lundi 11 juillet 2011

Vivre et mourir à la pointe de l'épée.

Mary Gentle, l'auteur de l'excellent " Livre de Cendres " déjà chroniqué dans ces pages, nous revient chez Folio SF avec un pavé de 1100 pages : "L'énigme du cadran solaire", qui se veut un hommage aux romans de capes et d'épées en général et à Alexandre Dumas en particulier.

Raoul Rochefort est le maître espion de Mr de Sully, ami intime d'Henry IV , roi de France et de Navarre. Mais la veille du sacre de Marie de Médicis en 1610, cette dernière arrive à le contraindre à organiser le meurtre d'Henry. Ne souhaitant pas la mort de son souverain, Rochefort bâcle les choses et se sert d'un illuminé, François Ravaillac, pour porter le coup fatal. Mais un concours de circonstance permet à l'ancien instituteur d'arriver jusqu'au monarque et de l'assassiner. Rochefort n'a d'autres choix que de s'exiler. C'est vers l'Angleterre qu'il choisit de partir , emportant dan ses bagages ( et à son grand regret) un épéiste à peine pubère dont il est le rival et ,par un tour dont seul le destin a le secret, un samouraï échoué sur une plage de Normandie. Durant le voyage, Rochefort se sent attiré de plus en plus de manière contre-nature par Dariole, le jeune épéiste, ce qui est loin de lui plaire. Et pour en rajouter une couche,une fois arrivé sur le sol anglais, il se fait kidnapper par l'étrange Dr Fludd, un astrologue capable de renvoyer Nostradamus se faire voir chez les grecs ! Fludd veut organiser un régicide, celui du roi Jacques 1er . Et Fludd considère bien entendu que Rochefort est l'homme de la situation étant donné sa récente expérience dans le domaine.

Après le Moyen-âge, qu'elle avait décrit avec moult détails, Gentle s'attaque ici à la renaissance. La première chose qui frappe c'est ce foisonnement de détails qui n'est plus aussi…foisonnant. Non pas que l'auteur ne s'est pas renseignée sur l'époque, mais le roman se veut être une compilation des mémoires de Rochefort, et celui-ci ne s'embarrasse pas de décrire ce qu'il doit estimer être connue de tous. Du coup l'on est moins immergé que dans " Le livre de cendres ", mais c'est bien une broutille que cela. L'intérêt est ailleurs : car le texte est dense, touffu, il fait vivre des personnages fouillés et complexes, retourne les situations, nous tient en haleine comme jamais et n'oublie pas comme je le disais plus haut de rendre hommage à Dumas en nous faisant peut-être bien croisé LE Rochefort agent de Richelieu et Milady de Winter, enfin peut-être…

L'énigme du cadran solaire est un roman long mais jamais lent qui nous emmènera jusqu'au Japon et nous en fera revenir, le tout sans jamais avoir l'impression que Gentle aurait du amputer son récit. La britannique réussit un tour de force en appliquant la science-fiction à l'époque de son récit, ou plutôt elle réfléchit à ce qu'aurait pu être un récit de SF si il avait été écrit à l'époque. Pour faire une comparaison rapide et pas forcément juste (mais je ne peux pas en raconter plus, j'en ai d'ailleurs déjà trop dit sur l'histoire) c'est un peu la question de savoir " comment faire Minority Report ? " sans autre technologie à l'époque que celles dont le monde occidentale disposait.

Mary Gentle signe donc encore une fois un chef-d'œuvre sous forme de pavé dont il est difficile de se défaire tant le style foisonnant et fluide de l'auteur a encore fait mouche.Elle fait honneur à l'adage de Dumas (décidément !) qui veut que l'on puisse violer l'Histoire à condition de lui faire de beaux enfants. Vivement que son prochain roman, Ilario, se situant dans l'univers de Cendres ( qui devient donc l'univers de " La première Histoire ", les lecteurs de Cendres comprendront pourquoi un tel titre )soit traduit.

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