mardi 24 août 2010

Le Monde ne suffit pas.

Un article sur le site internet du journal « Le monde » et titré : « Les super-héros sont des super-machos » a été porté à mon attention il y a très peu de temps. Il y est fait allusion à une étude de psychologues sur l’influence ( négative!) du super-héros actuel sur nos jeunes têtes blondes, et surtout nos têtes blondes mâles ! On aurait pu penser que « Le Monde »,journal prestigieux et sérieux aurait nuancé son article en interviewant d’autres psy, auteurs ou fans…bref variez les sources avant d’assener cela comme une vérité universelle bien connue et qu’une étude sérieuse vient enfin d’entériner !

Mais analysons les déclarations voulez-vous ?

Premièrement, le titre. Il n’est pas inutile je pense de rappeler ce qu’est le machisme et pour cela, rien de tel qu’un bon vieux Larousse : Idéologie fondée sur l'idée que l'homme domine socialement la femme et que, à ce titre, il a droit à des privilèges de maître ; comportement conforme à cette idéologie. Un être supérieur au sexe faible donc et qui ne se gêne pas pour le faire savoir et pour en exiger tout ce qu’il croit lui être dû de la part d’êtres inférieurs (les femmes donc).

S’il est supérieur à la femme, pourquoi porte-t-il des collants, accessoire ô combien féminin ? Plus sérieusement, l’archétype super-héroïque étant fortement calqué sur l’archétype chevaleresque (avec toutes les valeurs positives qui en découlent), comment peut-il seulement être envisagé qu’il soit macho, idéologie bien opposée à la chevalerie ? (oui, dans les faits, les chevaliers n’étaient sans doute pas irréprochables, mais je parle bien d’un archétype, pas d’un type).On pourrait sans doute, au travers du prisme déformant des comics des années 30 à 60, étudier l’image de la femme qui est renvoyée par les médias. Souvent sans emploi, un brin nunuche et dépendante d’un homme pour survivre. Mais il ne s’agit pas là d’une situation propre aux super-héros. Il s’agit de la situation de la société de ces époques, et donc de son reflet dans les comics dans le but de décrire un monde conforme (ou du moins très proche) du notre, pas d’en faire l’apologie. Au contraire, si Lois Lane avait besoin de Superman ce n’est pas tellement qu’elle avait besoin de lui en tant qu’homme…mais bien parce que cette casse-cou de première se mettait dans des situations pourries ! Et qui devait faire le ménage ? Superman ! Si ça ce n’est pas une situation inversée par rapport à l’image du macho ! L’émancipation féminine des années 60 à nos jours est bien intégrée dans les comics, toujours dans ce soucis de coller au monde actuel au départ avant d'aller de soi, le côté nunuche et mère au foyer s’estompera (ne minimisons pas le rôle des ligues féministes qui avec leur tact habituel ont sans doute bien fait preuve de pressions aussi, mais c’est un autre débat).




Le professeur Sharon Lamb (qui malgré son nom de famille ne reste pas silencieuse) nous dit qu’il y a une énorme différence entre les super-héros d’hier et d’aujourd’hui. Sur ce point elle n’a pas vraiment tort. Mais là où ça se corse c’est quand elle lâche que, je cite "il y a une énorme différence entre le super-héros des films d'aujourd'hui et le super-héros des comics d'hier. Le héros d'aujourd'hui est trop proche d'un héros d'action qui participe à un flot continu de violence, il est agressif, sarcastique et ne revendique quasiment jamais l'idée d'agir pour le bien de l'humanité. Quand ils ne sont pas dans leur costume de super-héros, ces hommes, à l'image d'Iron-Man, exploitent les femmes, étalent leurs richesses et traduisent leur virilité avec des armes surpuissantes".




Elle cite Iron-Man en exemple, alors penchons nous sur le cas de Tony Stark. Donc notre cher tête de fer participe à un flot de violences continu…l’action a toujours été un moteur des histoires de super-héros. Hier bien plus qu’aujourd’hui le héros devait affronter une menace physique à chaque numéro ! De nos jours, des auteurs comme Brian Bendis par exemple, se permettent de tenir un numéro de purs blabla (oui je sais, Bendis n’écrit pas Iron-Man, mais vu son rôle dans Avengers, ça compte pour moi !). Et le public suit. Parce que l’action ça va 35 ans mais après on s’en fout un peu. On veut les voir vivre, bouger, interférer ! L’action n’est plus le moteur, ce flux continu de violence, mais bien une conséquence que le héros recherche rarement ! Au contraire, le héros vivrait bien mieux sans ! Mais son devoir passe avant ses désirs ! Un grand pouvoir amène de grandes responsabilités.Si ça ce n’est pas faire de la pub pour l’abnégation, je ne sais pas ce qu’il lui faut !





Pour l’exploitation des femmes, là encore elle a dû sauter une guerre. Donc Tony exploiterait tellement Pepper Potts (son assistante rousse et sexy. D’ailleurs le nombre de rousses sexys dans les comics est assez élevé) qu’il la nomme PDG de Stark Enterprise dans le film Iron-Man 2 (avec le salaire qui va avec…et la répétition du laïus comme quoi sans elle il n’est pas grand-chose). Quel sale sexiste hein ? Et en plus ce sale riche ose se servir de son argent! Ensuite, je tiens à souligner que s’il y a certes un besoin sans doute inconscient de prouver sa virilité au travers de ses armes, 1° ce n’est pas énorme et 2°s’il montrait sa virilité de manière frontale, il serait considéré comme un pervers ! Faudrait savoir ce que vous voulez à la fin ! Mais si je pousse plus loin, Spider-Man n’a pas d’armes surpuissantes, juste de la toile qui lui sort des poignets…une toile que madame le professeur ne manquerait sans doute pas de nous faire remarquer qu’elle sort blanche, gluante et en abondance ! A ce stade, il convient peut-être de se demander si la pauvre n’a pas été traumatisée par un frère machiste qui lisait des comics. Mais de là à en tirer des conclusions de cause à effet.




De son côté, la journaliste aussi nous sort de jolies absurdités. Ainsi, les hommes sensibles d’hier ont été remplacés par des hommes forts. Je pose la question, ça ne serait pas l’inverse plutôt ? Là encore je cite « Comment oublier les difficultés d'un Clark Kent pour séduire la belle Loïs Lane, qui n'a d'yeux que pour son alter ego Superman. Peter Parker, alias Spiderman, n'a jamais abusé de ses superpouvoirs pour prendre les dames dans sa toile. » Alors, en prenant comme exemple les deux plus grands coincés du cul du monde des comics (et je dis ça tout en étant un fan de Spider-Man), elle fait preuve de partialité aberrante. Deux boy-scouts ne font pas une règle absolue. Ce respect absolu du pouvoir accordé ne se retrouve pas forcément chez les autres ! Prenons Wolverine par exemple. Mr Logan est l’exemple même de la virilité faite mutante : une confiance en soi absolue (faut dire qu’un pouvoir de guérison ça aide à être sûr de s’en tirer sans bobos !), des poils partout, un cigare énorme ! Des années durant, c’est sa façon d’être (qui parfois vous déplait) qui a séduit les femmes. Le Wolverine actuel est plus sensible, plus regardant aux désirs des femmes qu’il convoite, capable de pleurer (X-men 2 !, oui je parle beaucoup des films aussi, mais ils sont une composante importante de l’image du super-héros de nos jours !). Alors oui,notre mutant griffu fume comme un pompier...mais il est sans doute le seul sur cette terre qui ne risque pas le cancer en fumant et ça les lecteurs le savent "Wolverine a un facteur auto-guérisseur"! En gros : ne tentez pas ça,vous n'êtes pas comme lui !






On notera que l’existence des super-héroines, des femmes fortes et capables de mettre à terre John Rambo est complètement passée sous silence. Ou alors, et c’est assez étrange de la part des chercheurs, elles sont amalgamées à leurs collègues masculins ? Buffy est donc le modèle de machisme ultime, et quel mec ce Wonder-Woman. C’est passer sous silence que nous vivons une époque où on est en plein dans le "super-nanas qui ont des couilles" façon Sarah Connor ou Ripley dans Alien... On cause de Resident Evil aussi?









Lorsque Sharon Lamb déclare que les super-héros sont des monstres d’agressivités à la confiance en soi exacerbée, il devient clair qu’elle se base sur ses préjugés et non sur la lecture des comics actuels.
Pour moi, un monstre d’agressivité serait quelqu’un de complètement incontrôlable, prêt à en découdre à la moindre occasion, quitte à provoquer cette occasion : un beauf, un connard de base incapable de s’exprimer autrement que par les coups qu’il est capable de donner et d’encaisser. Le super-héros ce n’est pas ça !
C’est une métaphore ! Une métaphore sur le courage de se lever quand les autres ont baissé les bras !Ou de se relever quand on a été mis à terre! Une métaphore sur faire ce qui est juste quand l’injuste triomphe, et ce au mépris du danger, au mépris de l’image que l’on renvoie ! Une métaphore sur ce que l’humain peut avoir de meilleur en lui. Car même avec leurs défauts (qui peuvent être grands), ce sont leurs qualités qui nous font nous souvenir d’eux, qui nous font les admirer. Et lorsque les qualités l’emportent sur les défauts c’est le meilleur aspect de l’humain qui est magnifié. Parce que derrière l’avalanche de superpouvoirs irréalistes il y a autre chose. Il y a une idée. Une idée qui peut être naïve mais qui n’en est pas moins belle et merveilleuse. L’idée que le bien triomphe du mal. Que la lumière déchire les ténèbres. Que le combat des justes n’est pas un combat perdu d’avance.Qu'à la nuit la plus noire succèdera une journée des plus lumineuse. Que malgré les épreuves, les souffrances et les morts, l’homme est capable d’aspirer à un idéal, utopique sans aucun doutes, qu’il tentera d’atteindre au plus près que son imperfection lui permet. Mais aussi qu’il faut souvent se battre contre la vilénie pour y arriver. Le super-héros véhicule donc que l’ont peut triompher et se transcender mais uniquement si on se tire les doigts du cul ! Qu’importe les rebondissements commerciaux que les auteurs de comics ou de films incorporent dans leurs scénarios, au final c’est l’essence du héros qui nous imprègne et cette essence, si vous y êtes vraiment sensible, ne peut que vous influencer positivement ! Naïf moi ?...Peut-être. Mais au moins je sais de quoi je parle quand je me penche sur un sujet. Ce qui n’est pas le cas des psys ou des journalistes.







Ps : merci à Ash qui se reconnaitra pour son aide sur certaines vannes.

1 commentaire:

Kiwi-Kid a dit…

Article vraiment très intéressant, pour lequel on notera encore une fois qu'un psy, un journaliste ou un quelconque philosophe parle d'un sujet qu'il n' a que survoler. Il est évident que la personne dont il est question ici ne s'est pas bouffée toutes les continuité Marvel et DC pour dire cela mais a seulement vu les films, lu quelques livres et peut-être avec un peu de chance lu des comics de temps à temps.

On nous ressert les bonnes villes ficèles comme le machisme. Et pourquoi pas la dépravation qu'entraine les comics et le fait que les enfant ne seront jamais bien écrire s'ils ne lisent que ça ? (En même temps avec Panini, ce n'est pas gagné.)

Quand on imagine tout ce qu'il y a dire sur le comportement et le rôle d'un super héros dans sa (ou notre) société. Ressortir les même refrains encore et encore (c'est comme d'habitude d'accord, d'accord)cela devient triste et sans goût.