mercredi 16 janvier 2013

Gangster Squad : quand la réalité se fait défoncer par la fiction !


Le cinéma américain aime revenir à ses fondamentaux et aux fondements de l’histoire des USA modernes. Les films de gangsters sont donc légion depuis qu’Hollywood existe et souvent, ces films se déroulent dans notre passé.

Citons American Gangster de Ridley Scott ou encore Public enemies de Michael Mann pour les plus proches de nous, mais n’oublions pas le fameux Les incorruptibles de Brian Depalma avec Kevin Costner, Sean Connery, Andy Garcia et Robert DeNiro ; un casting de choix s’il en est. Et un casting de choix, c’est également ce que l’on retrouve dans Gangster Squad (quoique à moitié de seconds choix).


Gangster Squad est le troisième film de Ruben Fleischer. Ce dernier avait détourné les règles du film de zombies pour livre l’épatante comédie Zombieland et avait continué à jouer avec les règles dans 30 minutes or less,un sympathique film de braquages loufoque. Il aime les  différents genres et tente donc d’offrir du neuf avec du vieux et un relatif mauvais esprit ! Autant dire qu’avec le nombre de codes inhérents aux films de gangster,on pouvait baver.

La cité est chaude et moite (mmm , comme je les aime), dangereuse.Le crime est partout, l’espoir n’est nulle part. Le big boss est un malade, accro à la violence bien démonstrative. Un seul homme ose s’attaquer à son business. Et il va devoir recruter des hommes d’exception pour endiguer le fléau en se lançant dans une guerre au crime. Guerre qui se livrera avec des méthodes musclées et surement pas approuvées par le règlement ! Bienvenue chez Elliot Ness à Chicago ? Non, perdu, nous sommes à Los Angeles avec John O’Mara.



Le film commence en affirmant fièrement : "inspiré d’une histoire vraie". (et se termine en affirmant fièrement que la pègre ne s'est jamais installé à L.A. Et la Yiddish connection, c'est un mirage ?  )
Inspiré est le mot car niveau vérité historique, on repassera et pas qu’un peu. Le seul moment un tant soit peu véridique arrive en ouverture du film : l’ascension de Mickey Cohen,ancien boxeur new-yorkais, à la tête de la pègre de Los Angeles. 



Après, tout est à prendre avec d’énormes pincettes.
Certes, l’on attribue à Alexandre Dumas la célèbre phrase « On peut violer l’histoire pourvu qu’on lui fasse de beaux enfants ». 
Mais si l’enfant, aussi beau plastiquement soit-il ,est un handicapé ?

Plastiquement donc, c’est beau, c’est très beau. Les divers aspects techniques sont aboutis. Les costumes et les décors sont rehaussés par le directeur photo. 
Los Angeles et ses habitants portent des couleurs vives, c’est une ville d’aspect glamour comme on pouvait en voir sur les cartes postales des années 40 ou 50. Très peu correct historiquement ( Public enemies est plus proche de la réalité à ce niveau) mais collant parfaitement avec l’idée que l’on a actuellement du vintage tel qu’Hollywood nous le présente souvent ( et que Mad Men a fini d’ancrer dans le crâne des gens. Pour du coloré réaliste voyez plutôt l’imagerie de Populaire ). 


Ce genre de dessin aux couleurs ultra-contrastées ,typique des 40's et des 50's, a entériné l'image d'une époque colorée et pétillante dans l'inconscient collectif. La réalité était plus terne mais le réalisateur a choisi le glamour au réalisme.Mais après tout, le ciné ne reflétant pas la réalité...

La réalisation est soignée dans la mise en image, le montage est lisible (on comprend ce qui se passe durant les séquences musclées ) et Fleischer s’offre quelques folies visuelles, certes courtes, mais bien faites comme durant un poursuite en voitures bordélique entre flics et truands et pourtant terriblement fluides grâce au montage justement. 
On regrettera que la musique de Steve Jablonsky ,un poulain d’Hans Zimmer, soit efficace mais peu inspirée. L’homme avait pourtant écrit la musique de la trilogie Transformers, que beaucoup considère comme le seul aspect réussi de ces films. Les acteurs quant à eux participent à tout ça avec en tête un Josh Brolin plus déterminé que jamais et un Ryan Gosling qui, bien que sorti de Drive, garde des moments de pure barbarie qui s’expriment vite et bien.Sean Penn est un peu trop habité par son personnage et en fait des tonnes par contre. Fleischer convie également Emma Stone, actrice qu’il avait lancée avec Zombieland.




Hélas, trois fois hélas,le scénario est grossier, peu abouti.Il commençait pourtant bien en démontrant toute la folie de Cohen, adepte de la torture moyenâgeuse et sanglante ! (On comprend dès lors encore moins comment Fleischer a pu représenté une séquence de fusillade en pleine rue, à la sulfateuse , sans que personne ne soit touché !?!?)
Les personnages sont peu esquissés et donc trop enfermés chacun dans une case : le flic honorable dégoûté par le crime (dont la première action dans le film sera de sauver une jeune fille en détresse), le flic blasé , dégoûté également mais qui ne réagira que face à un drame personnel (que l’on voit venir 10 minutes avant tout le monde), le petit génie,le guerrier aguerri,le novice qui a tout à apprendre & avec qui personne ne voulait travailler à cause de ses origines et le noir de service qui connaît son quartier (noir) comme sa poche et tous ses habitants avec ( c’est bien connu, ils se connaissent tous entre eux). 
Idem pour le scénario qui accumule les lieux communs : la femme du flic est une femme forte mais inquiète,la maîtresse de Cohen devient également celle d’un des hommes de la brigade, faisant  planer le spectre que ne soit dévoiler le pot aux roses avec les conséquences néfastes encourues,etc...




Deux explications à cela . D’abord le scénariste, surtout connu pour écrire des scénarios de séries télés. Habitué au format court cela ne doit pas aider à écrire un long métrage. De plus , l’homme écrit pour la série Castle, certes bonne mais qui assume pleinement son côté semi-parodique du genre. Hors le ton de Gangster Squad se veut bien plus sérieux ! Il enchaîne aussi quelques incongruités : on se demande parfois comment tel personnage a compris un élément important ou encore pourquoi les héros montent des opérations commandos habillés de noir mais sans porter de masques…et ce même dans un endroit fréquenté assidûment par l’un des héros. Les dialogues sont parfois un peu trop démonstratifs ou peu réalistes dans leur écriture : faute du scénariste ou envie de coller au style des films des années 40-50 ? J’aimerai ne pas être mauvaise langue mais …

Ensuite, il y a le drame de la tuerie  d’Aurora où un malade avait fait feu dans une salle de cinéma avant une projection de The dark knight rises. Cette tragédie a poussé la Warner a décalé la sortie du film ( qui devait clôturer la saison des blockbusters estivaux en sortant début septembre 2012) car une séquence particulièrement violente voyait un gang se faufiler derrière un écran de cinéma et mitrailler la salle pour abattre des concurrents. La Warner tient là l’occasion de pousser le réalisateur a retourner certaines séquences. En l’état,le film voulu par le réalisateur n’est donc celui projeté en salles ! Peut-être un jour verrons-nous la version voulue ? Ce n’est pas impossible, on a déjà vu souvent ces dernières années la Warner sortir la version salle et la version du réalisateur en même temps ( voir les blu-rays de The Town ou encore Sucker Punch ). Les séquences sacrifiées et leurs remplaçantes expliquent peut-être en partie ce côté bancal de l’entreprise.



Sortie prévue le 7 septembre à la base. La Warner n'a pas fait confiance aux spectateurs pour différencier film et réalité. Un manque de gonades effarant autant qu'atterrant !

Finalement, Ruben Fleischer manque cruellement d’un regard de cinéaste. Il semble être un technicien redoutable mais Gangster Squad tendrait à démontrer que son côté subversif et rentre-dedans était le fait des scénarios de ses précédents longs-métrages. Comment expliquer qu’il passe d’un discours politiquement incorrect au discours de Nick Nolte dans le film «  Combattons la terreur par la terreur ! » ?  
Ce manque de regard était pourtant là dès le début du film, un détail en apparence insignifiant : le logo de la Warner. Depuis quelques années, on a vu certains réalisateurs utilisés le logo provenant d’une autre époque pour mettre le spectateur en situation ( Zodiac et Argo employaient de vieux logo de la Warner, Indiana Jones et le royaume du crâne de cristal celui de la Paramount des années 80,…) : point de cela ici. Vous allez dire que je chipote mais cela reste une pièce à charge.



L'autre problème majeur est que jamais, jamais, jamais Ruben Fleischer n'arrive à proposer quelque chose de neuf dans son film. On ressent bien l'admiration qu'il porte aux œuvres cultes ou non qui l'ont précédé : Les incorruptibles de De Palma bien sûr, mais aussi L.A Confidential  pour l'ambiance et la dynamique de groupe ou encore Le dahlia noir (encore de De Palma d'ailleurs ) pour son imagerie rétro-galmour où le rouge à lèvre est pétant et toujours appliqué avec raffinement & perfection et où la Californie n'est peuplée que de pin-up passées,présentes ou en devenir.


Au final, Gangster Squad n’est qu’un honnête film du samedi soir, porté par une réalisation efficace et surtout des acteurs qui y croient ! Cela ne sauve pas totalement du naufrage mais reste suffisamment distrayant pour tenter de sauver quelques passagers.Dommage que la véritable histoire de Cohen et de sa chute n'ait pas nourri le film mais cela aurait fait penser aux Incorruptibles : le type est tombé pour fraude fiscale !

2 commentaires:

Franck Jammes a dit…

Je trouve que la photo, en particulier sur le dernier photogramme, fait très années 80.

Geoffrey a dit…

J'ai senti une vraie volonté de faire du ciné de genre, et c'est dans ses années là que sortait "Les incorruptibles", cela explique sans doute cela pour le cadre et la composition. Pour les couleurs, j'ai oublié de publier une carte postale des années 40-50 pour appuyer ma comparaison...je vais réparer ça tout à l'heure.
Par contre niveau montage et changement de plans, c'est clairement du ciné d'aujourd'hui.