jeudi 12 février 2015

Sasoom ascending.


Nouveau film de la fratrie Wachowski, Jupiter Ascending est de ces films sommes ,tant dans la forme que dans le fond, qui n’atteindra la reconnaissance ( si cela arrive un jour) que dans de nombreuses années. 

Si l’on en croit la « politique des auteurs » mise au point par Truffaut, un réalisateur (ou un duo dans le cas présent) peut-être vu comme un auteur si sa filmographie est jonchée de récurrences thématiques, formelles, fondamentales. Cependant, si le réalisateur s’enferme dans un genre particulier, il n’est pas un auteur. 
Cette seconde partie est complètement conne en plus d’être en désaccord avec la première affirmation de la théorie. Bref, Truffaut a failli mettre le doigt sur quelque chose et il était tellement fier de sa théorie qu’il a commencé par la défendre sous pseudonyme pour ne pas être taxé de copinage avec ses petits potes de la nouvelle vague ( aaah, le courage des opinions et comment assumer ses amitiés).
Les Wacho, fans de SF, sont restés connectés à leur matrice créative et de prédilection depuis 1999 et n’en sont pas moins des auteurs dans le sens le plus noble du terme. Jupiter Ascending en est une nouvelle preuve flamboyante !


Immigrée clandestine aux USA, Jupiter Jones ne semble pas destinée à dépasser sa simple condition « d’esclave moderne » au service d’une bourgeoisie pour qui le mot « balais » est d’une vulgarité crasse. Nettoyant les demeures des autres et astiquant les toilettes comme une forcenée, Jupiter ne trouve pas non plus d’exutoire au sein de sa grande famille qui ne semble pas très nette. Mais son empreinte génétique intéresse les dirigeants d’une entreprise bien particulière. Une entreprise intergalactique bien décidée à ne pas la laisser réclamer ce à quoi son ADN lui donne droit…








Jupiter Ascending a été repoussé de Juillet 2014 à Février 2015 par Warner Bros.
Officiellement, il s’agissait d’une sombre histoire d’effets spéciaux impossible à finaliser à temps (et peut-être d’un léger remontage). Officieusement, Warner, après l’échec de Edge of Tomorrowaura préféré ne prendre aucun risque pour son année fiscale 2014. Sauf qu’au cinéma, les stratégies de sorties foirent à chaque coup : le succès surprise de « Bob L’éponge » face à Jupiter Ascending est là et fait très mal au compte en banque de la Warner. Ils n’ont pas osé le sortir face à l’autre space-opera de l’été, Guardians of the galaxy pour ne pas le nommer, et ça n’est pas payant. Si Bob l’éponge carrée fait un tel raz-de-marrée, c’est peut-être, non pas le signe de l’apocalypse, mais bien que le temps des neurones est révolu (eh bin si en fait, c’est un signe de l’apocalypse aussi ça).

Si quelque chose choque dans le déroulement du film, c’est le manque d’épure du script. Riche, parfois peut-être un peu trop. Le grand public actuel (celui dont les parents ont vu Star Wars au cinéma ou même à la télé carrément) aime les films de genre, mais encore plus s’ils s’inscrivent dans le cadre d’un univers bien ancré ( Star Wars, Marvel, DC, Star Trek, etc…rien de nouveau, ce sont des univers qui existent depuis 75 ans pour certains d’entre eux). 
Et face à ça, si vous voulez que le monde voie le nouvel univers que vous avez créé, vous avez deux solutions : faire confiance au public et pouvoir exploiter votre univers dans des suites…ou être réaliste et tenter d’en mettre le plus possible parce que le public ne vous suivra pas. Les Wacho sont réalistes, ils connaissent les chiffres de leurs précédents films. Alors, ils ont sans doute foncé, quitte à en mettre un peu trop.  
On ne peut pas lui reprocher ça, le film est rempli d’idées. Mais il y en a trop, c’est bardé de concepts, de design, de mise en scène. Soit votre cerveau rejette le trop plein (et la coquille semble vide), soit vous absorbez tout et c’est la migraine (mais vous avez pas de bol parce que même en étant hyper aware, votre ordinateur de bord va rejeter des détails, il en va de la survie de votre santé mentale). Et devinez quelle catégorie de la population peuple le plus notre bonne planète ? 

Le film se retrouve donc submergé par tant de richesse mythologique, épique. Je le disais, le manque d’épure est bien présent, contrairement au premier Star Wars sorti (qui avait des ambitions similaires). Pourtant, on parle d’un film qui a vu une heure de script supprimée (et , parait-il, un concept visuel plus audacieux que le bullet time abandonné). 
Les sous-intrigues sont nombreuses, parfois un peu fouillis ( accrochez-vous pour suivre certains enchaînements : c’est logique, cohérent, mais tellement rapide au début qu’on est en droit de se poser des questions si on ne remet pas de l’ordre soi-même).









Ensuite, chose rare chez les Wachos, les scènes d’actions sont parfois un peu illisibles. Rien de grave mais les voir dans ce domaine au même niveau qu’un réalisateur MTV lambda est désarçonnant. Et le rythme soutenu n’aide pas à s’attacher aux personnages, nombreux, qui peuplent cette aventure spatiale. 

Pourtant, on sent la volonté farouche de définir les personnages et leurs failles (les sérieux problèmes œdipiens des garçons de la famille Abrasax par exemple, ou ambiguïté de la sœur de cette fratrie dont on ne sait toujours pas qu’elles étaient ses intentions). 
Et le casting, trop « dans l’air du temps » ou facile (les éternellement jeunes sont aussi beaux, bonjour L’Oréal Paris) donne l’impression de se retrouver face à des personnages calibrés pour un usage récréatif et facile.


Et pourtant…et pourtant, en partant d’un récit sentant bon le conte de fée de princesse nunuche en détresse, les Wachowski livre une odyssée où l’héroïne prend le pas sur tous les hommes qui tentent de la soumettre (girl power ! yeah !, et la réplique «  I’m not your mother » avait de quoi devenir culte, oui monsieur ! ) et met à mal le capitalisme dans ce qu’il a de plus abject.  Les défauts chiants du film se retrouve en mauvaise posture face aux qualités qui l’habitent : ses idées, ses images, ses hommages, ses thèmes, etc…






S’il y a une expression pour définir le cinéma des Wacho c’est bien «  prise de risques ». Sous le vernis d’histoire au schéma super connu, ils s’arrangent pour fournir un travail en dehors des sentiers battus et empreint d’un jusqu’au-boutisme qui laisse énormément de spectateurs sur le carreau. Ce constat se vérifie de film en film, des suites fustigées de Matrix ( bug statistique dans leur carrière tant il aura été un succès séminal pour la culture pop) à Cloud Atlas (je vous invite à lire l'article sur Cloud Atlas, j'y reviens longuement sur les thématiques des Wachos) en passant par Speed Racer

Jupiter Ascending n’échappe pas à la règle et n’échappera pas à l’ire des critiques pro et des spectateurs tant les films non-formatés se font descendre pour ne pas avoir accepté de rentrer dans une case et une grille d’analyse facile ( et ce même si le film est issu d’une franchise aimée, comme Pirates des Caraïbes – Jusqu’au bout du monde, sommet de la trilogie mais enfant mal-aimé…). Les gens ont beau hurler qu’ils veulent être surpris, au fond d’eux, ils détestent ne pas retrouver leurs petites habitudes de visionnage. Morpheus a raison : " Ils sont tellement dépendants du système qu'ils vont jusqu'à se battre pour le protéger ". Parce que, comme le faisait si bien dire Christopher Nolan à Nikola Tesla dans  The Prestige  : « La société ne tolère qu’un changement à la fois. ». Et j’ose ajouter : d’une seule personne à la fois.

Matrix aura été le changement pour les Wacho. Changement dans la carrière : d’un petit polar nerveux – Bound – ils passent à la grande fresque de SF bien chiadée visuellement (et ne cesseront de s’en donner à cœur joie dans le domaine avec les deux suites mais aussi le reste de leurs filmo ) mais aussi changement de statut : en l’espace d’un film, ils auront révolutionné la grammaire cinématographique. Un apport si brutal et parfait que personne n’osera plus reprendre le concept de « bullet time » sauf pour le parodier. On est en avance sur son temps ou on ne l’est pas. Ils sont venus, vous l’avez vu, ils ont vaincu. 


Et dans leur volonté d’aller plus loin, dans leur envie de se faire plaisir et d’être généreux, vous leur avez craché à la gueule ! (je tiens ici à me faire pardonner de mes lecteurs qui n’ont pas été véhéments sans raison sur Matrix Reloaded et Matrix Revolutions).  Les deux suites de Matrix (ou plutôt, les deux parties suivantes de la saga) ont été plus loin dans la narration à la Campbell que n’importe quelle œuvre emprunte de mythologie depuis l’antiquité grecque, même Star Wars n’avait pas été aussi loin. Trop écrit, trop pensé, trop préparé…tout est bon pour détruire ces films, certes imparfaits, mais tellement ambitieux, généreux et cohérents avec l’univers décrit dès 1999, même se servir  de compliments dénaturés. 






Trop écrit, Jupiter Ascending l’est aussi. Mais comment être « trop écrit » ? Est-ce un mal de vouloir fignoler son récit ? De s’en servir comme d’un vecteur unique pour explorer ses thèmes et obsessions ? Car Jupiter Ascending s’abreuve aux mêmes fontaines que Matrix, Speed Racer, Cloud Atlas. La filmo des Wachowski est une déclaration d’amour à la puissance du mythe antique (enfin, de l’épopée plutôt), à la dramaturgie shakespearienne. 
C’est la caisse de résonance de l’exploration de thèmes qui leur sont chères : la réincarnation (Matrix, Cloud Atlas) , de la dénonciation de l’homme vu comme une denrée consommable par des castes supérieures et puissantes.
C’est l’espace de création où ils peuvent parler de leurs influences digérées (The Wizard of Oz, Alice in Wonderland, les comics, les mangas, la philosophie,le cinéma de James Cameron, John Woo, etc…).
C’est leur monde intérieur offert au monde extérieur, convoquant dès lors autant leurs références que celles , symboliques et limites jungiennes, de l’humanité. 












Alors non, le film n’est pas un chef-d’œuvre. Tout comme Matrix ne l’était pas non plus. Mais c’est le premier temps fort de l’année cinéma, et le voir foncer vers un destin comme celui de John Carter me fait mal. Très mal. Et puis, voir un film tenter d’expliquer la tâche rouge de Jupiter, vous n’en verrez pas 36 dans votre vie non plus !


lundi 12 janvier 2015

Trillium virat

Paru fin Octobre chez Urban Comics, un étrange objet de science-fiction signé par Jeff Lemire,
scénariste ET dessinateur.

L’humanité a conquis les étoiles, et maintenant l’humanité se meure. Un étrange virus intelligent, s’adaptant à tout, décime une à une les colonies humaines et ses avant-postes. Nika, scientifique téméraire, pense avoir découvert un moyen d’enrayer l’épidémie grâce à une plante , le trillium. Cette plante ne pousse que dans l’enceinte d’un village alien…et quand l’humain a besoin d’une chose, il demande ou il la prend.
À des années lumières de là, dans un espace-temps différent, William Pike , aventurier anglais, s’enfonce dans la jungle d’Amérique du Sud et découvre une étrange pyramide.
Ces deux êtres ne devaient pas se rencontrer. Ils vont vivre la dernière histoire d’amour de l’humanité !

Diantre, voila qui est alléchant. Et ambitieux. Malheureusement, la forme et le fond participent peu à nous faire ressentir les sentiments amoureux des deux personnages principaux. Cependant, ils arrivent à faire tout le reste.

Tout d’abord, l’aventure est au rendez-vous. Que l’exotisme interplanétaire ou celui des jungles reculées soit exposé, le lecteur est dépaysé. Ensuite, si le sentiment amoureux est mal transcrit, les fondements psychologiques de nos héros (et leurs traumas) les habitent et nous permettent de mieux cerner deux âmes esseulées qui devaient se rencontrer.

Les dessins, s’ils peuvent sembler simples, n’en restent pas moins intéressants et participent à un certain charme désuet émanant d’une SF d’antan à la sauce d’aujourd’hui.  Car si le canevas sent bon le classique – deux personnes que tout sépare vont se rencontrer et s’aimer – il est baigné dans une SF de genres divers qui rappellent autant Alien,2001,Le trou noir, Interstellar ou le mésestimé The Fountain. Les influences sont mâchées et digérées.




Pour accentuer les divergences entre les héros, Lemire a opté pour un mode de narration que seul l’objet livresque permet. Certaines pages doivent se tourner (parfois dans plusieurs sens) pour que l’histoire prenne forme. Au bout du compte, le lecteur ne sait plus dans quel sens il est en train de tenir son livre, et c’est très bien ainsi. Les héros sont perdus, le lecteur aussi !

Bref, voila une lecture agréable et ludique à défaut d’être transcendantal sur le plan romantique. Qu’importe, le voyage vaut le coup d’être tenté (et si vous le faites avec la b.o de The Fountain en fond sonore, ça le fait carrément !!! )

jeudi 25 décembre 2014

mercredi 24 décembre 2014

Avoir les crocs.

Ici s'achève la trilogie du Dernier Loup-garou.

Jake Marlowe n'est plus, Tallulla a donné naissance.
Vie, mort. Un cycle éternel. Comme celui de l'amour et de la guerre.


La guerre : l'Église Catholique ( la plus grande génocidaire de l'histoire religieuse ) a trouvé un moyen de se réapproprier le pouvoir spirituel en devenant le premier culte à divulguer publiquement l'existence des vampires et des garous mais aussi en devenant le premier culte à leur faire la chasse dans le monde moderne. Se présenter en sauveur a toujours été leur crédo, et quand les gens n'en ont rien à foutre d'être sauvés de leurs péchés, sauvons-les de monstres plus frappants.
L'amour ensuite : Remshi, le plus vieux des vampires, se remémorent sa dernière maîtresse, morte il y a des milliers d'années. Hors, Tallulla pourrait en être la réincarnation ( la phrase vous fait rire ? lui aussi).  Tallulla, elle, se détache de son amant, Walker et rêve de Remshi dans des songes interdits aux moins de 18 ans.

Glen Duncan change sa façon de raconter ses histoires avec ce dernier tome : fini la narration à un narrateur : place à plusieurs. L'auteur avait déjà prouvé qu'il savait passer avec aisance d'un personnage à un autre ( en changeant la façon de s'exprimer, de penser, les références littéraires ou culturelles, etc…une sacrée plume ! ) et Rites de sang le prouve souvent : au moins 4 narrateurs nous livrent cette histoire qui semble décousue et qui, pourtant, ne peut que mener au dénouement…que l'on attendait pas forcément d'ailleurs.

Hélais, la sauce ne prend plus aussi bien que la dernière fois. La faute à qui ? Pas celle de l'auteur en tous cas…C'est ce que j'appelle l'effet Retour Du Jedi.
La magie et l'émerveillement sont toujours là, ils sont toujours palpables : mais si les premiers tours nous voyaient spectateurs, le dernier – de par notre curiosité, notre esprit – nous voit être devenu disciple : nous avons assimilé la magie, comprit instinctivement comment elle fonctionne; et si nous ne savons pas l'utiliser, nous discernons sa divine mécanique. Cela impacte notre vision de l'œuvre, la rendant moins percutante subjectivement alors que le boulot est objectivement toujours aussi dantesque, si pas plus.

Car la plume habille, la culture générale imposante ( lisez avec un dictionnaire encyclopédique à vos côtés : on apprend des choses , c'est génial ! ), la patte de Duncan est là et toujours là. (et les lecteurs de la Tour Sombre de Stephen King devraient être contents de retrouver un certain poème classique et épique dans ces pages).

Ici s'achève la trilogie du Dernier Loup-garou.
Mais Jake était le dernier, les autres sont là. Et la vie étant un cycle, rien ne dit que Tallula ne nous reviendra pas.

mercredi 3 décembre 2014

Emballé dans un paquet cadeau, avec un beau nœud rose.

Mine de rien les cocos, le réveillon c'est déjà dans trois semaines.
D'où la question existentielle "On met quoi sous le Sapin cette année ?".

Et Noël rimant avec magie, penchons-nous sur l'option "la magie des étoiles" (vu que le premier teaser de Star Wars est sorti, suivons la vague !).




Chez Huginn & Muninn, le livre Les guerres des étoiles revient sur la période pré et post-Star Wars en tentant d'être le plus exhaustif possible. Jérome Wybon nous explique que le phénomène Star Wars n'est pas sorti de nulle part mais que son succès, sorti de nulle part lui, a ouvert la voie à toute une série de films et de séries télévisées que l'auteur passe en revue.
Chaque film est décortiqué sommairement, nous ne sommes pas dans un uber-making of non plus.





Deux ou trois coquilles, parfois ubuesques comme deux mots mélangés ensembles, parsèment malheureusement l'ouvrage. Ouvrage richement illustré et de très bonne facture si l'on fait abstraction des dites coquilles.






Chez Akiléos, sortie du Making-of Star Wars cette année (l'an dernier avait vu la sortie du Making-of L'empire contre-attaque). Également écrit par J.W Rinzler, ce making-of est une source d'informations phénoménale pour tout fan qui se respecte un minimum. Autant chronique au jour le jour de la conception du film que making-of complet, il devrait ravir tout amateur de Star Wars ou de cinéma (car que l'on aime ou pas la saga de Lucas, elle aura marqué l'histoire du cinéma et c'est un morceau de cette histoire qu'il nous est donné de lire ici).


Pour rester dans les étoiles, Alex Nikolavitch, chez Les moutons électriques, sort un nouvel essai thématique (après Mythes et Super-héros et Apocalypses que je vous invite cordialement à lire) : Cosmonautes, qui nous entraîne sur la voie des pionniers de l'espace et du manque d'intérêt qui suivit !


D'une grande érudition et doté d'une plume agréable, Alex Nikolavitch nous convie à un grand voyage en sa compagnie. On regrettera cependant que l'éditeur ait changé ses habitudes : finies les premières pages illustrées couleurs sur papier glacé et adieu papier granuleux de qualité.







samedi 22 novembre 2014

Cœurs croisés

19eme album pour Largo Winch (donc début du 10eme diptyque narratif de la série) , toujours sous la
plume de Jean Van Hamme et le crayon de Philipe Francq.
La série fête cette année ses 24 ans d'existence… et nous rappelle que le temps de " 1 album par an" est révolu depuis quelques temps.

Au fil des années, l'intérêt pour Largo Winch a diminué. Oh , non pas que la série soit devenue mauvaise mais le terrain balisé ( c’est James Bond dans la finance, dixit le scénariste et cela va avec un certain statu quo dans l'ambiance: peu d'aventures ont un effet boule de neige et la continuité est surtout marquée par la galerie de personnages qui s'étoffe et non par les rebondissements) et quelques facilités & grosses ficelles parasitent le souffle d'aventure et de suspense depuis quelques albums déjà.

Reste que Van Hamme a encore des idées d'histoires intéressantes et un sacré don pour vulgariser tout le décorum de la série, que cela aille de la géopolitique, de la technique scientifique et de la finance. La gestion du "Groupe W" telle qu'il la présente est d'ailleurs un modèle économique viable.Et plus moral que beaucoup.

Parler de l'intrigue de cet album nuirait au plaisir de lecture. Van Hamme convie des personnages récurrents et d'autres croisés dans quelques albums pour monter une intrigue complexe mêlant espionnage industriel, espionnage tout court, terrorisme et conscience financière.
Quelques facilités narratives sautent aux yeux mais permettent d'insuffler un rythme certain à l'intrigue. Effet pervers (encore que, le mot est fort), Largo devient un second rôle presque effacé tant l'histoire, chorale, prend de la place. Mais est-ce vraiment une mauvaise chose ?
Au fil des années, la série a gagné une galerie de protagonistes attachants (et certains que l'on aime détester) qui participent aux intrigues parfois complexes, parfois simples mais pas simplistes. C'est cette mosaïque de personnages qui donne son identité à la série et au final, le personnage titre est désormais traité à égalité avec les autres membres du casting. On suit un univers plus qu'un héros.
Le scénario est truffé de rebondissements et d'assez de rythme pour ne pas toujours les voir venir.

Malheureusement, c'est aussi comme ça que démarrait le diptyque précédent avant de se terminer par un album plus faible. Destin que je ne souhaite pas à cette intrigue-ci car elle pourrait déboucher sur un changement assez significatif pour la suite de la série si Van Hamme ne la joue pas "pilote automatique" ( les lecteurs de la première heure verront sans doute à quels épisodes précédents je fais référence après lecture de Chassé-croisé)

Au niveau des dessins, Philipe Francq assure toujours comme une bête. Le trait est détaillé, navigant entre réalisme  (les vêtements, les décors documentés) et fantasme (tout le monde est beau et les femmes encore plus que les hommes). Dupuis flatte d'ailleurs la rétine puisque cet album est le premier à être édité dans un format plus grand que celui dans lequel la série a débuté. Nouvelle maquette, nouveau logo, tout y passe.
Pour l'occasion, l'éditeur de Marcinelle réédite toute la série dans ce nouveau format tout en proposant une valeur ajoutée : la colorisation des premiers albums a été repensée.
En effet, une série avec une telle longévité a traversé les avancées techniques en matière d'encrage, de colorisation et même de dessin ( certains, comme Denis Bajram par exemple, ne dessine même plus sur un support papier ).
Les puristes et les collectionneurs s'étrangleront peut-être que cet album jure avec le reste de leur collection et se sentiront soit obligés de racheter les aventures de Largo, soit feront de la résistance. La décision de Dupuis sera critiquée de toute façon. Tempête dans un verre d'eau.