samedi 13 octobre 2012

Super plantage !


«  - On va relancer depuis le début tout l’univers DC grâce à un prétexte bidon et on voudrait que tu t’occupes de Superman !
-         - Moi ? Mais je ne sais pas par où commencer, j’ai déjà fait le tour du concept dans mon fantastique All Star Superman !
-          -Commence où tu veux, on repart de zéro on te dit !
-          -Donc je peux faire ce que je veux ?
-          -Oui !
-          -Et on se fout que ça colle ou pas avec le prétexte bidon ?
-          -Tout à fait !
-          -Ok je signe ! …et rajoute un zéro à mon salaire ! »

Voila ce qui s’est sans doute dit dans les bureaux de Dc comics quand il s’est agi de confier la destinée du dernier fils de Krypton à Grant Morrison. Car sinon, comment expliquer le plantage complet et grotesque que constitue la série Action Comics qu’Urban Comics publie sous le titre « Superman tome 1 :Genèse » ?

Déjà, tapons sur une porte que j’avais déjà ouverte : encore de nouvelles origines « définitives » pour Superman. Ça porte quand même à 3 versions en 8 ans ! Le concept de « définitif » semble bien étrange dans les bureaux de DC Comics !
Mais outre cela,passons en revue ce qui ne va pas !

L’univers DC a subi un changement suite à la saga Flashpoint où Flash réparait une erreur temporelle.Fort bien, on comprend que l’effet papillon puisse exister. Mais que cet effet touche jusqu’au fondement même de la culture kryptonienne, c’est nous prendre pour des idiots. Comment un évènement purement terrien a-t-il pu changer les origines de Superman ?

Son environnement natal et la raison de la disparition de sa planète changent ! Son costume aussi ! Ses pouvoirs également ! Cherchant à faire écho au débuts de Superman dans les années 30, Grant Morrison l’écrit comme encore incapable d’accomplir certaines choses : il saute haut en lieu et place de vraiment voler, il est encore sensible à certaines actions sur son corps,etc…des éléments évacués depuis longtemps et qui jurent avec ce que l’on sait de son organisme ( et que même Flashpoint mettait en avant : un peu de contact avec le soleil et c’est la fête du slip, slip qu’il porte enfin sous son pantalon soit dit en passant ! ).

Ses motivations aussi sont différentes : Superman est introduit comme un personnage frappant les salauds puissants,corrompus, ayant sans doute des liens avec la mafia, bosse de nuit…et attends une minute, mais il copie Batman ce gugusse ! Alors je sais bien que  Morrison a aussi bossé sur la chauve-souris mais apparemment ça l’a bien trop marqué !




Ça c’est pour le contexte général. Quand on rentre dans les détails c’est déjà autre chose. Déjà, la série se passe 5 ans avant le reste de toute la production DC actuelle. Ce qui fait que le casting habituel (Lois Lane, Jimmy Olsen et les autres ) ne subiront aucune vraie évolution puisque cela foutrait leur statut ‘’actuel’’ en l’air. Pire, on sait déjà que Clark ne finira pas avec Lois dans cette réalité (leur mariage a été effacé de cette réalité également mais Morrison n’est pas fautif, c’est une décision de l’éditeur…il a pas du voir ce que ce changement de statut marital avait provoqué chez les spider-fans de la maison d’édition d’en face tiens ! ).

Morrison opère quand même un jeu de massacre : Lex Luthor est intelligent certes mais n’est pas l’esprit subtil qu’il était (bien qu’on laisse suggérer le contraire, à voir si ça se confirme plus tard), Superman possède un costume pourri : un t-shirt, un jeans et une petite cape avec un S. Il obtiendra son costume par accident !!!

Ensuite, Morrison s’abandonne à ses tics d’écriture. Hors ce qui marche sur des créations personnelles ne fonctionne pas toujours sur un personnage bien défini ,c’est pourquoi il faut utiliser ces méthodes avec parcimonie ( comme sur Batman, quand il arrivait à se maîtriser mais je ne suis pas là pour parler de son bat-travail, c’est prévu pour beaucoup plus tard). Ce qu’il ne fait pas ! 

Hyper compression de l’histoire ( en gros des ellipses assez prononcées, parfois une planche est constituée de vignettes n’ayant aucun lien entre elles et donnant sans doute des infos dont il faudra se souvenir dans 5 ans quand il y reviendra, ce qui n’arrivera pas, il quitte le titre prochainement !!!! Il garde aussi sa vision récurrente du SDF apportant des infos au héros sur sa vie,du déjà vu pour les fans du scénariste), structure alambiquée artificiellement (je n’ai rien contre les récits exigeants, mais ceux qui doivent être relus 3 fois pour être compris un minimum et qui multiplient les concepts abscons de science-fiction que même Stephen Hawkings aurait du mal à saisir, ça me gonfle).

Seul point fort, les dessins de Rags Morales sont de toute beauté et ,bien que très classiques, recèlent de détails intéressants et d’un dynamisme qui fait plaisir à voir !



Un dessin correct ne fait pas tout un comic book et le traitement de Morrison ici est trop peu intéressant pour vraiment faire décoller l’histoire. En oubliant le côté solaire du héros, cette aura messianique et porteuse d’espoir que Batman n’aura jamais, Morrison livre un héros fade face à des menaces éculées ! La suite sera sans moi…

2 commentaires:

Franck Jammes a dit…

Personnellement, je trouve aussi le travail de Morrison un peu trop alambiqué pour être vraiment accrocheur. Un comic book doit être lisible par tous, y compris les plus jeunes. Alors, plusieurs niveaux de lecture, oui, mais pas imbriqués au point d'être incompréhensibles.

Geoffrey a dit…

Le problème ici vient du fait que Morrions justifie ses choix en exhumant la première version de superman, celle des années 30. Alors certes je suis toujours admiratif devant son boulot d'archiviste et de lecteur mais comme tu dis, ça doit être lisible et compréhensible (en gros, c'est évident qu'un nouveau lecteur ne pourra pas toujours tout saisir dans une série en cours, bon ici c'est un redémarrage donc ...).

Hors les références de Morrison sont inconnues de beaucoup trop de monde.