mercredi 27 janvier 2016

Quand Marnie était là...

Dernier film des studios japonais Ghibli (et dernier film tout court puisque le studio est désormais en hiatus à durée indéterminée), Souvenirs de Marnie nous entraîne bien loin des mondes étranges de Hayao Miyazaki. Et pour cause, Myazaki n'a pas réalisé le film...et oui, il est pas le seul réalisateur des studios non plus nan mais ho ! Il est l’œuvre du réalisateur Hiromasa Yonebayashi et est sorti dans nos contrées il y a un an déjà, le 14 janvier 2015.

Charte graphique oblige, le style de dessins se place bien entendu dans la mouvance Ghibli qui, sur ce point, est presque une marque déposée. Néanmoins, le trait est plus fin, l'animation plus délicate. Il y a un aspect pseudo-réaliste qui se dégage de l'ensemble. Il faut dire que l'équipe a fait des repérages en extérieur pour les décors et a été jusqu'à construire des maquettes avant de se lancer dans le dessin des différents bâtiments. La qualité de l'animation est, comme toujours avec ce studio, un point fort et une réussite totale. As usual.



Anna est une jeune fille d'environ 12-13 ans. Un peu garçon manqué et un peu en marge des autres, Anna est envoyée à la campagne par sa mère adoptive pour l'aider avec son asthme. Solitaire attitude oblige, elle va explorer les environs, seule, et découvrir prè!s du marais un étrange manoir qui lui semble familier. Lors d'une occasion folklorique où son manque totale de sociabilité la fait réagir un brin violemment, Anna s'enfuit en barque dans les marais et rencontre Marnie,une fille de son âge vivant dans ce beau manoir au bord de l'eau. Marnie est à l'opposé d'Anna : la jeune fille est souriante, féminine et presque petite princesse.
Très vite, les deux jeunes filles vont s'attacher l'une à l'autre. Mais un parfum de mystère plane sur l'endroit et sur Marnie. Un mystère qu'Anna voudra percer, au risque de perdre ses illusions et au bénéfice de grandir. Un récit initiatique en somme, avec les codes et les clichés inhérents au domaine mais transcendés par la réalisation, osons dire la mise en scène et des images de toutes beautés, le tout baignés dans une structure à tiroirs qui donne bien force le spectateur à s'investir dans le cheminement interne de l'héroïne.

Il est toujours subjectif de critiquer une œuvre. Quoi qu'on tente, le regard que l'on porte est toujours conditionné par nos expériences.  Souvenirs de Marnie peut donc être un film assez hermétique de par le parcours de sa protagoniste principale.
Si tout le monde s'est déjà senti seul, le vrai sentiment de solitude est une toute autre affaire. Pour comprendre Anna et ses réactions à la limite du comportement borderline et semblant parfois incohérentes, il faut un bagage pas très agréable (parce que croyez-moi sur parole : aucun comportement d'Anna n'est incohérent avec sa détresse intérieure).
C'est là que le subjectivisme entre en jeu : la porte était grande ouverte pour votre serviteur. Et rarement j'aurai vu, transcrit avec tant de justesse, les sentiments de solitude, de désespoir, de haine apparente des autres qui n'est qu'une façon de se protéger ( la solitude est une drogue dure : on en souffre mais elle forme un cocon protecteur, illusoire d'ailleurs, autour de ceux qui en souffrent et gare à ceux qui voudraient entrer sans qu'on leur donne la permission) et de recherche absolue d'une solution, d'un espoir, d'une branche à laquelle se raccrocher, de bulle d'oxygène à attraper ( Anna a de l'asthme, tiens tiens tiens...symbolisme est partout). La première réplique du film est directe, et prononcée par une Anna à l'ombre quand tout les autres profitent d'un bain de soleil " Il y a en ce monde un cercle magique invisible.Et on est soit à l'intérieur du cercle soit à l'extérieur.Ces gens-là sont à l'intérieur du cercle." Et elle passe d'un j'en ai rien à foutre d'être en dehors à un sentiment de rejet de soi en un clin d’œil.




Cette instabilité comportementale est renforcée par l'aspect calme de la campagne japonaise.
Et comme souvent, c'est une rencontre au bon endroit, au bon moment, qui peut faire basculer votre vie et ouvrir votre coquille (jamais totalement, mais assez pour faire entre de l'air et de la lumière). Symboliquement, dans la fiction,il vaut mieux que cette personne soit une femme ( symbole de vie par excellence dans de multiples cultures). Garçon manqué jusqu'au bout du film,la rencontre de Marnie est aussi, peut-être, pour Anna, l'occasion de laisser apparaître au grand jour son attirance sexuelle pour les femmes. C'est la seconde porte d'entrée pour votre serviteur : c'est dans le féminin que je cherche mon éclosion. Me voila donc devant mon pire cauchemar d'écriture : l'incapacité presque totale à l'objectivité technique sur un film. Voilà pourquoi le reste de l'article sera encore parsemé de « Je ».




Je ne pense pas que le film soit parfait, il y a des menus défauts bien entendus, comme une trop grande présence de bons sentiments à quelques endroits ( 3 minutes étalées sur tout le film,pas énorme non plus). Mais les vagues déferlantes d'émotions successives m'ont toujours semblées justes et profondément touchantes. Le drame psychologique derrière les révélations sur le manoir et Marnie forme une belle petite enquête qui sert de récit initiatique à Anna et le débat entre fantasmagorie ou élément fantastique diffus dans l'histoire n'est pas près d'être résolut : chaque affirmation d'une hypothèse pouvant se retrouver mise en péril par la démonstration d'une autre.


C'est peut-être aussi ce qui fait le charme de ce long-métrage d'animation : le jeu d'équilibriste sur le vrai genre de l'histoire : drame psychologique à la norvégienne ? Récit fantastique où le surnaturel resterait en retrait un maximum ? Tant et tant de niveau de lecture que ça soit dans son écriture que sa mise en images. En un mot comme en cent : Souvenirs de Marnie est un drame tour à tour émouvant, bouleversant, foisonnant et passionnant. Mais si vous n'avez jamais connu la solitude l'âme, cette addiction/répulsion éprouvante, vous aurez peut-être du mal à entrer dans le film autrement que par son histoire qui ne démarre vraiment qu'après un bon quart de film. Si vous vous connectez à Anna d'entrée de jeu par contre, le voyage sera tout autre. Le rapport à une œuvre est subjectif...

samedi 9 janvier 2016

C'est un oiseau, c'est un avion, c'est un...bon bouquin.

Après le désastre qu'aura été le passage de Grant Morrison sur Superman dans les pages d'Action Comics ( par Jupiter et ses roustons, il aura été bien plus inspiré sur mon Batounet d'amouuur  l'écossais chauve), Urban Comics relance le titre sous un nouveau nom : Superman Action Comics (folle originalité).  La série sœur de Superman l'homme de demain ( Geoff Johns et John Romita Jr) est scénarisé par Greg Pak et dessinée par Aaron Kuder.

Greg Pak a surtout roulé sa bosse chez Marvel comics, c'est à lui que l'on doit Planet Hulk par exemple (et une bonne partie de la production sur Bruce Banner durant les années qui suivirent , une production loin d'être honteuse et qui explorait des pistes intéressantes). Aaron Kunder , comme nous explique le 4ème de couverture est surtout connu pour avoir dessiné New Gardians, une série DC dans l'univers cosmique de Green Lantern. Alors, que nous ont concocté nos deux lascars pour rendre Superman intéressant ?

L'album s'ouvre sur un récit mis en image par Lee Weeks, un redoutable story teller aux traits classiques mais modernes. Les origines de Superman nous sont contées d'un point de vue très féminins puisque Lara ( la mère biologique) et Martha (la mère adoptive) font office de voix-off narrative. Cela change énormément de la sempiternelle présence de Jor-El ou de sa conscience sauvée numériquement ( encore que, quand c'est Russel Crowe qui s'y colle, c'est assez jouissif).

L'on embraille ensuite sur un récit situé lors de l'An Zero, une période que le nouvel univers DC considère comme son commencement : Gotham City est assiégée, Batman apparaît…et les autres héros décident de ne plus rester dans l'ombre, territoire que ne quittera jamais vraiment la chauve-souris. Cet épisode one-shot pose les bases de ce que Pak va raconter par la suite : l'amitié entre Clark Kent et Lana Lang, sa petite amie du temps où ils vivaient à Smallville (rappelons que dans cette nouvelle allitération de l'univers DC, Superman n'est pas marié à Lois Lane et qu'il sort avec Wonder Woman).  On retrouve le superman mis en scène par Morrison : il a des pouvoirs mais il n'est pas encore THE Superman. L'épisode est avant tout intéressant parce qu'il nous montre les points communs entre Superman et les humains ordinaires qui luttent dans l'adversité (par le biais du personnage de Lana, un peu comme Han Solo servait à monter qu'il ne fallait pas être un Jedi pour lutter pour la paix dans une galaxie lointaine).
Le reste de l'album prend place dans le présent : Lana Lang, décidément, est devenue une ingénieur respectée mais l'une de ses découvertes attirent une étrange créature à sortir du bois … ou plutôt de sous terre. Superman arrive bien entendu à la rescousse et…l'aventure commence.

Greg Pak fait ici un choix audacieux : revenir aux fondamentaux d'émerveillements parfois naïfs des premeirs comics mais sans cynisme ou moquerie. La menace a beau être kitsh, elle est traitée avec sérieux. Les personnages existent et leurs interactions semblent réelles, elles ont de la consistance. Surtout celle entre Clark et Lana, leurs voix intérieures servant de double narration, autant pour creuser leurs pensées que pour approfondir leur relation "amicale". C'est fun, c'est drôle, c'est dramatique, ça joue avec des concepts de SF très 60's (j'ai pensé à la première série Star Trek) et ça pose des bases qui seront probablement développées plus tard. Pas facile de rendre intéressante une série où le héros est invulnérable. On retrouve , dans un autre style , ce qui émanait des premiers tomes du dernier fils de Krypton édités par Urban en 2012 : autant dire que ça fait plaisir.




Les dessins de Aaron Kuder sont un peu amateurs et cartoonesques mais ce dernier point sert parfaitement l'ambiance un peu old school qui émane de ce comic book. Il retransmet parfaitement la sensation de mouvement dans l'action (très important dans une BD, être capable de faire oublier que l'image est statique!).

Alors que la série principale semble bien lourde, Action Comics embrasse l'héritage de ce qui faisait un bon comic book consacré à l'homme d'acier. Pour tout vous avouer, ma librairie organisait une promotion : deux bd's achetées, une troisième offerte. Je n'avais envie que de deux bd's mais il aurait été bête de refuser une telle promo et j'ai donné sa chance à ce titre : bien m'en a pris.

vendredi 1 janvier 2016

Pour le meilleur et pour l'Empire.

Je ne sais pas ce qu’il se passe en ce moment, mais les livres et les magazines centrés sur la saga Star Wars foisonnent dans les rayons des librairies et des marchands de journaux. Comme ce «  Les ruines de l’Empire », publié en VF par Panini Comics et qui narre des événements qui se situent juste après Le Retour du Jedi et donc bien avant Le Réveil de la Force.

Avant d’aller plus loin, remettons les choses dans leur contexte. Le fan de Star Wars n’a pas attendu 2015 pour voir débarquer de nouvelles aventures de Luke Skywalker et consorts. Très tôt, en 78, sort un roman faisant suite à l’épisode 4 ( mais considéré comme non-canonique) et Marvel publie durant des années des histoires ( non-canoniques également) dans cet univers. Mais au début des années 90, Lucas donne son feu vert pour que sa saga ait une suite en romans : L’héritier de l’empire,
La bataille des Jedi et L’ultime commandement formeront officieusement les épisodes 7 à 9. Ensuite, d’autres romans viendront amplifier cette saga, certains se situant entre des épisodes ( la guerre des clones, on a rien vu au ciné par contre en comics y a de la matière). Les comics ne seront pas en reste.
Tout cela forme l’univers étendu de Star Wars.

Mais lorsque Disney rachète Lucasfilm et met en chantier de nouveaux films, il est décidé de faire dans l’inédit. Pour ne pas dépendre d’un matériau trop lourd et encombrant qui limiterait la créativité et pour surprendre tous les spectateurs, connaisseurs ou juste admirateurs des films.
Bref, cet univers est désormais considéré comme ne faisant pas partie de la continuité officielle et de nouvelles pages blanches apparaissent soudain.

Le présent recueil contient l’entièreté de la mini-série publiée hebdomadairement par Marvel Comics en Septembre aux USA et raconte les aventures de la pilote Shara Bey …la mère de Poe Dameron, le pilote incarné par Oscar Isaac dans l’épisode VII.
L’action débute en pleine fin du Retour du Jedi où Shara aide Luke à quitter l’étoile de la mort sans se faire dézinguer par des intercepteurs TIE. Plus tard, elle accompagnera Leia jusque Naboo et retrouvera Luke qui cherche des restes du grand arbre qui poussait au centre du temple Jedi de Coruscant.

Le scénario est signé par Greg Rucka, spécialiste comics des femmes fortes ( Renée Montoya dans Gotham Central lui doit beaucoup pour sa popularité ). Les dessins sont assurés en grand partie par Marco Checchetto qui avait travaillé sur la série Punisher avec Rucka.
Cette collaboration a donné lieu à la série Punisher la plus aboutie à ce jour. Voir ces deux là se réunir sentait donc bon.
Comme la série est hebdomadaire, Checchetto a reçu l’aide le temps d’un numéro d’Emilio Laiso et toute la sous-intrigue sur Naboo centrée sur Leia a été mise en image par Angel Unzueta. Rien de dramatique, les dessinateurs ont tenté de fournir une continuité graphique assurée par l’encrage et la colorisation. C’est beau mais pas transcendant, les dessinateurs ont bossé dans l’urgence et malgré des dessins tout à fait corrects, il manque quelque chose, un je ne sais quoi d’âme peut-être.




Le scénario quant à lui est loin d’être passionnant. On suit Shara Bey de mission en mission sans que la tension ne monte vraiment. Rucka nous a habitué à mieux, que ça soit en terme d’intrigues courtes ( Queen & Country , sa série d’espionnage, était centrée sur ce genre de procédés) ou de caractérisation de personnages. Qu’il ne puisse pas changer la nature de Luke, Leia et Han est une chose, qu’il échoue à donner une épaisseur correcte à ses créations est plus problématiques.
Les enjeux sont faibles malgré les bonnes idées très SF qu’il injecte dans le récit et les rappels à notre propre histoire lorsque les Impériaux, conscients de la mort de l’Empereur, continent de prétendre que son trépas n’est que de la propagande de rebelle.
La sous-intrigue sur Naboo centrée sur Leia n'est là que pour faire un gros clin d’œil aux fans ( oui, c'est la planète de sa mère qu'elle n'a pas connue, oui elle a une sensibilité à la Force:c'est de famille il paraît).



L’un des atouts de la nouvelle trilogie, dont le premier volet est sorti il y a 15 jours, c’est le mystère sur la vie de certains personnages (nouveaux comme anciens) entre l’épisode VI et VII. Ne pouvant pas jouer avec les 30 ans qui séparent les épisodes comme ils le veulent, les auteurs risquent de ne pas pouvoir remplir les trous comme ils l’entendent tant que l’épisode IX ne sera pas sorti. Rucka a donc une excuse valable de ne pas pouvoir trop en faire mais il y a une certaine paresse ( un dépit ? ) dans le fait de ne pas hausser le niveau d’écriture dans son histoire alors qu’il pouvait arriver à la même conclusion.
Première suite non-cinématographique au Retour du Jedi, Les Ruines de l’Empire ne se situe pas dans le haut du panier et peine à convaincre face aux récits qui forment l’univers étendu, un univers désormais considéré comme parallèle.
Il est par contre appréciable de constater que malgré l’existence d’un tel univers, tout n’a pas été exploré et que les nouvelles pages blanches peuvent se remplir de choses jamais vues avant ou traitées différemment.

Bonne Année 2016 !


vendredi 25 décembre 2015

Retour en Force.


C'est une période de grand trouble. Depuis 3 ans, George Lucas ne dirige plus Lucasfilm, société qui a été rachetée par l'Empire aux grandes oreilles de Mickey. Les fans ont peur et sont aussi impatients. Les salles sont assiégées lors de la sortie du film.

Les esprits sont échauffés, les émeutes guettent si le long-métrage échoue à restaurer la paix et la stabilité dans le cœur des amoureux de la guerre des étoiles.

Et moi, je gagne du temps en écrivant un texte d'introduction qui ressemble à ceux qui défilent avant chaque épisode d'une saga mythique...


George Lucas avait beau le claironner depuis des années, il avait beau crier sur tous les toits que jamais Star Wars ne reviendrait au cinéma, l'espoir ne s'est jamais vraiment éteint. Il aura néanmoins fallu que Disney rachète Lucasfilm et décide de rentabiliser son achat pour que la Force et les sabres lasers reviennent chatouiller nos âmes. Disney qui, en 2012, désirait posséder son «  Star Wars » en adaptant les aventures de John Carter (injustement boudées en salles) et qui a fini par décider qu'il valait mieux sans doute posséder Star Wars tout court que de tenter d'avoir sa propre saga. Cruelle ironie, les romans sur John Carter avait été une influence majeur de Lucas lors de l'écriture du film sorti en 77. Les voies de la Force sont impénétrables.

Bref, Star Wars est de retour. Et pour orchester ce retour, la directrice de Lucasfilm a réussi à convaincre J.J Abrams de se lancer dans l'aventure. Abrams, c'est l'homme qui a ramené Star Trek sur grand écran par deux excellentes fois, c'est aussi un disciple absolu de Steven Spielberg et qui a grandi dans la pop-culture. Pour savoir une chance de réussir , Abrams écrit le scénario avec Lawrence Kasdan, le scénariste de L'Empire contre-attaque, l'un des épisodes préférés des fans de la saga.

30 ans ont passé. L'Empire n'est plus mais le mal ne meurt jamais et les cendres du système politique de Palpatine servent à l'émergence du Premier Ordre. Face à cette menace , la République soutient un groupe de résistance armé mené par la princesse Leia.
Luke Skywalker a disparu mais personne ne le croit mort. Il est l'ennemi à abattre pour le premier Ordre & un mystérieux guerrier du côté obscur : Kylo Ren.
Sur la planète Jakku, Poe Dameron, un pilote chevronné trouve ce qui semble être une piste menant à Skywalker. Avant d'être fait prisonnier , il a le temps de cacher les données dans son droïde : BB-8. Ce droïde sera retrouvé par Rey, jeune fille pilleuse d'épaves qui rêve de s'envoler vers les étoiles et par Finn, déserteur du Premier Ordre. Leur rencontre va les lancer dans une aventure tournée à la vitesse lumière !



L'un des gros points positifs de cet épisode c'est sa fidélité absolue à la trilogie des années 80. Peut-être trop car on a parfois l'impression de revoir des passages remakés. Mais, J.J Abrams ne nous plonge en terrain connu que pour mieux nous faire sentir à l'aise dans ce qui est pourtant une terra incognita. Les codes sont là, on va donc secouer et s'amuser avec tout ça.
Car de par sa nature, Star Wars n'est pas original. Star Wars est une épopée classique dans ses grandes lignes et toutes les épopées possèdent grosso modo le même schéma narratif. La force de Lucas en créant cet univers aura été de régurgiter ses lectures mythologiques classiques mais aussi ses lectures, ses goûts de cinéphile,etc…En voulant retrouver et offrir au public ce qui l'a marqué durant son enfance et son adolescence, Lucas créa un mythe moderne. Et puisque Star Wars est un mythe qui se nourrit de mythes, il était cohérent que la saga finisse par se nourrir d'elle-même. Mais Abrams est coutumier de cela. Les trekkies le savent bien : Into Darkness jouait déjà énormément avec Star Trek 2 tout en créant des effets de miroir ou de miroir inversé. C'est la façon de faire de J.J Abrams pour s’approprier un univers et respecter des mondes qui ne sont pas les siens. Et ça marche. Ça ne révolutionne rien au sein de Star Wars (il y a des codes à respecter, impossible de partir dans un délire à la Jupiter Ascending quand on s'inscrit dans le respect d'une tradition ) mais ça agence les ingrédients de manière différentes.

Et contrairement à Terminator Genisys ou Jurassic World qui reprenaient (parfois plan par plan) des situations des premiers films pour les upgrader en pyrotechnie ou images de synthèses en jouant avec la nostalgie des fans pour que ça fonctionne (et ça ne fonctionnait pas), The Force Awakens se sert des rappels et de la nostalgie du public pour bifurquer, proposer quelque chose de neuf ou de tordus par rapport au récit d’origine.
La nostalgie est ici un outil pour mettre les vieux fans en confiance mais pas au détriment d’un travail capable de parler aux spectateurs qui entreraient dans la saga par cet épisode. La nostalgie fonctionne quand on prend des personnages anciens pour jouer avec, hors c’est bien par le biais de tous nouveaux héros que nous entrons dans l’intrigue de cet épisode. Et qu’on s’attache à eux alors que nous ne les avions jamais croisés dans la saga avant est bien la preuve que la nostalgie n’est pas le moyen employé pour que le public accroche. D’ailleurs, les rares fois où elle est vraiment employée ( à savoir les quelques petites minutes entre Leia et Han Solo, la magie opère moins bien).





Non, les moyens c’est d’abord une réalisation nerveuse où le mot cinématographe prend soudain tout son sens : ciné vient du mot kiné en grec et qui signifie le mouvement. Et le mouvement de la caméra, des acteurs, etc…est constant durant les deux premiers actes, dommage que le dernier acte soint moins prenant et manque soudain de rythme, comme si l’énergie avait été absorbée par les deux premiers, le troisième se contenant d’un savoir faire indéniable et d’une dernière séquence belle à faire pleurer.
 Se basant sur une vérité trop souvent oubliée, à savoir que le cinéma est avant tout un art vi-zu-el, J.J Abrams fait passer énormément de chose par l’image et la mise en scène : inutile que les personnages déclament quinze minutes de texte après l’action quand l’action et un minimum de dialogues peuvent faire passer énormément d’informations sur la psychologie et la façon d’être des personnages.
Le droïde BB- en est un bon exemple : sa forme ronde le rend bien plus mobile que R2-D2 par exemple, et ses mouvements de têtes permettent de lui prêter des émotions ! Sur un robot absolument pas anthropomorphique pour un sou et qui produit des bips au lieu de parler !



Les moyens , ce sont aussi des acteurs plus ou moins inconnus du grand public. Bien entendu, Harrison Ford est un vieux de la vieille qu’on ne présente plus mais il nous offre ici quelque chose qu’il n’avait plus fait depuis longtemps : transmettre qu’il aime encore jouer la comédie en proposant autre chose qu’un mode automatique (la dernière fois, c’était en Indiana Jones pour Spielberg en 2008, et avant ça , ça devait remonter aux années 90).



Oscar Isaac n’est pas un débutant mais à part les cinéphiles, peu savent mettre un visage sur son nom ou inversement (Agora, A most violent year, Drive, sont pourtant de très grands films) mais cela est appelé à changer  car nous le retrouverons dans une autre usine à rêve : X-men Apocalypse en Mai 2016 ! Loin de ses rôles profonds et sérieux, Isaac offre ici un personnage plus léger mais pas creux pour autant, Poe Dameron utilisant clairement l’humour et la bonne humeur pour supporter sa vie de pilote .




 John Boeyga incarne Finn, un déserteur ayant croisé la route de Poe, là aussi, le sérieux côtoie le comique dans ce personnage qui cherche à fuir et qui devra se raviser.




Adam Drive est Kylo Ren, le bad guy du côté obscur du film (encore que ça ne soit pas si simple à en croire le roman tiré du film; affaire à suivre donc).
Il réussit en quelques séquences à faire ce qu’Hayden Christensen n’arrivait pas en deux films (ne jetons pas trop la pierre sur le petit Hayden, l’écriture de Lucas n’aide pas quand on est un débutant).



Et enfin Daisy Ridley dans le rôle de Rey. Elle, c’est le croisement improbable entre Natalie Portman et Keira Knightley,auquel Audrey Hepburn aurait été marraine la fée, le tout servant le personnage le plus complexe de ce premier film.
Capable de passer en un clignement d’yeux de l’exaltation à la tristesse, elle marque le film de son empreinte. Empreinte militante, son personnage transformant le film en tout sauf en remake des 6 précédents où la demoiselle en détresse, même forte, avait besoin à un moment ou un autre de son « chevalier » servant. Ici rien de tout cela, quand elle est en danger, elle s’en sort seule (même quand ses potes arrivent pour la secourir, elle a fait le boulot avant eux ! Son personnage rejoint le trio de femmes fortes de cette année, à savoir Furiosa dans Mad Max Fury Road et Ilsa Faust dans Rogue Nation ).On dirait presque que le film répète un mantra en boucle : la femme est à l’avenir de l’homme. Et cette femme-là c’est l’avenir de Star Wars.
Détail amusant, si ce Star Wars s'inscrit dans la veine des femmes jouant à égalité avec les hommes ( qui ont parfois du mal à le concevoir), le film de 77 aurait pu être en avance sur son temps : Lucas avait un temps envisagé de faire de Leia...l'héroïne venue de Tatooine pour partir à l'assaut des étoiles.
Et si j’en parle en dernier, c’est  juste pour ne pas déstabiliser le texte en l’encensant tandis que je ne fais que parler des autres.




Les moyens se sont aussi les choix artistiques. Le choix de tourner sur pellicule d’abord, loin des approximations des derniers épisodes de Lucas au niveau du rendu de l’image (mais n’oublions pas que c’est grâce à ce choix de Lucas que désormais, le numérique a évolué vers un rendu plus proche de la pellicule). C’est également le choix de ne pas user et abuser des effets numériques ( qui ont été plus souvent employés pour effacer que pour ajouter selon les propos du réalisateur) et de filmer les effets le plus souvent possibles sans renier les technologies modernes : les maquillages et les prothèses côtoient ainsi la motion capture, des explosions ont lieu sur le tournage, énormément de scènes sont tournées en décors naturels : le désert d’Abu Dhabi, l’Islande, les îles Skellig en Irlande (ah ça donne envie de les visiter en plus ! ).
Seul point noir ? Le pire effet spécial du film, celui dont on remarque sans coup férir l'artificialité, c'est le lifting de la princesse Leïa.





C’est aussi le retour de John Williams à la musique. Si Papy Williams arrive toujours à fournir de belles mélodies, l’âge commence à venir le chatouiller : le souffle n’est plus le même et ce compositeur old school n’arrive peut-être pas à s’adapter à un style comme celui de J.J Abrams. À mon sens, le compositeur attitré de Abrams, Michael Giacchino, aurait été un meilleur choix bien qu’hérétique pour les fans car Giacchino est non seulement coutumier de travailler avec J.J Abrams mais il se place dans une tradition de composition fort proche de Williams et de feu James Horner ( quand celui-ci se donnait la peine il était un des meilleurs. D’ailleurs, sa mort laisse Avatar 2 orphelin de compositeur : James Cameron, si tu me lis, engage Giacchino ! ).
John Williams livre donc une belle copie mais à laquelle il manque quelque chose de puissant, les accents à la Wagner semblent très en retrait.
Par contre, je tiens ici à descendre les commentaires visant à dénigrer sa musique en affirmant qu’elle ressemble trop à celle des Harry Potter qu’il a composés …car ses Harry Potter avaient une musique fort proche de Star Wars ! Voila, c’est dit !



Comme je le disais plus haut, Star Wars, c’est un mythe jouant avec les codes des mythes et des épopées. L’océan d’étoiles ayant remplacé la mer Méditerranées d’ Énée, les planètes se substituant aux îles traversées par Ulysse. Lorsque le sabre laser bleu de Luke Skywalker lui est transmis par Obi-Wan, c’est l’image de l’épée de Siegfried qui est convoquée : ce héros nordique reforgeant l’épée de son père avant de partir à l’aventure. Quand ce sabre apparait dans The Force Awakens, il est impossible de ne pas penser à ce concept de transmission générationnelle ( c’était le sabre d’Anakin avant d’être celui de Luke) mais bim bam boum, le terrain connu devient terra incognita ( je me répète) car c’est soudain l’imagerie d’Excalibur qu’on nous balance ! Idem pour le schéma de l’appel de l’aventure que Joseph Campbell avait théorisé : il est là, il est bien là, mais décalé dans le temps par rapport aux personnages.  Impossible de tout répertorier sans divulguer toute l’intrigue mais pour peu que vous connaissiez vraiment Star Wars (et donc ses influences) , vous devriez les retrouver très vite.

Non, The Force Awakens n’est pas un remake de l’épisode 4 : il se place dans un contexte biberonné aux mythes et à l’Histoire, deux concepts qui, qu’on le veuille ou non, sont basés sur la répétition de schémas généraux enveloppés par de subtiles variations ( je vous invite à lire ou relire les romans du cycle La forêt des mythagos de Robert Holdstock à ce sujet ou d'ouvrir un bouquin de mythologie comparée, c'est même fun de prendre LA BIBLE et de la passer au crible : tout ou presque est pompé sur des textes plus anciens).
Et ce sont ces variations qui lancent l’histoire dans des directions différentes ( les deux premières trilogies sont en tous points différentes dans l’intrigue et pourtant les points de départs sont pareils pour les Skywalker et les points de convergence aussi : Anakin et Luke rencontre un sage qui va les mener à quitter leur zone de vie, ce sage mourra pour laisser un autre Jedi les former, la confrontation ultime se fait face au père , de substitution pour Anakin, biologique pour Luke, etc…).  Il a donc les défauts (oui, le film n’est pas parfait) de ses qualités : quelques ficelles apparentes viennent faire tiquer mais guère plus que les ficelles des épisodes précédents, là encore, on retrouve ce sens des écrits mythologiques et de contes de fée qui forment l’ADN de la saga, certains effets spéciaux auraient pu être mieux gérés et trop de questions laissées en suspens peuvent parasiter la première vision du film.

Mais la Force est de retour ! Et de bien belle manière.




Joyeux Noël.





lundi 14 décembre 2015

L'homme Debout !

Steven Spielberg est de retour après un hiatus de 3 ans entamé juste après la sortie de Lincoln avec un autre drame historique, Le Pont des Espions. Le grand barbu entame une nouvelle course puisque nous le retrouverons dès Juillet 2016 avec Le Bon Gros Géant d’après le roman de Roald Dahl et en 2017 avec l’adaptation de Ready Player One.
Nous sommes par contre toujours sans nouvelles de l’adaptation de Robopocalypse qu’il devait réaliser avec Chris Hemsworth et Anne Hathaway dans les rôles principaux (et qui aurait dû être le miroir négatif de son A.I , comme La Guerre des Mondes aura été celui de son E.T ; et dans une moindre mesure de Rencontres du 3éme type).

Spielberg est un habitué des périodes intenses où il tourne beaucoup avant de prendre des vacances ( avant Lincoln, il avait enchaîné Indiana Jones et le royaume du crâne de cristal, Les aventures de Tintin et Cheval de Guerre).

1957, la guerre froide est un jeu d’espions : l’information est la seule arme sur le terrain. Rudolf Abel, un espion soviétique, est arrêté par le FBI dans sa chambre d’hôtel. Pour le gouvernement américain, il s’agit de prouver que les USA sont une nation qui offre des procès équitable, c’est pourquoi elle confie sa défense à Jim Donovan, avocat spécialiste dans les assurances mais partenaires dans un prestigieux cabinet. Convaincu que la justice ne doit pas en avoir que l’apparence, Donovan va défendre son client équitablement dans un procès dont les dés sont pipés par le sentiment de patriotisme et de paranoïa nucléaire.
En parallèle, l’Oncle Sam lance son programme d’avion espion U2. Un jeune pilote, Francis Gary Powers est abattu en vol et capturé.
Commence alors une partie d’échecs pour arranger l’échange des deux hommes. Une partie jouée par Donovan pour le compte de la CIA sans que celle-ci ne le couvre. Tout se décidera à Berlin Est, où le mur vient d’être érigé.




Ce film, en dehors d’être le premier de la nouvelle fournée spielbergienne, a plus d’une particularité.
Premièrement, il est scénarisé par les frères Coen (et ce n’est pas la première fois que les frères croisent Steven Spielberg : leur envoûtant western, True Grit ,voyait notre barbu préféré en être le producteur exécutif).
Deuxièmement, contrairement à la majorité des cas, John Williams ne signe pas la musique du film : malade et n’ayant que la Force de s’occuper de Star Wars 7, Williams a du passé la main à Thomas Newman. Nous retrouverons John Williams sur Le Bon Gros Géant.
Troisièmement, alors que l’histoire contemporaine dans la filmo de Spielby est souvent centrée sur la seconde guerre mondiale ( et un peu avant, comme les premiers Indiana Jones), il s’attaque ici pour la seconde fois à la guerre froide ( la première fois c’était pour le dernier Indiana Jones justement, qui prenait place en … 1957. Tiens tiens, comme le début du Pont des Espions donc).
Enfin, pour ce 29éme film, il s’agit de la quatrième collaboration entre Tom Hanks et Steven Spielberg, plus de 10 ans après Le Terminal.

Dans une interview pour le magazine Première, Spielberg avouait avoir tenté de s’éloigner au maximum d’un style spielbergien (adjectif qu’il apprécie par ailleurs) : loupé Stevy,ton style et ta maîtrise technique vont de paire. Déjà, tu situes dans ton introduction écrite la période : 1957, comme la dernière aventure en date du docteur Jones. L’un des premiers plans ? Un reflet ! Allons Steven, on ne lutte pas contre sa nature profonde.
Si, comme pour Lincoln, Spielberg fait preuve d’un classicisme de rigueur, le niveau de jeu de la mise en scène et des mouvements de caméra est plus élevé. On retrouve même très souvent cette envie de se glisser dans la technique qui veut qu’un plan vaille une idée, comme le disait John Ford ( hors, John Ford est une des idoles de Spielberg, un grand moment de sa fin d’adolescence aura été de pouvoir s’entretenir avec lui ).  Il y a cette impression lancinante que lorsque Spielberg s’attaque à l’histoire, il est plus impliqué s’il peut narrer les aventures de personnages importants mais n’ayant pas marqué l’histoire avec un grand H ! Vous connaissiez Schindler avant le film vous ? Et Mr Donovan ? Plus libre, moins esclave d’une image d’Epinal peut-être, Spielberg semble plus s’attacher à ces personnages méconnus mais au destin de sauveur ( Jim Donnovan et Oscar Schnindler , même combat ! Ils ne viennent pas du même milieu, n’ont pas la même morale ou le même mode de vie, mais ultimement, ils vont tous les deux faire en sorte de sauver le plus de personnes possibles , parce qu’en temps de guerre, c’est cela qui compte : sauver les gens ! ) : Bridge of Spies finit de classer Lincoln dans la catégorie de Spielberg mineur.

Comme je le disais plus haut, la mie en scène est pensée comme c’est pas possible et est fluide à mort! Hors, au cinéma , pour qu’une scène soit fluide, il faut avoir pensé bien en amont son découpage, son futur montage et les plans dont on aura besoin. Plus c’est fluide, plus ça a été compliqué logistiquement à mettre en place. Et ce film est d’une fluidité exemplaire.

Tellement même que Spielberg se permet de ne pas utiliser une seule note de musique pendant les 35 premières minutes du film. Et ça passe tout seul.  La musique ne vient s’inviter à la fête que lorsque la partie vraiment « espionnage «  du film commence doucement à pointer le bout de son nez.  Thomas Newman ne cherche pas à singer John Williams ( ils sont trop différents dans leurs approches musicales pour ça de toute façon ) mais fournit in fine un travail plus soigné et plus impliqué que sur sa B.O de Spectre.  Le montage abuse un peu trop des fondus dans le dernier tiers du film, comme s’il avait fallu un peu raccourcir ce dernier ( et ça, ça sent la 20th century fox a plein nez, ils apprécient modérément de perdre une séance par jour à cause de la durée : même les poules aux œufs d’or comme la saga X-men sont tenus de ne pas trop dépasser) mais il s’agit ici d’une pure considération technique qui ne vient en rien gâcher le spectacle.

Si tout le tournant procès et espionnage est filmé de façon sobre (rappelant Amistad et Munich ), il y a une séquence ou Spielberg s’amuse : le crash du U2. Anxiogène et d’une efficacité rare. Spielberg est un passionné d’aviation (son papa a été pilote durant la seconde guerre mondiale ) et ça se sent dès qu’il s’agit de filmer les coucous volants. Enfin, deux scènes dans le métro viennent rappeler Minority Report ( pour la poursuite ) et The Lost World pour la façon dont le héros est regardé par les passagers.

Tout ça c’est bien beau pour la technique et les références mais qu’en est-il du fond ?
Comme souvent avec Spielberg, le réalisateur se sert du passé (ou parfois du futur ) pour nous parler de notre présent : parce que la connaissance de l’histoire permet d’éclairer notre regard du présent. Alors, quand des expressions comme «  Chocs des civilisations » sont employées ou que les avions espions décollent d’une base aérienne qui sert encore de nos jours à combattre les talibans, ce n’est pas innocent du tout. Mais c’est subtil et fin. Tout comme les deux séquences où Donovan, dans un train aérien, observe un groupe passer une barrière : une fois c’est le mur de Berlin, l’autre fois une grille de jardin américain. Sa réaction a la seconde est conditionnée parce qu’il a vu dans la première.



La plongée dans l’Amérique paranoïaque des années 50 et 60 n’est pas sans rappeler cette peur qui se distille dans notre époque et jusque en Europe. Cette peur mène à des exactions (ici, un procès limite truqué ) que personne ou presque ne dénonce. Le mal qui se justifie au nom du bien !
Et face à cela, il faut rester debout, refuser  laisser la peur tout dicter. Tout justifier.
Vous n’avez pas l’air inquiet, demande Tom Hans à Mark Rylance (impeccable cet acteur dans le rôle de l’espion russe). Et celui-ci de répondre : Ça aiderait ?
Non, ça n’aiderait pas de perdre la tête. Il faut la garder froide et s’en tenir à ses valeurs.
L’une des marottes du cinéma de Spielberg, c’est la lutte contre la machine : machine de mort, machine mécanique, machine administrative, etc…Et voila qu’un membre de la machine judiciaire, Donovan, va s’extirper de son simple statut de bon père de famille et d’avocat. Le voila qui devient Humain dans le plus beau sens du mot. Parce qu’il va rester debout, il ne va pas plier l’échine, il va faire ce qui lui semble juste quitte à se mettre son cabinet, la CIA et son pays à dos !



Lorsque le Mur est édifié, c’est un monde, le monde communiste, qui se replie sur lui pour éviter la contamination capitaliste et la fuite de son peuple. La RDA et l’URSS étaient des tyrannies. Que pensez alors d’Israël et de son mur anti-palestiniens ? Que pensez de l’Europe qui veut fermer ses frontières ? Que pensez d’un Donald Trump qui veut interdire l’accès des USA aux musulmans ? Tout ça au nom de la préservation d’un mode de vie mais pas de la préservation de l’humain ? Pendant que des dirigeants et des complices muets ont construit et veulent de nouveau construire des murs, Steven Spielberg vient nous crier une chose : il faut tendre la main et pour cela, il faut que nous construisions des ponts.
Et restons debout dessus !