme quoi si il était moche, pauvre et vivait dans une caravane ça serait un épisode d’Esprit Criminel ? Et bin, c’est pas une blague ) , Sejic convoque l’imagerie BDSM-latex, baillons, etc… en indiquant tout ce que cela représente pour les personnages. Il s’agit d’un jeu de rôle et non d’un style de vie tout court. Les protagonistes sont d'ailleurs très bien dans leurs têtes vis-à-vis de leurs désirs et fantasmes. Et un peu paumé quand on arrive sur le terrain des sentiments ( ah, ces humains...)
Peu avare en images sur le sujet, Sejic ne convoque jamais le spectre de l’excitation facile. Sous un vernis hardcore, se cache en fait un érotisme féroce, agréable à regarder mais pas à reluquer. Les atermoiements érotiques se placent dans une configuration de vie de tous les jours, moments récréatifs au milieu des relations humaines qu’entretiennent les personnages.




D’abord très centré sur Lisa et Alli, la série s’ouvre au fil des tomes sur toute une galerie de personnage attachants, tous différents, si ce n’est leur goût pour le BDSM. Leur lieu de rencontre privilégié étant la boîte le Crimson. Enlevez la couche coquine, et on se retrouve dans Coupling, ou dans une moindre mesure dans Friends.
Le BDSM est ici un décor abordé sans condescendance mais ne constitue pas le cœur de l’intrigue. Non, l’intrigue se construit sur la base des psychologies solides des personnages, de leurs choix, de leurs conneries et de leurs facultés à apprendre de leurs erreurs, ou non.  Une comédie romantique solide, jamais cul-cul ( mais un peu cul quand même ) et terriblement attachante ( avec des nœuds, si possible ).

4 tomes disponibles en VF, le numéro 5 sort fin Août.

mercredi 12 juillet 2017

Bat-family business.

James Tynion IV est un auteur de comics poussé par son mentor, Scott Snyder. Il lui a offert de coécrire certains épisodes de Batman, certains back-ups et de participer aux séries hebdomadaires Batman Eternal  et Batman & Robin Eternal. Des sagas ambitieuses mais un peu longuettes. C’est aussi lui qui a commis Batman/NinjaTurtles. Bref, pas le gars dont on attend le travail avec
impatience…

Jean-Paul Valley, alias Azrael est attaqué par Batman dans la cathédrale de Gotham. Le combat est peu équilibré, Jean-Paul se faisant dézinguer comme c’est pas permis. Soudain, l’ombre noir de la chauve-souris décide de fuir suite à une alarme dans son masque high-tech. Cette alarme ? Batman lui-même…quelqu’un se faisait passer pour lui a attaqué Azrael et le match était filmé par un drone.
Deux jours plus tard, Bruce décide de recruter une petite équipe et de la former avec l’aide de Batwoman, alias Kate Kane, sa cousine du côté de sa mère.




Soit Tynion IV a engagé un ghost writer, soit il prend de la coke. En tout cas, le boulot qu’il fourni ici est en tout point excellent. Il signe peut-être même une meilleure série que Batman avec ce Detective Comics , titre de la première revue à avoir accueilli l’homme chauve-souris en 1939 !

Qui est derrière ce faux Batman ? Pour quels motifs ? Voila bien des questions et je vous encourage à aller chercher les réponses dans cet excellent album. Mais diantre, voila que cela ferait une bien courte critique n’est-ce pas ?



Alors, à part une grande menace, qu’est-ce qu’on a à se mettre sous la dent ? Et bien, outre une intrigue principale menée tambours battant, Tynion IV nous offre une série de personnages ! Batman, personnage perçu essentiellement comme un solitaire , est une image d’Epinal. Bruce Wayne est avant tout un homme blessé, hanté par le fait d’avoir perdu sa famille. Très vite, il s’en créera une de substitution en adoptant Dick Grayson, le premier Robin devenu aujourd’hui Nightwing. Viendront s’ajouter Jason Todd et Tim Drake. Avant que Talia Al Ghul ne lui avoue lui avoir caché son fils, Damian, l’actuel Robin ( qui a quitté les bat-séries pour rejoindre les Teen Titans, dommage ).

Batwoman, pour ceux qui l’ignoreraient, est la cousine de Bruce Wayne, la nièce de Martha Kane, épouse Wayne. Ce fait, souvent cité mais peu exploité, est ici au centre de l’intrigue. Car ces deux-là ont bien des points en communs. Des fêlures et des blessures similaires ; des moyens de guérisons qu’ils ont choisi d’arpenter seuls (ou presque : Bruce a Alfred, Kate avait son père, le colonel Jake Kane ). Voie qu’enfin un scénariste les réunit pour en faire une relation forte est non seulement une bonne chose mais également une chose bien écrite. On frôle rarement le pathos «  à l’américaine » et il n’est jamais étiré comme au cinéma ou les séries un peu trop lisses.



Ensuite, Tynion IV réintroduit des éléments qui avaient disparu de la continuité officielle. Cela semble sortir de nulle part mais tout se goupille pourtant avec facilité dans le bat-verse : Tim Drake, Red Robin, est de nouveau en couple avec Stéphanie Brown,Spoiler. Leur relation d’ados n’est absolument pas calquée sur Dawson et autres conneries du genre : ils sont ados mais intelligents, matures.

Les relations au sein de cette bat-famille réduite sont au cœur du récit, ce qui renforce d’autant plus l’adhésion du lecteur à l’histoire narrée. Mieux, en insistant là-dessus, Tynion IV arrive à faire passer le fait que ce bat-titre est plus centré sur le supporting cast que sur Batman ! Batwoman tire la couverture mais ce serait mentir que de dire que les autres n’existent pas, même si Cassandra Caine (Orphan) et Gueule D’Argile (oui oui, vous lisez bien…un choix intrigant mais payant ! ) ne sont pas encore pleinement sous les projecteurs.  Peut-être que cela aurait alourdit le récit mais avec une structure de famille destroy, introduire Damian Wayne et Harper Row dans l’équation aurait fait sens.





Niveau dessins,vu le rythme bimensuelle du titre aux USA, ce sont les dessinateurs Eddy Barrows et Alvaro Martinez qui se relayent. Leurs styles ne sont pas trop dissemblables et il n’y a donc pas de vraies ruptures graphiques ( contrairement à Batman par exemple ). Les cases profitent d’un bon stiry-telling et les dessins assez réalistes sans taper dans la décalque de photos permet de se plonger dans le récit.

Bref, Batman Detective Comics est , pour l’instant, la meilleur Bat-Série publiée en VF par Urban comics. Foncez !

dimanche 9 juillet 2017

The Island.

Alex Nikolavitch est : traducteur ( surtout pour les comics), scénariste de bande-dessinée ( voire ici ) , essayiste et depuis peu, romancier. Son second roman ( oui, je sais : j’ai pas chroniqué le premier. Et ta sœur, elle bat le beurre ? ) , publié chez Les Moutons Électriques est sorti il y a peu.

Les rues de New-York sont un endroit à nul autre pareil. Il n’y a que là-bas que vous pourrez croiser un étrange marin semblant tout droit sorti d’une couverture de livres pour la jeunesse se balader à la recherche d’herbes « médicinales » particulières. C’est aussi dans ces rues que les flics chassent les truands. Et quand le big boss d’un gang prend en chasse notre matelot c’est tout naturellement qu’un flic entre dans la danse. Une flic à dire vrai, Wednesday. Et par un tour de passe peu catholique et fort brumeux, notre petit trio se retrouve…sur une île exotique qui semble un peu trop familière à n’importe quel fan de Disney ou de Steven Spielberg.



Nikolavitch convoque, vous l’aurez compris, le petit monde de l’île de Neverland, à savoir le Pays Imaginaire de Peter Pan inventé par Barrie, pas le parc d’attractions personnel de feu Michael Jackson. Jouant avec les archétypes que nous connaissons et n’hésitant pas à en proposer d’autres, l’auteur nous plonge dans un univers que nous connaissons au moins tous de loin et dont certains repères nous sont familiers. Mais il ne fait pas que nous lancer dans un monde connu : il tord certains concepts, en fait évoluer d’autres, etc…

Le récit a cela d’original qu’il suit essentiellement l’histoire croisée de trois personnages, le fameux capitaine au Crochet et son ennemi volant se retrouvant n’être que des seconds rôles. Et nos trois larrons ont des motivations et des plans bien à eux, des plans qu’ils veulent absolument mettre en branle et vite. Le rythme se retrouve donc assez soutenu dans ce court roman qui n’oublie pourtant pas de donner un background suffisant à ses personnages pour que le lecteur ne lise pas le récit de coquilles vides.
Et en plus de ça, c’est bien écrit et difficile à lâcher.

mercredi 21 juin 2017

I am Gotham

C’est l’heure du grand chambardement chez DC comics (enfin,en VF. Aux States, c’est arrivé il y a quelques mois déjà).  Toutes les  séries de l’éditeur ont été revues (ou relancées pour certaines, comme Nightwing) et affublées d’une nouvelle équipe artistique. Et pour que les lecteurs aient leurs doses, plusieurs titres sont devenus bimensuels, rien que ça.

Batman n’échappe pas à la chose et la série éponyme se voit relancée sous la houlette de Tom King au scénario, épaulé par David Finch aux dessins ( du moins en grande partie : difficile de tenir le rythme de plus que 40 pages dessinées par mois sans aide de temps en temps).

Batman, jusqu’ici, était le titre jalousement supervisé par Scott Snyder. Ce dernier aide d’ailleurs Tom King lors du premier chapitre du tome 1 VF puisque Urban en profite pour relancer la série sous un autre titre pour bien différencier les deux périodes.Et même sous un format un peu plus grand que le format comics habituel. Et mine de rien cela accroît le plaisir de lecture.

Difficile de dire, lors de ce premier épisode qui écrit quoi mais la nouvelle version de Julian Day, L’Almanach, sent le Snyder à plein nez tant le concept à été pousser du côté du fantastique horrifique (et que la menace qu’il a lancée sur Gotham rappellera le run de Scott Snyder ). Mais cet épisode met aussi en place une partie du décorum que Tom King va utiliser et faire vivre.

Soucieux de récupérer (et de rendre) des jouets en ordre de marche, cet épisode règle quelques questions et menus détails comme la fortune de Bruce Wayne qui lui est restituée ( de manière facile cela-dit). Batman est avant tout un concept et Snyder avait déjà remis pas mal d’ordre dans son tableau de jeu avant de rendre les manettes.



Cet interlude introductif (notez les concepts que j’emploie quand même ) passé, King est seul aux commandes du bat-plane, et il va le faire aller à toute vitesse et à travers pas mal de turbulences. Et au final,c’est peut-être la seule chose à lui reprocher. Son rythme ultra-soutenu, certains enchaînement se font sans crier gare , mais non sans logique , et quelques dialogues qui devraient être dramatiques au possible sonnent creux.
L’intrigue pourtant  se suit avec un pied terrible : un avion va se crasher sur Gotham, Batman va donc tenter de l’en empêcher alors que les supers-héros plus aptes à gérer sont indisponibles ( pas de bol, la Justice League semble faire la nouba sans inviter Bruce…sympa les mecs ). C’est alors que surgissent deux nouveaux héros calqués sur Superman et sa cousine : Gotham et Gotham Girl. Et leur arrivée marque le double-sens du titre ( qui semble être une habitude récurrente quand l'on connait les titres des prochains arcs narratifs et un peu leurs contenus ).




C’ était casse-gueule : tant les looks et les noms de codes font cheap, l’originalité des pouvoirs est inexistante…et pourtant, ça marche. La venue de deux héros supplémentaire permet à Batman de penser à sa succession, de ne plus porter un énorme poids (et de potentiellement éviter à ses enfants de le porter plus tard ? ) . Tom King gère bien l’arrivée de nos deux larrons en les confrontant à des lieux communs du héros gothamite , comme une rencontrer avec James Gordon, un brin blasé.
Bien entendu, Batounet ne va pas leur faire confiance à 100% et une partie de l’album sera consacrée à sa petite enquête sur qui sont nos deux samaritains.



Parallèlement, une série de morts étranges secouent la ville,et le pourquoi du comment aura des répercussions importantes et mortelles. La fin de l’album offre des réponses et soulève ensuite quelques questions. Mais King gère très bien son histoire et semble savoir où il se dirige sur le long terme. Il distille des infos sur le futur de son héros et donne envie de savoir comment on va en arriver là. Il introduit un nouveau casting principal (enfin presque, Duke Thomas étant une invention de Scott Snyder quand même ) et offre souvent des dialogues savoureux entre les habitués : Alfred est impayable et ironique, Bruce un peu moins coincé. La caractérisation des personnages est une vraie réussite et ce malgré ce que je pointais plus haut, des dialogues parfois creux mais avec un fond qui lui ne l’est pas.


Aux dessins, on retrouve principalement David Finch. Un habitué de la chauve-souris mais qui a affiné un peu son style. Il est plaisant de voir un artiste compétent mais trop peu attentionné enfin se décider à étaler son talent sans ses errements habituels, il y a une vraie évolution de son trait mais nul doute qu’il est bien aidé par l’encrage et la mise en couleur. Finch se partagera la tâche avec Mikel Janin en raison de la cadence de sortie du titre : deux fois par mois, c'est presque impossible de tenir le rythme et la qualité picturale. C'est d'ailleurs Janin qui ouvre l'album avec l'épisode centré sur Julian Day. Nous le retrouverons aux commandes des cases du tome 2 : Je suis suicide.


Batman Rebirth est donc une réussite. Pas totale car King a tendance à vouloir aller un peu vite mais le résultat est frais, bouscule un peu les habitudes de la chauve-souris et accroche son lecteur. De plus, le rythme bimensuel assure des sorties moins sporadiques du côté de chez Urban qui dispose de plus de matériel. Nul doute que la suite devrait arriver dans trois à quatre mois maxi. Vivement !

samedi 3 juin 2017

Lève-toi et marche.

Lazarus, comic book scénarisé par Greg Rucka et dessiné par Michael Lark, en est déjà à son 5éme tome en VF chez Glénat Comics. L’occasion de pointer l’une des meilleurs séries actuelles,et que l’on pourrait presque qualifier de Game of Thrones de SF.

Greg Rucka est un connu dans le petite mondes des comics pour aimer écrire sur des héroïnes fortes aux personnalité complexes( Batwoman, Renée Montoya également dans le bat-verse, Wonder Woman, Tara Chace de la série Queen & Country ) allant parfois jusqu’à recycler ses recettes ( femmes fortes lesbiennes et fumeuses).

Lazarus se concentre , du moins au début, sur Forever « Eve » Carlyle, jeune femme de 19 ans, véritable machine de guerre qui ferait pisser dans son froc un terminator doté de toutes les options.  C’est que Forever évolue dans un monde futuriste dystopique où les états sont tombés et où les riches entreprises ont pris le relais. Le monde est désormais entre les mains de plusieurs familles au sommet de la chaîne (de production) alimentaire. Les Carlyle dirigent une bonne partie de l’Amérique du Nord. Chaque famille a ses alliances et conflits ouverts ou larvés. Mais surtout, chaque famille possède un Lazare, un guerrier boosté à divers technologies et qui sert à la fois d’émissaire, d’ambassadeur, de défenseur à son clan. Il est celui qui se lève et marche vers l’ennemi.
Forever est de ces êtres particuliers. De tous les enfants de son père, elle est la seule à avoir été créée en labo, la famille Carlyle étant spécialisée dans la recherche génétique quand d’autres sont au top de la mécanique, etc…cela a bien entendu un impact sur la façon dont leurs Lazares sont boostés.

Le premier tome de la série commence In Media Res. Pas d’exposition artificielle, en plongeant le lecteur au cœur de l’action, Rucka l’amène à comprendre les tenants et les aboutissants d’un monde plus déréglé socialement que jamais. Métaphore autant que mise en garde sur ce qui nous pend au nez. Même les concepts de SF proposés ne relèvent pas du capilotracté absolu. Tout est subtilement mis en place pour que le lecteur trouve vite des repères (semi)familiers pour progresser dans ce nouveau monde où l’on ne compte même plus les années depuis JC ( là encore, l’on induit un nouvel évènement paradigmatique tout en évitant de citer une date qui pourrait se révéler obsolète quand l’on y arrivera ).



Par le truchement d’une mission somme toute simple en apparence, Rucka va dévoiler comment ce monde fonctionne, établir les liens entre les familles dirigeantes et leurs domaines de compétences ( les Carlyle sont les as de la génétique et vivent plus longtemps, tout en restant jeunes plus longtemps : 60 ans et en paraître 30, c’est pas beau la vie de riches enculés ? Les Morray c’est le (bio) engineering. ) Ils dévoilent aussi comment les populations sont vues et utilisées : outre la famille, les personnes se divisent en serfs ( qui ont une utilité ) ou les déchets. Mais des procédures permettent parfois aux déchets de devenirs des serfs ( car un déchet, par définition, peut parfois se recycler ).  Notons que la séparation entre diverses couches de la société peut changer selon le territoire ( citoyens/non-personnes).

Au fil des tomes, bien sûr, Rucka va dévoiler de plus en plus ce monde, mais, contrairement à la célèbre série HBO, le multi-échiquier est peu montré. La série ce centre surtout sur la famille Carlyle et ses opérations, et sur Forever en particulier. Une famille loin d’être parfaite tant les rapports de force et de pouvoirs semblent les lier plus que les liens d’amour. À tel point que l’on se met souvent à douter de l’attachement du père de Forever envers sa fille : est-ce une affection sincère ou un moyen de contrôle de sa créature ? Difficile à dire (et c’est tant mieux ).




Rucka convoque autant l’action pure, l’espionnage de salon et sur le terrain, les relations familiales emprunte de soap opera géré avec doigté que les questionnements éthiques et moraux. Petit à petit, la série s’ouvre à d’autres personnages, enrichissant le casting et offrant un regard hors-famille sur le monde du futur.

Politic fiction de haute volée, Lazarus est aussi une œuvre plaisante à lire de par son rythme soutenu sans être précipité.




Aux dessins, on retrouve Michael Lark qui avait déjà travaillé avec Rucka sur Gotham Central avant de suivre Ed Brubaker sur Daredevil. Lark possède un trait réaliste et détaillé. Son découpage des cases en fait un as du story-telling ( c’est agréable à regarder et à suivre ). Bref, l’artiste est au diapason de son scénariste et nos deux larrons nous livrent une série où absolument rien n’est à jeter.

Notons que la traduction en VF est assurée par Alex Nikolavitch, un vieux briscard de l’exercice qui possède en outre une énorme culture générale et scientifique. Ce qui lui évite de tomber dans les pièges des faux-amis sur les termes techniques pointus employés ici. Glénat Comics propose la série dans un format un peu plus grand que le format comics et cela est fort appréciable pour profiter des dessins de Lark.

Un sans faute.  Si ce n’est le délai assez lent de parution des numéros outre-atlantique : de deux tomes en VF l’année de son lancement, Lazarus est retombée à un tome par an. L’occasion de relire la saga avant chaque tome histoire de se faire plaisir et de se remettre en ordre les pièces du jeu dans sa tête.

lundi 22 mai 2017

Space Opera

On continue nos aventures spatiales signée Mark Millar avec Empress , un délire aux confluents de deux entités supposément hétérogènes : Star Wars et Star Trek ! Ah zut, j’en vois déjà qui foutent le camp. Mais hé ho, ces deux productions ne sont pas le mal satanique hein ! Logique pourtant, après avoir joué avec Flash Gordon qui était une inspiration pour George Lucas.

Empress…Impératrice en anglais. Et en voyant la couverture, l’on pourrait être tenté de penser que la-dite Impératrice est une maléfique créature qui va faire passer Cersei Lannister pour une bisounours. Que nenni, il s’agit du look que son tyran de mari aime lui faire porter, car il est très méchant vous voyez et il se dit que sa reine l’est aussi et l’aime pour sa cruauté ( comment pourrait-il en aller autrement ? Il est le roi de la planète Ter et elle l’a épousé non ? ). Sauf qu’Emporia, c’est son nom à notre souveraine a des enfants et qu’elle ne peut plus vivre cette vie de luxe basée sur la mort et l’absence de liberté. Elle élabore alors un plan d’évasion avec l’aide de son garde du corps, le capitaine Havelock. Et c’est là que les emmerdes commencent !

Comme je le disais dans l’article précédent ( ici ) , Mark Millar aime les histoires à concepts et les tordre un peu. Ici, les influences qui le poussent dans son écriture sont flagrantes MAIS ne ferons jamais décrocher le lecteur en se disant «  Hé, mais c’est « machin » ce tuc ! ». Bref, un empire du mal, une souveraine en fuite, un père maléfique qui veut récupérer ses enfants , un vieil homme rompu à l’art de la guerre et deux sidekick improbables, ça peut faire penser à Star Wars. Mais en lieu et place d’une Galaxie lointaine il y a très longtemps, Millar choisit de garder le très longtemps ( 65 millions d’années tout de même ) mais de choisir une planète très proche : la nôtre. Il situe son histoire sous l’ère des dinosaures, prétextant qu’avant nous, d’autres civilisations ont vu le jour.





Dès lors que nos larrons quittent la planète Ter , ils sont recherchés. Mais c’est sans compter sur les capacités de Havelock a anticipé et retourné les situations en sa faveur. Et c’est un peu là le problème. Au milieu des tonnes de concepts de SF que ne renierait pas Star Trek (un peu moins Star Wars qui reste un uninvers monde quand Star Trek est centré sur la découverte de nouvelles races et civilisations toujours plus barrées les unes que les autres ), l’expédition se montre dangereuse, palpitante mais rarement emplie d’un suspense insoutenable. Néanmoins, les retournements de situations, nombreux, et leurs résolutions toujours fun et surprenantes mais pas vraiment sorties de nulle part, font que le récit nous emmène là où l’auteur le veut sans qu’on ne lâche jamais le livre.  Millar dispose ses pions et ses idées en amont avant de les exploiter comme on ne le suspectait pas. Pas les twists du siècle mais efficaces .
Le rythme rappellera le premier Star Trek réalisé par J.J Abrams dont l’énergie donnait l’impression d’assister à une seule très longue séquence. Le point négatif, écueil qu’évitait Abrams ‘d’ailleurs, c’est que les personnages sont cantonnés à leur plus simple expression : le bébé est un bébé, le capitaine volontaire est un capitaine volontaire, le petit génie est géniale et la fille rebelle et guerrière est surtout inquiète des raisons de la fuite de sa mère (envie de voir ses enfants vivre autrement ou prétexte pour se faire son garde du corps ?) . Si Millar ne révolutionne pas le space opera avec son histoire, force est de constater qu’il nous en donne pour notre argent sans nous prendre pour des cons ( ce qu’il avait tendance à faire il y a quelques années en ne bossant pas assez ses scripts : Kick-Ass anyone ? )


En haut, Empress, en bas Star Trek.

Aux dessins, on retrouve Stuart Immonen, l’homme qui a évolué ces dernières années vers un style de dessin un peu différent de ses débuts mais qui portent toujours sa patte ( et oui, c’est faisable ). Entre un trait réaliste et un brin cartoonesque, Immonen se lâche sur les design de SF : costumes ( qui rappellent un peu son passage sur X-Men avec les nouveaux uniformes stylés qu’il avait conçu ), armes et vaisseaux spatiaux. C’est que le bougre sort juste d’une collaboration avec Jason Aaron sur le comic book Star Wars où il avait fait des miracles visuels. Ses créatures, ses machineries respectaient le cahier des charges Star Wars tout en apportant des visions neuves sur un univers que les fans connaissent par cœur. Sérieusement, il faudrait l’engager sur les prochains films !


Je ne résiste pas à vous monter sur travail sur la série Star Wars. Série que je vous conseille d'ailleurs tant le scénariste Jason Aaron s'amuse à reprendre l'ADN de cette saga , à le triturer un peu ( il est limité par la continuité ) et à mixer divers genres dans ses histoires.


Empress est une aventure spatiale et martiale extrêmement agréable à lire malgré un manque de caractérisation des personnages. La fin ouvre la voie vers de nouvelles aventures, espérons qu’elles arrivent vite et soient tout aussi bonne tout en corrigeant certains défauts de l’ensemble. Mais in fine, il serait dommage de se priver d’un comics aussi bon.

dimanche 21 mai 2017

Planet Opera.

Duke McQueen est un garagiste ayant entamé sa soixantaine. Veuf et isolé, ses enfants adultes étant
trop occupé à vaquer à leurs vies qu’à s’occuper d’un père qu’ils jugent au mieux embarrassant, Duke ressasse sa vie passée. Ses moments de bonheur avec sa femme avant son cancer, ses heures de gloire passées quand il était pilote pour l’Air Force. Ses aventures chez les Aliens de la planète Tentale.
Disparu quelques temps au cours d’une mission, Duke est revenu avec des histoires fantasques plein les poches. Histoires que personne n’a crues ( sauf Jo, son épouse), à commencer par ses marmots. Moqués par ses voisins, perdus dans ses souvenirs, Duke attend la mort.
C’est alors que le passé resurgit.
Non, McQueen n’est pas un vieillard sénile au cerveau en éponge ayant absorbé trop de récits de SF pulp , il a vraiment sauvé une planète de la tyrannie. Et le jeune homme dans le vaisseau spatial qui vient d’atterrir dans son jardin a besoin qu’il le refasse, encore une fois. Mais Duke est-il encore un héros apte à l’action ?


Mark Millar est un scénariste écossais ayant l’habitude de faire du comics à concept. Il doit néanmoins sa notoriété à des séries écrites pour les deux gros éditeurs que sont DC et Marvel Comics : The AuthorityThe Ultimates ou encore Civil War et Old Man Logan pour n’en citer que quelques unes. Mais le bonhomme , gêné par les impératifs d’écrire pour des héros qui ne sont pas à lui, a trouvé la parade il y a longtemps pour s’amuser avec toute la panoplie de l’amateur de culture populaire qui veut éviter les problèmes de copyright tout en jouant avec des néo-archétypes. Wanted, c’était déjà ça : et si les supers-vilains dirigeaient secrètement le monde ? Les pastiches du Joker ou de Catwoman nous montraient déjà que Millar en se laissait pas démonter si les Big Two ne lui donnaient pas les commandes. Il avait aussi en son temps écrit Superman Red Son : et si Superman s'éctait écrase en URSS et pas aux USA ? 










Avec Starlight, Millar replonge dans ses habitudes : et si Flash Gordon était vieux et que personne ne croyait en lui sauf les habitants de la planète Mongo qu’il a secourue dans sa folle jeunesse ? C’est le point de départ de notre histoire. Et puisque Millar n’a pas les droits du personnage, il va réinventer tout ça.
Et rendre poreuse les frontières entre différents univers de fiction par l’usage de clins d’œil repérables mais jamais voyant ( comment ne pas penser à un Han Solo féminin en croisant pour la première fois le personnage de Tilda ? . Le personnage de Wes rappelle même Fonzie, et le pire c’est qu’aussi gros que ça puisse paraît, ça marche ! ).




Millar frappe fort en commençant son récit en alternant les souvenirs de Duke et sa vie actuelle, un an après l’enterrement de Joannie. Le routinier et le désarroi de voir sa famille l’éviter sont contrebalancer par des flash-backs développés ou juste fugace de ses aventures. Mine de rien, ça vous pose une ambiance et un personnage. C’est la grande force d’un récit lancé à toute allure sans pour autant sacrifier ses personnages, créer un héros solide avec des failles liées à l’âge et l’expérience mais qui reste cohérent avec ses valeurs tout du long, quand bien même cette saloperie d’arthrite viendrait l’emmerder dans ses articulations douloureuses.  Le récit envoie Duke et ses alliés dans plusieurs directions, permettant à Millar de nous faire découvrir une planète riche en incongruités. Le côté «  recyclage de vieux concepts SF » est fait avec un amour profond pour ces vieux récits et pas avec un cynisme de nostalgie trop calculée pour être vraiment honnête et spontanée ( Stranger Things, suivez-mon regard ! ) dans le seul but d'attirer le gogo (power rangers ).
 Le côté naïf en devient attachant et emprunt d’une lumière qu’on oublie trop souvent ces derniers temps plein de morosités : il faut savoir encore rêver. Rêver devant des combats spatiaux de la mort qui tue, des batailles à l’épée ( au fleuret plutôt même ) qui sentent bon l’Errol Flynn dans l’espace ou encore John Carter, et les récits de guerre plus sérieux.




Les dessins de Goran Parlov sont assez minimalistes mais se placent pleinement dans cette veine rétro mais pas trop qui colle si bien au récit. On a l’impression de lire du sous-moebius  dépouillé certes mais là encore, la démarche semble être d’adapter le trait aux références voulues pour plonger le lecteur dans un univers nouveau mais familier.



Starlight est un récit nostalgique puissant, qui rappelle le parfum des VHS trouvée dans un grenier et l’odeur des bonbons qu’on mange devant son écran sans même se rendre compte que le paquet se vide à vitesse grand V.







mercredi 17 mai 2017

Le 7éme passager.

Dans un futur proche, une sonde robotisée s’est posée sur Mars et a recueilli des échantillons pouvant contenir la vie. Cette sonde nommée Pèlerin revient vers l’ISS ( International Space Station, yes it is ! ) où l’équipage, d’abord euphorique de découvrir la première forme de vie extraterrestre, déchante vite quand celle-ci se montre un poil soupe au lait. Que les mises à mort commencent !

Le huis-clos, s’il est cher à Sartre, est un exercice de style connu et apprécié. Placer une menace mortelle dans un endroit isolé habité par un petit groupe de personnes, et la partie démarre.
Thrillers angoissants, film d’horreur gore ou plus stylisé dans la veine fantastique ou SF, voire carrément tout ça à la fois, le genre fonctionne car il convoque en nous des instincts primitifs de bases sur la survie dans un milieu hostile où l’on ne peut compter sur aucune aide si ce n’est celle de ses amis ( souvent de bonne volonté mais aussi de vrais bras cassés quand les clichés du genre sont pillés) et de son cerveau en surchauffe tant fonctionnelle qu’émotionnelle.
Alors , bien entendu, un alien pas gentil gentil qui a pour obsession de tuer plus de personnes qu’Hannibal Lecter coincé avec une poignée de passagers d’un vaisseau spatial, ça fait forcément penser au Alien de Ridley Scott ( dont le Alien Covenant sort ces jours-ci ).
Certes, mais ça serait oublier que les scénaristes du film le plus traumatique de 1979 (et oui, déjà : Star Wars aura 40 ans cette année et dans deux ans, ça sera le tour de cet autre classique intemporel ) se sont en partie inspirés de La Planète des Vampires, série B italienne de 1965 qui contenait déjà des éléments  ( un vaisseau en détresse , un second qui arrive et repère un massacre, des squelettes géants et des monstres vous prenant pour des hôtes ).







Des graines d’un navet allait pousser une asperge jouissive ( euh…mes métaphores sont nulles bien que visuellement parlante ), disons plutôt une tomate, belle, élancée et à l’apport protéiné énorme (euh, faut que j’arrête de regarder Jardins et loisirs moi putain ! ).
Enfin bref, une belle plante qui allait inséminer et faire germer tout un genre. Alien est un film séminal et LA référence en son domaine.  Désireux de surfer sur la vague, le producteur Roger Corman en commandera vite un ersatz B : La Galaxie de la terreur ( film sur lequel débutera un jeune James Cameron, réalisateur entre autres de Aliens , la suite de l’autre ).Je vous invite à chercher des images sur Google et à comparer certains trucs avec Alien, c'est un plagiat total !
La boucle était bouclée. Suivront Lifeforce ( parfois appelé Space Vampires ) avec Matilda May, The Thing de John Carpenter et autres projets plus ou moins solides.











Bref, les vilaines bêbêtes tueuses (encore que le premier d'entre vous qui ose dire que Matilda May est vilaine va se prendre une belle tatane sur sa tête d'azimuté ), c’est une recette connue de tous. Reste donc à voir le talent du cuistot ! Ici, c’est le réalisateur danois Daniel Espinosa qui s’y colle. Espinosa, on le connait surtout chez nous depuis le très efficace Safe House , déjà avec Ryan Reynolds et le plus ronflant Child44 ( merde, j’ai pas vu les 43 premiers. Qui a ri à cette blague ? Tu sors ! ). Ouf, c’est le retour du mec efficace !

Rien de tel qu’une petite scène d’action pour rentrer dans le bain et présenter les personnages. Ils sont 6 ici et s’apprêtent à récupérer Pèlerin qui a dévié de sa trajectoire. Tout ce petit monde s’affère et c’est l’occasion de tous nous les montrer par la grâce d’un faux plan séquence qui laisse déambuler la caméra dans toute la station , nous faisant donc visiter les lieux. Un plan séquence de toute beauté qui démontre une belle maîtrise technique quand on sait que les divers modules de l’ISS que la caméra traverse sont en réalités tous des décors séparés et posés sur deux plateaux de tournages différents. Une logistique lourde pour quelques minutes à l’écran, telle est la dure loi du cinéma où les efforts fournis durant des semaines voire des mois sont condensés en deux heures de film. Unité de lieu bien définie, personnage présenté dans leurs attributions et rôles au sein de la station sans lourdeur ( ces experts ne se la pètent pas avec leurs diplômes ou leurs connaissances, ils parlent boutique quand il est nécessaire de le faire, le reste du temps, ce sont des gens comme vous et moi , des humains quoi bordel ! ). On regrettera peut-être un léger manque de consistance psychologique mais rien qui viennent les rendre sans âme ou personnalité. Ils ne sont pas que leur fonction contrairement à beaucoup de films au fil des âges. Si Ryan Reynolds apporte comme de bien entendu des dialogues plus légers ou humoristique, c’est que le monsieur est abonné à ça et que les scénaristes ( auteurs du déjanté Zombieland d’ailleurs ) ont bossé avec lui sur le frappé Deadpool. Mais être le petit rigolo ne signifie pas être sans profondeur.
Les deux autres têtes d’affiche sont Rebecca Ferguson, LA révélation de Mission : Impossible Rogue Nation dont elle tourne actuellement la suite à Paris ( vive la France ! ) et Jake Gyllenhaal. Si Ferguson se paye la part du lion, rappelant sans jamais forcer le trait toute une série de femmes fortes sans copier Sarah Connor ou Ellen Ripley,
Gyllenhaal semble être un second voire un troisième rôle avant que le rythme ne s’accélère et que les 6 petits nègres ne commencent à se faire défoncer par une créature visqueuse mais élégante à souhait ( très beau travail sur le design de la créature que je ne dévoilerai pas ici ) .
Dès la première mort, le spectateur peut être certain d’une chose : n’importe quel personnage peut y passer sans que l’on devine qui sera le prochain. Malgré quelques baisses de tensions très passagères, la tension est au maximum et il est difficile de ne pas se sentir impliqué ! ( note personnelle, j’étais seul dans la salle et je me suis laissé aller à faire des commentaires et des  « prières » à voix haute aux personnages : j’étais dedans ! ).
Les personnages ne sont pas des décérébrés profonds qui semblent absolument vouloir faire des conneries, ils analysent les données et agissent en conséquence, quitte à se faire damer le pion par un adversaire plus intelligent. Néanmoins, la donnée humaine qui rend tout le monde dépendant de ses instincts est bien présente. Même un Einstein de compétition est soumis à des données biologiques qui peuvent le pousser à la faute sous le stress et le danger de mort imminent. Et le film jongle avec ces deux extrêmes sans se fourvoyer ( bien qu'une ou deux incohérences puissent passer...mais le rythme et la tension les cachent à la vue ).
Seule la fin m’a un peu déçue, visible à plusieurs kilomètres…mais compensée par un sadisme rare et limite déchirant qui laisse assommé !









Bien que situé dans un futur indéterminé, le réalisateur opte pour une option de réalisme. Les décors sont construits en dur, et les fonds bleus et verts n’ont été que peu utilisé. Les acteurs incarnent des personnages de leur nationalité (ou presque ) : le canadien Reynolds joue un américain et la suédois Ferguson une britannique ( comme sa maman, donc la triche est presque inexistante ). L’anglais est anglais, le japonais est japonais, la russe est russe. Soucis d’authenticité salutaire. Ces derniers évoluent dans les décors à l’aide de harnais dont les câbles seront effacés numériquement  à l’inverse de Sandra Bullock dans Gravity où la synthèse était un peu partout ( et ce n’est pas un reproche, les deux films étant trop dissemblables sur le fond pour être comparés sur la forme ) et se rapprochant ainsi d'un Interstellar dans le traitement de ses effets.




Life est un film dont la recette est connue mais ce qu’on trouve dans l’assiette n’est pas un plat réchauffé de plus, il y a un artisan aux commandes et le plat est bon bien que pas inoubliable. Une série B de luxe (plus ou moins 60 millions de $ de budget ) qui emprunte les codes du genre sans jamais étirer la sauce, le film durant une centaine de minutes, générique compris. Une réussite mineure mais que l’on dédaignerait à tort.