jeudi 25 décembre 2025

Joyeux Noël à tous !

                               

                                  


dimanche 7 décembre 2025

Médecin , guéris-toi !

Alastair Reynolds est un nom bien connu des amateurs de science-fiction et de space opera en particulier. 

Celui-ci , en se mettant des limites ( comme le fait qu’aucun vaisseau ne va plus vite que la lumière ) doit constamment chercher de nouvelles façons de créer un univers vaste et inconnu à explorer difficilement. 


Dès lors que l’on sait dans quelle catégorie l’auteur gallois boxe , il est surprenant de le retrouver sur un récit d’exploration polaire situé au…XIXè siècle ! 




Le Dr Silas Coade est chirurgien de bord sur une goélette, le Déméter ( oui comme le navire dans Dracula ). Son quotidien est de rafistoler les petits bobos des marins , de supporter Miss Cossille qui ne rate jamais une occasion de le reprendre et de divertir l’équipage en leur lisant les pages de son projet de roman qu’il écrit lorsqu’il ne travaille pas. 

Le Déméter vogue à la recherche d’un étrange édifice dont l’armateur, Topolsky, a eu vent quelques temps auparavant grâce au témoignage de marins ayant servi sur le navire Europe. 


Tout se déroule plus ou moins calmement jusqu’au jour où Coade doit trépaner le colonel Ramos. Après avoir sauvé la vie du malheureux, les deux hommes deviennent amis et vont tous deux petit à petit remarquer quelque chose d’étrange à la périphérie de leur cognition. 


En dire plus serait purement criminel et détournerait le lecteur des surprises et fausserait sa faculté à remettre dans l’ordre les divers éléments qui lui sont fournis pas à pas au fil de l’ouvrage.

Sachez seulement que, comme la couverture vous l’indique un peu, que Reynolds n’a pas laissé tomber son goût pour l’espace mais qu’il vous cache le comment du pourquoi (ou inversement). 


L’auteur utilise une mécanique peu originale pour faire fonctionner sa machine mais le tour de magie n’est pas là. Le tour, c’est de raconter une histoire de la meilleure façon possible. Et à ce petit jeu , même une fois le twist révélé ( au ¾ du roman), Reynolds a choppé son lecteur par le cortex et ne le lâche plus. 

Ses personnages sont bien campés, passant vite de simples tropes à des créatures avec une profondeur et des aspirations. 

Ceux-ci sont lancés dans une ( des ?) aventure humaine plus grande que la vie et que la compréhension, flirtant de loin mais de fait avec les récits du célèbre reclus de Providence. 


En résulte un roman aussi intimiste qu’il n’est grand dans les dimensions explorées par notre groupe de héros , qui manie le sens du spectaculaire sans en faire trop et qui ouvre une fenêtre sur l’univers d’un auteur fasciné par l’immensément grand (il est ingénieur, ayant travaillé sur les télescopes de l’Agence Européenne pour l’Espace ). 
L'ouvrage a été traduit par le briscard Pierre-Paul Durastanti pour Le Bélial qui , comme souvent , nous livre le texte sous couverture souple ornée d'une illustration qui met à l'amende celle de la V.O. 


Je terminerai cette très courte chronique par : «  Donnez moi 100 millions et j’en fais un film épique et poignant !  Mais filez moi ce pognon enfin !!!!! »


mardi 18 novembre 2025

Step Back in Time # 2 : 65 millions d'années pour le réaliser.

Il y a un avant et un après.
Il y a des événements qui changent les choses, qui changent le regard.
Rares sont les personnes qui peuvent se vanter d’avoir empiler les « avant/après »
Steven Spielberg est de ces personnes.
Il y a un avant Jaws et un après.  Il a inventé le blockbuster ! ( ne jetez pas la pierre, il n’est pas responsable de ce que les autres ont pu en faire).
Il y a un avant E.T et un après. Il a mis fin aux délires d’invasion alien au cinéma ( Independance Day ? Vous le regardez encore souvent? ; même les chaines télé miteuses ne le programment plus. )
Il y a un avant Jurassic Park et un après.  Et lui, va tout changer. En même temps que les dinosaures font tomber les barrières de leurs enclos, les réalisateurs feront s’envoler celles de leur imagination. Tout devenait possible.
Mais je brûle les étapes, pardon.

Nous sommes à la fin des années 80, début des années 90. Spielberg est alors une machine de production à lui tout seul. Il a enchaîné La dernière Croisade, Always et Hook s’apprête à sortir avec la meilleure musique que John Williams a jamais composée.
Son activité de producteur est à la hausse et il a même des billes dans des séries d’animation de la Warner ( les Tiny Toon, les Animaniacs, et j’en passe). Avant James Cameron, le roi du monde était un petit barbu de Cincinnati ! En alors que Hook est presque fini, Spielby a déjà les yeux vers son futur. Sans se douter qu’il allait défricher celui de son média, le cinéma.




Son prochain projet ? E.R, une histoire centrée sur les heurts , bonheurs et malheurs d’une équipe d’urgentistes dans un hôpital . Le scénario est écrit par Michael Crichton, auteur de romans à succès. Alors que nos deux larrons, amis dans le civil, discutent, Steven le questionne sur son prochain roman. Une histoire de dinosaure dans un parc d’attraction qui déraille (oui voila, ça ressemble à Westworld à la préhistoire, bien vu ! ) .
Les yeux s’écarquillent. L’excitation guette.
Spielberg n’en a plus rien à cirer de ses urgentistes et Crichton pourra aller vendre son scénario à la télévision. Ça révélera George Clooney ( l’homme qui a failli faire tomber Batman mais qui a relevé l’action Nespresso à la bourse ! ).





           ( James Cameron aussi était intéressé mais a avoué que sa version aurait été fort différente)




Spielberg veut réaliser un film tiré d’un roman même pas encore finalisé ! Et ça urge, parce que E.R devait être relativement facile à tourner, où du moins rapide ( unité de temps et de lieux minimale , ça aide pour mettre en boîte rapidement ) et que tonton Steve, il a La liste de Schindler qui commence à se profiler. Un projet lourd, à la logistique monstre pour lequel Spielberg aura besoin de temps pour le finaliser au mieux.
Crichton planche sur le scénario, aidé par David Koep, en même temps qu’il termine son livre. Universal, producteur de Schindler, remporte la guerre entre studios pour l’acquisition des droits. Les deux films sortiront la même année. Deux films diamétralement dissemblables ? Et bien nous verrons plus loin que non.
Il y a deux choses qui stimulent Spielberg plus que de raison à se pencher sur Jurassic Park.
Petit A , Steven Spielberg est issu d’une génération de cinéphiles. Des films l’ont fait rêver étant gosse et voila l’occasion de rendre hommage aux effets de Ray Harryhausen en général et à King Kong en particulier !




Petit B , le thème central du film est le même que La Liste de Schindler.
Un thème qui a traversé la filmo de Spielberg et qui continue de le faire aujourd’hui !
Que nous montre Jurassic Park ?
Dans un lieu coupé de tout, un petit groupe d’individus a isolé une espèce entière et entend la régenter comme bon lui semble. Ce groupe est déshumanisé par la machine bureaucratique qu’ils sont devenus. Et nient la nature vivante même des prisonniers.
D’aucuns se sont adaptés, d’autres vont saisir la chance de se rebeller et de vivre libres quand l’occasion se présentera sous la forme d’un chaos total.
C’est Jurassic Park dont les dinosaures vont se montrer peu dociles quand Dennis Nedry coupe le système et provoque le chaos.
Ce sont les juifs de Varsovie (certains du moins) qui vont tenter de survivre et de s’évader quand leur prison sera assiégée par l’armée allemande provoquant un chaos dans les rues et les habitations.
Il y aura des morts mais la vie trouvera son chemin.

La machine non-humaine qui tente de réguler la vie ,voire même de la broyer, est un thème cher à Spielberg et on le retrouvera dans d’autres films postérieurs, comme Minority Report par exemple, ou même la Guerre des Mondes.
Et cette machine déraille toujours, elle se fait bouffer de l’intérieur. Voila la croyance de Spielberg qui transpire même dans ses films où il montre bien qu’il n’a plus confiance en l’humain.
Parce que sa conviction est ancrée. Voila pourquoi Jurassic Park est cohérent dans la filmo de Spielberg. Voila pourquoi toute sa filmo est cohérente !


Bon, cet aparté idéologique étant derrière nous, revenons à nos dinos !

Donner vie à des monstres préhistoriques , voila qui a de quoi être excitant…et flippant. Pas le droit à l’erreur. Fini le temps de la stop-motion belle mais voyante ( les mouvements doivent être fluides) ou du déguisement de lézards vivants grimé en dinosaures fantaisistes ( diantre, le public a vu Le petit dinsoaure et la vallée des merveilles ! et sait à quoi doit ressembler un dino au ciné…qui a produit ce film déjà ? ) !
Mais les défis techniques, Steven connaît et il sait où s’adresser : chez ILM, la boîte à effets spéciaux de son copain George (Lucas).  Et c’est là que l’histoire va se jouer. C’est là que l’analogique va rencontrer le numérique. C’est là que l’évolution va se mettre en marche.
Les premiers cinéastes étaient des Géants. Ils ont construit des mondes sans avoir de repères sur l’art qu’ils inventaient.
Les seconds ont vu les films et on imaginés l’avenir : ils étaient doublement des voyants.
Spielberg est de ceux-là. Et son film va lancer un nouveau mouvement. L’évolution se base sur…( allez les gars, ça fait 17 ans que les films X-men en parlent…) la mutation ! Il est là, le temps des mutants débute.  ( cette réflexion est en partie basée sur les titre des trois très gros essais de Pierre Berthomieu aux éditions Rouge Profond ).

Quand une espèce plus évoluée apparaît, elle entraîne la disparition de sa cousine moins adaptée. Mais là, Spielberg ne sait pas encore qu’il va faire tomber le premier domino.
Il pénètre dans ILM en se disant que l’animation stop-motion a fait d’énorme progrès et qu’il aura sans doute besoin de gros robots bien balèzes qui ne tomberont pas en panne comme son foutu requin presque 20 ans auparavant !


Bon, là, petit aparté, oui encore !
Les ennuis mécaniques de Bruce ( le requin ; Spielberg l’a nommé ainsi en hommage à son avocat…true stroy ! ) ont fait dire que Spielberg a retourné ce soucis à son avantage en lui permettant de repenser sa mise en scène basée sur la suggestion plus que sur l’illustration.
Ce n’est qu’en partie vrai. Dès le début, Spielberg voulait montrer le requin tardivement pour maximiser sa première apparition. Les soucis techniques l’ont poussé à devoir repenser plusieurs séquences où le requin était prévu pour qu’elles s’insèrent dans cette démarche suggestive ( ce qui a débouché sur un dépassement de temps de tournage et de budget par la force des choses).
Ridley Scott s’en inspirera pour Alien, tout comme il s’inspirera du début de Saving Private Ryan pour l’ouverture de Gladiator. C’est la différence entre un génie et un mec hyper talentueux : y en a un qui passe toujours un peu avant l’autre.

Pour ses "Dents de la Terre", Spielberg ne veut pas revivre les frustrations de ses Dents de la Mer. Mais que l’on ne s’y trompe pas, Jurassic Park n’est pas là pour effacer les affres du passé (et digérés) de Spielberg ni pour faire le minimum syndical en sachant que le public viendra sans aucun doute voir une «  resucée » du requin sous une nouvelle forme.
Les deux films s’ouvrent sur une attaque monstrueuse montée, pensée, mise en scène différemment et avec l’énergie qui convient au projet. Il y a des points communs mais encore une fois, je me répète : la filmo de Steven Spielberg est d’une cohérence rare dans ses thèmes et ses approches.







Bref, Steven sait ce qu’il lui faut et il discute des modalités. Et le jour des premiers essais, tout fonctionne. C’est beau, génial, le film va se faire avec de bonnes vieilles méthodes qui ne subissent plus les accrocs d’antan.
Mais…mais…c’est là qu’entre en scène Dennis Murren.
Murren sort de deux films de James Cameron : Abyss et Terminator 2. Et certains effets ont été créés par ordinateurs. Pas super longs en temps de présence à l’écran mais assez bluffants pour être remarqués. Et Murren en est convaincu, cette méthode en a dans le ventre. Il propose à Spielberg de lui démontrer sa certitude et concocte avec son équipe une séquence mettant en scène le T-Rex. Spielby est bluffé. L’animation est au top et demande moins de lourdeurs dans la réalisation pour insérer les dinos. L’option stop-motion est écartée mais l’animateur Phil Tippet est embauché dans l’équipe de Murren . Après tout, ils ont besoin de références pour animer les mouvements. La nouvelle espèce possède toujours des attributs de l’ancienne et la transition entre les deux est ici pacifique. Mais pour tout un tas de séquences, Spielberg a besoin de robots. Et c’est là que va résider le tour de force.

L’alternance des techniques ! Utiliser le bon outil au bon moment à bon escient. Un plan nécessite un robot ? On prend le robot, un plan a besoin de fluidité ? On prend les images de synthèses. Il faut penser bien en amont les plans et comment ils devront être tournés, et avec quoi ! C’est ce travail qui rend le film si fort visuellement encore aujourd’hui ( ce film a 30 ans et la met encore minable à pas mal de films récents. Quelles sont leurs mauvaises excuses ? )  alors que moins de 15 minutes d’images de synthèses sont en tout utilisées dans le film.  Et chacune sont frappantes, chacune a marqué les esprits ! Quel film actuel peut se vanter de ça ? Et elles ne sont pas marquantes que parce qu’elles sont belles et innovantes pour l’époque. Non, elles marquent parce que la mise en scène et le montage prépare le terrain avant leur apparition.




Le brachiosaure qui apparaît ? Juste avant , la caméra va s’attarder sur les visages et les réactions de Grant et Sattler. Puis paf, ça coupe sur les dinos au loin ! Ensuite seulement on embraye sur Malcolm et son cynisme ( sa note d’humour enfonce le clou ! " Il y est arrivé ce vieux dégénéré ! ")


Le T-Rex s’évade ? Un verre d’eau qui tremble, une chèvre morte qui tombe sur le toit de la voiture, une patte sur un câble et BOUM ! Les piliers tombent, le Roi sort de son antre ! Et le public retient son souffle. Plusieurs fois sur le même film.
Tous les successeurs de Spielberg sur la franchise, je dis bien TOUS, se ramasseront dans les grandes largeurs quand il s’agira d’introduire des menaces gigantesques.
Le navet Jurassic Park III et les nanars Jurassic World ne retrouveront jamais la force évocatrice de Jurassic Park ( à part peut-être deux ou trois plans dans Fallen Kingdom de J.A Bayona mais pas de quoi en faire un jambon ).  Au lieu de se demander comme refaire l’exploit Jurassic Park (impossible, même pour le papa de la chose), la question aurait du être « Que pouvons-nous apprendre des réussites de The Lost World ? » . Question que les compositeurs Don Davis ( les 3 premiers Matrix ) et Michael Giacchino ( Jupiter Ascending, The Batman) se poseront, eux. 

Le cinéma étant un art collectif où le réalisateur ( dans le meilleur des cas ) est le capitaine du navire et ses matelots et gradés occupent des postes plus ou moins importants. Les premiers auxquels on pense sont les acteurs ( car nous les voyons à l’écran ).  Le casting est bon, solide. As usual, Spielberg sait tirer vers le haut les acteurs plus jeunes sans rendre leur jeu crispant.
Jeff Goldblum est aussi agaçant que cyniquement amusant dans le rôle de Ian Malcolm et Sam Neill joue un Alan Grant presque désabusé par son métier et la fin annoncée de celui-ci avec l’arrivée du parc jurassique. La rumeur prétend que Spielberg devait initialement tourner avec Harrison Ford qui aurait troqué son rôle d’archéologue pour celui de paléontologue. Je me disais aussi que les chapeaux des deux héros se ressemblaient.



Mais pour voir les acteurs, il faut exciter le pellicule. Et c’est le boulot du directeur de la photographie. Ici, c’est à Dean Cundey qu’il incombe de mettre en lumière les décors.
Cundey n’est ni le meilleur directeur photo ni le pire. Il sort d’une autre collaboration avec Spielberg, Hook. Son approche naturaliste ( dans le sens où sa mise en lumière donne l’impression de voir la réalité nue, comme les superbes clichés du National Geographic par exemple ) aura été catastrophique sur Hook : tourné en studio, son approche de la lumière met en avant que tout est faux et chiqué ! Neverland aurait dû être une Terre du Milieu plus petite et sous LSD, pas un studio ultra friqué mais en toc ! Ce genre de chose peut disparaître grâce à une bonne photo, les gars sur Star Wars et Alien 1 et 2 n’ont fait que ça ! Mais sur Jurassic Park, le choix est payant !

Belles comme le papier glacé du magazine aux couvertures  jaunes cité plus haut, elles donnent l’impression de se balader dans un joli DisneyLand ambiance jungle bien entretenue. Et quand le spectateur se sent comme chez Mickey, tout se détraque et l’impact est renforcé. L’ambiance n’était pas à la peur ou à l’horreur. Et quand ces dernières débarquent, l’effet est maximisé au possible. La pellicule toute jolie se trouve entachée, comme le sang, la tension et le suspens viennent engluer l'image comme du venin de dilophosaure sur une proie !




Mais Spielberg devra noter ses intentions car il ne peut être présent pour l’ensemble du montage.
Il doit partir tourner La Liste de Schindler. Mais à qui laisser son bébé ? À un exécutif du studio ? Non !
Spielberg a un ami. Réalisateur avec un attrait phénoménal pour le montage.
Quelqu’un de carré, qui sait bosser dans les délais ( c’est lui qui inculquera cette notion à Spielberg d’ailleurs. Lui qui dépassait temps et budget sera désormais un gars capable de boucler ses tournages avant la date finale fixée après avoir bossé avec son grand pote).
Quelqu’un dont le travail sur Jurassic Park sera méconnu mais cité au générique dans les remerciements : George Lucas.
Lucas va superviser le montage pour son pote en suivant ses instructions et en apportant sa science au projet. L’histoire ne dit pas quelles scènes furent sauvées ou sacrifiées ni par lequel des deux.



Et en l’état, même si Spielberg avait eu le temps de rester, le film ne serait sans doute pas différent. Mais Lucas a sauvé les délais pour Spielberg. Et quand il a vu les résultats , Lucas s’est dit «  Bon sang, ça y est, la technologie pour les épisodes 1 à 3 de Star Wars est prête ! » . Un coup de pouce pour un ami en forme de «  je t’ai laissé mes plans et les pièces, monte-moi cette commode Ikéa » allait lancer le retour de la Force et des Jedi au cinéma…mais ça, c’est une autre histoire !

John Williams, fidèle compositeur de tonton Steven rempile pour cette aventure. Si son thème musical est beau et reste en tête, on ne peut que s’étonner du manque d’ampleur de sa composition. Trop sage, trop convenue. Alors oui, sage et convenue pour du John Williams c’est toujours quelques coudées au-dessus de pas mal d’autres mais au vu des sujets et de la taille du film, on pouvait s’attendre à plus pêchu ! Il se rattrapera et vraiment pas qu’un peu sur The Lost World, une des B.O les plus abouties et qui s’écoute encore d’une traite en CD !

Jurassic Park aura marqué les esprits. Il aura marqué le public, les professionnels ( 3 Oscars !)…mais il aura marqué le cinéma. Il est le film qui a dit «  Désormais, la seule limite de notre media, c’est notre imagination. Les outils sont là, faites marcher vos neurones. » Quel dommage que tant de films ne se reposent sur ses merveilleux outils sans réfléchir sur la façon de s’en servir correctement. Mais cela rend les pépites et les travaux honnêtes et passionnés de certains réalisateurs bien plus puissantes.
Et ces films-là, ils vous apportent quelque chose.
Lorsque l'on marque la pop-culture de son empreinte, l'on marque la pensée collective et s'ouvre la voie de devenir un classique et une référence immédiatement reconnaissable ( et ouvert aux détournements ). 




Vous entrez dans la salle de cinéma avec votre paquet de pop-corn et quand les lumières s’allument, vous constatez que vous n’en avez presque pas mangé ! Si plus de films avaient ce pouvoir-là, le taux de cholestérol de l’occident diminuerait et les consciences s’élèveraient peut-être un peu plus ! Non, pensez-y. Vous en connaissez beaucoup vous des films qui vulgarisent la théorie du chaos et l'effet papillon comme ça ou qui change à vie votre vision des dinosaures et des oiseaux ?



Le numérique se projette sur l'analogique. L'image est simple, belle, parlante !






lundi 17 novembre 2025

Matrix quand tu mélanges tes pilules !

 « La fabrique des héros » est une collection de petits ouvrages, des essais tournant autour d’une figure héroïque et où les auteurs tentent de décortique les aspects les plus profonds de personnages connus. Ainsi, Batman, Dr Strange, Hermione Granger , Mercredi Adams , Dark Vador et même Martine ou Milou on eu droit à leur essai respectif. 

La dernière entrée dans cette collection concerne Neo, l’élu de la saga The Matrix. 





Il est délicat de chroniquer un essai. Contrairement à une fiction , l’essai est purement théorique et souligne au vert fluo les vues de l’auteur. Il y a peu de place pour l’interprétation et critiquer le travail effectué flirt avec encenser ou critiquer ouvertement la personne derrière le texte. 


Selon le texte situé sur le quatrième de couverture, l’auteur, Sébastien Denis, est Professeur en Histoire, cinéma et médias à l’Université Paris 1 Panthéon Sorbonne. Auteur de nombreux ouvrages, il travaille, entre autres, sur le cinéma de propagande, le cinéma d’animation et les relations entre cinéma et arts plastiques. 


L’on serait donc en droit d’attendre une méthodologie sérieuse et des remarques pertinentes. 

Malheureusement, il en va des collections littéraires comme des familles : il y a toujours des vilains petits canards dans le lot. Et cet ouvrage en est un sacré ! 


N’ergotons pas : quelques remarques sonnent juste et méritent en effet que l’on s’y attarde.

Le reste mon dieu…


Plusieurs défauts structurels de la pensée de Sébastien Denis sont exposés, par lui-même, dès le début de l’ouvrage. Par exemple, il ne prendra en compte que les films composant la tétralogie et délaissera les œuvres transmédia composant la saga. Certes, éjecter des parties d’un corpus n’est pas nouveau et ne constitue pas en soi un acte de barbarie ignoble et ignare. Cependant, il est de bon ton d’expliquer pourquoi ces parties ne sont pas prises en compte. 

Cette explication n’est pas abordée de manière sérieuse, l’auteur prétextant que Neo n’apparait pas ailleurs.  

Cela est d’autant plus étrange que l’auteur se référera dans son texte à Animatrix et Matrix Revisited ( sans prendre en compte pour ce dernier qu’il s’agit bien d’une œuvre promotionnelle dont certains passages semblent être au mieux antidatés , donc un brin frauduleux et tenant de l’hagiographie de la production du premier film ). 

Il n’y a aucune raison de laisser sur le côté Animatrix : ces courts-métrages animés enrichissent l’univers Matrix – univers où évolue Neo, produit de son environnement. Un environnement enrichi dans ces pastilles animées.

De plus , Neo intervient dans l’une d’entre elles. L’environnement de la saga agit sur Neo et Neo agit sur cet environnement. 



Ensuite, l’auteur va souvent et longuement faire reposer sa pensée sur une erreur de lecture de l’œuvre. 

Que vous ayez aimé ou abhorré The Matrix Reloaded , vous vous souvenez sans aucun doute de la scène où Neo rencontre le père de la Matrice : l’Architecte ( et se moque de Neo lorsque ce dernier prend l’Oracle pour la mère. Il s’agit en fait de Persephone ). 

Celui-ci explique à Neo (et donc au spectateur ) que Neo est une anomalie systémique. Connue et contrôlable. Neo en est d’ailleurs la 6e version. 

Sébastien Denis en conclut, un peu trop vite, que Neo est donc le 6e Neo , la copie d’une copie d’une copie…une sorte de clone revenant sans cesse.

C’est faire ici abstraction de deux détails pourtant bien pointés à l’écran : l’appartement de l’Oracle est rempli de jeunes gens orphelins dotés de capacités échappant à Morpheus ou Trinity ; et ces jeunes gens sont appelés des potentiels. Neo est un potentiel parmi d’autres avant d’être ramené par Trinity et de devenir l’élu. 

Et s’il devient l’élu c’est parce que Trinity en tombe amoureuse, manipulée par l’Oracle elle-même. Ce qui pointerait que cette anomalie en particulier est intéressante à exploiter au-delà du code informatique qu'il porte et permettant de recharger la matrice. Au contraire, il peut peut-être la révolutionner ( reloded - revolutions ).

Secundo , l’idée que Neo est une copie peut naître dans l’esprit du spectateur lorsque les écrans de contrôle de la salle de l’Architecte montrent diverses réactions de Neo face à la vérité énoncée.

Un regard scrutateur nous apprend pourtant que les écrans montrent tous une réaction différente. 

Sur ce plan serré où seuls quelques écrans sont visibles, nous pouvons compter 15  réactions différentes(oui, 15 !!!! Parmi des centaines d'écrans montrant des images différentes du même personnage ).
Il n’y a pourtant eu que 6 élus , Neo compris. Ce ne sont donc pas des images d’archives.  Impossible de prendre au sérieux quelque raisonnement basé sur cette idée de clone se répétant donc.



L'Architecte ne parle que d'équations et de probabilités. Les écrans montrent les réactions possibles de Neo et la caméra traverse alors l'écran correspondant à la réaction naturelle de Neo. Cette narration se répète plus d'une fois lors de cette scène. Cela peut désarçonner lors du premier visionnage. Pas lors de visionnages multiples pensés pour analyser la chose. 


L’auteur va ensuite , et je ne peux lui jeter la pierre pour ça , s’attaquer à…l’Église de Scientologie et Elon Musk. 

Par un tour de contorsionniste intellectuel , Denis va patiemment nous expliquer que Neo agit comme le parfait scientologue. Les preuves ? Les scientologues eux-mêmes se réfèrent à Neo lors de leurs actions ( cependant, l’auteur nous  bien rappelé en amont que l’archétype de l’élu est de nature syncrétique et donc permet à divers courant de s’approprier son mythe : l’extrême-droite honnie par les Wacho n’a-t-elle pas récupéré l’expression « prendre la pilule rouge ? » ).
Ensuite, en pointant pas si innocemment que les Wacho ont engagé sur la saga Jada Pinkett-Smith , amie de Tom Cruise et qui a suivi des cours dans des centres scientologues sans jamais adhérer à l’église. L’accusation de culpabilité par association est lancée non pas directement à la face du lecteur mais par insinuation douteuse. Une malhonnêteté intellectuelle crasse doublé d’un manque de courage flagrant. On n'accuse pas, on insinue. On laisse l'idée jouer à INCEPTION dans l'esprit du lecteur. 


Plus loin, lors d’une analogie lunaire, Sébastien Denis rappelle que l’anagramme de Neo n’est pas que One ( élu. Mais le mot est polysémique) mais aussi Eon, une manifestation de Dieu chez les gnostiques. Bien vu, la saga est en effet profondément gnostique. 

Quelques pages plus loin, rappelant à notre bon souvenir ce mot , Eon , il n’hésite pas à accoler, entre parenthèse le nom…Elon. 


Je ne vais pas développer ici comment l’auteur semble penser que The Matrix fait l’apologie des magnats de la tech et de Musk en particulier ( je serais sans doute en plein dans le registre de la violation de copyright )  mais je vais pointer une absurdité.

Une absurdité datant de 2020.


2020 n’est pas que l’année de la pandémie. C’est également l’année où devait sortir DUNE de Denis Villeneuve. Et pour l’occasion ont fleuri moult ouvrages analysant la saga de Frank Herbert ( et certains dépassaient le cadre en allant vers les territoires apocryphes et hérétiques de Brian Herbert &  Kevin J. Anderson ). 




Dans un ouvrage collectif Les enseignements de Dune : Enjeux actuels dans l’œuvre phare de Frank Herbert –  dirigé par Isabelle Lacroix, l’un des articles expliquait calmement qu’en 1965 , Frank Herbert avait calqué son jeune héros, Paul , sur… Saddam Hussein.

Oui, ce Saddam Hussein. Qui en 1965 était un étudiant irakien exilé en Egypte. Bref, il n’était encore personne. 

En 1999 , année de sortie de Matrix , qui donc était Elon Musk ? 


Cette ouvrage sur DUNE annonçait cet ouvrage sur Matrix : tout universitaire soit-il , il est peut-être bon de lire/regarder les œuvres dont on va parler au lieu de simplement avaler les études parues sur le sujet.  Les multiples renvois à d’autres écrivains – dont un considéré comme le meilleur sans que jamais Sébastien Denis ne nous explique pourquoi – laissent peu de place aux doutes. Quant au paragraphe sur l’étymologie du mot matrice, il ressemble beaucoup au texte introductif de Louisa Yousfi pour l’émission « Dans le mythe : la matrice » pour le site Hors-Série.  


Un ouvrage bourrés de syllogismes , conçu semble-t-il non pas dans le but de décortiquer son sujet mais celui de descendre des entités extérieures ( certes peu recommandables) dans une prose rappelant l’éructation presque masturbatoire de certains profs d’université qui vous marquent en première année et que vous moquez dès que votre seconde est bien entamée. 

Pour le bien de la collection ( et de la carrière de son auteur ) , j’espère sincèrement que mon appréciation n’est basée que sur un incident de parcours. 


dimanche 16 novembre 2025

Alien Earth's Mighty Heroes.





Nous sommes en 2009. Disney rachète Marvel. Pas uniquement le studio de cinéma dérivé de l’éditeur. Non, toute la structure. 

Nous sommes en 2017 et Disney rachète la 20th Century Fox et toutes ses propriétés intellectuelles. Comme pour le rachat de Lucasfilm , cela implique les films mais également les droits des dérivés ( romans, comics, etc…) basés sur certaines licences. 

Durant des décennies, Star Wars a vécu , en marge et en parallèle de la sortie des films de Lucas , sous forme littéraire dans des collections de comic books, de romans pour lecteurs jeunes ou moins jeunes. 

Disney classera ses œuvres dans un univers à part, s’évertuant à créer son propre univers transmédia à partir de zéro, effaçant des multitudes d’aventures et de personnages. 

Dans le panier de la Fox , se trouve deux licences emblématiques : Alien et Predator. Sans surprise, Disney va confier à Marvel Comics le soin de relancer ces monstres dans les pages de comic book. Les comics du précédent editeur, Dark Horse, ne font apparemment plus partie du canon.


Cela dit, contrairement au cas Star Wars qui avait vite fait ses débuts après le rachat , nos bestioles ont eu le droit de rester un peu au repos avant d’être lancée dans le bain.

Et puisque Marvel et Fox appartiennent au même groupe, il était commercialement logique de voir les héros de chez Marvel se castagner avec les monstres de la Fox. 


Predator a eu l’honneur de débuter les crossovers avec les super-héros. Sous la plume du lourd Benjamin Percy ( qui s’était un peu sorti les doigts pour l’occasion ).  



Pour les personnes qui ne seraient pas familiarisée avec les mutants sur papier , le choix de les faire affronter un Predator était logique : au-delà du parallèle visuel entre les lames du Predator sur ses bras et les griffes de Wolverine, les X-Men ont leur propres versions des xénomorphes ( presque un plagiat de la part du scénariste Chris Clarement et du dessinateur Dave Cockrum ) : les broods.
Une race d’alien insectoïde qui infecte ses hôtes avec un œuf et dont la naissance tue l’hôte, héritant au passage de quelques traits génétiques propres à son porteur. Ça ne vous rappelle rien ? 





Bref, un crossover entre Alien et X-Men, ça sentirait en réalité le réchauffé au sang acide.

En revanche, avec les Avengers, ça serait une autre paire de manche. 


La mini-série AVA ( Avengers VS Aliens) est annoncée. Avec Esad Ribic aux dessins et…Jonathan Hickman au scénario. L’annonce peut surprendre : Hickman est un scénariste avec des thématiques d’auteur fortes et des envies très claires d’écrire des choses intelligentes en profitant (lorsqu’il écrit pour le compte d’un éditeur et non pour le sien )  d’une mythologie existante pour l’exploiter, la regarder sous des angles nouveaux et l’enrichir si possible.  Que vient-il donc faire dans une commande si commerciale ? 

Sans doute relever le niveau. 

Alors pari gagné ? 


Au fin fond du vide cosmique, un vaisseau composé d’un équipage minimum complote de sombres desseins. Il est soudain attaqué par les forces spatiales de l’Empire du Wakanda , dirigé par Black Panther et secondé par son fils. Les troupes wakandaises prennent possession du navire et découvre les tristes plans orchestrés. Et dans ces plans, une planète chère au cœur de T’Challa, souverain du Wakanda est une cible : la Terre. 


Avec de tels prémices , le récit aurait facilement pu être une course contre la montre montrant le Wakanda foncer vers la Terre et aider les Avengers contre l’invasion imminente et l’éviter de justesse. 

Il n’en sera rien et le titre du récit est presque mensonger. Lorsque nous arrivons sur Terre, Hickman place quelques cases narrant comment la planète est tombée, ravagée par les Aliens et nous dévoile la dernière ville à tenir, derrière des murs épais, protégée par les rares super-héros ayant survécus. Et il ne sont pas nombreux. Ni plus très jeunes. Bruce Banner ( Hulk ) est un vieillard , Tony Stark est en fauteuil roulant…On imagine sans peine que les non-présents dans cette vile sont morts.  Hickman nous plonge dans un monde qui a connu l’enfer : envahi par les aliens, abandonnés par les mutants partis terra-former Mars grâce à leurs pouvoirs et technologies avancées. Les héros sont seuls. Et bien qu'ils ne le fassent qu'en quelques pages, il ne se prive pas de pointer du doigt le pourquoi du comment la Terre est tombée aux griffes des monstres. La critique sociétale est minime mais directe. 




En acceptant la commande, Hickman doit sans doute savoir qu’avec un nombre limités de numéros ( c’est une mini-série en 4 numéros mais à la pagination augmentée ) , il ne pourra pas pondre un chef-d’œuvre. Mais il a entre les mains de quoi écrire un excellent récit : il possède la mythologie Marvel  ( et les ajouts qu’il y fera, l’action se déroulant environ 40 ans dans le futur )  et la mythologie des films Alien. Et il ne fera pas abstraction de Prometheus et Alien Covenant. 

Ce qui provoque le gros souci de ce comic book : si vous n’êtes pas familier avec les univers utilisés ici, Hickman ne vous fera pas le cadeau de tout vous réexpliquer. Pour les non-initiés, les références subtiles ou directes seront peu compréhensibles. Pour les connaisseurs ( et ce genre de crossover est fait pour eux après tout), c’est l’occasion de voir un scénariste adepte des concepts de SF jouer avec des outils que Ridley Scott ne comprenait pas, lui. 



Sans bavardage inutile mais sans action ou suspense superflus, Hickman mène son récit profondément nihiliste et déprimant mixé avec un danger qui peut surgir de n’importe où tant les adversaires non-aliens sont retors et tordus. Il pioche dans les thématiques des films et les mélange à sa sauce pour en faire un travail avec une personnalité propre. S'il avait été taquin , il aurait utilisé les broods pour pimenter les choses mais Hickman n'en oublie pas qu'il existe d'autres aliens dans l'univers Marvel. 
La fin, ouverte, se fait visuellement et thématiquement en miroir de l’ouverture, permettant de montrer la valse incessante entre la mort et la vie. Un scénario mineur pour du Hickman mais surnageant très au-dessus du tout venant Marvel actuel. Pas mal pour une commande opportuniste.



Esad Ribic signe de très belles planches dans son style un peu minimaliste par moments mais son trait et  sont des compositions agréables à l’œil bien qu’il s’en dégage parfois l’impression de contempler des instantanés sans énergie cinétique.  Un dessinateur « roman photo » comme le qualifient certains de ses détracteurs. L’impression renforcée par les couleurs d’Ive Svorcina qui donne un aspect « peinture » aux cases.  L’avantage ? Cela coupe le lecteur dans son élan de survoler l’action ET les phylactères. Permettant à Hickman de-ci de là de jeter des idées de SF qui (on l’espère) seront un jour vraiment développées. Si la série est un succès, ce sont des fusils de Tchékhov, si pas, nul doute que l’auteur saura les recycler ailleurs. 


Aliens VS. Avengers n’est pas le comic book du siècle. Mais grâce aux talents de son scénariste et de son dessinateur, c’est un comic book tout à fait recommandable qui sublime la commande initiale de voir les plus grands héros de la Terre combattre les pires bestioles de l’univers. Hickman ne respecte pas la promesse du titre (la couverture est mensongère) et c’est tant mieux. 


lundi 13 octobre 2025

Faites de beaux enfants à l'Histoire.

Alors que les deux tomes de la série Inhumain chez Dupuis-Air Libre m’avaient laissé…dubitatif , Valérie Mangin (scénariste derrière Le Fléau des Dieux ) et son époux Denis Bajram (auteur de Universal War One  ) remettent le couvert à deux pour écrire une nouvelle série, cette fois-ci prévue au long cours. TANIS ! (oui, comme la cité antique – où un certain Dr Jones aurait découvert l’arche d’alliance ). 





Nous sommes en 10.000 avant Jésus Christ, toute la Gaule est occupée…euh attendez, non. Nous sommes en 10.000 avant Jésus Christ : ce qui deviendra le royaume d’Égypte n’est encore qu’un village sans nom, composé de huttes rudimentaires plongées dans l’ombre du Sphinx et des pyramides. La nuit, l’anneau d’astéroides autour de la Terre est éclairé par la lune.


Les peuplades éparpillées près du Nil et du delta de ses embranchements sont régulièrement rapinés par les Aryanas, un peuple sanguinaire et pilleur. C’est au milieu d’un carnage que «  l’ancien » d’un village retrouve un bébé, survivante miraculeuse d’une attaque. Ce petit être fragile a la particularité, dans un pays où les habitants ont les cheveux noirs, d’avoir les cheveux blancs. Pour lui éviter d’être considérée comme une aberration ayant attiré le mauvais œil, l’ancien décide de faire croire aux villageois que la petite Tanis est taboue et envoyée des Dieux, destinée à prendre sa place à sa mort.



Mais être une jeune femme taboue que personne ne peut touche ou approcher de trop près est un fardeau lourd à porter et avec son ami Sépi, qu’elle force à transgresser tabou sur tabou , Tanis va découvrir qu’il existe en elle des choses étranges. Après avoir ouvert par sa seule volonté la pyramide contenant le tombeau d’Osiris, Tanis et Sépi vont découvrir le tombeau du Dieu et lui voler son masque. Masque qui donnera à Sépi des capacités surhumaines. Capables de renverser le cours des choses. 

Pour le meilleur ? La première case de l’album nous montre Tanis, adulte, seule sur un trône surélevée, la foule prosternée devant elle.  Toute la série (ou une partie d’icelle) est donc destinée à nous narrer comment une jeune fille naïve mais idéaliste arrive dans une position de pouvoir semi-divin. Le texte en fait une sauveuse, l'imagerie nous raconte autre chose. Le narrateur, comme dans L'homme qui tue Liberty Valance, a-t-il décidé d'imprimer la légende, plus jolie ? 







De l’aveu même des auteurs, TANIS est une série à la fois hommage à leur lectures de jeunesse ( comme Papyrus, également chez Dupuis mais on sent l’influence que les comics des années 70 et 80 ont pu avoir également) et à l’envie de transmettre à une nouvelle génération le goût de la BD d’aventures à une époque où le manga est roi. Ce n’est sans doute pas un hasard si la série est d’ailleurs pré-publiée dans le magazine Spirou. À voir si cette noble ambition sera couronnée de succès. Peut-être via leurs parents qui achèteraient l’album. 


Comme je le disais en introduction, leur précédente double collaboration scénaristique m’avait refroidi ( du scénario assez plat aux dessins peu inspirants ). D’un point de vue de l’écriture, le résultat étant inférieur à la somme des parties.

C’est donc à reculons que j’entrais dans TANIS ( non, c’est pas sale ). Et là, la mayonnaise a pris, la génoise est montée.  Peut-être nos deux auteurs avaient-ils besoin de se lancer dans un projet plus axé jeunesse ? 


Dès le départ, Mangin et Bajram jouent avec le lecteur ( et le jeune lecteur risque de louper des références ). Historienne de formations, Mangin sait où elle met les pieds. Et Bajram avait entamé des études en sciences dures avant de bifurquer vers les beaux arts. Les voila pourtant tous deux en pleine histoire dignes des conspirations les plus folles : Dieux et Géants ayant marché sur Terre , Atlantide ayant coulé , technologie trop avancée pour l’époque. Etc…
Le tout agrémenté des classiques adolescences maussades et contrariées, animaux de compagnie accolés aux héros ( Spip chez Spirou, Milou chez Tintin , les daemon chez Philip Pullman...).

Les thèmes ne sont pas nouveaux mais comme le disait Salvatore Dali : tout a déja été raconté, mais pas par vous ! Défi relevé par Mangin et Bajram donc. 


Scène d'ouverture de Stargate, director's cut.

Les auteurs jouent, donc, avec des mythologies anciennes ( Osiris ) et modernes. ( difficile de ne pas penser à Stargate par exemple , œuvre qui , elle , vendait ses théories de façons un peu trop premier degré dans le domaine du «  On nous cache tout ! »  et les théories du complot comme on en trouve sur les chaînes télés poubelles après 1h du matin ).

Jouent avec les mots aussi : les aryanas sonnent comme les aryens, ce peuple mythifié par les Nazis comme venu du Nord. Et puisque il y a plus ou moins 4000 ans, les peuples de la mer ( des peuples que l’on tente encore d’identifier formellement ) ont attaqué plusieurs civilisations ( Hittite, Égyptienne,…) , il était tentant de mixer les deux et de leur donner un look de viking, avec l’imagerie qui va avec ( muscles saillants, commerces peu équitables , esclavagisme ). 


Le look, parlons-en. C’est Stéphane Perger qui met en images les écrits du couple Mangin/Bajram et ce dernier a un coup de crayon qui ne laisse pas indifférent. Son trait fin et élégant recèle assez de détails pour que personne ne puisse lui reprocher de bâcler quoique ce soit mais il laisse aussi des détails en suspend , lissant un peu l’image, rendant le tout digeste pour le lecteur plus jeune. 


Si l’on devait vraiment reprocher quelque chose à cet album c’est son rythme. Il doit poser une situation et une mythologie interne que l’on devine déjà bien plus grande que ce qui nous est montré ici et les péripéties s'enchaînent vite, au point que le tout semble « facile » et par conséquent cela limite l’implication émotionnelle du lecteur. 


Mais maintenant que les bases sont posées, il ne tient qu’à notre trio de passer la seconde. Et cela tombe bien, l’ambition de faire vivre la série sans devoir attendre 4 ans entre chaque album semble être ancrée dans le projet. 

Comme je le notais plus haut, TANIS est pré-publiée dans SPIROU Magazine et la grande tradition de la belle époque du mag était de retrouver de manière fréquente les héros qui le faisaient vivre. Ainsi, alors que cet album est paru en Janvier ( avec une pré-publi ayant débuté en Novembre ) , TANIS revient déjà dans un album numéro 2…dès ce mois d’Octobre. Un rythme soutenu donc qui semble marquer que l’héroïne est là pour squatter le magazine du groom en rouge régulièrement. 



Notons que pour éviter que la série ne serve de base aux idées les plus folles sur l’histoire du monde, un dossier faisant la part entre fiction et réalité est proposé en fin d’album et que cela devrait être la norme dans chaque tome de la série. 


mardi 29 juillet 2025

La dernière fille de Krypton !

C’est l’histoire d’une planète lointaine, aux habitants ressemblant aux être humains.

C’est l’histoire d’une planète si avancée technologiquement, scientifiquement et moralement que son hubris l’a aveuglée.

C’est l’histoire d’une planète qui allait imploser et d’un scientifique plaçant son unique enfant dans une nacelle spatiale pour l’envoyer vers la planète Terre et ainsi sauver la chair de sa chair.

C’est l’histoire d’un enfant que vous pensez connaître.

Mais ceci est l’histoire de…Kara Zor-El : Supergirl ! 





«  Ce vaisseau transporte ma fille, Kara Zor-El. Traitez-la comme votre propre enfant et ainsi vous verrez quel trésor elle sera pour votre monde. » 


Supergirl apparait en 1959 , un peu plus de 20 ans après la création de Superman. Elle est décrite comme une jeune fille adolescente/très jeune adulte , cousine de Clark Kent par son père, Zor-El étant le cadet de Jor-El , le père de Kal-El ( Superman ). Au départ simple variation féminine d’un héros masculin , elle acquiert petit à petit sa propre identité s’éloignant du faire valoir du dernier fils de Krypton. 


C’est le prolifique scénariste Tom King qui est chargé en 2021 de faire d’une girl une woman dans une mini-série en 8 épisodes mensuels. Et il va jouer avec les attentes.


Lorsque nous ouvrons le livre, l’histoire nous est narrée par une alien humanoïde du nom de Ruthye, dont le père a été assassiné par Krem, un agent du roi. Ruthye se lance en quête d’un mercenaire dans une taverne malfamée pour chercher vengeance. 

Désarçonnant son lectorat, King se place ici dans ce qui ressemble à un récit classique de fantasy , rappelant tant par son ton que les décors une copie de Conan le cimmérien. Mais le mercenaire se joue de Ruthye et est alors interpellé par un témoin de la scène. Une pochtrone plus solide qu’elle n’en a l’air : Supergirl !

Celle-ci vient de fêter ses 21 ans et selon sa patrie d’adoption est enfin majeure. Mais le seul moyen pour elle de ressentir les effets de l’alcool est de voyager loin, vers une galaxie riche en soleils rouges , élément affaiblissant considérablement nos amis Kryptoniens ( sans tous les effets délétères et  fulgurants de la kryptonite ). Par un concours de circonstances , Kara se retrouve à accompagner Ruthye dans sa quête à travers les étoiles après que Krem, le fourbe et lâche assassin , ait réussi à la blesser et à toucher son chien, Krypto , d’une flèche empoisonnée.







Sous un soleil rouge, rendue moins résistante physiquement mais pas mentalement. 


Kara et Ruthye vont alors écumer les planètes à la recherche de Krem. 


Tom King , comme je le disais plus haut , joue avec les attentes du lecteur. En lieu et place d’une ou de plusieurs aventures de Supergirl sauvant les terriens de menaces diverses et variées, c’est un récit narré par un nouveau personnage, reléguant donc notre héroïne au second rang , dans un cade de space-opera lorgnant vers la space fantasy qu’il nous livre. 


L’on comprend vite en lisant le texte narratif que Ruthye nous raconte ses aventures avec Supergirl lorsque Ruthye était encore jeune, créant un effet de délocalisation temporelle entre ce qui nous est donné à lire et ce qui nous est donné à voir. Est-ce que le texte de Ruthye est mis en image ou bien les images sont-elles ce qui c’est passé , rendant le texte redondant ou pur effet de style ? Et bien cela serait mal connaître Tom King qui, s’il aime être verbeux , le fait rarement pour la simple gloriole. C’est un jeu avec le lecteur , pariant sur le fait que ce dernier aura l’intelligence de questionner la fiabilité de l’écrivaine Ruthye. 


L’autre couche de lecture méta est le portrait en creux de Superman à travers la vie de Supergirl. Alors que son cousin tire la cape à lui ( que cela soit dans son univers fictif ou dans notre réalité ) , Supergirl semble être un personnage secondaire en tout. Tom King nous rappellera, dans des passages parfois douloureux, que si les lecteurs et même les héros la déconsidèrent un peu , elle n’est en rien moins capable de grandeur et de bonté que son illustre cousin. 


Mieux, lors d’un flashback à la dramaturgie ciselée et presque insoutenable de cruauté, King s’emploiera à nous montrer de Krypton ne s’est pas défaite en un jour et qu’un bébé volant à travers l’espace pour s’écraser au Kansas a peut-être bien plus de chances qu’une adolescente ayant pleinement vécu les terribles incidents et tenté d’aider ses concitoyens avant son exil vers la planète bleue. 


Les dessins de l’artiste brézilienne Bilquis Evely rappellent à la fois les grandes œuvres des couvertures de la fantasy des années 50 à 80 tout en alliant les techniques de story telling modernes. Rarement surchargées, ces cases renferment ce qu’il faut d’informations sans pour autant lorgner vers le minimalisme. Si Tom King écrit un petit bijou, les dessins d’Evely sont des pierres précieuses rehaussant l’œuvre et la portant au rang d’incontournable. 



Couverture de Frank Frazetta décrivant John Carter de Mars , également un space opera lorgnant vers la fantasy et qui inspirera Evely.


Supergirl Woman of Tomorrow n’est pas un comics de girl scout gentillet. Si la bonté et la gentilesse inhérente à Supergirl sont bien mises en avant , cela n’est jamais fait au détriment de sa détermination ou de ses capacités bien égales à celles de son illustre cousin. Cousin dont les actions héroïques ont des conséquences sur la vie de notre héroïne. 


Aventure initiatique pour Ruthye, épopée pour Kara , Supergirl Woman of Tomorrow convoque tout autant magie, rappels mythologiques et dépaysement. Tom King croque le portrait de ce duo avec finesse et emphase psychologique, deux orphelines errant dans l’espace en quête d’une nouvelle raison de vivre après la disparition de leurs rêves et aspirations après une tragédie.

Et au centre de tout : un cœur qui bat , des mains tendues et des larmes d’empathie qui coulent face à l’horreur dans des systèmes solaires ou aucun surhomme n’a jamais mis le bout de sa cape. 




C’est un oiseau ? C’est un avion ? Non, c’est Supergirl ! Et elle mérite que vous lui fassiez une place dans votre bibliothèque !