samedi 5 mai 2012

Waudru, d'âme et de pierre.

C'est tout chaud, ça sort du four.
En 2015, la capitale culturelle européenne sera la ville de Mons, en Belgique.
Hors, en cet an de grâce 2012, cette ville très attachée à son folklore et ses traditions voit arriver le 400me anniversaire de sa sainte patronne : Waudru. Dont le principale bâtiment religieux, la collégiale de Mons, porte le nom.

Pour l'occasion, un spectacle sous forme de ballet-théâtre se déroulant dans la collégiale a été commandé et réalisé. La plupart des intervenants, des élèves des trois principales écoles de la région, sont des amateurs d'origine montoise. Et sans être méchant : ça se sent.

Pour nous mettre dans l'ambiance médiévale du show, le spectacle commence avant l'entrée dans la collégiale, une troupe de jongleurs et autres cracheurs de feu s'agite devant l'entrée. Pensez à prendre quelques merguez, ça brule bien.

Premier accroc (et qui se répétera dans le spectacle  d'ailleurs) : on ne croit pas une seconde à une ambiance médiévale quand les habits sont manifestement en synthétique ou bas de gamme (cosplayers du dimanche, bonjour : on a vu des rôlistes en convention faire plus vrai) et que les intervenants sont plus propre sur eux qu'un mannequin hawaïen pour Tahiti Douche.

Second accroc : euh…le spectacle en lui-même.
Si je reconnais pleinement que l'amateurisme plein d'allant fait toujours plaisir à voir face à des professionnels efficaces mais souvent blasés, force est de constater qu'assister à une pièce prétendument élaborée (et payer sa place) quand ça ressemble à un spectacle , géant par ses intervenants, d'école  mis en scène par le prof de littérature peut être crispant.
Crispant aussi de constater les nombreux points communs entre le texte (qui raconte en partie la construction de la collégiale) avec Les Piliers de la Terre de Ken Follet (pour ne rien arranger, la série produite par Ridley Scott a été diffusée sur la Une il y a de cela quelques mois à peine, en Novembre, et certains artifices visuelles sont fort semblables, d'autres que moi oseraient se poser des questions).
Les dialogues ont été écrits à la truelle (où à la va-vite, je ne saurais dire) et les "acteurs" peinent souvent à faire passer une émotion : ils récitent un texte déjà bancal sans s'effacer et se fondre dans leurs personnages.Certes, ils n'ont pas la formation pour mais ce n'est pas une excuse : on n'embauche pas un plombier pour faire l'installation électrique.

Les parties ballet, si elles sont joliment exécutées sont elles aussi crispantes et ce pour une raison toute simple : la clé de lecture est obscure.
Nul doute que pour le metteur en scène, le chorégraphe et les danseurs, les pas et les actions allaient de soi pour transmettre une émotion. Mais pour le commun des mortels qui n'évoluent pas dans cet univers, ça reste des gens qui font un peu n'importe quoi (ah , la danse moderne, ce monde à part). On pourrait se raccrocher à la musique mais celle-ci n'est pas assez empathique (manque de budget pour payer des droits sans doute, reléguant le choix des partitions vers le libre de droit et le bas de gamme ? Oui, jeu de mot foireux).
Le final sous forme de procession se fait dans un silence presque religieux. Je parlerai de silence endormi ou gêné tant l'ensemble ne transporte jamais vraiment.
Nul doute que la plupart des applaudissements viennent des familles des étudiants ayant participé à l'entreprise et aux commanditaires du ...désastre ?
Une façon de concevoir la chose pourrait être la suivante : le spectacle est obscur pour refléter l'obscurantisme de l'époque mais la théorie est tirée par les cheveux et s'effondre lorsque l'auteur monte sur scène et prend la parole.
Tout est donc d'un premier degré sincère mais très maladroit, trop pour une ville dont les ambitions politico-culturelles pour 2015 sont si ambitieuses.
Ils ont deux ans et demi pour montrer qu'ils peuvent faire appel à des pros ou bien lamentablement se casser la gueule…
Il reste encore trois dates (voir affiche) mais si vous voulez goûter au folklore montois, patientez plutôt jusqu'au mois de Juin pour assister à son fameux Doudou.

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