Batman. Le Joker. Le héros et l’antagoniste les plus célèbres de la pop-culture. Deux visions du monde totalement irréconciliables.
Mais quand Harley Quinn est kidnappée, son petit poussin est bien décidé à la récupérer. Et qui d’autre que le meilleur détective du monde pour résoudre l’affaire. Mais le Joker étant le Joker, il ne compte pas sur l’altruisme de Batounet pour retrouver une victime d’un kidnapping. Le joker kidnappe donc Jim Gordon pour forcer la patte de la chauve-souris.
Batman et le Joker vont devoir travailler ensemble.
Et comme le fait remarquer l’auteur dans la postface, c’est une chose qui n’arrive pas souvent ( alors que le potentiel dramatique est énorme pour qui saurait en faire usage ).
L’auteur n’est autre que Marc Silvestri, surtout connu pour son talent de dessinateur plus que de scénaristes. Silvestri fait partie de la petite bande de dessinateurs stars ayant quitté Marvel pour partir fonder leur maison d’édition : Image Comics. Cependant , nos petits larrons n’ont pas tous eu pour principe de rejeter les appels du pied de Marvel et DC au fil des ans.
Et quand l’occasion lui a été donnée de raconter une histoire sur Batman, avec une carte blanche presque totale , Silvestri a dit oui. Mais si l’homme sait dessiner, écrire est une autre paire de manche. Ce n’est pas son fort. Là aussi, en postface, Silvestri a l’humilité d’admettre que les éditeurs en chef du projet l’on aidé et guidé dans son entreprise.
L’histoire est assez simple : le Joker a besoin de l’aide de Batman et lui force la main. Dans le même temps, d’étranges créatures à l’allure de goules jokerisées sèment la terreur et la mort, une enquête que Batsy doit interrompre pour aider son meilleur ennemi. On se doute bien vite que les deux affaires sont liées mais pourquoi et comment ? Ha ha ha, à nous de le découvrir.
Et c’est ici que, comme dirait Napoléon, tout se corse.
Si le rythme et les péripéties se suivent sans trop se ressembler pour fournir une histoire plaisante à suivre, elle n’en reste pas moins parfois poussive. Cherchant le glauque à tout prix, Silvestri multiplie les horreurs et les retournements de situations un peu capilotractés, même pour Gotham la gothique.
Et son découpage de l’action renvoyant aux comcis des années 90 rend le tout un peu daté dans son déroulé : du gore pour le gore , un adversaire revanchard qui a accumulé savoir, intelligence et malice mais est incapable de vraiment réussir son coup et des personnages dont l’écriture est survolée ( seul Batman échappe un peu à cet écueil ).
Et une intrigue qui rappelle un peu Die Hard with a vengeance de John McTiernan puisque nos deux lascars vont devoir résoudre des énigmes mortelles et morales assez coriaces. Sauf que la résolution de chaque épreuve fait peu avancer la psyché de notre croisé à la cape ( que le Joker se foute des conséquences, c'est sa nature psychotique. Batman en revanche devrait être furax et pas simplement de mauvaise humeur en compagnie de ses alliés ) ,
Comme dans les comics de ces années-là, la technologie joue un grand rôle et si cet aspect est étroitement associé à Batman, force est de constater que les ordinateurs qui parlent et font 80% du boulot pour lui ne sont plus aussi cool qu’autrefois et viennent amoindrir les talents de Bruce Wayne pour la déduction. Il y a un déséquilibre flagrant entre l'écriture des personnages et le temps passé sur la planche à dessin et seul le rythme soutenu maintient cette aventure en un tout lisible et agréable à défaut d'être transcendant.
Le lecteur lettré s’amusera de quelques clins d’œil ( Harley prisonnière et quelques blagues du Joker lorgnent vers Le silence des Agneaux, le train nommé Comète est un renvoi à Ayn Rand – La Grève , roman à l’idéologie abjecte , est l’un des plus vendus aux USA après tout ) et le traducteur s’est amusé quant à lui à quelques jeux de mots qui collent avec l’ambiance.
Ironiquement, Tim Burton ( qui a fait deux bons films Batman mais d’horribles adaptations de notre héros ) aurait trouvé dans cet album des éléments horrifiques et macabres qui l’auraient sans doute enthousiasmé.
Les dessins de Silvresti sont anguleux, et hachurés. Et pourtant, il s’amuse à distordre les lois de la physique dans des décors et des poses totalement irréalistes , conférant une atmosphère dérangeante à l’ensemble, Gotham ressemblant plus à un labyrinthe industriel en décomposition qu’à une ville. À presque aucun moment, pas même au Manoir Wayne , il ne semble y avoir un endroit où la normalité aurait prise. Tout n’est que crasse et décrépitude et le combat de Batman pour relever sa ville semble perdu d’avance. Mais là encore, c'est le visuel qui parle et le scénario fait peu de cas de ces détails importants dans une histoire gothamite qui voudrait marquer son temps.
Ce n'est pas le cas , l'envie de Marc Silvestri semble être de fournir un blockbuster soutenu et horrifique saupoudré des éléments qui font de Batman...Batman ! Rien de honteux cependant et le contraire aurait été étonnant de la part d'un dessinateur peu à l'aise avec écrire un scénario. C'est donc une belle surprise que l'ensemble se tienne malgré ses déséquilibres frappants.
Deux salles, deux ambiances : Deadly Duo existe dans une édition en noir et blanc qui accentue l’aspect oppressant de l’histoire quand la version colorisée est nettement celle qui appuie sur le sanglant ( en tombant parfois dans l'outrance ).
Que retenir au final ? Une histoire de Batman menée tambours battant, où les retournements sont nombreux avec un chevalier noir ayant des tours d’avances dans son sac sans pour autant être totalement en contrôle de la situation. Une lecture agréable mais datée et typée « années 90 chez Image Comics » . Une ironie pour un comic paru en 2023 chez DC.
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