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vendredi 29 juin 2018

Pris pour le roi des Kong.


ARTICLE INITIALEMENT PARU LE 15/03/2017

Le cinéma est un langage ( je crois me répéter là, je vous ai déjà bien emmerdé avec ça avant, non ?).
Et le langage sert à raconter des choses.
Des choses anciennes et des choses nouvelles.
Si la littérature antique, classique, moderne a accouché de mythes et les a recyclés, le cinéma a également créé les siens.
King Kong est de ceux-là. Comme tout bon mythe, il est porteur de sens, il a des couches à explorer. Depuis quelques temps (et ça aussi j’en avais déjà parlé ici auparavant ), j’en viens de plus en plus à considérer l’analyse filmique comme des fouilles archéologiques. Il faut explorer les strates ! Creuser, découvrir, déduire !

Alors que Kong Skull Island vient de sortir sur nos écrans, un rapide coup d’œil sur le Roi me paraît utile avant d’évoquer son retour !
Non, je ne parle pas d’Aragorn !

King Kong apparaît pour la première fois dans le film portant son nom et sorti en 1933 réalisé par Cooper &Shoedsack ( ils tournaient en même temps le film Les Chasses du comte Zaroff, avec la même équipe : un film le jour, l’autre la nuit…dans les mêmes décors !).
Tout le monde connaît l’histoire de ce grand singe sur une île perdue de l’Océan Indien où une tribu lui sacrifie des jeunes filles.
La dernière en date se trouve être Ann, jeune femme faisant partie de l’expédition de Carl Denham. Si vous connaissez l’histoire, c’est parce qu’elle fait partie désormais de la culture populaire. Elle est d’une nature tellement mythique qu’elle hante désormais l’inconscient collectif même si vous ne l’avez jamais vu. Un peu comme l’histoire de Superman : tout le monde la connaît même sans avoir jamais lu un comic book ou regardé un film sur le sujet.
C’est la magnifique Fay Wray qui prête ses traits à Ann. Et Naomi Watts dans le fastueux remake de Peter Jackson. Jessica Lange, quant à elle, incarne Dwan dans le remake boiteux de John Guillermin (1976) qui situe l’île dans le Pacifique cette fois-ci. Toujours, la bête s’éprend de la belle…blonde. Détail important, si si. Sinon on pige pas pourquoi Kong est sympa avec le personnage de Brie Larson dans le film qui va nous occuper. Ah ça débute bien s'il faut penser aux autres films pour piger ce qui se passe dans celui-ci supposé être indépendant.







Deux blagues qui ne fonctionneraient pas si le gros singe n'était pas entré dans l'imaginaire collectif. En plus ,Cake Kong possède aussi le cri de Godzilla. Tout se tient.

Kong, chez Cooper (et également chez Jackson) est un être métaphorique, complexe. Plus que les personnages humains qui l’entourent alors qu’il n’est qu’une marionnette artificielle. Il illustre à la fois le monstre de la grande dépression qui frappe l’humanité, il est également cette part animale de l’humain qui représente son instinct de survie. Il est le héros et l’antagoniste, le bourreau et la victime. Il nous dit des choses sur notre monde (métaphore) et sur nous-mêmes (projection). Peter Jackson donnera plus de personnalités à ses personnages mais la lecture de Kong restera peu ou prou identique puisqu’il a choisi de situer son film dans les années 30.






Bond dans le temps :2014.
Gareth Edwards livre son hommage à Spielberg et à Jurassic Park en particulier avec Godzilla. À la même époque, deux choses se jouent.
Premièrement, Marvel a prouvé qu’un univers partagé par plusieurs personnages différents au cinéma, c’est viable. Et ça rapporte un max de blé. Chaque studio veut son univers partagé ! Universal planche sur un monde où Dracula, la Momie et Frankenstein pourront se croiser sans réitérer le fiasco Van Helsing. Warner possède DC comics et commence à se dire que Man of Steel pourrait servir de pierre angulaire à un monde peuplé de super-héros : ça donnera Batman v Superman mais aussi malheureusement Suicide Squad.
Deuxièmement, le projet Skull Island, dans les tuyaux depuis un moment ( il attendait que le scénario soit peaufiné et que Tom Hiddleston soit un peu plus disponible ) est soudain mis en stand-by. Car la Warner a les yeux plus gros que le ventre. Elle veut DEUX univers partagé : un pour ses héros , l’autre pour ses monstres. Si Pacific Rim se permettait de faire combattre des ersatz de Gundam et des Kaïjus (monstres à la Godzilla, pour faire simple) et fonctionnait, pourquoi Godzilla, emblématique, contre King Kong, mythique, ne prendrait pas ? Les Japonais l’ont fait en plus !



Skull Island est repensé. Le roi Kong fait au mieux 12 mètres debout. Godzilla, dans sa version la plus petite côtoie les 60 mètres. Le dernier en date fait presque 120 mètres. Il est décidé de faire de Kong un singe de 110 mètres de haut. Tout le film et sa mise en scène doivent donc être repensés. Des détails du scénario aussi (comme l’inclusion de l’agence Monarch aperçue dans Godzilla en 2014).

Et donc, que nous raconte donc Kong Skull Island , nouveau titre auquel on a ajouté Kong au cas où le public serait inculte ? Et bien grosso modo, ça garde la structure d’un King Kong sans la partie urbaine. Alors que chaque version précédente avait joué sur l’opposition jungle verte et jungle de béton jusque là…
Nous sommes en 1973. Bill Randa (le toujours excellent John Goodman ) réussit à convaincre un sénateur de le laisser partir à la découverte d’une île récemment découverte par satellite. Randa demande aussi l’appui de troupes militaires. La guerre du Vietnam vient de se terminer et l’escouade du colonel Packard est prête pour cette dernière mission avant de rentrer au pays. Randa engage le britannique James Conrad (Tom Hiddleston) , un traqueur habitué au territoire de la jungle. Mason Weaver (Brie Larson), photo-journaliste arrive quant à elle à obtenir l’autorisation de couvrir la mission. Arrivés sur l’île, les hélicos se font attaquer par un singe géant. Les survivants sont éparpillés dans la jungle et commencent leurs marches pour se retrouver avant de se rendre au point d’extraction prévu. En chemin, le groupe mené par Conrad fait la rencontre d’un aviateur américain abattu durant la seconde guerre mondiale : Hank Marlow. Un homme dont les connaissances du terrain seront fortes utiles.

Derrière tout ça, 4 scénaristes ( rarement un bon signe ) et un réalisateur, Jordan Vogt-Roberts, dont c’est le premier film Hollywoodien après un petit film indépendant ( ça, ça passe ou ça casse ).

Les intentions de l’équipe semblaient bonnes. Revenir à un Kong originel : sur deux pattes comme dans le premier et le remake de Guillermin , casser le schéma tournant autour du kidnapping de la belle par la bête et changer du tout au tout le comportement des indigènes de l’île. Bref sortir des sentiers battus autour de Kong ( quand bien même certains sentiers sont magnifiques, comme ceux dessinés par Peter Jackson dans sa version de 2005 ). Hélas, quand on joue avec les mythes et les symboles, il faut savoir les manier. Ou tout du moins savoir manier une caméra quand on fait du cinéma. Vogt-Roberts échoue sur ces tableaux. Kong n’est jamais rien d’autre que ce qu’il est c'est à dire un singe géant dont l’âme émane un peu car le travail d’écriture autour des personnages humains est réduit à moins que le minimum syndical : ils sont leurs fonctions. (et parce que ILM fait un boulot monstre-oui j’ai osé- et que la « vallée mystérieuse » est de plus en loin dans l’œil en image de synthèse).
Point barre. À peine peut-on coller une allégorie écolo sur ce grand primate. Mais elle est tellement boiteuse que son propos en devient le degré zéro de la moralisation et jamais une prise de conscience.


On ne risque pas de le confondre avec celui de Jackson, c'est déja ça.

La guerre du Vietnam, certains plans et surtout l’affiche IMAX convoquent le spectre fumant d’Apocalypse Now. Et qui convoque Apocalypse Now convoque également le roman Au cœur des ténèbres de Joseph Conrad. Logique, puisqu’Apocalypse Now se veut une version moderne du roman.
En remontant le fleuve, en s’enfonçant dans la jungle humide, ce n’est pas qu’une aventure que le héros ( Willard chez Coppola, Marlow chez Conrad) va vivre, mais une plongée de plus en plus profonde dans la psyché humaine et les sombres alcôves qu’elle abrite en nos esprits. Avec une subtilité digne d’un troupeau d’éléphant dans un magasin de porcelaine, le film nous offre un héros nommé Conrad et un autre Marlow. Pire qu’un clin d’œil , un gros fuck en forme de fluo rose bonbon bien pétant. Le réalisateur , qui semble en interview connaître son sujet, se fourvoie, se vautre complètement en restant à la surface de toutes ses/ces références. Tel un enfant devant de la glaise, Vogt-Roberts n’a ni la maîtrise ni le talent pour faire de la poterie.

 Comparez avec l'affiche qui ouvre cet article.


Heureusement que certains arrivent quand même à bosser.
Larry Fong, directeur de la photo, donne de la texture à l’ensemble. Les couleurs ressortent quand il le faut et certains plans enfumés sont tout bonnement beaux.
Le montage de Richard Pearson ( The Accountant)  donne un rythme à l’ensemble qui permet de ne jamais s’ennuyer. Sans pour autant vraiment ressentir quoi que ce soit. Ni mollasson, ni spectaculaire, le film proposé mise avant tout sur le gigantisme de ses monstres plus que sur une idée ou une proposition de mise en scène. Mal écrits, on ne s’attache pas vraiment aux personnages. Le scénario les rend sacrifiables car sans personnalité. Alors que leur en fournir une aurait rendu la mort de certains personnages mémorable ou du moins frappantes ( James Cameron l’avait parfaitement compris dans son Aliens, lui aussi emplit de réminiscences du Vietnam). Ici, la mort est soit anecdotique soit franchement ridicule. Le ridicule fait rire le public alors faisons le rire avec la mort. L’humour Marvel Studio de bas-étage fait désormais école et autorité. Triste constat.




Puisque que l’on parle de Marvel, notons que Tom Hiddleston et Brie Larson sont respectivement Loki et la future Captain Marvel ( le film arrive bientôt).
Hiddleston est le prototype du mâle alpha chevalier blanc. S’il aborde ce rôle avec sérieux (et démontre lors de sa scène d’intro que Putain de merde il ferait un sacré bon James Bond ), son personnage mord sur le territoire de Larson : reporter de guerre , elle est censée en imposer. Mais elle se fait soit protéger par Conrad soit fermer sa gueule par Packard sans jamais oser la ramener. Les seules séquences où ses actes collent avec le personnage que l’on nous a vendu au début du film, c’est quand les mecs et les gros bras sont absents. Quant on veut mettre un propos féministe, on le met en entier (n’est pas Gareth Edwards qui veut). Le machisme et le sexisme de l’époque sont bien rendus, l’opposition féministe s’efface face à eux. Pas jojo comme message. Qu’est-ce que Brie Larson fait dans cette galère, ça me dépasse.
Goodman est égal à lui-même : énorme. Sa présence physique et son aura de talent sauve le rôle mais de peu.




Les deux seuls rôles avec de la texture sont attribués à John C. Reilly dans le rôle de Marlow, un pilote qui a passé presque 30 ans sur l’île. Rendu à moitié barge, le personnage bénéficie des meilleurs dialogues . Quand à Jackson, on lui colle le grade de colonel ( comme Kurtz dans Apocalypse Now : il a la même coupe de cheveux que Brando d'ailleurs), et un tempérament à la Achab , le capitaine de Moby Dick. Mais sa baleine blanche est un singe géant et brun. Frustré de ne pas avoir fumé le Viêt-Cong, Packard veut se faire Kong tout court.
Mais la nature rigide et clichée du militaire borné de son personnage amène avec des gros sabots le propos antimilitariste du film. Tout ce que le film dénonce, il le fait sans aucune subtilité, sans nuance et avec une morale bien-pensante qui confine à la connerie absolue tant son opposition manichéenne se fait au premier degré. Tout le temps. Même en 3D, le film n’a aucun relief.





Il en ressort cependant quelque chose de positif. En sortant de la salle, j’ai eu envie de revoir Jurassic Park, Le Monde Perdu et le King Kong de Peter Jackson. Des films avec un propos et un réalisateur compétent aux commandes.

Dans la jungle, terrible jungle...♫♪♫

jeudi 12 avril 2018

Les belles à la prison dormante.

Stephen ( prononcez Steven, si si ) King nous revient , accompagné pour l’occasion par son fils ,non pas Joe Hill mais Owen King qui a gardé le patronyme de papa , lui. Alors, plus d’idées dans deux têtes que dans une ? Réponse tout de suite.

Dooling est une petite ville perdue dans les Appalaches, en Virginie Occidentale ( King quitte le Maine ce coup-ci). Bourgade typiquement américaine où tout le monde connait tout le monde. Ce qui la distingue un peu, c’est sa prison pour femmes où officie le Dr. Clint Norcross, psychiatre d’une cinquantaine d’années, mari de Lila,  la Shérif de la ville.

Deux évènements vont venir semer le trouble.
Internationalement, le monde voit toutes les femmes s’endormir dans des cocons de soie. Et gare à ceux qui tenteraient de réveiller une dormeuse : cette dernière se réveille avec la folie chevillée au corps et le meurtre sadique dans le sang.

Localement, l’arrivée de l’étrange Evie Black, enfermée, peu après son attaque mortelle sur deux petits chimistes dealers, à la prison. Evie semble en savoir plus qu’elle n’en dit sur l’épidémie Aurora. Sa présence va cristalliser bien des tensions dès lors qu’il apparait qu’elle est la seule femme au monde à pouvoir se réveiller sans encombre.

Difficile, à la lecture du pitch de ne pas penser à la série «  Y, The Last Man », qui partait sur un postulat inverse : tous les hommes du monde meurent au même moment, sauf Yorick, petit magicien qui n’a rien de spécial. Que faire alors que la moitié de l’humanité disparaît ? Une moitié indispensable à la reproduction ? Le monde devient-il fou ? D’après King et fils, oui, et cela semble pire si la moitié qui reste est masculine.

Si la première partie du roman prend son temps pour installer le décor et les personnages, elle le fait dans la plus pure tradition kingienne : la psychologie est fouillée, les points de vues de divers intervenants est exposée avec soin, du héros au salaud. Le sel se trouvant bien entendu dans les zones de gris : difficile de ne pas comprendre certaines réactions de l’antagoniste de l’histoire. Du moins, au début.
Car une fois l’échiquier mis en place et les pièces déplacées pour débuter le vrai cœur de la partie, les choses se gâtent. Le sujet était-il trop gros ? En 800 pages, sans doute. Le destin du monde, au final, se jouera en deux temps : un Fort Alamo certes prenant et réglé comme du papier à musique ET une histoire parallèle intéressante en surface mais qui ne plongera jamais vraiment dans le questionnement profond.
Et entre les climax et la mise en place d’une intrigue secondaire : du remplissage.
Du remplissage digne d’un soap opera. Pour créer de la tension artificiellement entre Lila et son mari, les auteurs collent une histoire de possible adultère donc la résolution se produit sans faste ou enjeu. Certes, les King nous ayant surtout attaché aux Norcross, cette zone d’ombre nous tient en haleine. Mais il apparaît bien vite que l’incidence de la chose sur la situation principale est proche du néant total.
Ensuite, la situation secondaire que je ne dévoilerai pas ici pour ne pas spoiler n’aborde jamais vraiment de sujets intéressants.  Les hommes du monde semble désemparés, à raisons, mais le point de vue reste très masculin/féminin. Jamais la question des transexuels n’est abordée : les femmes devenues hommes se mettent-elles à dormir ? Idem pour les hommes devenus femmes, et quid des en transition ? Il y avait là tout un pan sociologique à aborder que les King laissent de côté. Très étrange de la part de Stephen qui aime pourtant explorer les situations sous leurs divers angles.
Reste que les King arrivent à mettre le lecteur masculin mal à l’aise face à ses questionnements et possibles contradictions. Pas mal, mais pas assez pour tomber le cul par terre. Le lecteur habitué de King ne pourra sans doute pas s’empêcher de se demander dans quelle mesure le roman est de Stephen ou d’Owen. La symbolique très marquée Judéo-chrétienne est en effet très loin de celle employée par papa King dans sa riche œuvre.



La postface n’abordant absolument pas le processus d’écriture des romanciers, c’est au fan de se faire une idée sur le sujet.
Trop de facilités et top de remplissage finissent de faire de cette lecture un roman dispensable qui , s’il n’est pas sans qualités profondes, regorgent de trop de défauts structurels pour vraiment créer l’adhésion totale.

samedi 28 octobre 2017

Gladia-Thor

Thor Odinson, le dieu de la foudre, puissant porteur du marteau Mjolnir. Héros mythologique , il est bien plus connu de nos jours sous sa forme super-héroïque popularisée par Marvel Studio au cinéma…qui l’a fortement malmené d’ailleurs.
Parent pauvre du Marvel Cinematic Universe, Thor n’aura jamais vraiment eu la chance de voir une vision claire de lui s’imposer dans les salles.
Alors que les univers d’Iron-Man et Captain America ont toujours été clairs ( des thématiques qui leurs sont propres, des combats idéologiques récurrents,etc…et ce malgré les changements derrière la caméra), celui de Thor n’a cessé d’être bousculé au gré des réalisateurs qui s’y sont frotté.
Car si, comme ses comparses des Avengers, un film Thor ne ressemble pas à un autre, la trilogie n’a aucune cohérence sur bien des sujets. Thor est le cobaye d’expérimentations vaguement cinématographiques qui cherchent à le définir et à le placer quelque part sur l’échiquier des super-héros de l’écurie Marvel au cinéma.
Thor Ragnarok est-il enfin le film qui lui offrira ses lettres de noblesses et la possibilité d’être autre chose que le comique de service au sein des Avengers ?

En parlant d’Avengers, nous avions laissé Thor à la fin de Age of Ultron, perturbé par des prémonitions cauchemardesques concernant les pierres d’infinité, le grand blond asgardien était parti en quête d’informations et desdites pierres. Pendant que ses amis se mettaient sur la tronche dans Civil War, Thor arpentait le cosmos.
Alors que s’ouvre le film, notre fier héros n’ayant pas trouvé les pierres, se concentre sur l’aspect apocalyptique de ses rêves et cherche à savoir comment éviter le Ragnarok, la fin des temps pour Asgard ( du moins du point de vue de Marvel car les mythes nordiques parleraient plutôt de l’apocalypse totale ).
Pour sauver son foyer, Thor devra affronter Hella, la déesse de la mort et faire équipe avec Loki, son frère adoptif, le dieu de la malice et pas la personne de confiance absolue. Mais même en combattant côte-à-côte, nos deux dieux sont éjecté par Hella bien loin de leur patrie et échouent sur Sakaar, une planète poubelle dirigée par le Grand Maître, un dictateur excentrique adepte des jeux du cirque. Si Loki a su se faire une place dans la haute société de ce monde, Thor en revanche se retrouve en bas de l’échelle. La déesse de la mort a détruit son marteau et sa force physique est sa seule arme désormais. Le voila qui devient gladiateur sur un monde qu’il ne connait pas et qu’il doit absolument quitter au plus vite car sur Asgard, le massacre de Hella a commencé.







Sur le papier, le film de Taika Waititi possède un potentiel énorme ! Du drame, des rebondissements, de l’action à gogo. Dans les faits, le réalisateur ayant lui-même avoué qu’il ne cherchait pas à faire un film sérieux, le long-métrage est vide. Sauf d’humour (souvent très drôle d’ailleurs).  Chaque enjeu dramatique, chaque situation sont systématiquement suivis d’une grosse vanne, d’un gag potache qui vient désamorcer la faible dramaturgie qui se mettait en place. On touche le fond lorsqu’en moins de 10 minutes, la même blague débile à base d’anus se répète deux ou trois fois.

Le montage n’aide pas non plus. Alors que Thor et Loki font la connaissance d’une Valkyrie exilée et retombent sur Hulk qui vit très bien en tant que champion des combats de gladiateurs de la planète, l’histoire doit avancer sur Asgard. Mais ce récit parallèle, qui sert surtout à montrer Cate Blanchett en combinaison moulante et avec un casque de combat ridicule qu’elle fait apparaître  juste avant qu’elle s’énerve, est mou du genou et vient toujours s’intercaler lorsque l’action sur Sakaar commence à devenir intéressante. La tension ne monte donc jamais. Mais on rigole. Thor ne semble stressé que lors du fameux caméo de Stan Lee, le reste, c’est de la déconne qui le retient avant sa rentrée sur Asgard voyons !






Le second bon point est à mettre au crédit des designers visuels et des équipes d’effets spéciaux. Le côté SF est moins cheap que le premier Gardiens de la galaxie et pas aussi vomitoire que le volume 2 du navet cosmique précité. Taika Waititi doit avoir deux fulgurances de réalisation durant tout le film mais dès que les petits gars des SFX sont aux commandes, ça défouraille bien mieux à l’écran, même si quelques passages frôlent le ridicule sur la fin. Mais bon, le réalisateur ne voulait pas faire un film sérieux, alors c’est pas grave hein ?



Dans la catégorie « pas sérieux » , les rares spectateurs à n’avoir pas éteint leur cerveau durant le film remarqueront beaucoup d’éléments qui viennent contredire ce que les deux autres films auront mis en place ou insinué. Des personnages disparaîtront, à commencer par Jane Foster ( Natalie Portman ) qui aurait rompu avec le dieu du tonnerre on ne sait quand (et le monde entier est au courant alors que Mr était en voyage dans le cosmos depuis deux ans, alors quand, par les couilles d’Odin, a-t-il eu le temps de faire la une des tabloïds ? ) ou encore Lady Sif qui n’est même pas mentionnée une seule fois. Mais hé, le réalisateur ne voulait pas faire un film sérieux alors on va pas commencer à se poser des questions sérieuses hein ?






Thor Ragnarok est le meilleur film Thor : enfin des enjeux, même s’ils sont apriori rigolo malgré le sujet ( la fin d’un monde quand même ) , plus ambitieux visuellement (mais la carrosserie cache mal le vide de la coquille causé par un humour phagocytant au possible ) et portant en son sein un potentiel éminemment dramatique pour la suite de la vie de Thor sur grand écran , ce dernier dévoilant enfin des capacités qui pourraient en faire le Superman marvelien qu’il est supposé être (et qui l’était presque dans les comics d’ailleurs ). Mais au final, le film est surtout une aventure potache déséquilibrée dans sa progression narrative , reflet total de la méthode Marvel Studio à laquelle n’auront échappé que peu de films ( essentiellement les 3 Captain America, Incredible Hulk et un peu Age of Ultron et Doctor Strange ) . Comment Marvel a-t-il réussi à créer un reflexe de Pavlov chez le spectateur qui se rue sur chaque film du studio voila une question qui mériterait une étude poussée.

samedi 23 septembre 2017

Batman & Double-Face on the route encore vers l'aventure !

Aujourd’hui, 23 Septembre,c’est le Batman Day. Et ouf, je suis encore dans les temps pour proposer un article sur Batounet d’amour.




Après Batman Rebirth en Juin et Detective Comics en Juillet, c’est All-Star Batman qui débarque en VF. La série est scénarisée par Scott Snyder qui officia sur le titre Batman tout court durant plus de 50 numéros ( et même un peu plus si l’on considère ses travaux sur Detective Comics, la mini-série Gates of Gotham et les hebdomadaires Batman Eternal et Batman & Robin Eternal ).
Autant dire que l’homme connait son chiroptère ou tout du moins possède une certaine expérience du terrain Gothamite.



(oui, celui-ci ce n'est pas du Batman mais LISEZ-LE ! )

Harvey Dent, alias Double-Face (ou Pile-ou-Face selon les traductions ) est emmené hors de Gotham par Batman. Le but du croisé à la cape est d’arriver 800 km au loin de Gotham City dans un endroit où se trouverait un remède à la maladie mentale qui ronge Dent depuis qu’il a été défiguré à l’acide. Mais Double-Face ne l’entend pas de cette oreille. Sa situation de seigneur du crime lui va très bien,merci messieurs dames ! Et il entend bien garder sa psyché endommagée.

Il a donc mis son voyage et celui du chevalier noir à prix. Pas pour de l’argent, non. L’ancien procureur a gardé le goût de l’investigation et possède un réseau qui a acquis tous les secrets honteux de , je cite, tout le monde ( prends ça dans la gueule Zuckerberg ! Il connaît d’ailleurs la double identité de Bruce Wayne ! ) : si Batman n’est pas stoppé avant la ligne des 800 bornes, toutes les données seront divulguées. En faut-il plus pour pousser super-vilains et citoyens ordinaires à vouloir à tout prix empêcher nos deux lascars d’arriver à destination ?




Scott Snyder est un scénariste qui connaît ses classiques et comment raconter une histoire. Le bougre est d’ailleurs professeur sur le sujet à l’Université de New York, Columbia et Sarah Lawrence College ( tous situés à ou dans l’état de New York , à savoir la vraie Gotham Américaine ).
Il met en échec le dicton qui veut que «  ceux qui ne savent pas enseignent ». Il a énormément d’imagination et aime jouer avec les codes ( regardez la série qui l’a vraiment lancé, American Vampire  -une tuerie, mangez-en ! - , pour vous en convaincre ).
Cependant , à force de prendre ses marques et ses aises sur Batman, il en est progressivement venu à en faire parfois trop. L’ennemi du mieux.

À l’image de son traitement de Double-Face. Ce dernier avait disparu des comics Batman depuis 2013 : à la suite d’une aventure revisitant ses origines, Harvey lançait sa pièce fétiche pour savoir s’il devait se suicider ou pas. Un grand bang suivra.
C’est pourtant un Harvey en pleine forme (oui, c’est relatif) qui officie ici. Snyder glissera bien une réplique sur un certain coup de feu mais ça sent la facilité absolue. Mieux, il change complètement l’agencement de la personnalité de Dent pour en faire une sorte de Jekyll et Hyde, Dent n’étant pas forcément conscient de ce que projette Double-Face et inversement ! Détail qui n’apparaissait absolument pas la dernière fois que nous l’avions croisé ! Et ne parlons pas du cliffhanger du premier chapitre. Certes, je vous mets au défi de le voir venir. Mais ses conséquences seront presque invisibles.

All-Star Batman se situe dans le prolongement direct de son run sur Batman ( il utilise d’ailleurs ici quelques cases en communs avec Batman puisqu’il co-scénarisa le premier épisode de Tom King qui lui a succédé sur le vaisseau amiral des séries consacrés au milliardaire orphelin ).
Snyder propose une situation bandante, fait souffrir son héros tant physiquement que psychologiquement, multiplie les retournements de situation et tords des concepts connus. Bien que toujours assaisonnée différemment, sa recette sur Batman ne change pas. Pire, à force d’habitudes chopées dans une zone de confort , Snyder grossit le trait de certains de ses défauts au point que certaines situations semblent sortir de la série télévisée des années 60 qui aurait été écrite sous un angle plus violent et sans l’innocence et le kitsch qui marquait ce programme qui ne colle plus du tout aux critères que l’on associe à Batman de nos jours.

Pourtant, Snyder fait tout pour sortir de sa zone de confort (et de celle du héros ) : depuis le début de son run sur Batman, Gotham est un personnage à part entière ? Batman la quitte dès le début de l’aventure pour partir sur les routes avec Harvey Dent. Le chevalier noir est une créature de la nuit ? Ici, il devra bosser la journée aussi, prouvant au passage que les ombres ne lui sont pas forcément nécessaires pour arriver à disparaître face à ses ennemis : ah, on a de l’entrainement et de la ressource ou on n’en a pas. Batman est un être dépressif et noir ? C’est un Batounet Rock’n’Roll avec du répondant ne manquant pas d’un certain humour décalé et adepte du « check » avec son nouvel accolyte qui nous est ici proposé. Une sorte de héros badass des années 80 sorti d’un blockbuster.

Je m'appelle Bruce et je n'ai rien à compenser !

Et si cet aspect blockbuster fonctionne , c’est parce que le récit va vite et reste prenant. Mais manque de profondeur et multiplie les moments What the fuck qui vont du jouissif régressif ( Batman avec une tronçonneuse ) au délire total ( guettez l’implication de La cour des Hiboux, autre invention de Snyder, ici : ridicule ). Quant aux blessures de Batman, celui-ci semble nous avoir caché qu’il était de la famille, éloignée, de Wolverine. Ces gros défauts font grincer des dents et des neurones lors de la lecture de ce road-movie effréné. Pire, alors que l'un des enjeux dramatiques majeurs reste " Qui a raison de placer sa foi dans l'homme de la rue ? Batman qui veut voir le bien ou Harvey qui cherche à prouver que l'occasion de se laisser au mal fait le larron ? " , celui-ci ne sera vaguement développé qu'épisodiquement.

Allo Alfred ? Ça va couper !

Ce récit principal est entrecoupé par une histoire secondaire centrée sur Duke Thomas, le nouvel acolyte de Bruce Wayne ( que l’on retrouve aussi dans la série de Tom King ) . Sortir du schéma Batman et Robin semble être le leitmotiv de Snyder depuis son arrivée à Gotham et de facto, cela devient une technique de Bruce également. Cette histoire courte nous narre la formation de ce nouvel allié selon une méthode très tirée par les cheveux dont on perçoit mal les tenants et les aboutissants (mais patience, c’est peut-être à dessein que les choses sont pour l’instant floues ).  Très plan-plan, le scénariste ne nous accroche vraiment que grâce au mystère que doit résoudre Duke.

Aux dessins de l’intrigue principale, on retrouve John Romita Jr. Le dessinateur prodige puis déclinant de chez Marvel semble avoir découvert une nouvelle force intérieure depuis qu’il travaille chez DC Comics. Son story-telling rivalise avec celui qui était le sien lorsqu’il assurait la partie graphique des différents titres consacrés à Spider-Man sur lesquels il était passé. Et son trait trop souvent brouillon ces dernières années retrouve enfin de l’assurance ! Il insuffle une véritable énergie à ses planches, une énergie qui participe pleinement à l’envie de ne pas lâcher l’aventure même lorsqu’elle nous semble abracadabrantesque ! Il retrouve l'univers du Dark Knight après The Last Crusade ( non , pas le film de Spielberg ! ).

La partie centrée sur Duke quant à elle échoit à Declan Shalvey. Son trait plus simple élégant est malheureusement en dessous de ses capacités ; capacités démontrées sur l’actuelle série Injection de Warren Ellis mais aussi sur ses épisodes de Moon Knight, le Batman de Marvel. Si Batounet avait été le principal protagoniste de cette petite histoire, il aurait sans doute été plus à l’aise mais avec un héros aussi peu charismatique et monolithique que Duke Thomas (on dirait un motard bien protégé à peine customisé ) , Shalvey ne semble pas très inspiré sans pour autant être honteux. Mais il est capable de bien mieux.




All-Star Batman est la plus faible des « nouvelles »séries Batman jusqu’à présent. Efficace mais anecdotique et flanquées de défauts franchement gênants, elle contentera les fans hardcore de la chauve-souris ( et encore, à condition d’avoir d’autres sources à disposition ) et peut-être les amateurs de virées sur les routes dopées à l’adrénaline et à l’action. Mais sa grande qualité reste de sortir Batman de son environnement habituel, le forçant à plus d’efforts. Peut-être faut-il y voir une allégorie sur le travail de Snyder, qui lui aussi devra en fournir un peu plus à l’avenir ?
Chaque arc narratif sera assuré par un dessinateur différent (et pas des manchots apparemment ) , une légère plus-value qui attirera les lecteurs fans de certains artistes.

jeudi 4 mai 2017

L'espion qu'on aurait aimé aimer.

Second round pour Warren Ellis avec le tome 2 des aventures du plus célèbre agent secret au service de sa gracieuse majesté : James Bond. 

Alors, notre bon Warren nous refait-il une resucée du premier opus livresque qu’il nous avait donné à lire ou bien a-t-il décidé de faire plus que le minimum syndical histoire de terminer son petit tour ( 12 numéros, soit un an ) sur une meilleure note ?

007 est envoyé à L.A pour protéger et rapatrier une de leurs agents infiltrée à l’ambassade Turque. La compétente demoiselle a en effet découvert des mouvements financiers douteux et son adresse sécurisée a été découverte. Sa couverture a sauté et l’agence aimerait autant nier avoir eu connaissances de ses activités. Mais très vite, Bond et sa mission sont pourchassés par divers groupes de services secrets étrangers.



L’intrigue mêlant action, infiltration et magouilles est plaisante. Sans casser trois pattes à un connard ( ça, c’est le boulot de James ), Ellis nous donne à lire une histoire suffisamment prenante pour que l’on ne s’endorme pas. Hélas, c’est peu quand on connait les compétences du bonhomme. Le minimum syndical est à peine dépassé. La série n’aurait pas du s’appeler James Bond mais M :I-6. Si l’on ne peut en aucun cas venir reprocher au scénariste de développer le temps de présence des rôles secondaires, cela vient faire tomber le temps de présence de Bond. Chaque personnage est important et Bond devient un personnage comme un autre. Compétent, dur et direct mais presque un héros parmi d’autres.
Si Ellis continue à le présenter différemment de l’image d’Epinal que tout le monde connaît, il lui fait également perdre de son sel. Il rencontre une femme, ils finiront ensemble. Mais sans panache, de manière assez anecdotique. Pas de joutes verbales destinées à impressionner la conquête féminine ou à aiguiser l’intérêt de 007. Et aucune scène osée non plus. Pas même un réveil dans le même lit le lendemain matin. C’est expédié sans préliminaires. Passez-moi l'expression, mais ce n'est pas fort couillu tout ça.




Pareil pour l’action. Bond est toujours la machine présentée dans le tome précédent. La majeur partie de l’action se déroule en sol Britannique et un élément intéressant avait été introduit par Ellis : la règle stricte : les agents du M :I-5 sont armés car ils s’occupent de l’espionnage intérieur et ceux du M :I-6 ne peuvent porter d’arme car ils sont des agents s’occupant de l’étranger. ( Il me semble que Greg Rucka annonçait le même dans sa série Queen & Country ). Cette règle , pouvant s’avérer être un bon moyen de mettre Bond à l’épreuve est vite expédiée et , si son introduction est loin d’être anecdotique pour l’intrigue, elle reste une broutille pour James qui n’est pas connu pour être très à cheval sur les règles.

Les fans de l’agent secret s’amuseront quant à eux à repérer les clins d’oeils qui leurs sont adressés, comme lors de la discussion de James avec son ami Felix Leiter. Quelques petits os à ronger pour se mettre les connaisseurs dans la poche. Un procédé qui fait sourire mais qui est ici utilisé pour faire adhérer par sympathie et non pour la haute qualité de l’ensemble.

Les dessins de Jason Masters n’ont pas évolué en bien. Ils sont parfois un peu brouillon dans les angles et les postures des personnages. Le même défaut de sensation de rigidité apparaît ici et les aplats de couleurs ne viennent pas donner un semblant de vie à l’ensemble. Reste un certain talent du dessinateur pour penser ses planches et disposer ses cases. Son story-telling est modèle d’efficacité.




Ce tome 2 de James Bond se lit sans déplaisir mais sans joie non plus. Quelques répliques et roublardises de narration viennent égayer la partie technique mais sans plus. En ne se foulant pas des masses, Warren Ellis risque de laisser le prochain scénariste faire mieux que lui et de passer pour une mauvaise passe pour un bon personnage. Un comble quand on regarde la carrière du scénariste, capable de pondre les intrigues les plus tordues, les plus bourrées de références pop et classiques sans jamais être rébarbatif.

Enfin, comme disait Campbell, les héros sont éternels et Bond résiste à tout, même une écriture à la légère.