mercredi 4 novembre 2015

Mars, on en repart !

Ridley Scott avait quitté la SF avec Blade Runner, il l’a retrouvée 30 ans plus tard avec l’agréable déception qu’aura été Prometheus (loin du navet intergalactique descendu par ses détracteurs féroces mais loin du chef-d’œuvre que veulent voir les fans acharnés de Scott : la demi-mesure n’existe-t-elle donc plus ? La subjectivité doit-elle être absolue ? Vastes débats. ). Et cette année, il y revient avec Seul sur Mars.

La mission Ares III ( Ares est le Dieu Grec de la Guerre, l’équivalent du dieu…Mars) est sur le sol martien depuis 18 jours quand une tempête force l’équipage à fuir la planète. Durant l’évacuation, le botaniste Mark Whatney est laissé pour mort et ses co-équipiers rejoignent le vaisseau Hermès ( le dieu Grec des messagers et des voyageurs) pour entamer le long retour vers la Terre. Après la tempête, Mark se réveille, blessé mais bien vivant. Seul dans un environnement hostile où seuls restent l’habitat de l’équipage et quelques rations de survies. Il va devoir faire marcher son cerveau comme jamais pour tenir le temps qu’une mission vienne le secourir. Mais pour ça, il doit d’abord trouver un moyen de contacter la NASA.

Il y a un souci dans Seul sur Mars : cette constante sensation que «  La situation est grave mais rigolons-en. ». Si les pilotes de la NASA sont recrutés avec entre autres critères un esprit d’acier et un optimisme ravageur, ils n’en sont pas moins des êtres humains avec les moments de doutes et de désespoir qui peuvent survenir. Ces moments seront peu nombreux et vites expédiés dans le film. Au contraire, les plus impliqués émotionnellement semblent être les bureaucrates terrien. Dès lors , la notion de suspense disparaît et on s’attache peu à un personnage un peu trop clownesque. Le décalage constant entre la situation et la musique ( des tubes disco issus de la collection du commandant de l’équipage ) est amusant mais finit vite par lasser. Là encore, tirer en longueur amène à voir l’artificialité de certaines situations.



S’il est absolument normal que le héros rencontre des problèmes ( non mais vu sa situation c’est naturel), l’impression qu’il faut absolument respecter la règle de division de l’intrigue en trois actes est palpable. Tout ce qui peut mal se passer se passera mal ( sauf si le danger est mortel ) et cela allonge presque artificiellement le film ( qui dure quand même 2H22 ) , au point que l’on viendrait presque à se demander après chaque péripéties «  Bon, il va lui arriver quoi maintenant ? ». J’ai envie de dire «  On s’en fout. » Le rythme soutenu de l’action devient alors moins intéressant que les rares phases introspectives. Un réalisateur visionnaire ( dans le sens qui a une vision , pas qu’il voit l’avenir ) sur un scénario de série B, ça coince un peu. Car le réalisateur va vouloir transcender son sujet. Quitte à en faire trop…et à lâcher son public en cours de route.




Néanmoins, Ridley Scott reste Ridley Scott : un directeur d’acteur avec de l’expérience à revendre et ayant des exigences plastiques très poussée.
Ainsi, ce n’est pas moins de trois ambiances très particulières que le directeur de la photo Dariusz Wolski (déjà à l’œuvre sur Prometheus ) va devoir créer : une ambiance très froide sur Terre , très chaude sur Mars et entre les deux dans le vaisseau Hermès. Très agréable à l’œil, la photo joue ici un rôle de premier plan.
La 3D par contre ne nous en met plein la vue que lors des phases en apesanteur et elle ne sont pas nombreuses. Mais bordel de merde, on est vraiment dans l’espace !

Les décors et les vaisseaux sont très réalistes et ressemblent sans doute au futur du programme spatial. Pas de vaisseau qui font wiiz ou de moteurs qui font psssssch dans l’espace. Le public a enfin capté qu’il n’y avait pas de bruit dans l’espace. Résultat ? Les réalisateurs sont obligés de travailleur leur visuel à fond car ils ne peuvent se raccrocher qu’à ça et la musique.
Mention spéciale au mélange entre mate painting et prises de vue dans le désert Jordanien, Mars est sublime et ,malgré son apparence de désert infini, est sans doute bien mieux représentée que dans le pourtant très bon John Carter d’Andrew Stanton ( un film fantasy contre un film qui essaye d’être le plus réaliste possible : ils ne sont évidemment pas en compétition).





L’être humain étant ce qu’il est, la comparaison entre les œuvres est souvent une chose qui survient lorsqu’il est confronté à l’une d’entre elles. C’est naturel, c’est presque un réflexe : on compare avec ce que l’on connaît (je l’ai d’ailleurs fait durant la projection et au cours de cette critique).
C’est pourquoi la comparaison de Seul sur Mars ( The Martian en V.O) avec d’autres films spatiaux ambitieux  comme Gravity ou Interstellar s’est faite et se fait encore, quitte à ce que certain magazine qui se voulaient autrefois intellectuels (Première, pour ne pas le citer) tombent dans le piège grossier de défendre un film en en défonçant un autre : pourtant, le seuk point commun entre Interstellar et The Martian, c’est Matt Damon interprétant un astronaute coincé sur une planète inhospitalière ( les deux personnages sont d’ailleurs diamétralement dissemblables ).
Hors, comparer un film, un livre, un tableau, etc… ne prend vraiment sens qu’en le confrontant à ses influences mais surtout au reste du travail de son auteur.

Et dans ce cas –ci, Scott se cite souvent au début du film : la tempête rappelle celle de Prometheus, la scène des agrafes renvoient à celle de la césarienne dans Prometheus et la séquence où Whatney travaille sur son casque de sortie fait penser à …je vous le donne en mille, une séquence similaire dans Prometheus. D’ailleurs, le film est aussi bon que ce dernier. C’est à dire qu’il déçoit.

 Prometheus.
The Martian.

Enfin, papy Ridley ne cache plus son prosélytisme puisque le héros est sauvé, littéralement par … Jésus ! Les motifs religieux sont de plus en présents dans sa filmo, rendant Exodus Gods and Kings parfaitement cohérent au sein de ladite filmographie d’ailleurs.

Bref, Seul sur Mars reste au final un joli spectacle mais trop peu emballant par rapport au sujet de départ.

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