mardi 21 juin 2011

Winter is coming !

Aux USA, il y a deux types de productions télévisées lorsque l'on parle de séries : celles produites par (ou pour) les chaînes du câble et celles produites par les chaines payantes. Si la qualité et la médiocrité n'ont aucun mal à passer la frontière entre ces deux types de chaînes, il est cependant à noter que deux chaînes évitent généralement le plantage : HBO et Showtime. On doit à Showtime par exemple l'excellente série Dexter ou encore Les Tudors . Quant à HBO elle est le terrain de jeu d'Alan Ball, créateur de Six feet under et du plus récent True Blood. Ce printemps, HBO a lancé une nouvelle série: Game of Thrones . Et a tapé fort. En adaptant la série de roman de fantasy A song of ice and Fire (traduite par Le trône de fer en VF), la chaîne pouvait aller au casse-pipe tant le genre est souvent de qualité douteuse lorsque la télévision s'en charge( L'épée de Vérité et le récent Camelot en sont des exemples frappant).

Lord Eddard "Ned" Stark est le seigneur de Winterfell, le royaume du nord dont la devise " L'hiver vient" est connue de tous. 17 ans auparavant, il a participé à la rébellion contre le "Roi fou" menée par son ami Robert Baratheon désormais souverain du Royaume. Hors voici que le roi Robert s'en vient à Winterfell quérir Ned : " la main du roi " est morte et le poste est à pourvoir ! Très vite, avec l'arrivée de la cour à Winterfell, les intrigues politiques commencent à diffuser leurs sombres influences dans le monde Ned, de sa femme Cat et de ses 6 enfants (dont un illégitime : Jon Snow que Ned a élevé sans distinction avec ses autres enfants).Robert Baratheon régne sur Westeros, le royaume des 7 couronnes. Le trône sur lequel il est assis est constitué des épées fondues de la bataille qui unifia les royaumes des éons de cela. Son royaume n'a pour frontière que le Mur, au Nord, un immense édifice conçut pour repousser les sauvageons vivant dans les forêts du nord, et à l'est se trouve le détroit, séparant Westeros des terres des barbares où se sont réfugiés les deux derniers descendants du roi " légitime" du royaume. Impossible d'en raconter plus sans déflorer les rebondissements de l'intrigue tant celle-ci est large, en termes de personnages ( nombreux et soignés), de contextes (politiques,géographiques,religieux), d'intrigues ( denses, variées, complexes)...

Au départ donc il y a un roman, "Le trône de fer" de G.R.R Martin.Un roman fondateur d'un cycle qui sera composé de 7 romans(sur 5 de sortis aux États-Unis) mais qui connut chez nous une édition parcellée ( plus de 12 tomes couvrant les 4 premiers romans gros comme des dictionnaires. L'aspect d'origine est depuis peu disponible en 4 intégrales chez J'ai Lu).Une œuvre dense et écrite avec soin, évitant les pièges d'un manichéisme trop souvent présent dans la production de fantasy actuelle. En effet chaque chapitre se pose du point de vue d'un personnage de l'intrigue, obligeant l'auteur à louvoyé entre les opinions et les ressentis de chacun. Offrant ainsi une vue générale au lecteur qui ne peut dès lors cesser d'être aussi dégouté que fasciné par certaines facettes des protagonistes évoluant entre les ombres de leur morale. Seule la famille Stark semble vraiment droite dans ses bottes …et stable mentalement. Si l'histoire commence à Winterfell avec tous les personnages principaux, très vite avec le départ de Ned pour le sud l'histoire se disperse sans jamais faiblir dans quelque direction que ce soit. Transposé une histoire aussi riche n'était pas chose aisée.

Et pourtant, ils l'ont fait ! Au scénario ( du pilote et de quelques épisodes sur les 10 que comptent la saison) et à la création de la série on retrouve David Benioff, l'auteur du roman la "25me heure" (et scénariste du film s'en inspirant). On lui doit aussi l'adaptation de la guerre de Troie avec Brad Pitt. Dès le premier épisode, le lecteur se trouve en terrain connu, découvrant une adaptation soignée. Les décors, les costumes, les acteurs, tous s'accordent pour nous plonger dans une histoire qui parait si réelle. Les costumes et les décors des Tudors font terriblement cheap à côté.Même la musique, pourtant signée par l'habituel tâcheron Ramin Djawadi passe bien, n'a rien d'honteuse et explose même en de rares moments ( dont deux quand même dans le premier épisode).

Quant aux néophytes ils ne seront pas laissés sur le bas-côté de la route des rois et seront forcément happés dès l'apparition de Ned Stark campé par un Sean Bean impérial, à des kilomètres de son rôle de Boromir dans le Seigneur des anneaux.Bean joue un homme noble et courageux, dont l'honneur ne peut se négocier d'une quelconque façon. Hanté par le passé de la guerre, il est le dernier homme à tenir tête au roi quand celui-ci semble trop prompt à régler un problème de manière définitive. Ses enfants pour la plupart ont hérité de son caractère trempé dans l'acier le plus pur.

L'un des partis-pris de Georges R.R Martin a été de proposé un univers où la magie n'est pas omniprésente, presque inexistante ! Mais qu'il ne faut pas oublier : les saisons durent des années, les dragons ont disparu,les rêves sibyllins peuvent fleurir dans les esprits et les enfants développer une empathie fusionnelle avec des loups imposants ( appelés loups-garous en VF, pour une obscure raison d'ailleurs).

En un peu moins de 10 heures , la série va faire chavirer toute la situation du début de saison, les morts, les retournements…rien ne vous sera épargné et vous ne verrez jamais venir les coups ( souvent bas ! ). Faisant fi du manichéisme, il n'est pas rare de voir les salauds s'en sortir à bon compte et les bons s'en prendre plein la gueule. Les intrigues de palais n'ont jamais été si bien écrites et si prenantes ( la série passe beaucoup par les dialogues, l'action n'étant pas le moteur principal de l'intrigue, et pourtant les épisodes défilent à une vitesse folle, preuve en est qu'un bonne direction d'acteur et des dialogues ciselés peuvent suffire à captiver sans artifice de montage à la MTV ). En fin de saison il y a de nombreuses chances pour que le spectateur qui n'a pas lu les romans se jette sur le tome 2 car il est pratiquement impossible de tenir un an pour connaître la suite surtout quand elle est là à portée de main. Même les réfractaires à la lecture risque de réfléchir à l'achat des tomes 2 à 4 ( en intégrale). La meilleure adaptation d'un roman de fantasy depuis Le seigneur des anneaux , rien de moins !

1 commentaire:

Julius a dit…

Là, je dis Amen !!!

Je me suis arrêté au 9ème épisode, car il me reste une 50aine de pages à lire, histoire de finir le bouquin avant la série !

Je suis entièrement d'accord avec toi en ce qui concerne la qualité globale de la série, mis à part que dans les épisodes VF, il ont gardé certains termes inappropriés de la traduction catastrophique des romans originaux ... mais bon ...