Immortalisé par la magie du cinéma en 1932 dans The Most Dangerous Game, le comte Zaroff et ses chasses à l’homme sont entrés dans l’imaginaire collectif. Et ne l’ont pas quitté, que cela soit sous sa forme originelle ( la nouvelle parue en 1924 ) ou ses itérations plus modernes.
Sa pugnacité, son obsession et son, osons le dire, professionnalisme de chasseur implacable évoluant dans une jungle sombre et moite ( celle-là même, en studio bien entendu, qui servait dans le même temps à tourner King Kong qui devait sortir peu après ) participeront à créer une icône , si ce n’est un mythe ( l’honneur du premier mythe créé par et pour le cinéma, cependant, revient à King Kong car il s’agit d’une création tout à fait originale et non d’une adaptation d’un travail littéraire existant ).
L’archétype du chasseur chassant la proie la plus particulière et la plus mortelle, l’homme, a infusé dans la pop-culture depuis lors. Citons des exemples récents tels Ramsay Bolton dans la série télévisée Game of Thrones ou encore le célèbre extra-terrestre Predator dont Arnold aura eu tant de mal à se débarrasser dans le film éponyme de John McTiernan.
C’est le prolifique scénariste Sylvain Runberg qui se colle à la tâche de donner suite au récit qui voyait la première défaite de Zaroff et sa mort apparente.
Mais plutôt que de suivre le cours du film de 1932, Runberg décide de remonter aux sources du fleuve, dans le cœur des ténèbres de la nouvelle de Richard Connell.
En petit rusé didactique, Sylvain Runberg pose les bases : une chasse ouvre l’album, une chasse qui aura pour conséquences de lancer l’intrigue principale.
Ensuite, il prend le temps de décrire la fin du récit original, permettant aux lecteurs qui n’auraient connaissance que du film, de bien distinguer les quelques différences et de s’immerger dans ce monde « parallèle » et ainsi de ne pas tiquer sur quelques détails qui ne colleraient pas avec le long-métrage qui les aura à n’en point douter marqués.
Ces éléments posés, Runberg va donc déployer sa carte de jeux et ses pions.
Zaroff a survécu et termine la préparation d’un nouveau terrain de chasse sur une nouvelle île éloignée de la civilisation. Aux USA, Sanger Rainsford, l’homme qui a défait le monstre, donne une conférence de presse pour relater ses aventures. Dans la foule, une femme au regard d’acier ne rate pas un mot. Fiona Flanagan a compris que son père, chef d’un gang de Boston , est mort des mains de Zaroff. Elle met donc au point un plan pour se venger : elle kidnappe la sœur de Zaroff et ses enfants et les lâche sur l’île. Zaroff doit les retrouver avant Fiona et son gang s’il veut espérer survivre et sauver ce qu’il lui reste de famille. Le sang va couler, mais qui en perdra le plus dans ce duel de psychopathes ?
Et grand dieu, quel duel. Que personne à Hollywood n’ait pensé à donner une suite digne de ce nom à ce classique reste un mystère mais cela permet à Runberg d’user de recettes connues : plus d’enjeux dramatiques comme la vengeance d’une famille face à la survie d’une autre, plus de personnages car l’on passe non pas d’un simple duel mais bien à un combat entre deux meutes dans des décors plus grands et plus variés.
Deux meutes dysfonctionnelles car les relations familiales entre les Zaroff sont tendues et tous au sein du gang de Boston ne voient pas d’un bon œil le fait d’être mené par une femme, surtout dans un enfer vert auquel ils ne sont aucunement habitués. Le dosage entre tension psychologique et aventure matinée de pulp est des plus équilibré et la lecture se fait d’une traite, haletante.
Runberg ne tombe pas dans le manichéisme, car, par touches délicates, ils nous rappellent que de Finoa à Zaroff, du gang à la famille, tous , à divers niveaux, agissent parfois pour des raisons sentimentales sans être pulsionnelles : Fiona aurait pu régner sur Boston sans venger son père, Zaroff pouvait laisser tomber une famille qu’il connaît à peine, mais des traces d’attachements à leur pairs subsistent encore ça et là. Sylvain Runberg ne se laisse pas non plus enfermer dans un schéma qui rappellerait le " rape and revenge " où la proie devient le chasseur et inversement. Ici, les étiquettes se confondent, ajoutant de donner du goût à une recette connue qui ne demande que le talent du chef pour se savourer.
Et outre le scénario linéaire mais bien ficelé de Runberg, l’on retrouve aux dessins François Miville-Deschênes dont chaque case respire le talent. Son trait élégant et à l’opposé du cartoonesque nous entoure bien vite d’un sentiment de réalité tangible. Et terrible.
Car sa jungle nous semble à la fois nouvelle et totalement connue, rendant hommages (voulus ou non ? ) à celles que l’on a arpenté dans King Kong ( celui de 1933 comme celui de Peter Jackson en 2005 ), de Predator, de Jurassic Park etc…
Une jungle luxuriante et belle mais qui recèle dans ses ombres la mort apportée par diverses espèces carnassières encore plus assoiffées de sang que ne l’est le propriétaire de l’île.
Le travail sur les couleurs achève de donner un cachet à l’ensemble, mention spéciale aux séquences orageuses où chaque éclair ramène les cases vers du noir et blanc lorgnant sur celui de la grande époque de ce procédé cinématographique, créant ainsi une parenté avec le film qui rendit célèbre ce chasseur , cette créature aux traits humains mais aux goûts à l’opposé de toute humanité.
L'ensemble peut provoquer, chez les plus cinéphiles d'entre vous, l'impression d'entendre par moments quelques morceaux composés par Alan Silvestri pour le film Predator, signe d'une immersion totale dans ce récit muet car, faut-il le rappeler, le littéraire est avant tout...dans la tête !
La fin, ouverte, laisse vagabonder l’imagination du lecteur face aux potentielles nouvelles horreurs qui pourraient se produire.
Zaroff est donc incontestablement une grande réussite de bande-dessinée de cette année, publié dans la belle collection « Signé » des éditions du Lombard, sorte d’équivalent à « Air Libre « chez Dupuis.
En Novembre, le scénariste revient s’attaquer à une autre icône de la culture pop : Conan le cimmérien, la création de Robert E. Howard qui bénéficie, chez Glénat d’une série d’adaptations de textes centrés sur le barbare le plus célèbre du monde où chaque album se voit confié à une équipe créative différente relevant le défi de transcrire un univers bien différent de celui imprégné sur la pellicule par John Millius dans les années 80 (mais nous reparlerons du pourquoi et du comment cet automne , si l’auteur de ces lignes ne cède pas à l’un ou l’autre album avant cela bien entendu : la saison estivale au cinéma cette année semble bien creuse et il devra chercher ailleurs de quoi nourrir son âme et son esprit ).
Parce qu'il sort en DVD,Blu-ray et 4K UHD dans deux semaines, retour sur le dernier film en date du grand Steven Spielberg, le barbu le plus divin d'Hollywood.
ARTICLE INITIALEMENT PARU LE 4/04/2018 Initialement prévu pour sortir en décembre 2017, Ready Player One, le nouveau film de Steven Spielberg, ne déboule dans nos salles qu’en cette fin du mois de Mars. Pourquoi ? Parce que The Last Jedi a vu sa sortie décalée et que, pas fous, la Warner et le grand barbu n’ont pas voulu jouer contre le phénomène Star Wars ( parait-il que même James Cameron et son Avatar ne tenteront pas le coup, on a la Force ou on ne l’a pas ).
Les plus attentifs d’entre vous auront remarqué qu’il s’agit du second film du maître à sortir cette année ( nous ne sommes qu’en MARS !!!! ) , puisque The Post était sorti il y a deux mois (mais avait pourtant été tourné APRÈS Ready Player One. Ça va, vous suivez toujours ? ) .
Nous sommes en 2045 ( détail amusant, Minority Report se situait en 2054 ) , l’économie s’est effondrée ( tu m’étonnes ). Les populations les plus défavorisées vivent dans les banlieues des grandes villes dans ce que l’on nomme « les piles » : des amas de caravanes empaquetées les unes sur les autres. Les gens vivent donc littéralement les uns sur les autres dans un monde surpeuplé.
Pour supporter leurs vies misérables, la majeur partie de la populace se connecte à l’OASIS, une simulation virtuelle interactive, sorte de MMO géant ayant remplacé les réseaux sociaux.
L’OASIS a été conçu par James Halliday , le cliché du geek sympa et brillant.
Hors, monsieur Halliday est mort sans héritier. Alors il a conçu un concours : 3 challenges monstrueux qui mènent à un Œuf de Pâques .
Et il a fait en sorte que personne ne veuille poser un lapin !
Celui ou celle qui mettra la main sur l’œuf héritera de 500 millions de $ et aura le contrôle total de l’OASIS. Des millions de joueurs tentent leur chance. Parmi eux, les Sixers, des joueurs anonymes payés par l’IOI, une société ayant pour but avoué de rendre payant et de saturer de pub le monde virtuel d’Halliday (non, pas Johnny, James ! Faites au moins semblant de suivre un peu ! ) et dirigée par Nolan Sorrento. Sans parler des idées cachées de cet homme vil et pleutre qui devrait faire réfléchir les spectateurs sur la neutralité du net.
Entre les amateurs et les pros, comme dirait la France en 39 , la guerre est déclarée.
Ready Player One est tout d’abord un roman d’Ernest Cline.
Littérature « young adult » relativement fun mais peu riche en littérature justement.
Le héros est un geek/nerd assez lambda qui pourrait tout aussi bien vivre de nos jours tant sa façon de penser et ses références pop-culturelles sont celles des geeks d’aujourd’hui. Pire, Wade, le héros, est présenté comme un stalker un peu bas du front à la maturité sentimentale & sexuelle d'un adolescent de 13 ans. un Fifty shdes of geek total et absolu.
Et les références, elles sont à ramasser à la pelle. Le roman est un véritable name-dropping de personnes, personnages et œuvres venues de tous les supports possibles. Impossible de ne pas se dire « Hé, mais je connais ça, c’est cool ». L’auteur crée une connivence avec son lecteur sur base de quelques goûts communs. La marque des faibles.
Mais il reste le concept de base. Et c’est ça qui intéresse Spielberg ! Le squelette du roman et du film sont les mêmes. Mais le corps est tout à fait différent. (Ouf. Le film coupe à la machette dans les côtés vraiment malaisants du personnage principal dont les aspects petit connard creepy donnaient envie de le dénoncer aux flics toutes les 15 pages.)
Et ce film est un pur produit Spielbergien. Warner Bros s’y attendait-ils en confiant les manettes à papy Stevy ? Peut-être pas.
Revenons un peu sur la genèse du projet voulez-vous ? ( de toute façon, vous n’avez pas le choix, c’est mon texte,na ! )
Un an avant la sortie du roman, les droits sont rachetés par Warner Bros. Une fois le livre sorti et devenu un best-seller ,les pontes de la Warner tentent d’intéresser…Christopher Nolan !
Mais lui rêve de plages françaises, dans le Nord, à Dunkerque. (oh ça va hein, on le sait tous depuis Inception que Nono fait des rêves bizarres, jouez pas les surpris)
Et en mars 2015, c’est l’annonce atomique, ils ont choppé un Moby Dick !
Qui ,en lisant le roman, n’a pas fantasmé sur un ou l’autre réalisateur capable de capturer l’essence des images mentales que le texte plantait dans nos têtes ?
Guilermo Del Toro aurait été un choix totalement justifié et justifiable. Peter Jackson aussi. Après tout, si le studio était capable de proposer le film à Nolan, pourquoi pas à d’autres grosses pointures autant réalisateurs que auteurs ? Des personnes ayant grandi et aimé la culture pop dont Cline fait le catalogue dans son histoire ? Qui plus est, Del Toro et Jackson ont déjà bossé avec la Warner, mes poulains étaient probables.
Mais qui aurait imaginé que c’est l’un des architectes de cette culture marquante qui serait choisi et surtout intéressé ? Steven Spielberg en personne ? Je n’aurai pas misé un copeck sur son implication. Et là, le projet passe de « ça peut être sympa avec un vrai réal aux commande » à « OH NOM DE DIEU DE BORDEL DE MERDE, DIEU S’EN CHARGE LUI-MÊME !!!!!!! »
Le film sort 3 ans ( !!!) après la signature du contrat et un peu moins de deux ans après le tournage.
Je crois me souvenir que dans le roman , l’OASIS est une simulation ultra-réaliste. Dans le film, c’est une vision en image de synthèse.
Spielberg décide de séparer les visuels des deux mondes. Tournage en pellicule pour le monde réel, tournage en performance capture ( oui comme Avatar ou Tintin ) pour le monde virtuel. Et ça ne s’arrête pas là : même la façon d’appréhender les plans est différente selon le mode de tournage ! Le monde réel est gris. Certes, les gens s’habillent de façon colorées mais tout est terne, et les cadrages sont assez serrés.
L’OASIS ? C’est la fête à la couleur, à l’ensoleillement et aux plans larges. Le monde réel semble limité quand le monde virtuel semble sans limite. Un univers entier toujours en expansion. Une métaphore peu voilée de l’Internet moderne où nos avatars sont souvent calqués sur des personnages de fictions bien connus quand il s’agit de cacher nos identités. Est-ce vraiment si étonnant de croiser tant de personnages référencés comme Batman, Batgirl, Harley Quinn ? Bien sûr que non, allez faire un tour sur twitter et admirez les photos de profils !
Comme d’habitude, Spielberg nous parle de notre présent via un prisme. Que cela soit le prisme du futur fantasmé ou du passé documenté, Steven Spielberg ne fait que ça : nous interroger sur notre présent. Une obsession récurrente, parmi tant d’autres, qui fait de lui ce que Truffaut (et Alain Resnais tentera de le faire entrer dans pas mal de tête ) : un auteur !
Steven Spielberg , avec quelques idées simples, définit la vision des personnages de leurs environnements et par la même occasion nous les fait appréhender d’une manière différente chacun. Le procédé est fluide, comme le reste du film. Une fluidité exemplaire sur 2h20 de métrage qui ne semble jamais vraiment durer plus de 80 minutes. Pour atteindre un tel rythme et une telle fluidité, il faut penser sa réalisation avant, pendant et après le tournage ! Et le résultat final le prouve, tout cela a été fait, et bien fait !
Dès la première séquence, le ton est donné : l’on passera d’un monde à l’autre avec une facilité déconcertante. Des scènes live côtoient des séquences virtuelles ( jouées par les acteurs, c’est de la performance capture, je le répète ! ) souvent jouée à des semaines d’intervalles alors qu’elles doivent s’imbriquer comme des pièces de Tétris dans une partie qui n’accepteraient aucun trou dans l’amoncellement des pièces ! 1ére étape, revoir l’histoire !
Zak Penn est engagé pour écrire le scénario en compagnie d’Ernest Cline. Pas la première fois que Spielby associe un scénariste avec l’auteur du roman ( Jurassic Park anyone ? ).
Mais Penn est une montagne russe : capable de passer d’X-men 2 à X-men l’affrontement final, d’Elektra à Incredible Hulk et ensuite Avengers.
Mais il a pour lui de sembler s’intéresser à une partie de la culture-pop et de vouloir donner du rythme. Et puis, les scénarios sont écrits ou ré-écrits sour supervision du réalisateur ( on le sait rarement mais même non-crédités, les réalisateurs peuvent avoir leur mot à dire , le scénariste bossant sous leurs ordres comme un technicien ).
Et si le scénario semble simple (mais pas simpliste !) c’est qu’il a été façonné pour que Spielberg insuffle ses réflexions par l’image. Une refonte pas complète mais suffisamment importante pour qu'un personnage inédit au roman soit créé pour les besoins du film.
Défaut de ses qualités, certains dialogues sonnent faux et les facilités scénaristiques peuvent être grosses. Mais tout ça est distillé dans le film et ne représente pas du tout l’entièreté du script. Plus qu’un scénario, c’est la réalisation qui fait et dit le film. Et ça tombe bien : Spielberg a des choses à dire et il sait y faire.
À 71 ans, des gars comme lui, Scorsese ou George Miller hurlent aux jeunes réalisateurs, sensés être encore pleins de fougue et d’entrain « Vous êtes des mômes paresseux , même ceux d’entre vous avec de grandes qualités ».
En moins de 15 minutes, Spielberg pose les bases de l’univers de son film et s’offre ensuite un énorme morceau de bravoure, une course de voitures folle, monstrueuse et si lisible que Speed Rarer, Mad Max Fury Road et Baby Driver sont allés au bar pour boire une bière ou deux, histoire d’encaisser. Ils sont toujours sur le podium mais une nouvelle catégorie vient d’être créée, désolé les gars. Tout le film est à l’image de ce premier quart d’heure. Que dire de plus sur la réalisation , le montage, etc…sans tomber dans l’excès ? Tout coule tellement de source , tout est tellement réglé comme du papier à musique de qualité supérieur …
Détail qui tue : toute cette séquence de course à travers un New-York ré-organisé nous est présentée...sans musique justement.
L'un des outils les plus utilisés au cinéma pour immerger émotionnellement le spectateur n'est pas employé et la scène marche pourtant du feu de Zeus (ou de l'éclair ? Mais alors l'expression ne veut plus rien dire. Ô cruel dilemme du poète critique ) ! Dans Le pont des espions, Steven Spielberg attendait 40 minutes avant d'utiliser une seule note. Et cela fonctionne tellement bien qu'il faut un moment avant de se dire qu'il "manque" quelque chose.
Bien entendu, il y a des défauts.
Si le chef-d’œuvre est technique, les scories et les impairs achèvent de faire de Ready Player One un grand film, tout court. Je le disais plus haut, certains dialogues sonnent faux et d’autres heureuses coïncidences sont trop grosses pour ne pas avoir été pensées en amont pour nourrir le rythme. Alors bien assis dans votre fauteuil de cinéma, ça passe. Mais à la seconde vision, difficile de ne pas trouver étrange que tout les personnages principaux se trouvent non seulement sur le même continent, mais aussi dans le même pays voir carrément la même ville.
La musique d’Alan Silvestri ( il va falloir se faire une raison, John Williams n’est pas éternel et plus aussi jeune qu’avant, il ne saura plus forcément suivre le même rythme de travail que Spielberg ) est agréable mais singe parfois un peu trop Wiliams sans l’égaler.
Dommage car l’homme est doué ( allez donc vous refaire les B.O de Retour vers le futur, Predator, Le retour de la momie, Van Helsing, Captain America. Dans le pur divertissement, il assure ) mais un cran en dessous de ce à quoi l’on pouvait s’attendre.
Quant à la morale de l’histoire, elle semble un peu WTF compte-tenu de l’intrigue.
Et le dernier point noir, pourquoi diantre Simon Pegg et Perdita Weeks ( As above so below, Penny Dreadful ) ont-ils si peu de temps de présence à l’écran ?
Dans la zone grise, une chose étrange mais pas incongrue. L’un des thèmes spielbergiens par essence est le manque du père. Elliot dans E.T , Indy dans La dernière croisade ( et encore plus dans Le royaume du crâne de cristal ) et tant d’autres ( je ne vais pas faire un listing ) semble s’atténuer avec le temps ( A.I montrait le manque de la mère ) , Minority Report le manque d’être un père.
Les orphelins (ou presque) ont souvent eu la faveur de Steven Spielberg mais depuis quelques années, ces orphelins ne ressentent plus le besoin de trouver des figures parentales de substitution.
Soit l’une des thématiques majeures de Spielberg passe soudain au second plan ( auquel cas il n’est plus aussi pointilleux qu’avant ) soit c’est que lui-même ne voit plus ces manques de la même façon ( rappelons que Spielberg n’a jamais caché avoir très mal vécu le divorce de ses parents : le garçon en manque de père de ses films, c’est lui ! ), ce qui semblerait dire qu’il affectionne encore ces personnages mais qu’il n’est plus en quête lui-même.
Guillermo Del Toro twittait il y a quelques temps que faire du cinéma est une thérapie. Peut-être celle de Spielberg porte-t-elle quelques fruits. Tant pis pour ses exégètes et tant mieux pour lui ?
Ainsi, Wade Watts, facette du jeune Spielberg dans ce film refléterait que le réalisateur accepte enfin d’avoir été « abandonné » ( le mot est fort et exagéré) sans pour autant ne pas ressentir ce besoin de s’évader dans des mondes étranges et pourtant familiers ? ( n’est-ce pas ça faire du cinéma ? )
Tye Sheridan, le nouveau Cyclope de X-Men se glisse facilement dans le rôle mais il peine un peu à faire transparaître certaines émotions. Sa prestation est tout à fait correcte mais il n’est pas encore de ces acteurs aux prestations sans doute pas oscarisables mais qui attirent la sympathie du public.
L’imagerie convoqué par tonton Stevy ,en revanche , pullule d'autres thèmes.
Et au lieu de les surligner aux gros marqueurs fluo jaunes, il laisse le spectateur faire le bilan de ce qu’il voit. Un pays à l’abandon où l’emploi est rare, les situations précaires fréquentes. Les institutions nationales sur le déclin quand la privatisation règne dans tous les milieux ( des milices privées dans les rues, des bagnes tangibles ET virtuels tenus par une grosse compagnie, l’esclavagisme légal et déguisé sous un autre nom.Des drones de surveillances ultra-perfectionnés et invasifs, sorte de pompiles géants prêt à fondre sur la proie.Certes moins inventifs que les fameux Spyders de Minority Report. Le constat toujours froidement réaliste que la pire machine à broyer l’humanité reste l’humain et non un requin fou ou quelques dinosaures revenus à la vie ).
Le capitalisme sauvage n’a jamais aussi bien porté son nom. Spielberg déteste les hommes d’affaires ( tellement flagrant dans The Lost World, tiens, un autre film roller-coster ), peut-être aussi bien parce qu’ils tiennent Hollywood entre les mains de leurs visions étriquées (oui, une vision peut avoir des mains…la preuve par Marvel ! ) que parce qu’il flirte lui-même beaucoup avec cette ligne entre l’artiste et le businessman ( il a produit les 5 Transformers, entre autres et a survendu à la limite de l’honnêteté le premier volet).
A-t-il peur d’être un Nolan Sorrento en puissance s’il se laissait aller ? Un personnage tellement imbu de lui-même que ses initiales ornent ses nœuds de cravates et dont le désir de contrôler un univers virtuel s'exprime via son avatar qui ressemble à un un agent Smith de sorti de The Matrix; un agent que l'on aurait dopé aux hormones et autres anabolisants (oui, ça transpire la confiance en soi ).
En tout cas, Ben Mendelshon lui donne toute la fourberie et la rage du haineux frustré. L’acteur est habitué des rôles de salauds depuis The Dark Knight Rises et il est si à l’aise dans l’exercice qu’il se permet de chaque fois les jouer différemment. Espérons qu’il ne soit pas à jamais prisonnier de ce genre de rôles (mais c’est mal embarqué : il est le prochain sheriff de Nottingham ).
Lui et ses sbires sont la manifestation cinématographiques des brutes incultes prêtes à tout pour mettre la main sur un trésor inestimables et ayant besoin du cerveau des autres pour y arriver ( les Nazis dans la série des Indiana Jones , les actionnaires d'InGen dans The Lost World - décidément )
Par contre, il est très certainement James Halliday, un personnage ayant vécu un long moment en créant un univers riche et foisonnant qui cherche encore un héritier digne de ce nom ( beaucoup ont essayé et même revendiqué ce titre : M.Night Shyamalan, Les frères Duffers créateurs de Stranger Things, J.J Abrams que l’on croyait pourtant déjà adoubé ).
Quelqu’un avec un regard amoureux sur la culture-pop ( Spielberg est un grand consommateur , du cinéma en passant par les jeux vidéos – c’est un gamer reconnu ) , qui la considère non pas comme une manne ( coucou les reboots de Ghosbusters, La Momie, Robocop , Jurassic Word, etc…) à exploiter mais comme une ressource morale et mentale , un réservoir contenant de quoi puiser de la force et de l’espoir, l’anti-boîte de Pandore !
( permettez-moi d’illustrer mon exemple d’une manière simpliste : j’ai tiré mon code moral de romans de capes et d’épées, des Jedi et de Batman. Bon, après, je doute que Yoda aurait été chaud pour former Bruce Wayne. J’y ai picoré et assemblé ce qui me parlait et me semblait bon ).
Hors, cette boîte à outils pop-culturelle a été alimentée par d'autres, dont certains connus personnellement par Spielby à l'instar de Stanley Kubrick ou Stephen King (et ça se prononce Steven et pas Stépeheune !!!! ) à qui il ne manque pas de rendre hommage.
Steven Spielberg retrouve pour la 3éme fois l’acteur anglais Mark Rylance après Le pont des espions et Le bon gros géant.
Oui enfin, vous n'étiez pas à sa cheville et il vient de vous enterrer.Après un tel défilé de références correctement dosées pour ne pas créer une indigestion ni le sentiment d'être pris pour un neuneu, faut-il vraiment tenter l'aventure d'une saison 3 de Stranger Things ? Surtout au vu des limites clairement exposées en saison 2 ? Laissez tomber, seul " It" a réussi à plus ou moins rivaliser pour l'instant.
Olivia Cook en Samantha/ Art3mis est convaincante mais il lui manque un petit quelque chose pour vraiment créer l’empathie avec le public. Comme pour Tye Sheridan, l’actrice joue bien et reste convaincante mais l’on a du mal à sentir le poids de sa motivation sur ses épaules. Même si le rythme du film est élevé, il est possible de donner de l’épaisseur à son personnage de manière subtile et rapide : regardez Daisy Ridley dans The Force Awakens !
Tiens , puisque l’on est dans Star Wars et les chevaliers Jedi, tonton Steven a lui aussi réalisé un film où certains archétypes sont distillés.
Commençons par le plus évident, le héros du film se fait appeler Parzival , soit l’équivalent SMS de Perceval, le chevalier de la table ronde destiné à découvrir le Graal.
Nul besoin de lui coller un roi Arthur ou un Lancelot, ces deux-là échouent dans la quête.
Il est par contre accompagné de fidèles alliés dont les avatars sont , entre autres,un ninja ( soit un être attaché à la notion de clan ) et un samouraï ( un chevalier japonais, pour rester basique de chez basique ).
Son ami Aech est une sorte d’orc robotique un peu destroy, le meilleur ami indéfectible. Et Art3mis, ma foi, voila un personnage féminin solitaire dont le nom rappelle la déesse grecque de la chasse armée d’un arc. Et Art3mis chasse surtout les Sixers.Et pourquoi elle le fait servira de catalyseur, d’allumeur du feu de la conscience politique du héros.
Les archétypes restent assez à la surface des choses mais fonctionnent tout à fait sans avoir besoin de plusieurs couches qui viendraient les alourdir. Là encore le rythme et l’imagerie convoqués par Steven Spielberg viennent pallier à ces défauts structurels du scénario.
Ready Player One semble être une version plus lumineuse et colorée que le film Avalon ( tiens, encore une référence Arthurienne ) du réalisateur Mamoru Oshii qui voyait ses personnages échapper à une réalité austère en plongeant dans un jeu en réalité virtuelle.
Enfin, comment ne pas admirer la facilité avec laquelle Spielberg insuffle dans son film plusieurs tropes propres aux jeux vidéos, tel Edgar Wright il y a quelques années dans Scott Pilgrim VS The World ( pas vu ? mangez-en, c'est bon ). Fait peu connu, Spielberg est un gamer de longue date et l'on sent la connaissance et l'affection du monde vidéo-ludique dans sa façon de le représenter à l'écran.
Ready Player One est donc un travail fascinant de par ses niveaux de lectures et ses références ( qui elles mêmes peuvent ouvrir la porte d’un nouveau niveau de lecture. C’est une poupée gigogne dantesque ) ainsi que par le regard posé par son auteur sur les œuvres qui nous bercent, nous portent et réveillent en nous le meilleur pour tenir face au pire. Et en plus c’est une putain de claque, alors vous attendez quoi pour aller le voir ?
Le Seigneur des Anneaux avait lancé la mode. La trilogie du Hobbit l’avait continuée : Décembre,peu avant Noël, les grosses machines à rêves débarquent dans les salles. Depuis 2015 , c’est au tour de la saga spatiale Star Wars de se placer dans ce créneau hivernal et neigeux : après l’épisode VII et le spin-off Rogue One, c’est donc l’épisode VIII , The Last Jedi, qui atterri dans les salles de cinéma de la voie lactée.
Rey a quitté la base de la résistance. Elle est à la recherche du Jedi Luke Skywalker. Peu de temps après son départ, le Premier Ordre contre-attaque suite à la destruction de la base Starkiller. Finn finira par se réveiller et rencontrer Rose, une mécano un poil soupe-au-lait avec qui il va mettre sur pied une opération censée permettre aux résistant d’échapper à la traque en règle que leur livre le Premier Ordre…
En allant chercher les cinéastes qui auront la lourde tâche de continuer le mythe, Kathleen Kennedy, la présidente de Lucasfilm, a décidé qu’ils auraient la possibilité de laisser leur emprunte sur les films qu’ils auront en charge. Ainsi, J.J Abrams a co-signé le scénario de The Force Awakens et Rian Johnson a écrit tout seul, comme un grand, celui de The Last Jedi. Et le mec s’est fait plaisir.
Débutant in media res en pleine guerre des étoiles, Johnson nous plonge, références visuelles à l’appui, en pleine seconde guerre mondiale version space opera. Les pilotes casse-cou américains ou anglais, les bombardiers et leurs tourelles de protection. La tension monte, le drame se fait puissant et un personnage que l’on connait depuis 10 secondes devient soudain le sujet central de notre attention. Ce que Christopher Nolan peinait à faire au début de Dunkerque , Johnson l’a fait.
La guerre est sale, elle fait des morts et ses conséquences sont un désastre pour tous. Le ton est donné. La résistance joue sa survie.
Rey, quant a elle, rencontre enfin Luke Skywalker. Qui ne réagira pas comme elle l’attendait. Ni comme nous l’attendions. La première réaction de Luke donnera le la des intentions du réalisateur : prendre à contre-pied les attentes du spectateur.
Cela donne des séquences souvent prenantes ( car totalement inattendues ), parfois cyniques aussi. Nombreuses furent les critiques faites au précédent opus sur sa supposée réutilisation du schéma de l’épisode IV ( billevesées ). Johnson semble avoir décidé quant à lui de pleinement ré-employé certains brins d’ADN de la première trilogie pour…les détourner, nous poser dans un terrain que l’on croît connaître et nous surprendre encore plus. Vous pensez « Empire Contre-Attaque », le réalisateur vous abuse : Luke n’est ni Obi-Wan, ni Yoda, certes, ces deux personnages ne manquaient pas d’humour et Luke en a développé également, mais pas le même et son approche pédagogique sera tout autre.
Vous pensez « Retour du Jedi » et les choses se mettent en marche différemment. Car là où The Force Awakens convoquait certains codes visuels précis de la saga ( que l’on retrouvaient également dans la prélogie ) , The Last Jedi appelle des thèmes et des schémas connus … pour les retourner. Comme le dit Luke dans la dernière bande-annonce : « Cela ne se passera pas comme tu le crois ».
Le pari est osé, mais payant.
Osé de ne pas nous offrir ce que nous pensions attendre, osé de tenter des choses, quitte à ce qu’une séquence semble un peu ridicule et too-much.
L’on nous criera que séparer les héros pour qu’ils vivent des aventures parallèles fait très épisode V. Et Les deux tours de Peter Jackson ? Séparer les héros est une nécessité narrative connue et reconnue. Elle permet à des personnages dont les actions fonctionnaient grâce à leur alchimie à se retrouver sans leurs aides habituelles. À faire face seul ou avec des nouveaux alliés, de rendre leur monde et leurs expériences plus vastes, plus riches. De grandir avant de se retrouver, pour que le tout soit encore plus grand que la somme de leurs parties.
L’épisode V l’a fait , l’épisode II l’a fait…et malgré la haine que beaucoup porte à la prélogie, jamais le critique n’a pointé du doigt que Lucas se recyclait lui-même. Pourquoi le faire lorsque l’on parle d’une série de films dans laquelle son créateur premier a insufflé ses goûts en matière d’aventures spatiales ( Flash Gordon, John Carter, etc…) et ses passions pour la mythologie ?
Combien de quêtes menées en solitaire par les Chevaliers de la table ronde qui est pourtant sensé être un groupe soudé ? Parce que cela les poussait à se dépasser, à repousser leurs propres limites. The Last Jedi s’inscrit dans cette longue et noble tradition littéraire ! Il ne s'agit donc pas d'un vol au dessus d'un nid de doudous ! ( si vous en savez pas ce qu'est le cinéma doudou, google est votre ami...mais vous allez perdre votre temps ).
Hors , Star Wars est devenu un mythe lui aussi…il se nourrit donc également un peu de lui-même depuis La Menace Fantôme. Mais Lucas n’a jamais tordu les codes qu’il avait mis en place, lui ( non, ce n’est pas une critique voilée, c’est une remarque sur l’aveuglement de certains fans actuels : trouvez des arguments cinématographiques, et là on en reparle sans mauvaise foi ).
Finn doit apprendre à voir l’univers de façon non-binaire et nouer de nouvelles relations fortes en dehors de celle qu’il avait avec Rey. Poe doit devenir plus que le meilleur pilote, il doit devenir un exemple, un chef avisé. Rey doit apprendre à contrôler la Force et voir au-delà de ses illusions légendaires d’enfant sur les chevaliers de la République. Leurs épreuves séparées sont riches de sens et de fonds (mais impossible d’en parler ici sans spoiler ).
Et il n’y a pas que les héros qui évoluent. Kylo Ren ( Ben Solo ) passe d’un enfant frustré à une figure déterminée mais plus posée, délaissant certains artifices pour avancer et devenir plus intéressant. Là où la relation Luke/Vador restait assez distante ( un fils idéalisant son père et tombant des nues, un père qui découvre un fils 25 ans plus tard, ça ne doit pas aider à avoir envie de se chercher souvent ), Johnson ouvre une porte sur une relation Rey / Kylo Ren.
Toujours dévastée par la mort de Han Solo, Rey veut comprendre ce qui peut pousser un enfant aimé à assassiner son père, là où une enfant rejetée recherche tout ce que le célèbre contrebandier stellaire était prêt à offrir à son fils. Placés sur des voies différentes et des méthodes divergentes, Rey et Ren partagent des points communs qui seront explorés.
Tout est histoire de figures paternelles pour eux deux. Mais là où Kylo cherche visiblement à détruire ses figures, Rey ne peut s’empêcher de les chercher (en Han, en Luke ){1}.
Obsédés par les mêmes thèmes mais pas pour les mêmes raisons.
La saga passe d’une histoire de filiation de sang à la filiation spirituelle. Sans pour autant se départir de la dimension « drame familiale cosmique » qui sied à la saga depuis sa création.
Il en va de même pour les acteurs qui, comme leurs personnages, doivent jouer avec d’autres et sortir de leur zone de confort.
Daisy Ridley incarne toujours avec détermination une Rey guerrière et volontaire mais empathique et optimiste. Alors que leur duo était le sel de The Force Awakens, John Boyega se retrouve bien plus souvent à jouer avec Kelly Marie Tran qu’avec Daisy Ridley.
Oscar Isaac peut enfin jouer autre chose que le gentil pilote assez lisse et donner plus d’amplitude à son jeu d’acteur. Carrie Fischer incarne toujours aussi aisément la princesse Leïa, et Mark Hamill…disons qu’il nous offre un Luke Skywalker jamais vu.
Parfois désabusé, plus ronin que samourai de l’espace, un vieux sage bien en forme à qui l’on demande de reprendre du service et qui rechigne, hanté par un passé pas toujours glorieux. Hamill se donne à fond dans la composition de son personnage ayant évolué ( bien plus que son copain Harrison Ford dans Blade Runner 2049).
Ses mimiques, ses regards… tout concourt à nous faire cerner le nouveau ancien Luke Skywalker. Alors oui, on regrettera sans doute de voir que R2 et Chewie sont un à peine plus présents qu’un caméo. Mais la nouvelle trilogie n’est-elle pas tournée vers l’avenir et donc vers les nouveaux personnages ?
Le film se termine en apothéose guerrière où là encore, tout ce qui nous fait dire « On nous refait The Empire Strikes-Back » est laminé après deux minutes. Les enjeux se ressemblent, les moyens non. Et les pics émotionnel atteints peuvent laisser KO.
Du début à la fin, rien ne semble se conformer aux attentes ou déduction du public. Respectueux de son héritage mais désireux de ne pas se laisser définir par celui-ci, Rian Jonhson imprime un style différent à la saga et laisse certaines choses en suspens pour offrir des possibilités assez fortes pour l’épisode IX.
Et un challenge pour J.J Abrams de passer après un autre réalisateur, lui qui a eu l’habitude d’imprimer un point de départ et de laisser d’autres finir la chose ( Alias, Lost, Fringe pour évoquer les séries, Star Trek pour évoquer les films et même Mission : Impossible III où il imprimait le début d’une saga au sein même d’une franchise qui avait vu passer De Palma et John Woo avant lui).
Il aura fort à faire quand on voit l’imagerie et les moyens que Johnson a mis en œuvre.
Des moyens techniques (et une certaine maîtrise de ceux-ci ) évidents : le plan travelling nous faisant découvrir la planète casino n’est pas seulement techniquement bluffant, il est aussi un hommage à un plan vaguement similaire du film Wings, premier film à avoir gagné l’Oscar du meilleur film d’ailleurs.
La prédominance de la couleur rouge, couleur de l’agression et de la mort, et de ses différentes teintes, chacune appelant un symbole et donc une interprétation différente de cette couleur ( faites attention à ses différentes utilisations au cours du film ). Et les idées visuelles inédites à la saga sont présentes également. Comme tout bon padawan esseulé, Rey passera aussi par une épreuve de la grotte {2}. Mais attention à la surprise du traitement et de l’image.
Tout comme son comparse Abrams, Johnson use des techniques animatroniques et des images de synthèse. Si le temps des maquettes simulant les vaisseaux spatiaux est bien révolu, les robots, les maquillages, les décors travaillés avec soin, etc…font partie de l’arsenal de guerre du réalisateur , là où Lucas avait privilégié le numérique comme arme quasi-absolue. Le mélange des deux n’atteint pas le niveau d’excellence de Spielberg sur Jurassic Park et The Lost World (mais qui rivalise avec Spielberg, à part Cameron ? ) mais on sent que l’ambition est là. Le design de production est soigné et les techniques pour le rendre beau ont sans doute été pesées avec soins pour savoir laquelle serait utilisée au bon moment pour servir au mieux le film.
Les gardiennes du temple Jedi sur Ach-to. Fort différentes des gardiens des whills de Rogue One hein ?
Niveau ambition musicale par contre, John Williams n’est plus au top. Attention, l’homme reste un compositeur de premier rang, capable de vous faire vous envoler avec sa musique. Mais la fougue et la richesse d’antan sont derrière lui.
Si le thème musicale de Rey et de la résistance fonctionnaient (et fonctionne toujours ) dans le précédent film, le reste de la musique était souvent démonstratif (là où Michael Giacchino, arrivé à la bourre sur Rogue One a laissé plus de nouvelles mélodies en tête).
Rebelote ici où Williams reste des plus agréables à écouter mais des plus oubliables à la sortie de la salle. Certes, il retravaille ses thèmes existant (parfois depuis 1977 ) mais ce qu’il propose de neuf ne marque pas les esprits plus que ça. Dommage sans être jamais honteux, surtout de la part d’un compositeur qui a déjà 85 ans !
The Last Jedi divisera. Les fans de la première heure, les fans « gardiens du temple » intégristes, les spectateurs plus lambda.
Car il propose un vrai regard d'auteur tranché sur l’ensemble de la saga, de ses concepts manichéens trop simples au goût du réalisateur et sur l’agencement des divers éléments qui le compose. Même les combats au sabre ne seront pas ce à quoi vous vous attendez.
Mais il est un spectacle riche, généreux, long sans être lent ( les 2h30 passent vite mais l’on sent que certaines scènes manquent où ne sont pas approfondies comme il le faudrait. C’est un Star Wars, pas un film de Peter Jackson sur la Terre du Milieu ) .
On lui pardonne bien vite des dialogues parfois trop appuyés pour décrire le caractère des personnages ( ce n’est pas les bisounours ou Skeletor mais c’est parfois un tantinet cliché chez certains personnages heureusement peu nombreux ) et l’on reste estomaqué par le spectacle et ses répercussions sur la saga, ses héros et leurs futurs à tous…Un blockbuster dans ce qu’il a de plus noble. Et qui mérite plus d’une vision pour l’appréhender pleinement !
Que la Force soit avec nous, encore deux ans à attendre !
nb: cette critique ne fait que survoler le film. Pour pleinement l'analyser, il aurait fallu rentrer dans des détails sensibles. Néanmoins, je note mes idées pour plus tard. 2020 sera l'année où je pourrais vraiment faire des parallèles entre les trois trilogies,etc...
{1} Tuer le père. Rechercher le père.
Deux quêtes différentes.
Plus marquées dans cette nouvelle trilogie (et Rogue One) que lors des 6 opus précédents.Et pour cause.
Mais d'abord, revenons sur la figure paternelle telle que vue par George Lucas et dépendant de son vécu. Lucas avait un père qui rêvait de voir son fils reprendre l'entreprise qu'il avait fondée. George n'en avait cure. Il voulait vivre sa vie, tracer son propre chemin. Il est Luke, son papa est Darth Vader ( simplifions ).
Ce rejet du père, il l'insufflera aussi dans son autre grande création : Indiana Jones. Indiana est un nom d'aventure, son vrai nom est Henry Jones Jr. Indy rejette l'héritage de la famille, forge son prénom et laisse tomber le Jr. Alors que son père ne cesse de lui rappeler qui il est.
Mais si ce brave Sean Connery n'est pas aussi noir que Vader c'est pour une raison simple. Lucas n'est pas aux commandes de la saga Indiana Jones, son ami réalisateur Steven Spielberg est derrière la caméra. Et il a beau dire ce qu'il veut dans les making-of, il n'est pas là juste pour mettre son talent au service de Lucas, il sait imposer des choix et des thématiques.Et la thématique la plus chère de Steven Spielberg, c'est la recherche du père, la reconnexion avec lui. Traumatisé par le divorce de ses parents qui le conduira à essentiellement vivre avec sa mère, Spielberg a jalonné sa carrière de tentatives cinématographiques de rassembler sa famille ou de pointer du doigt ce manque , ce trou béant qui l'a animé ( Elliott dans E.T , c'est lui ! Les enfants de divorcés dans Jurassic Park à la recherche d'un parent de substitution ? La fille de Ian Malcolm - Le Monde Perdu - qui vit mal que celui-ci parte si souvent sans elle ? Je continue ? ).
Alors , que croyez-vous qu'il peut bien se passer quand la directrice de Lucasfilm engage J.J Abrams, Gareth Edwards ou Rian Johnson pour s'attaquer à Star Wars ?
Ils sont la génération qui a grandi avec La Guerre des Étoiles. Mais ce ne sont que 3 films. 3 films parmi ceux qui auront marqué les années 80 et 90, et la majeure partie de ces films sont signés Spielberg ou produits par lui.
L'épisode VII est co-écrit et réalisé par J.J Abrams ( l'autre scénariste, a écrit L'empire contre-attaque...et Les aventuriers de l'arche perdue. Réalisé par qui déja ? ). Abrams est l'héritier reconnu de Spielberg. Par ses collaborateurs : Tom Cruise le décrivait comme cela, lui qui avait bossé deux fois avec le grand barbu auparavant. Et par Spielberg lui-même, honneur qu'il n'avais accordé.
J.J est un enfant Amblin, revoyez Super 8 pour vous en convaincre. Son personnage principal, Rey, recherche un père (une famille ), c'est désormais un angle d'attaque Spielbergien.
L'antagoniste cherche à détruire ses figures paternelles, c'est un personnage Lucassien poussé à bout dans sa logique de destruction. Un peu comme les premiers fans de Star Wars perçoivent à George Lucas quand ils évoquent les épisodes I à III.
Rebelote dans Rogue One. Jyn Erso cherche bien plus son père (dans les deux premiers actes ) qu'à aider les rebelles. Et Gareth Edwards sortait de la réalisation de Godzilla, l'hommage le plus marqué et le plus assumé à Jurassic Park depuis...depuis Jurassic Park ! On notera cependant qu'autant Godzilla que Super 8 se concentrait sur une variante : le héros n'était pas en manque de père mais de mère. Histoire de changer un peu une dynamique que le maître a si souvent employée.
Les auteurs embrassent leur héritage culturelle. Star Wars en fait partie, mais apparemment, quelqu'un les a fait bien plus rêver que George Lucas sur le long terme. Hors, si Indiana Jones nous prouve une chose, c'est que les histoires de Lucas s’accommodent très bien des injections de l'ADN cinéma de Steven Spielberg. Ses héritiers et enfants spirituels le savent ou le sentent. Ils l'appliquent en tout cas. {2} Sur le sujet, votre serviteur s'est fait avoir. J'étais certain qu'une telle épreuve l'attendrait, comme elle a attendu Luke lors de son initiation avec Yoda. Et lorsque les bandes-annonces ont donné un aperçu aquatique de ce passage, j'ai pensé à un concept développé à la base pour l'épisode 7.
Lors de la conception de l'episode 7, l'équipe de production est partie à la recherche de concepts, d'images fortes.
Les premiers dessins et les premiers pas de l'histoire étaient un peu différents. Rey s'appelait Kyra et la planète dépotoir de Jakku avait un autre look ( il y avait des canaux à la Venise par exemple).
Hors , une des idées qui avaient été avancées, était l'exploration des ruines de la seconde Étoile de la Mort qui serait tombée dans un gros lac sur Endor. J'ai crû que cette idée serait reprise comme épreuve de la grotte baignée (c'est le cas de le dire) par le côté obscur. Je me suis trompé. Bien que l'idée (et les images qui iraient avec) est bonne et peut encore être utilisée dans le IX.
Je vous invite à lire les deux ouvrages suivants pour plus de détails.