jeudi 27 février 2014

Roman noir et chauve-souris.

Batman a le vent en poupe.
Depuis la sortie de Batman Begins en 2005, l’intérêt porté à l’homme chauve-souris s’est étendu : ses aventures cinématographiques atteignent les sommets du box-office mondial et les ouvrages de bandes dessinées lui étant consacrés ont vu leur nombre augmenté depuis 2012. Sans compter les jeux vidéos « Arkham ».

Hors, après les comics, les films et les jeux vidéos, voici que le croisé à la cape se décline sous nos latitudes sous forme romanesque.

Encore que…Aux USA, les romans de super-héros Marvel ou DC sont plus répandus qu’on ne pourrait le penser et ce depuis un petit moment déjà. Certains sont des œuvres originales, d’autres sont des transpositions de sagas ( Knightfall et No Man’s Land ont donné naissance à des romans : Knightfall a même été traduit en français sous le titre Crépuscule en 95 ).
Il existe également des romans mettant en scène des héros créés pour l’occasion.

On pourrait penser que les comics sont purement visuels et que le passage vers un média comme le cinéma est plus « logique », une migration vers le littéraire est incongrue.
Mais aucun genre n’est cantonné à une seule forme d’expression.
Et rappelons que l’univers Star Wars s’est bien plus construit littérairement que cinématographiquement !

Vers le milieu des années 90, les éditions Fleuve Noir ont d’ailleurs tenté d’importer cette mode en profitant de la sortie de Batman Forever. Mais ce ne sont pas des romans qui sont parus mais des recueils de nouvelles (énormément de matériel gothamite mais quelques uns faisaient la part belle à Wonder Woman ou Superman).
La greffe ne semble pas avoir pris dans nos vertes contrées malgré quelques noms connus et reconnus parmi les auteurs : Dan Simmons,Mike Resnick,Robert Silverberg,Isaac Asimov,…et d’autres moins connus et habitués des licences.











Cette année, surprise : les éditions Eclipse ont décidé de tenter une nouvelle offensive et qui de mieux que Batman pour servir de fer de lance ? Plutôt qu’un recueil de nouvelles, c’est un roman à part entière qui sera ici proposé. Fait comique, Eclipse est une maison d’éditions rachetée par Panini ; Panini qui a perdu les droits de DC comics en faveur d’Urban a donc trouvé un moyen de distribuer du Batman, les droits des romans se négociant à part des droits des comic books.

Wayne of Gotham, traduit/sous-titré par Secrets de famille est écrit par Tracy Hickman, un supposé grand nom de la fantasy.

À la suite d’une affaire somme toute banale dans la jungle gothamite, Batman est confronté à un adversaire jouant dans l’ombre et semblant connaître son identité secrète. Ce nouveau joueur manipule certains évènements pour lancer Bruce dans un jeu de pistes malsains : en effet, les indices ne sont rien d’autres que des morceaux de dossier pointant des activités louches de…Thomas Wayne, le père de Bruce. Le chevalier noir est donc contraint d’encaisser les coups sur deux fronts, celui de sa vie de famille et celui de sa vie nocturne…

Tracy Hickman a un style d’écriture assez direct : peu de fioritures poétiques et peu de vrais développements psychologiques (bien qu’il ne délaisse pas complètement cet aspect, cela reste très sommaire). Un style âpre n’est pas forcément une mauvaise chose en soi mais encore faut-il avoir des idées  et savoir les développer.

Dans le cadre des idées intéressantes, notons cette envie de confronter Bruce Wayne à une autre image de ses parents, lui qui, finalement, ne pouvait que porter dans ses souvenirs une image d’Epinal, ainsi qu’une construction parallèle, le roman suivant, dès le chapitre 5 une structure en miroir contant les « aventures » de Thomas Wayne.

Et là, les bat-fans vont crisser des dents et pas qu’un peu.
Démontrer que chaque personne a une face sombre, c’est une chose (personne, pas même les Wayne, n’est parfait), cracher à la gueule de ce qui fait le mythe, ça en est une autre !

À tout seigneur, tout honneur : Batman est ici présenté comme un homme vieillissant proche de la cinquantaine. Rien de monstrueux, on a déjà vu cette approche dans les comics : The Dark knight returns nous en montrait déjà un et, à force de volonté, Bruce se montrait égal à lui-même.
Rien de tout cela ici : Bruce a besoin d’un bat-costume renforcé aux fausses fibres musculaires pour accomplir ses exploits. Un bat-costume tellement bourrés d’électroniques que ça en devient parfois limite ( mention spéciale aux améliorations bioniques implantées chirurgicalement) , la batmobile quant à elle est un pur délire de SF à la James Bond (un mauvais James Bond ! ).

Le révisionnisme touchant la famille Wayne est assez poussé et la respectabilité de Thomas va en prendre un sacré coup dans les valseuses. L’intention n’était pas mauvaise mais le traitement, là encore imbibé de mauvaise SF et de relecture de certains événements connus des lecteurs, n’est pas à la hauteur et pas crédible pour un sou dans le cadre des aventures du « Plus grand détective du monde » : Batman sait tout sur ses parents et le passé de ceux-ci, il ne peut se permettre aucune zone d’ombre !

Le caractère des personnages est lui aussi touché à des endroits assez inattendus : Alfred est un cachottier ; Bruce perd son sang froid et se comporte en véritable connard colérique, est parfois imbu de sa personne d’homme d’affaire et prend Alfred pour son chien sans compter que sa parano galopante et hors sujet est aussi très sélective ; Gordon quant à lui prend Batman de haut et est parfois incapable de réfléchir comme un enquêteur chevronné, etc…

Le tout est quand même dosé de manière à ce que l’on ait envie de tourner les pages pour découvrir qui et pourquoi est derrière cette attaque ciblée sur notre bon vieux Bruce Wayne et l’enquête fait intervenir quelques vilains comme Harley Quinn ou encore le Joker, assez bien traités. Mieux que les scènes d’actions qui voient Batounet face à plusieurs adversaires : il les bat un par un, les autres se contentant d’effectuer une danse menaçante en attendant leur tour.  Les références à d’autres vilains sont là pour faire des clins d’œil aux lecteurs tout en étant justifiés par le raisonnement internes de Batman.

Les références, parlons-en.
Difficile de dire si l’auteur est un fan où s’il a parcouru les pages wikipédia en anglais dédiées au chevalier noir. Certaines sont très pointues et votre serviteur a parfois tiqué, c’est dire.
Certains noms de rue ou de bâtiments sont empruntés aux patronymes de certains scénaristes ayant œuvré sur Batman. Et l’auteur arrive même à replacer le fameux Faucheur, un justicier expéditif qui officiait à Gotham bien avant Batman (voire Batman : année deux pour plus de détails).
L’un des moments pivots sera la réinterprétation d’un bal masqué où Thomas Wayne portait un costume évoquant une chauve-souris et qui tombe sous le coup d’un révisionnisme abject pour le personnage et son histoire d’amour avec Martha Kane/Wayne (il y a des choses gravées dans le marbre pour une raison !) voire mêmes sur certaines origines des fêlés sévissant à Gotham.



Cet élément, bien connus des fans et exploités par Grant Morrison dans son run entamé en 2006, prend ici une nouvelle tournure.

Qui vient aussi cracher sur l'interprétation de Batman dans une ligne temporelle chamboulée :




Entre explorer une zone d'ombre (quitte à la créer) et détruire pour le plaisir de casser, il y a un monde !



Pourtant, malgré un nombre élevé de références et autres clins d’œil appuyés, Hickman semble complètement occulter l’existence de la bat-family et de Selina Kyle.

À force de jouer avec la chronologie, l’auteur s’emmêle les pinceaux par moments ( et c’est là qu’on se dit qu’un travail d’édition correct ou même une petite relecture aurait empêché certaines erreurs grossières).
Ainsi : la page 64 nous apprend que les Wayne ont été assassinés en Juin 74. La page 362 (et les suivantes) s’accorderont sur la date du 15 Août 1971.
En grand connaisseur de l’histoire de Batman, je sais que Bruce avait 8 ans quand ses parents sont morts. Au début du roman, on calcule donc que Bruce a 46 ans au moment où l’histoire se déroule. Finalement, il en a 49. Cela pose des questions sur l’âge d’Alfred ( qui n’aurait donc que 20 ans de plus que Bruce Wayne dans le roman) et sur celui de Jim Gordon encore plus. Costauds les vieux de la vieille !

Bref, Secret de famille est une curiosité pour les fans absolus mais reste vraiment dispensable pour les autres. Le résultat, même s’il est prenant par moment (un mystère est posé et on veut quand même en connaître la résolution) est en réalité relativement mauvais pour qui n'est pas intéressé par la chauve-souris : quelques bonnes idées et bons passages ne sauvant pas cette histoire.

Et d’un point de vue éditorial, c’est carrément du grand n’importe quoi, voire du foutage de gueule pur et simple comme j’en avais rarement vu ! Un festival de tout ce qu’il est possible de retrouver comme erreurs.

Primo : il est grand temps d’imprimer que les habitants de Gotham sont des Gothamites et non des Gothamiens ( Gotham , la ville anglaise, est habitée par des Gothamites et quand New-York était encore surnommée ainsi, c’est aussi ce mot qui revenait aussi bien en anglais qu’en français !). Cette remarque vaut pour tous les éditeurs d’ailleurs !

Ensuite, les prépositions et les conjonctions de subordinations en trop pullulent. Elles s’invitent dans le texte plus souvent qu’un pique-assiette dans les fêtes mondaines…alors que d’autres sont absentes du texte ! On retrouve aussi quelques sauts de lignes incongrus au milieu d’une phrase.

Les coquilles sont aussi de la partie : durant la première partie du roman, l’ordinateur de bord de la bat-mobile se nomme Cronos. Il devient ensuite Kronos sans que cela ne semble avoir gêné le  stagiaire chargé de la relecture (sans doute parce que cette personne n’existe pas !).
Plus fort, le roman use et abuse d'indications horaires pour situer le lecteur : l'action se situant à 25h53 à la page 328 relève du cauchemar absolu des horlogers suisses devenu réalité.
Ou encore, lors du chapitre 24 au cours d'une action linéaire, Batman évolue de 20h59 à 20h46 !
J’adorerais blâmer Panini mais ce saccage n’est même pas de leur fait : c’est un studio indépendant, Makma, qui s’est chargé de la chose. L’incompréhension est grande car ce studio avait déjà pris en charge d’autres ouvrages sans que de telles horreurs ne se retrouvent imprimées !

Un bon point pour finir: la couverture de Ryan Sook est très jolie.Voila….

dimanche 23 février 2014

Dragon Ball, première partie.

L'an dernier, deux monstres de la bande dessinée fêtaient leur anniversaire emblématique : Superman et Spirou célébraient chacun 75 années d'existence.
Cette année, rebelote, deux œuvres très connues seront mises à l'honneur : Batman fête ses 75 ans et Dragon Ball fête ses 30 ans. Rendez vous compte, Son Goku et moi avons le même âge !

Bon…bon…Tout le monde le sait, je voue un culte à Batman. C'est donc vers Dragon Ball que je vais me diriger, histoire de ne pas saouler le monde avec mon esprit de Gothamite dépressif et obscur!
Qui ne connaît pas Dragon Ball ? Les moins de 20 ans peut-être. Pour les autres, tout le monde  a eu moins vu 5 minutes d'un dessin animé portant ce titre.
Le dessin animé (et sa suite, Dragon Ball Z ) est tiré d'un manga écrit et dessiné par Akira Toriyama.

Dans les années 80, Toriyama possède une belle notoriété au pays du soleil levant grâce à sa série humoristique Dr Slump.  Mais ce grand amateur d'arts martiaux et de films de Jackie Chan rêve d'une série alliant sa passion pour le sport de combat et la grande aventure.
En 1983 déjà, il avait réalisé deux histoires courtes :
-Dragon Boy, qui racontait les aventures de Tang Tong, jeune homme apprenant le kung-fu qui allait devoir escorter une princesse. Tang Tong possède également une boule de cristal de laquelle peut surgir un petit dragon. Cette aventure en deux chapitres n'aura jamais de suite malgré la fin ouverte de celle-ci.  L'univers de cette courte série lorgne vers le fantastique, voire la fantasy.
- Tongpoo raconte l'histoire du cyborg Tongpoo qui atterrit sur Terre après la panne de son vaisseau. Il y rencontre une jeune fille avec qui il vivra diverses aventures dans un environnement de science-fiction. Certains éléments, comme les fameuses capsules que Bulma affectionne dans Dragon Ball, apparaissent dans ce manga.






On pourrait penser que le début de Dragon Ball n'est qu'un mix entre deux travaux précédents de Toriyama. Et pourtant, il manque encore quelque chose.
Le liant de tous les éléments épars que recelaient Dragon Boy et Tongpoo se nomme Le Voyage en Occident. C'est à la base un récit chinois mais néanmoins connu au Japon.  Il raconte l'histoire de Sun Wukong, un singe anthropomorphe (pléonasme ? ) chargé par son maître de mener une quête. Il est accompagné par un dragon et un homme à tête de cochon. Sun Wukong possède également un bâton capable de s'allonger à l'infini et un nuage magique lui permettant de voler.

La quête de Sun Wukong est philosophique, il s'agit de rapporter des écrits de la main de Bouddha en personne. Son Goku partira en quête des Dragon Balls, 7 boules de cristal dispersées de par le monde.

Les bases sont posées. L'histoire (du monde !!!) est en marche !
Plus rien ne sera jamais comme avant (insérez ici une grande musique dramatique, une marche peut-être…) !
Son Goku est un petit garçon vivant seul dans la forêt. Il a la particularité de posséder une queue de singe. Il fait la connaissance de Bulma, une jeune fille plus âgée que lui. Cette dernière s'ennuie durant ses vacances d'été et après avoir découvert la légende des dragon balls, décide de partir à leur recherche. Génie scientifique, Bulma a mis au point un radar capable de localiser les boules avec précision. Leur rencontre n'est donc pas fortuite : Son Goku possède la boule numéro 4.

Sens de lecture japonais.



Dragon Ball n’a pas été conçu comme un « on-going ». Il devait s’agir d’une série courte racontant une histoire. C’est devant le succès « surprise » qu’Akira Toriyama s’est vu demandé de continuer la série, poussé par ses éditeurs.

C’est pourquoi certains thèmes du début seront oubliés ou relégués au second rang par la suite.
Au départ, Dragon Ball est autant une série d’action/aventure qu’une série humoristique : les gags visuels, les jeux de mots bidons, les situations loufoques et les personnages excentriques abondent.

Le ressort comique le plus flagrant (et qui était déjà présent dans des œuvres précédentes) est le rapport compliqué qu’entretiennent les personnages face au sexe opposé. Bulma n’a personne dans sa vie et souhaite demander au dragon de lui fournir un petit ami ; Yamsha, le brigand du désert, perd tous ses moyens en présence d’une femme car il est d’une timidité maladive ; Goku , de par son isolement, ignore totalement ce qu’est une fille ( et sa réaction catastrophée quand il découvre la vérité sur Bulma lui jouera des tours par la suite quand il tentera de deviner si les personnes qu’il rencontre sont mâles ou femelles). Tortue Géniale par contre est un véritable obsédé sexuel qui se met à pisser du nez quand il voit une fille nue ( cet élément a été censuré dans le dessin animé en France et en Belgique).

L’aventure, au tout début, est assez classique. C’est somme toute une quête comme on en a lu des centaines dans des récits de fantasy : le héros répond à l’appel de l’aventure et au fil de ses pérégrinations, va rencontrer des vilains et des héros qui le feront progresser jusqu’au climax de l’histoire. Tortue Géniale est la figure du vieux sage qui apprendra à Son Goku à se dépasser et lui fournira des artefacts qui l’aideront (le nuage magique : un nuage supersonique que seul un cœur pur peut monter, raison pour laquelle Tortue Géniale n’a jamais réussi à tenir dessus).
À la fin du premier arc narratif, tout ou presque est résolu : Yamsha perd sa timidité en tombant amoureux de Bulma ( et cesse d’être un vilain mineur de l’histoire), Bulma trouve un petit ami et le vilain Roi Pilaf n’arrive pas à faire de vœu en face du Dragon. La queue de singe de Son Goku est coupée après que celui-ci se soit transformé en singe géant à la pleine lune ( révélant ainsi la cause de la mort de son grand-père : Goku lui a désobéi et est sorti un soir de pleine lune pour la regarder).

Chacun repart dans une direction différente et l’histoire pouvait en rester là. Mais la série est un carton et les aventures de Goku doivent continuer.
Soucis : une fois les dragon balls utilisées, elles deviennent de simples pierres durant un an et se dispersent à travers le monde. La quête devient dès lors impossible.

Toryiama va donc se concentrer sur un aspect qu’il va développer de plus en plus au fil du temps : les arts martiaux et le dépassement de ses limites.
Goku retourne donc voir Tortue Géniale pour devenir son disciple. Au même moment, Krilin, un moine shaolin, débarque sur l’île lui aussi pour apprendre du grand maître. Si Goku et Krilin commencent comme des rivaux, une profonde et indéfectible amitié va naître entre eux deux.

Nous suivons donc leur entraînement et l’aboutissement de celui-ci : un tournoi d’arts martiaux. Krilin et Goku y découvriront chacun leurs limites actuelles. Au bout du compte, Tortue Géniale n’a plus rien à leur apprendre et Goku décide de parfaire sa formation en partant à la recherche de la boule numéro 4, un an ayant passé depuis que le dragon sacré a disparu. C’est lors de ce périple qu’il tombera face à l’Armée du Ruban Rouge, un groupe lui aussi à la recherche des dragon balls.




C’est vraiment lors de cette saga que la série affirme un trait de caractère assez peu entrevu auparavant : la défense du plus faible face à l’oppression du plus fort. Goku et ses amis devenant des sortes de super-héros lorsqu’ils sont des guerriers.  Cette saga trouvera un écho tardif des années plus tard lorsque, devenu adulte, Goku recroisera la route d’un sympathisant du Ruban Rouge… mais c’est une autre histoire.

À suivre….

lundi 17 février 2014

Dure est la chute.

Le film étant sorti en blu-ray et dvd fin Janvier, retour vers le pire des années 90...mais réalisé en 2013.

Souvenons-nous, nous sommes en 1988 et certains d’entre vous n’étaient même pas nés !
Piège de cristal (Die Hard) sortait au cinéma. En créant presque un sous-genre à lui tout seul , le die-hard-like  un homme, au mauvais endroit au mauvais moment, va sauver la peau et les fesses de tout le monde (ou presque) et botter quelques culs au passages. Si possible en ayant le sens de la répartie.

Le genre a fait les belles (et les moins belles) heures du cinéma américain des années 90.
Puis, le genre est revenu à la vie…mais loin d’une résurrection messianique, c’est sous forme de zombie en décomposition avancée que le retour c’est produit.

Alors que Die Hard with a vengeance ( Une journée en Enfer) avait clôturé la chose en disant «  Après moi, vous passerez tous pour des petites bites », 2007 a vu le retour de la franchise. Et dans la foulée, il était logique (commercialement) que les studios se relancent dans cette sorte de film.

Et en l’an du Seigneur 2013 débarquèrent deux films voyant le monument emblématiques des USA tomber face à une bande de terroristes-commandos surentraînée qui va se prendre une tatane monumentale de la part d’un homme, un seul !
Après les chutes du Niagara, les chutes Victoria, la chute du faucon noir, la chute à cheval, la chute à vélo et la chute de rein de Monica Bellucci…voici La chute de la maison blanche.
Une idée si vaste qu’il aura fallu deux films pour la traiter !
Encore que, l’idée n’est pas neuve : en 2009 trois épisodes de la saison 7 de 24 voyaient déjà Jack Bauer se démerder dans une attaque contre le palais présidentiel américain.

En avril, Olympus has fallen ( traduit par….La chute de la Maison Blanche) sortait : le film était républicain à mort, raciste, bourrin et pompait Die Hard mais mal. Une daube à peine plus regardable qu’un direct-to-vidéo.
En septembre, nous avons eu droit à la version parti démocrate. Démagogique, politiquement correcte à en être nauséeux et pompant Die Hard…mais mal ( quelle surprise) : le coup de la chaussure abandonnée, check. Le passage avec musique de Beethoven, check aussi !




Bizarrement, l’opus de Roland Emmerich est regardable jusqu’au bout et ce sans perte de rythme, le film passe ainsi relativement vite malgré ses 2h17 de durée. L’action n’est pas emballée de manière originale mais elle reste propre et lisible (sauf dans le cas de la poursuite en bagnole sur la pelouse de la Maison Blanche…oui vous avez bien lu !).

Les effets visuels sont à la ramasse dès que ceux-ci sont numériques  entre les appareils militaires sortis d’un jeu vidéo du début des années 2000 et des inserts dégueulasses sous fond vert, c’est du n’importe quoi. Du fric jeté en l’air, je parie que le budget aurait permis d’embaucher une vraie compagnie de SFX.

Les acteurs sont très premier degré, sauf Jamie Foxx, plus cool que cool dans le rôle d’un clone d’Obama qui, en plus d’être une cible, jouera aussi les sidekick noir et comique (comme dans les années 70-80 quoi). Et remplacez la femme du héros par sa fille, vous aurez exactement les mêmes moments de tension familiale que dans... Die Hard.

La gestion du temps est aussi assez improbable.
Vous voyez dans les films, un compte à rebours apparaît et le héros a 10 minutes pour sauver le coup sinon c'est le bordel et tout le monde meurt ? (allez, vous avez tous au moins un exemple en tête) : malgré le fait que le héros mettra 7 minutes pour sauver les meubles, le décompte s'arrêtera vers 2 ou 3 secondes avant la fin , le montage va quasiment toujours plus vite que le temps réel.
Et bien ici, c'est l'inverse : à un moment du film, le héros a exactement 8 minutes pour régler la situation ou tout le monde meure ! Et bien, il y arrivera dans les dernières secondes du décompte...23 minutes plus tard !





Maggie Gyllenhaal se demande sans doute ce qu’elle fait dans cette galère et son jeu monocorde me fait émettre deux hypothèses : soit elle a su garer son talent en retrait et dans ce cas, chapeau bas. Soit elle était constamment sous calmants et euphorisants pour jouer parce qu’elle avait conscience que sa carrière était foutue après ça.
Le nombre d’acteurs connus ayant signé pour jouer dans ce nanar est hallucinant.





Enfin, notons les nombreuses incohérences du scénario ( tout repose sur un élément tellement imprévisible que , non, la découverte du cerveau du coup ne tient pas ) ou manque de subtilité flagrant (ouuuh, le monsieur il a retiré son pin’s drapeau américain, lui c’est un méchant : ça annule tout effet de rebondissement mais bon…).
Rajoutez un humour qui tombe à plat, des dialogues inutiles et une gamine horripilante et vous obtiendrez l’exemple même du blockbuster décérébré fait à la va-vite pour le fric et rien d’autre !

mercredi 12 février 2014

La pas si mal et le gros chat grognon.

Après avoir erré entre divers  projets avortés (Bob Morane, Le soldat suédois , Fantomas), Christophe Gans revient au cinéma avec La Belle et la Bête, réinterprétation d’un conte connu et reconnu.

Le conte de fée est à la mode depuis quelques années. On se souvient de la déferlante guimauve et horriblement colorée du Alice au pays des Merveilles de Tim Burton.
Suivie par Mirror Mirror et Blanche-Neige & le Chasseur (deux remises à jour de Blanche-Neige la même année à deux mois d’intervalle,ça n’allait pas arranger la réputation de manque d’originalité d’Hollywood ça).
Et on annonce Cendrillon ou La Belle au bois dormant aussi (Maléfique, du nom de la vilaine fée, produit par Disney, sort bientôt).

Nous noterons aussi  l’apparition des séries télévisées Grimm et Once Upon a time.Il faut noter que ces deux œuvres découlent d’un projet avorté d’adapter le comic book Fables à la télé : le littéraire a toujours une ou deux longueurs d’avance sur les médias audio-visuels.

Cependant, avant qu’Hollywood n’y pense (mais c’est en route, avec Emma Watson sous la houlette de Guilermo Del Toro, yeah !), le réalisateur de Crying Freeman (bien mais pas top) et du Pacte des loups ( déjà franchement mieux) nous propose de passer de la bête du Gévaudan à la bête tout court (la bête à deux dos, c’est chez Dorcel, merci !).


Histoire éternelle…

Il était une fois, deux jeunes enfants à qui leur mère lisait une histoire. C’est ainsi que s’ouvre le film : un livre dont la narratrice tourne les pages. Évidemment, vu le titre du film, vous aurez compris quel conte les bambins sont en train d’entendre (un indice: non, ce n’est pas Peter Pan ! ).

Il est difficile parfois de distinguer remake de réinterprétation (d'autre coup c’est simple par contre, Batman Begins et Batman,de Tim Burton, n’ayant pas grand-chose en commun).
Dans les deux cas, il est extrêmement ardu de juger sur pièces sans faire de comparaison avec les œuvres précédentes.
Deux versions sont particulièrement connues : celle réalisée par Jean Cocteau avec Jean Marais dans le rôle de la bête ( les mauvaises langues diront d’ailleurs que Marais était la bête à Cocteau) et bien entendu la version sortie des studios Disney (très réussie au demeurant).

Christophe Gans s’évertue donc à tenter d’entrer dans la légende. Il ne réussira pas.
Oula malheureux, ne partez pas déjà, j’en ai des choses à dire (et des bonnes, n’allez pas croire ! ).

D’un point de vue global, très global, il ne faut pas imaginer que l’attrait d’Hollywood pour les contes de fées est le signe d’une faiblesse ou d’une paresse  intellectuelle. Les contes, comme les mythes, font partie depuis longtemps de l’inconscient collectif et les revisiter revient à revisiter nos fondements : ça ne fait jamais de mal. De plus, il n’existe que 5 ou 6 structures narratives différentes : en gros, nous avons déjà tout raconté. Le sel de la chose revient donc à re-raconter du connu en changeant la recette ou en l’assaisonnant différemment.

Mais force est de constater que les tentatives américaines récentes ont lamentablement échoué (et ça ne s’annonce pas mieux dans le futur). Alors, était-ce en Europe que le genre allait être mieux traité ? Oui et non.



Le principal souci du nouveau film de Christophe Gans, c’est son scénario.
Tout le monde connaît le destin de cette jeune fille qui prend la place de son père comme prisonnière dans le château d’une bête humanoïde parlant comme un homme et se conduisant comme un animal.
Et, à partir de là, la jeune fille apprend à connaître son geôlier, nous fait un syndrome de Stockholm et tombe amoureuse de la bête qui se révèle être un Prince Charmant attendant d’être délivré (et oui, y a pas que des princesses captives dans les contes !).
Bon, perso, je préférerais être transformé en bel animal velu qu’en crapaud.

Mais l’amour ne naît pas d’un claquement de doigt. Hors, Gans foire sa narration et ses notions de temporalité à ce niveau. On a l’impression que Belle reste prisonnière 3 ou 4 jours. Soucis d’écriture ou volonté de ne pas faire durer le film trop longtemps, celui-ci ayant une vocation familiale, contrairement aux précédents films du réalisateur ?

Les relations familiales, tiens, parlons-en.
Si Dussolier, en patriarche, fait le minimum syndical (il n’est pas aidé par ses dialogues, souvent trop directs ), les 2 sœurs aînées de Belle sont in-su-ppor-tables ! Cette tête à claques d’Audrey Lamy donnant déjà envie de la baffer avant qu’elle ne l’ouvre, je ne vous raconte pas le désastre quand elle émet un son…Enfin, notons que Belle, supposée être la petite dernière, semble avoir un frère plus jeune, allez comprendre…

Elles ont été finies à la levure : elles gonflent très vite!

Enfin, la menace du film, Perducas, incarnée par un Eduardo Noriega peu convaincant (pas sa faute : il a joué en espagnol et a été double en français, ça ne pardonne pas) n’est pas assez développée pour que l’on comprenne comment, par Jupiter et ses roubignoles, il peut être aussi dangereux : il fallait un méchant et voila…dommage.

Ce manque de profondeur et de caractérisation est dommageable, surtout que le nombre de personnage fait presque passer La Belle et la Bête pour des rôles secondaires dans leur propre film.

Et pourtant, malgré ses scories irritantes et parfois horripilantes….C’est la fête !

Allons crescendo. Après les défauts, les occasions manquées.

La tête ailleurs et ce p'tit air audacieux
D'un chat sauvage sous une ombrelle
Elle ne parle pas not' langage
Elle est toujours dans les nuages
C'est bien vrai qu'elle est étrange
Mademoiselle Belle
( ah bin en fait…non)

La beauté glacée de Léa Seydoux premièrement. Face à une bête sentant le fauve et qui, dans les contes, représente souvent le côté sexuel et chaud de la chose, cela aurait pu donner un contraste intéressant. Las, le sous-texte érotique potentiel n’existe pas, cette fausse bonne idée de casting ne vient pas plomber l’ambiance, c’est déjà ça.


L’histoire d’amour ensuite…comme je l’ai dit plus haut, elle n’a pas le temps de se construire. Pire, une prise de risque intéressante (et très bien exécutée techniquement) vient un peu biaiser tout le côté « découvrir qu’un humain se cache sous le pelage ». Encore une fausse bonne idée.





Néanmoins, Christophe Gans prouve une fois de plus qu’il est un cinéphile émérite et un technicien appliqué à défaut d’un cinéaste de premier ordre. Tout, je dis bien tout, dans ce film est d’une beauté visuelle remarquable.
L’homme a parfaitement assimilé ses influences et sait les régurgiter mélangées, superposées. On pense aux films en costume d’époques, aux maîtres de l’animation (américains ou japonais). Plus sage que Le Pacte des Loups (qui transpirait la passion des cinémas) qui, en l’espace d’un plan, citait autant le western (sous la pluie encore bien, quelle force !), le film historique et le film de kung-fu, La Belle et la Bête n’en reste pas moins baigné dans cette envie de faire partager au grand public des univers avec lesquels il est peut-être moins familier.

Cette générosité se retrouve dans un montage vif lors des scènes qui en ont vraiment besoin et plus posé quand il faut (ce qui me fait dire que le film a été amputé pour une sortie en salle accessible aux enfants comme aux parents, le temps me dira si j’ai raison) : les plans s’enchaînent, lisibles et beaux.

Une beauté de l’image aussi, sans cesse : des décors fignolés, des costumes cousus mains avec soin et amour.
Si certaines images de synthèse sentent le faux à plein nez, elles ne sont jamais laides et font baigner le film dans une ambiance de conte de fée live jamais atteinte auparavant !

La Bête profite d’un beau design, même s’il est un peu trop sage à mon goût : on dirait un chat de taille humaine (certaines peintures préparatoires misaient plus sur le lion) et je m'attendais parfois à voir Belle s'enfuir en tentant de le distraire avec une baballe qui fait du bruit...

Cassel a tourné ses scènes en costume (une armature lourde : il en a perdu 10 kilos) et son visage a ensuite été retravaillé par ordinateur (pas de méthode Avatar).



Le personnage est une sorte de Dracula (celui de Coppola) avec son costume rouge, son aura vampirique (faites attention aux mouvements de la cape) mixé avec un lycanthrope :ses ...habitudes culinaires ne laissent aucun doute sur sa parenté avec ces monstres sacrés du genre fantastique: châtelain esseulé dont la nature sanguinaire a pris le dessus sur l'humanité depuis un long moment.



L’ambiance est teintée de paganisme et laisse la lecture chrétienne sur le carreau, un vent de fraîcheur où flotte des nymphes, Pan et d’autres. L’élément aquatique est aussi grandement mis en avant comme avec la fontaine magique ou des miroirs ondulants, fenêtre vers des époques antérieures.
Le mélange d'époques est aussi présent dans l'architecture du château, emprunt du gothique ou du style renaissance italienne.

Mais à force d’être généreux envers tout le monde, on finit par se disperser.
La Belle et la Bête est un très beau film, très bien réalisé, très bien fait.
Mais il est comme une toile peinte avec une minutie maniaque sans  y mettre tout son cœur : c’est plastiquement magnifique…mais c'est aussi trop froid et distant pour qu’on puisse y entrer.
Et les défauts phagocytent la chose, comme des taches d'encre noir sur une feuille blanche.

Une curiosité pour esthètes et cinéphiles.
Les autres, préférez la version de Disney, très bonne et brassant plein de thèmes intéressants (si si, je vous assure!) et surtout, dégageant 3 fois plus d'émotions avec 30 minutes de moins.

dimanche 9 février 2014

Mysterium tremens.

Rebelote avec Robert Charles Wilson ce soir.
Écrit 9 ans après La Cabane de l’aiguilleur, Mysterium est déjà plus dans la veine de ce que l’auteur fournit depuis des années : le style est plus affirmé.

Two Rivers est une petite ville typiquement américaine, perdue dans le Michigan. La vie est calme et il ne se passe jamais rien. Jusqu'au jour où un centre de recherches du gouvernement situé en périphérie ne soit victime d’un incendie. Les habitants se réveillent dans une ville coupée du monde : plus de courant, de route ou d’eau courante. Two Rivers est perdu au milieu d’une forêt. Il ne faut que quelques jours pour que des soldats débarquent et bouclent le terrain. Ils sont en Amérique mais pas leur Amérique. Two Rivers a été transportée..ailleurs.

Difficile de rédiger une critique sur un livre de Wilson tant j’ai déjà tout dit dans les épisodes précédents. Le soin porté aux personnages est indéniable, les sujets de SF variés et l’issue jamais certaine. Le rythme, les moments de respirations et les coups tordus sot fignolés et s’imbriquent parfaitement, menant le lecteur vers un dénouement qui n’arrivera que dans les dernières pages !!!

Le thème d’un Amérique transformée en état semi-fasciste et gouvernés par des religieux est récurrent chez Wilson ( ce livre, Julian, Les fils du vent,…) : cela semble être une peur très ancrée chez lui de voir son pays natal  céder face à ses démons internes (raison pour laquelle il est devenu Canadien ? ).
On retrouve d’ailleurs ces thèmes dans La Cabane de l’aiguilleur, récit plus ancré dans nôtre réalité,lui.
La ville isolée et soumise à un nouveau régime aussi reviendra, comme dans Blind Lake plus tard.

Prémices prometteurs : ADN d'un auteur.

La cabane de l’aiguilleur est le premier roman de Robert Charles Wilson.
Il s’agit sans doute aucun de mon auteur de science-fiction préféré avec Christopher Priest.

Ce premier roman est assez court mais très prenant. L’auteur y distillant déjà ce qui est l’une des forces de son style : s’attacher aux gens et à leur psychologie. Ce sont les gens qui intéressent Wilson et non pas les grandes Personnalités de ce monde : en cas d’invasion alien, Robert Charles Wilson vous décrirait ce que l’homme de la rue ressent et non pas les préoccupations des « grands de ce monde » (personne par la Politique ne devient grand).

Travis rejoint le petit village de Haute-Montagne où il va vivre chez sa tante Liza et son oncle. La Grande Dépression a fauché les USA et tout le monde vit tant bien que mal. Son oncle, le tyran Creath, a secouru il y a peu une étrange femme, Anna, à qui il rend visite la nuit..
Travis travaille à la fabrique de glace et est payé  une misère, il sort un peu avec Nancy Cox dont la mère est une rivale pour Liza dans la course à la présidence d’une association religieuse. En parallèle, nous suivons le parcours de L’Os, un vagabond étrange à la force herculéenne, qui ressent un étrange appel…

Un village isolé, une force religieuse et moralisatrice qui grandit, le chômage, la misère le chacun pour soit…difficile, à la lecture de ce livre, de ne pas faire un rapprochement avec notre époque : le repli des communautés sur elles-mêmes, la peur de l’étranger (quand bien même celui-ci serait de « la bonne couleur de peau »), ces certitudes à œillères sur ce qu’est l’ordre et la morale. L’histoire est un éternel recommencement, constat affligeant de banalité. Affligeant, car l’humain n’apprend plus assez de ses erreurs et errements passés.

La science-fiction a toujours été un genre prophétique par nature, la voir poser ses baskets dans une époque passée pour avertir sur le futur n’est pas d’une originalité folle mais il s’agit ici d’un premier roman.
Un premier roman court, fort et qui contient l’ADN des thèmes très humains que Wilson distillera au fil de ses œuvres au cours des années futures.

jeudi 6 février 2014

Cœur de louve.

L'an dernier, plus ou moins à la même époque, paraissait Le dernier loup-garou, un roman fantastique et un gros coup de cœur de ma part.
Et l'auteur, Glen Duncan, semble penser qu'un tour en amène un autre. Voici donc la suite : Talulla.

Talulla Demetriou a été la compagne lycanthrope de Jack Marlowe qui se croyait le dernier de sa race. Aujourd'hui, elle est enceinte de Jake et son accouchement est proche. Prise de contractions à la pleine lune, son enfant n'a pas le temps de naître qu'il est enlevé par une secte vampirique. La louve lèche ses plaies et se met en chasse.

Que dire ?
Quasiment que du bien. L'intrigue est riche et pleine de retournements, de suspense et d'action. Glen Duncan montre une belle adaptabilité de son style en passant d'un narrateur A pour le premier tome à une narratrice B pour le second.

Le soucis (mineur) , paradoxalement, vient de ce changement de narrateur : là où Jake était un érudit (plus de 200 ans, ça vous laisse le temps d'en apprendre des choses) issu d'un siècle passé et adepte des belles phrases littéraires, Talulla est plus direct, plus cash. Elle ne rivalise pas avec son ancien amant au niveau des références.
Le texte est aussi plus crû sur les détails sexuels (alors que Jake était pourtant un petit fripon qui ne cachait pas grand-chose de ses frasques).
Le changement de ton est donc assez fort et pourrait désarçonner celles et ceux qui s'attendaient à l'enluminure due au style de Jake.

L'effet de surprise a par contre un peu disparu. Si le premier tome était frais car il proposait la vue d'un lycanthrope sur le sujet des loups-garous ( bulle d'air dans cette époque surchargée par les vampires racontant leurs troubles etc…), la surprise n'est plus présente ici.

Bon, ce n'est en soi presque rien, roupilles de sansonnet ! Talulla est la digne héritière du Dernier Loup-garou et sa lecture est tout aussi prenante et plaisante. On tourne les pages comme si notre vie en dépendait.

Mais hélas, trois fois hélas…
Il y a une erreur (horreur) grammaticale qui s'est répandue dans l'édition française depuis quelques années…et je ne la laisse jamais passer. Car elle me sort de ma lecture. C'est la transformation du " ça a " en " ç'a ".
C'est…abominablement incorrect. Et quand ça resurgit si souvent, s'en est presque une invitation à l'autodafé qui servira à allumer quelques bûchers !
Premièrement, même prononcé rapidement, le son du double a est présent. À moins d'écrire ç'a pour économiser de la place et de l'encre, je ne vois pas ce que ça vient foutre ici.

Secundo, si on peut encore comprendre (difficilement, très difficilement) que faire sauter une lettre puisse être expliqué par le fait que la répétition de cette lettre dans un débit rapide rende obsolète le fait de doubler le son ( mais alors, les Aaaaaaaaah marquant la compréhension vont être très amputés à l'avenir ? ) , il est peu crédible d'appliquer ce raisonnement lorsque la traductrice écrit ç'ait en lieu et place de ça ait. En effet, le son double a étant absent et à l'oral cela donnerait un son proche de c'est, ce qui rendrait la phrase de l'émetteur incompréhensible pour le récepteur.

Tertio : aucun livre de grammaire ni aucun correcteur d'orthographe n'admet cette forme à l'écrit. Il est inconcevable que les personnes qui écrivent cela ne soient pas recadrées à un moment ou l'autre par l'ordinateur. C'est donc du foutage de gueule pur et simple.

Enfin, il semblerait qu'un lot soit atteint d'un défaut d'impression : la page 245 étant imprimée deux fois, dont l'une à la place de la page 242. Cela ne rend pas la trame du roman incompréhensible (ce n'est pas une phase de retournement de situation de dingue) mais c'est un peu gênant (et comme ma librairie n'avait pas d'autres exemplaires exempts de cette imperfection, perso j'ai préféré ne pas entamer de longues démarches pour avoir un exemplaire parfait).
Il est très rare que je tape ainsi sur un bouquin de la collection Lunes d'encre de Denoël, mais là je bouillais.