Alors il y a un texte ,écrit peu après le 11 Septembre 2001 par
l'auteur américain John Michael Straczynski, que j'apprécie beaucoup et
que je vais reproduire ici. Il m'a toujours semblé juste et fort, et à
moins d'un débat, je resterai là-dessus en ce qui concerne l'horreur qui
a frappé notre pays aujourd'hui.
Dans le contexte, un héros, en son nom et celui de ces camarades, parle :
" Certaines choses sont indicibles. incompréhensibles. Impardonnables.
Comment leur dire qu'on ne savait pas ? Qu'on ne pouvait pas savoir ? Qu'on ne pouvait imaginer ?
Parce que seuls des fous pouvaient imaginer ça, mettre ces plans à exécution.
Le monde est à la merci des fous parce que nous sommes incapables de concevoir des choses pareilles.
[...]
[Il regarde la foule]
Des hommes ordinaires. Des femmes ordinaires.
Qui deviennent extraordinaires par compassion. Par courage.
Des hommes ordinaires. Des femmes ordinaires.
Qui refusent de se rendre.
Qui refusent de souscrire aux affirmations des fous de dieu qui prétendent que nous sommes responsables.
Nous les rejetons car nous savons que rien de ce que nous avons pu
faire ne justifie cette tragédie. Ces corps qui tombent. Ce fanatisme
qui vient nier 14 siècles de vrai ferveur, qui oublie ce qu'ont prouvé
d'autres croisades : que ceux qui souffrent sont ceux qui le méritent le
moins.
C'est indicible.
Indescriptible.
Le massacre des innocents.
Et l'innocence qu'on massacre.
La fureur qui se nourrit d'elle-même jusqu'à occulter le soleil.
[...]
Que dire à nos enfants ?
Que le mal, c'est un visage étranger ?
Non, le mal peut se cacher derrière n'importe quel visage.
Doit-on définir le mal en fonction des frontières? Lui associer des
noms, des histoires ? Non, c'est assez cauchemardesque comme ça.
Disons-leur plutôt que nous sommes désolés.
Désolés de ne pouvoir leur donner le monde que nous voudrions leur léguer.
Que si nous avons envie de hurler, nous sommes aussi prêts à écouter.
Que les hommes de bien doivent alléger les souffrances de tous les
peuples, pour que leurs souffrances ne deviennent pas notre tragédie.
Disons-leur aussi que nous les aimons et que nous les protégerons. Que
nous sommes prêts à donner notre vie pour eux tellement nous les aimons.
Cela peut sembler peu de choses, mais cela seul séchera les larmes, pansera les plaies et fera de ce monde un endroit sûr.
Nous ne pouvions pas prévoir ça ni l'empêcher. Personne n'aurait pu.
Mais nous sommes là à vos côtés.
Aujourd'hui, demain et pour toujours.
[...]
Parce que l'avenir appartient aux hommes et aux femmes ordinaires.
Parce que ça ne doit plus jamais arriver et qu'il faut se battre pour
que l'avenir soit plus sûr.
Parce qu'il faut envoyer un message à
ceux qui confondent compassion et faiblesse. Un message qui doit
traverser Six Mille Ans de lutte et de sang.
Et ce message est le suivant :
Au-delà de notre passé,des origines de nos noms, nous sommes un peuple respectable qui ne courbe pas l'échine ni ne renonce.
Le feu qui brûle en nous ne peut être éteint par les bombes ou par les morts.
On ne nous forcera pas au silence et nous émergerons des larmes.
Nous avons traversé d'autres épreuves. Nous supporterons ce fardeau et
les suivants parce que c'est le rôle des hommes et des femmes
ordinaires.
Quoi qu'il arrive, loin de nous affaiblir, cette épreuve nous rend plus forts.
Ces dernières années, notre peuple était divisé, noyauté par l'individualisme et l'égoïsme. Mais aujourd'hui...
Aujourd'hui nous faisons corps.
Des drapeaux fleurissent partout sur un sol fertilisés par nos larmes et notre détermination. Le malheur nous a unis.
Nous sommes unis pour réagir. Unis pour guérir. unis pour reconstruire.
Ils ont voulu faire passer un message et ce message nous a ouvert les yeux. Nous avons compris.
Et nous saurons nous montrer à la hauteur.
Car de nouveaux héros sont nés. Les vrais héros du siècle qui commence.
Ces héros, ce sont les gens ordinaires.Vous. Vous qui êtes plus nobles et plus forts que vous ne l'imaginez.
Vous. Vous les héros de ce moment particulier de l'histoire.
Nous sommes éblouis par votre volonté sans faille.
Face à cette lumière, les ténèbres ne peuvent vaincre.
Que les deux tours qu'ils ont abattues servent de fondation à notre
volonté de construire un monde où de telles choses n'arriveront plus.
Un monde où nous n'aurons plus à demander pardon à nos enfants mais
dont les rues ne seront pas jonchées par les dépouilles de leurs droits
inaliénables.
Ils ont abattu deux grandes tours. Que leur souvenir vive en vous.
Devenez les poutrelles et le verre. La pierre et l'acier.
Qu'en VOUS voyant, le monde LES voie.
Et restez debout.
Restez debout.
Restez debout. "
mardi 22 mars 2016
mercredi 2 mars 2016
Batman rises.
Deux ans et demi après la sortie du premier tome, Geoff Johns et Gary Frank remettent le couvert avec Batman Earth-One en nous livrant un second tome meilleur que le premier.Souvenez-vous, la dernière page du premier tome promettait de voir débarquer l’homme-mystère / Riddler/ Sphinx (autant je sais que le Sphinx mythologie posait des énigmes, autant un mec déguisé en point d’interrogation ne ressemble en rien à ce fabuleux animal. Serait grand temps que la version française se décide à faire sauter cette appellation qui ne sert qu’à rajouter un nom d’animal dans le bestiaire des adversaires de l’homme-chauve-souris) face au tout nouveau protecteur de Gotham City.
Et dès les premières pages, la folie du Riddler nous est présentée avant d’enchaîner sur le nouveau statu quo de la ville où les criminels ont peur de Batman et où les légendes autour de sa vraie nature commencent à prendre racine dans les esprits des malfrats lâches et superstitieux.
Pendant ce temps, Gordon et Bullock continue à arpenter les rues (et les bars pour Bullock) pendant que Harvey Dent passe de plus en plus d’accords avec le crime organisé pour faire tomber les grosses têtes en laissant les petites dans les rues, ce qui rend difficile le travail de la police à qui il est demandé de laisser certaines pourritures en paix.
J’avais émis quelques réserves sur le premier tome, pointant du doigt que Geoff Johns ne savait pas naviguer dans les figures imposées par l’univers gothamite. Hors, il est évident avec ce tome que j’avais tort. Johns jouent avec elle et, à l’instar de Christopher Nolan sur Batman Begins, s’évertue à tracer un chemin qui mènera vers des schémas que les bat-fans connaissent. Il lui aura quand même fallu un second tome pour ce constat saute aux yeux.
Là où le bas blesse, c’est que Johns, et ce n’est pas sa faute, joue sur un terrain déjà ré-exploré récemment : les premiers pas de Batman à Gotham. Scott Snyder s’y est attaqué récemment avec Zero Year : une saga dans laquelle le Riddler tenait un rôle central. Ce qui est le cas ici aussi. Les fanatiques de Batounet y sentiront une certaine redite. Bref, encore une fois, le Riddler est associé aux débuts de Bruce Wayne en tant que croisé masqué.
Mais Johns ne ménage pas ses efforts pour surprendre le lecteur et jouer avec ses attentes, comme le traitement de Killer Croc , de Harvey Dent (et du futur Double Face) et du travail de détective de l’homme que les lecteurs connaissent souvent sous le surnom de « plus grand détective du monde ».
L'intrigue est menée tambours battants et sans vrais temps morts. Comme je le disais dans la critique du premier tome, Geoff Johns écrit du blockbuster de qualité et s'inscrit dans un registre de films policiers d'action mâtiné de polar plutôt que dans un polar bénéficiant de scènes d'action ( comme Batman Year One de Frak Miller ou The Dark Knight de Christopher Nolan).
Et une petite pique en passant aux films de Batman depuis Tim Burton.
On dirait pas comme ça, mais ce Killer Croc est pourtant bien différent de ses autres versions. Je vous laisse découvrir pourquoi en lisant ce tome.
La dernière page promet de faire arriver une personne très importante dans la vie du Chevalier Noir lors du troisième tome prévu pour Dieu sait quand. Et je miaule d’envie de voir comment tout cela sera traité, cette personne étant chère à mon petit cœur de fan.
mercredi 27 janvier 2016
Quand Marnie était là...
Dernier film des studios japonais Ghibli (et dernier film tout court puisque le studio est désormais en hiatus à durée indéterminée), Souvenirs de Marnie nous entraîne bien loin des mondes étranges de Hayao Miyazaki. Et pour cause, Myazaki n'a pas réalisé le film...et oui, il est pas le seul réalisateur des studios non plus nan mais ho ! Il est l’œuvre du réalisateur Hiromasa Yonebayashi et est sorti dans nos contrées il y a un an déjà, le 14 janvier 2015.Charte graphique oblige, le style de dessins se place bien entendu dans la mouvance Ghibli qui, sur ce point, est presque une marque déposée. Néanmoins, le trait est plus fin, l'animation plus délicate. Il y a un aspect pseudo-réaliste qui se dégage de l'ensemble. Il faut dire que l'équipe a fait des repérages en extérieur pour les décors et a été jusqu'à construire des maquettes avant de se lancer dans le dessin des différents bâtiments. La qualité de l'animation est, comme toujours avec ce studio, un point fort et une réussite totale. As usual.
Anna est une jeune fille d'environ 12-13 ans. Un peu garçon manqué et un peu en marge des autres, Anna est envoyée à la campagne par sa mère adoptive pour l'aider avec son asthme. Solitaire attitude oblige, elle va explorer les environs, seule, et découvrir prè!s du marais un étrange manoir qui lui semble familier. Lors d'une occasion folklorique où son manque totale de sociabilité la fait réagir un brin violemment, Anna s'enfuit en barque dans les marais et rencontre Marnie,une fille de son âge vivant dans ce beau manoir au bord de l'eau. Marnie est à l'opposé d'Anna : la jeune fille est souriante, féminine et presque petite princesse.
Très vite, les deux jeunes filles vont s'attacher l'une à l'autre. Mais un parfum de mystère plane sur l'endroit et sur Marnie. Un mystère qu'Anna voudra percer, au risque de perdre ses illusions et au bénéfice de grandir. Un récit initiatique en somme, avec les codes et les clichés inhérents au domaine mais transcendés par la réalisation, osons dire la mise en scène et des images de toutes beautés, le tout baignés dans une structure à tiroirs qui donne bien force le spectateur à s'investir dans le cheminement interne de l'héroïne.
Il est toujours subjectif de critiquer une œuvre. Quoi qu'on tente, le regard que l'on porte est toujours conditionné par nos expériences. Souvenirs de Marnie peut donc être un film assez hermétique de par le parcours de sa protagoniste principale.
Si tout le monde s'est déjà senti seul, le vrai sentiment de solitude est une toute autre affaire. Pour comprendre Anna et ses réactions à la limite du comportement borderline et semblant parfois incohérentes, il faut un bagage pas très agréable (parce que croyez-moi sur parole : aucun comportement d'Anna n'est incohérent avec sa détresse intérieure).
C'est là que le subjectivisme entre en jeu : la porte était grande ouverte pour votre serviteur. Et rarement j'aurai vu, transcrit avec tant de justesse, les sentiments de solitude, de désespoir, de haine apparente des autres qui n'est qu'une façon de se protéger ( la solitude est une drogue dure : on en souffre mais elle forme un cocon protecteur, illusoire d'ailleurs, autour de ceux qui en souffrent et gare à ceux qui voudraient entrer sans qu'on leur donne la permission) et de recherche absolue d'une solution, d'un espoir, d'une branche à laquelle se raccrocher, de bulle d'oxygène à attraper ( Anna a de l'asthme, tiens tiens tiens...symbolisme est partout). La première réplique du film est directe, et prononcée par une Anna à l'ombre quand tout les autres profitent d'un bain de soleil " Il y a en ce monde un cercle magique invisible.Et on est soit à l'intérieur du cercle soit à l'extérieur.Ces gens-là sont à l'intérieur du cercle." Et elle passe d'un j'en ai rien à foutre d'être en dehors à un sentiment de rejet de soi en un clin d’œil.
Cette instabilité comportementale est renforcée par l'aspect calme de la campagne japonaise.
Et comme souvent, c'est une rencontre au bon endroit, au bon moment, qui peut faire basculer votre vie et ouvrir votre coquille (jamais totalement, mais assez pour faire entre de l'air et de la lumière). Symboliquement, dans la fiction,il vaut mieux que cette personne soit une femme ( symbole de vie par excellence dans de multiples cultures). Garçon manqué jusqu'au bout du film,la rencontre de Marnie est aussi, peut-être, pour Anna, l'occasion de laisser apparaître au grand jour son attirance sexuelle pour les femmes. C'est la seconde porte d'entrée pour votre serviteur : c'est dans le féminin que je cherche mon éclosion. Me voila donc devant mon pire cauchemar d'écriture : l'incapacité presque totale à l'objectivité technique sur un film. Voilà pourquoi le reste de l'article sera encore parsemé de « Je ».
Je ne pense pas que le film soit parfait, il y a des menus défauts bien entendus, comme une trop grande présence de bons sentiments à quelques endroits ( 3 minutes étalées sur tout le film,pas énorme non plus). Mais les vagues déferlantes d'émotions successives m'ont toujours semblées justes et profondément touchantes. Le drame psychologique derrière les révélations sur le manoir et Marnie forme une belle petite enquête qui sert de récit initiatique à Anna et le débat entre fantasmagorie ou élément fantastique diffus dans l'histoire n'est pas près d'être résolut : chaque affirmation d'une hypothèse pouvant se retrouver mise en péril par la démonstration d'une autre.
C'est peut-être aussi ce qui fait le charme de ce long-métrage d'animation : le jeu d'équilibriste sur le vrai genre de l'histoire : drame psychologique à la norvégienne ? Récit fantastique où le surnaturel resterait en retrait un maximum ? Tant et tant de niveau de lecture que ça soit dans son écriture que sa mise en images. En un mot comme en cent : Souvenirs de Marnie est un drame tour à tour émouvant, bouleversant, foisonnant et passionnant. Mais si vous n'avez jamais connu la solitude l'âme, cette addiction/répulsion éprouvante, vous aurez peut-être du mal à entrer dans le film autrement que par son histoire qui ne démarre vraiment qu'après un bon quart de film. Si vous vous connectez à Anna d'entrée de jeu par contre, le voyage sera tout autre. Le rapport à une œuvre est subjectif...
samedi 9 janvier 2016
C'est un oiseau, c'est un avion, c'est un...bon bouquin.
Après le désastre qu'aura été le passage de Grant Morrison sur Superman dans les pages d'Action Comics ( par Jupiter et ses roustons, il aura été bien plus inspiré sur mon Batounet d'amouuur l'écossais chauve), Urban Comics relance le titre sous un nouveau nom : Superman Action Comics (folle originalité). La série sœur de Superman l'homme de demain ( Geoff Johns et John Romita Jr) est scénarisé par Greg Pak et dessinée par Aaron Kuder.
Greg Pak a surtout roulé sa bosse chez Marvel comics, c'est à lui que l'on doit Planet Hulk par exemple (et une bonne partie de la production sur Bruce Banner durant les années qui suivirent , une production loin d'être honteuse et qui explorait des pistes intéressantes). Aaron Kunder , comme nous explique le 4ème de couverture est surtout connu pour avoir dessiné New Gardians, une série DC dans l'univers cosmique de Green Lantern. Alors, que nous ont concocté nos deux lascars pour rendre Superman intéressant ?
L'album s'ouvre sur un récit mis en image par Lee Weeks, un redoutable story teller aux traits classiques mais modernes. Les origines de Superman nous sont contées d'un point de vue très féminins puisque Lara ( la mère biologique) et Martha (la mère adoptive) font office de voix-off narrative. Cela change énormément de la sempiternelle présence de Jor-El ou de sa conscience sauvée numériquement ( encore que, quand c'est Russel Crowe qui s'y colle, c'est assez jouissif).
L'on embraille ensuite sur un récit situé lors de l'An Zero, une période que le nouvel univers DC considère comme son commencement : Gotham City est assiégée, Batman apparaît…et les autres héros décident de ne plus rester dans l'ombre, territoire que ne quittera jamais vraiment la chauve-souris. Cet épisode one-shot pose les bases de ce que Pak va raconter par la suite : l'amitié entre Clark Kent et Lana Lang, sa petite amie du temps où ils vivaient à Smallville (rappelons que dans cette nouvelle allitération de l'univers DC, Superman n'est pas marié à Lois Lane et qu'il sort avec Wonder Woman). On retrouve le superman mis en scène par Morrison : il a des pouvoirs mais il n'est pas encore THE Superman. L'épisode est avant tout intéressant parce qu'il nous montre les points communs entre Superman et les humains ordinaires qui luttent dans l'adversité (par le biais du personnage de Lana, un peu comme Han Solo servait à monter qu'il ne fallait pas être un Jedi pour lutter pour la paix dans une galaxie lointaine).
Le reste de l'album prend place dans le présent : Lana Lang, décidément, est devenue une ingénieur respectée mais l'une de ses découvertes attirent une étrange créature à sortir du bois … ou plutôt de sous terre. Superman arrive bien entendu à la rescousse et…l'aventure commence.
Greg Pak fait ici un choix audacieux : revenir aux fondamentaux d'émerveillements parfois naïfs des premeirs comics mais sans cynisme ou moquerie. La menace a beau être kitsh, elle est traitée avec sérieux. Les personnages existent et leurs interactions semblent réelles, elles ont de la consistance. Surtout celle entre Clark et Lana, leurs voix intérieures servant de double narration, autant pour creuser leurs pensées que pour approfondir leur relation "amicale". C'est fun, c'est drôle, c'est dramatique, ça joue avec des concepts de SF très 60's (j'ai pensé à la première série Star Trek) et ça pose des bases qui seront probablement développées plus tard. Pas facile de rendre intéressante une série où le héros est invulnérable. On retrouve , dans un autre style , ce qui émanait des premiers tomes du dernier fils de Krypton édités par Urban en 2012 : autant dire que ça fait plaisir.
Les dessins de Aaron Kuder sont un peu amateurs et cartoonesques mais ce dernier point sert parfaitement l'ambiance un peu old school qui émane de ce comic book. Il retransmet parfaitement la sensation de mouvement dans l'action (très important dans une BD, être capable de faire oublier que l'image est statique!).
Alors que la série principale semble bien lourde, Action Comics embrasse l'héritage de ce qui faisait un bon comic book consacré à l'homme d'acier. Pour tout vous avouer, ma librairie organisait une promotion : deux bd's achetées, une troisième offerte. Je n'avais envie que de deux bd's mais il aurait été bête de refuser une telle promo et j'ai donné sa chance à ce titre : bien m'en a pris.
Greg Pak a surtout roulé sa bosse chez Marvel comics, c'est à lui que l'on doit Planet Hulk par exemple (et une bonne partie de la production sur Bruce Banner durant les années qui suivirent , une production loin d'être honteuse et qui explorait des pistes intéressantes). Aaron Kunder , comme nous explique le 4ème de couverture est surtout connu pour avoir dessiné New Gardians, une série DC dans l'univers cosmique de Green Lantern. Alors, que nous ont concocté nos deux lascars pour rendre Superman intéressant ?
L'album s'ouvre sur un récit mis en image par Lee Weeks, un redoutable story teller aux traits classiques mais modernes. Les origines de Superman nous sont contées d'un point de vue très féminins puisque Lara ( la mère biologique) et Martha (la mère adoptive) font office de voix-off narrative. Cela change énormément de la sempiternelle présence de Jor-El ou de sa conscience sauvée numériquement ( encore que, quand c'est Russel Crowe qui s'y colle, c'est assez jouissif).
L'on embraille ensuite sur un récit situé lors de l'An Zero, une période que le nouvel univers DC considère comme son commencement : Gotham City est assiégée, Batman apparaît…et les autres héros décident de ne plus rester dans l'ombre, territoire que ne quittera jamais vraiment la chauve-souris. Cet épisode one-shot pose les bases de ce que Pak va raconter par la suite : l'amitié entre Clark Kent et Lana Lang, sa petite amie du temps où ils vivaient à Smallville (rappelons que dans cette nouvelle allitération de l'univers DC, Superman n'est pas marié à Lois Lane et qu'il sort avec Wonder Woman). On retrouve le superman mis en scène par Morrison : il a des pouvoirs mais il n'est pas encore THE Superman. L'épisode est avant tout intéressant parce qu'il nous montre les points communs entre Superman et les humains ordinaires qui luttent dans l'adversité (par le biais du personnage de Lana, un peu comme Han Solo servait à monter qu'il ne fallait pas être un Jedi pour lutter pour la paix dans une galaxie lointaine).
Le reste de l'album prend place dans le présent : Lana Lang, décidément, est devenue une ingénieur respectée mais l'une de ses découvertes attirent une étrange créature à sortir du bois … ou plutôt de sous terre. Superman arrive bien entendu à la rescousse et…l'aventure commence.
Greg Pak fait ici un choix audacieux : revenir aux fondamentaux d'émerveillements parfois naïfs des premeirs comics mais sans cynisme ou moquerie. La menace a beau être kitsh, elle est traitée avec sérieux. Les personnages existent et leurs interactions semblent réelles, elles ont de la consistance. Surtout celle entre Clark et Lana, leurs voix intérieures servant de double narration, autant pour creuser leurs pensées que pour approfondir leur relation "amicale". C'est fun, c'est drôle, c'est dramatique, ça joue avec des concepts de SF très 60's (j'ai pensé à la première série Star Trek) et ça pose des bases qui seront probablement développées plus tard. Pas facile de rendre intéressante une série où le héros est invulnérable. On retrouve , dans un autre style , ce qui émanait des premiers tomes du dernier fils de Krypton édités par Urban en 2012 : autant dire que ça fait plaisir.
Les dessins de Aaron Kuder sont un peu amateurs et cartoonesques mais ce dernier point sert parfaitement l'ambiance un peu old school qui émane de ce comic book. Il retransmet parfaitement la sensation de mouvement dans l'action (très important dans une BD, être capable de faire oublier que l'image est statique!).
Alors que la série principale semble bien lourde, Action Comics embrasse l'héritage de ce qui faisait un bon comic book consacré à l'homme d'acier. Pour tout vous avouer, ma librairie organisait une promotion : deux bd's achetées, une troisième offerte. Je n'avais envie que de deux bd's mais il aurait été bête de refuser une telle promo et j'ai donné sa chance à ce titre : bien m'en a pris.
Publié par
Geoffrey
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urban comics
vendredi 1 janvier 2016
Pour le meilleur et pour l'Empire.
Je ne sais pas ce qu’il se passe en ce moment, mais les livres et les magazines centrés sur la saga Star Wars foisonnent dans les rayons des librairies et des marchands de journaux. Comme ce « Les ruines de l’Empire », publié en VF par Panini Comics et qui narre des événements qui se situent juste après Le Retour du Jedi et donc bien avant Le Réveil de la Force.
Avant d’aller plus loin, remettons les choses dans leur contexte. Le fan de Star Wars n’a pas attendu 2015 pour voir débarquer de nouvelles aventures de Luke Skywalker et consorts. Très tôt, en 78, sort un roman faisant suite à l’épisode 4 ( mais considéré comme non-canonique) et Marvel publie durant des années des histoires ( non-canoniques également) dans cet univers. Mais au début des années 90, Lucas donne son feu vert pour que sa saga ait une suite en romans : L’héritier de l’empire,
La bataille des Jedi et L’ultime commandement formeront officieusement les épisodes 7 à 9. Ensuite, d’autres romans viendront amplifier cette saga, certains se situant entre des épisodes ( la guerre des clones, on a rien vu au ciné par contre en comics y a de la matière). Les comics ne seront pas en reste.
Tout cela forme l’univers étendu de Star Wars.
Mais lorsque Disney rachète Lucasfilm et met en chantier de nouveaux films, il est décidé de faire dans l’inédit. Pour ne pas dépendre d’un matériau trop lourd et encombrant qui limiterait la créativité et pour surprendre tous les spectateurs, connaisseurs ou juste admirateurs des films.
Bref, cet univers est désormais considéré comme ne faisant pas partie de la continuité officielle et de nouvelles pages blanches apparaissent soudain.
Le présent recueil contient l’entièreté de la mini-série publiée hebdomadairement par Marvel Comics en Septembre aux USA et raconte les aventures de la pilote Shara Bey …la mère de Poe Dameron, le pilote incarné par Oscar Isaac dans l’épisode VII.
L’action débute en pleine fin du Retour du Jedi où Shara aide Luke à quitter l’étoile de la mort sans se faire dézinguer par des intercepteurs TIE. Plus tard, elle accompagnera Leia jusque Naboo et retrouvera Luke qui cherche des restes du grand arbre qui poussait au centre du temple Jedi de Coruscant.
Le scénario est signé par Greg Rucka, spécialiste comics des femmes fortes ( Renée Montoya dans Gotham Central lui doit beaucoup pour sa popularité ). Les dessins sont assurés en grand partie par Marco Checchetto qui avait travaillé sur la série Punisher avec Rucka.
Cette collaboration a donné lieu à la série Punisher la plus aboutie à ce jour. Voir ces deux là se réunir sentait donc bon.
Comme la série est hebdomadaire, Checchetto a reçu l’aide le temps d’un numéro d’Emilio Laiso et toute la sous-intrigue sur Naboo centrée sur Leia a été mise en image par Angel Unzueta. Rien de dramatique, les dessinateurs ont tenté de fournir une continuité graphique assurée par l’encrage et la colorisation. C’est beau mais pas transcendant, les dessinateurs ont bossé dans l’urgence et malgré des dessins tout à fait corrects, il manque quelque chose, un je ne sais quoi d’âme peut-être.
Le scénario quant à lui est loin d’être passionnant. On suit Shara Bey de mission en mission sans que la tension ne monte vraiment. Rucka nous a habitué à mieux, que ça soit en terme d’intrigues courtes ( Queen & Country , sa série d’espionnage, était centrée sur ce genre de procédés) ou de caractérisation de personnages. Qu’il ne puisse pas changer la nature de Luke, Leia et Han est une chose, qu’il échoue à donner une épaisseur correcte à ses créations est plus problématiques.
Les enjeux sont faibles malgré les bonnes idées très SF qu’il injecte dans le récit et les rappels à notre propre histoire lorsque les Impériaux, conscients de la mort de l’Empereur, continent de prétendre que son trépas n’est que de la propagande de rebelle.
La sous-intrigue sur Naboo centrée sur Leia n'est là que pour faire un gros clin d’œil aux fans ( oui, c'est la planète de sa mère qu'elle n'a pas connue, oui elle a une sensibilité à la Force:c'est de famille il paraît).
L’un des atouts de la nouvelle trilogie, dont le premier volet est sorti il y a 15 jours, c’est le mystère sur la vie de certains personnages (nouveaux comme anciens) entre l’épisode VI et VII. Ne pouvant pas jouer avec les 30 ans qui séparent les épisodes comme ils le veulent, les auteurs risquent de ne pas pouvoir remplir les trous comme ils l’entendent tant que l’épisode IX ne sera pas sorti. Rucka a donc une excuse valable de ne pas pouvoir trop en faire mais il y a une certaine paresse ( un dépit ? ) dans le fait de ne pas hausser le niveau d’écriture dans son histoire alors qu’il pouvait arriver à la même conclusion.
Première suite non-cinématographique au Retour du Jedi, Les Ruines de l’Empire ne se situe pas dans le haut du panier et peine à convaincre face aux récits qui forment l’univers étendu, un univers désormais considéré comme parallèle.
Il est par contre appréciable de constater que malgré l’existence d’un tel univers, tout n’a pas été exploré et que les nouvelles pages blanches peuvent se remplir de choses jamais vues avant ou traitées différemment.
Avant d’aller plus loin, remettons les choses dans leur contexte. Le fan de Star Wars n’a pas attendu 2015 pour voir débarquer de nouvelles aventures de Luke Skywalker et consorts. Très tôt, en 78, sort un roman faisant suite à l’épisode 4 ( mais considéré comme non-canonique) et Marvel publie durant des années des histoires ( non-canoniques également) dans cet univers. Mais au début des années 90, Lucas donne son feu vert pour que sa saga ait une suite en romans : L’héritier de l’empire,
La bataille des Jedi et L’ultime commandement formeront officieusement les épisodes 7 à 9. Ensuite, d’autres romans viendront amplifier cette saga, certains se situant entre des épisodes ( la guerre des clones, on a rien vu au ciné par contre en comics y a de la matière). Les comics ne seront pas en reste.
Tout cela forme l’univers étendu de Star Wars.
Mais lorsque Disney rachète Lucasfilm et met en chantier de nouveaux films, il est décidé de faire dans l’inédit. Pour ne pas dépendre d’un matériau trop lourd et encombrant qui limiterait la créativité et pour surprendre tous les spectateurs, connaisseurs ou juste admirateurs des films.
Bref, cet univers est désormais considéré comme ne faisant pas partie de la continuité officielle et de nouvelles pages blanches apparaissent soudain.
Le présent recueil contient l’entièreté de la mini-série publiée hebdomadairement par Marvel Comics en Septembre aux USA et raconte les aventures de la pilote Shara Bey …la mère de Poe Dameron, le pilote incarné par Oscar Isaac dans l’épisode VII.
L’action débute en pleine fin du Retour du Jedi où Shara aide Luke à quitter l’étoile de la mort sans se faire dézinguer par des intercepteurs TIE. Plus tard, elle accompagnera Leia jusque Naboo et retrouvera Luke qui cherche des restes du grand arbre qui poussait au centre du temple Jedi de Coruscant.
Le scénario est signé par Greg Rucka, spécialiste comics des femmes fortes ( Renée Montoya dans Gotham Central lui doit beaucoup pour sa popularité ). Les dessins sont assurés en grand partie par Marco Checchetto qui avait travaillé sur la série Punisher avec Rucka.
Cette collaboration a donné lieu à la série Punisher la plus aboutie à ce jour. Voir ces deux là se réunir sentait donc bon.
Comme la série est hebdomadaire, Checchetto a reçu l’aide le temps d’un numéro d’Emilio Laiso et toute la sous-intrigue sur Naboo centrée sur Leia a été mise en image par Angel Unzueta. Rien de dramatique, les dessinateurs ont tenté de fournir une continuité graphique assurée par l’encrage et la colorisation. C’est beau mais pas transcendant, les dessinateurs ont bossé dans l’urgence et malgré des dessins tout à fait corrects, il manque quelque chose, un je ne sais quoi d’âme peut-être.
Le scénario quant à lui est loin d’être passionnant. On suit Shara Bey de mission en mission sans que la tension ne monte vraiment. Rucka nous a habitué à mieux, que ça soit en terme d’intrigues courtes ( Queen & Country , sa série d’espionnage, était centrée sur ce genre de procédés) ou de caractérisation de personnages. Qu’il ne puisse pas changer la nature de Luke, Leia et Han est une chose, qu’il échoue à donner une épaisseur correcte à ses créations est plus problématiques.
Les enjeux sont faibles malgré les bonnes idées très SF qu’il injecte dans le récit et les rappels à notre propre histoire lorsque les Impériaux, conscients de la mort de l’Empereur, continent de prétendre que son trépas n’est que de la propagande de rebelle.
La sous-intrigue sur Naboo centrée sur Leia n'est là que pour faire un gros clin d’œil aux fans ( oui, c'est la planète de sa mère qu'elle n'a pas connue, oui elle a une sensibilité à la Force:c'est de famille il paraît).
L’un des atouts de la nouvelle trilogie, dont le premier volet est sorti il y a 15 jours, c’est le mystère sur la vie de certains personnages (nouveaux comme anciens) entre l’épisode VI et VII. Ne pouvant pas jouer avec les 30 ans qui séparent les épisodes comme ils le veulent, les auteurs risquent de ne pas pouvoir remplir les trous comme ils l’entendent tant que l’épisode IX ne sera pas sorti. Rucka a donc une excuse valable de ne pas pouvoir trop en faire mais il y a une certaine paresse ( un dépit ? ) dans le fait de ne pas hausser le niveau d’écriture dans son histoire alors qu’il pouvait arriver à la même conclusion.
Première suite non-cinématographique au Retour du Jedi, Les Ruines de l’Empire ne se situe pas dans le haut du panier et peine à convaincre face aux récits qui forment l’univers étendu, un univers désormais considéré comme parallèle.
Il est par contre appréciable de constater que malgré l’existence d’un tel univers, tout n’a pas été exploré et que les nouvelles pages blanches peuvent se remplir de choses jamais vues avant ou traitées différemment.
vendredi 25 décembre 2015
Retour en Force.
C'est une période de grand trouble. Depuis 3 ans, George Lucas ne dirige plus Lucasfilm, société qui a été rachetée par l'Empire aux grandes oreilles de Mickey. Les fans ont peur et sont aussi impatients. Les salles sont assiégées lors de la sortie du film.
Les esprits sont échauffés, les émeutes guettent si le long-métrage échoue à restaurer la paix et la stabilité dans le cœur des amoureux de la guerre des étoiles.
Et moi, je gagne du temps en écrivant un texte d'introduction qui ressemble à ceux qui défilent avant chaque épisode d'une saga mythique...
George Lucas avait beau le claironner depuis des années, il avait beau crier sur tous les toits que jamais Star Wars ne reviendrait au cinéma, l'espoir ne s'est jamais vraiment éteint. Il aura néanmoins fallu que Disney rachète Lucasfilm et décide de rentabiliser son achat pour que la Force et les sabres lasers reviennent chatouiller nos âmes. Disney qui, en 2012, désirait posséder son « Star Wars » en adaptant les aventures de John Carter (injustement boudées en salles) et qui a fini par décider qu'il valait mieux sans doute posséder Star Wars tout court que de tenter d'avoir sa propre saga. Cruelle ironie, les romans sur John Carter avait été une influence majeur de Lucas lors de l'écriture du film sorti en 77. Les voies de la Force sont impénétrables.
Bref, Star Wars est de retour. Et pour orchester ce retour, la directrice de Lucasfilm a réussi à convaincre J.J Abrams de se lancer dans l'aventure. Abrams, c'est l'homme qui a ramené Star Trek sur grand écran par deux excellentes fois, c'est aussi un disciple absolu de Steven Spielberg et qui a grandi dans la pop-culture. Pour savoir une chance de réussir , Abrams écrit le scénario avec Lawrence Kasdan, le scénariste de L'Empire contre-attaque, l'un des épisodes préférés des fans de la saga.
30 ans ont passé. L'Empire n'est plus mais le mal ne meurt jamais et les cendres du système politique de Palpatine servent à l'émergence du Premier Ordre. Face à cette menace , la République soutient un groupe de résistance armé mené par la princesse Leia.
Luke Skywalker a disparu mais personne ne le croit mort. Il est l'ennemi à abattre pour le premier Ordre & un mystérieux guerrier du côté obscur : Kylo Ren.
Sur la planète Jakku, Poe Dameron, un pilote chevronné trouve ce qui semble être une piste menant à Skywalker. Avant d'être fait prisonnier , il a le temps de cacher les données dans son droïde : BB-8. Ce droïde sera retrouvé par Rey, jeune fille pilleuse d'épaves qui rêve de s'envoler vers les étoiles et par Finn, déserteur du Premier Ordre. Leur rencontre va les lancer dans une aventure tournée à la vitesse lumière !
L'un des gros points positifs de cet épisode c'est sa fidélité absolue à la trilogie des années 80. Peut-être trop car on a parfois l'impression de revoir des passages remakés. Mais, J.J Abrams ne nous plonge en terrain connu que pour mieux nous faire sentir à l'aise dans ce qui est pourtant une terra incognita. Les codes sont là, on va donc secouer et s'amuser avec tout ça.
Car de par sa nature, Star Wars n'est pas original. Star Wars est une épopée classique dans ses grandes lignes et toutes les épopées possèdent grosso modo le même schéma narratif. La force de Lucas en créant cet univers aura été de régurgiter ses lectures mythologiques classiques mais aussi ses lectures, ses goûts de cinéphile,etc…En voulant retrouver et offrir au public ce qui l'a marqué durant son enfance et son adolescence, Lucas créa un mythe moderne. Et puisque Star Wars est un mythe qui se nourrit de mythes, il était cohérent que la saga finisse par se nourrir d'elle-même. Mais Abrams est coutumier de cela. Les trekkies le savent bien : Into Darkness jouait déjà énormément avec Star Trek 2 tout en créant des effets de miroir ou de miroir inversé. C'est la façon de faire de J.J Abrams pour s’approprier un univers et respecter des mondes qui ne sont pas les siens. Et ça marche. Ça ne révolutionne rien au sein de Star Wars (il y a des codes à respecter, impossible de partir dans un délire à la Jupiter Ascending quand on s'inscrit dans le respect d'une tradition ) mais ça agence les ingrédients de manière différentes.
Et contrairement à Terminator Genisys ou Jurassic World qui reprenaient (parfois plan par plan) des situations des premiers films pour les upgrader en pyrotechnie ou images de synthèses en jouant avec la nostalgie des fans pour que ça fonctionne (et ça ne fonctionnait pas), The Force Awakens se sert des rappels et de la nostalgie du public pour bifurquer, proposer quelque chose de neuf ou de tordus par rapport au récit d’origine.
La nostalgie est ici un outil pour mettre les vieux fans en confiance mais pas au détriment d’un travail capable de parler aux spectateurs qui entreraient dans la saga par cet épisode. La nostalgie fonctionne quand on prend des personnages anciens pour jouer avec, hors c’est bien par le biais de tous nouveaux héros que nous entrons dans l’intrigue de cet épisode. Et qu’on s’attache à eux alors que nous ne les avions jamais croisés dans la saga avant est bien la preuve que la nostalgie n’est pas le moyen employé pour que le public accroche. D’ailleurs, les rares fois où elle est vraiment employée ( à savoir les quelques petites minutes entre Leia et Han Solo, la magie opère moins bien).
Non, les moyens c’est d’abord une réalisation nerveuse où le mot cinématographe prend soudain tout son sens : ciné vient du mot kiné en grec et qui signifie le mouvement. Et le mouvement de la caméra, des acteurs, etc…est constant durant les deux premiers actes, dommage que le dernier acte soint moins prenant et manque soudain de rythme, comme si l’énergie avait été absorbée par les deux premiers, le troisième se contenant d’un savoir faire indéniable et d’une dernière séquence belle à faire pleurer.
Se basant sur une vérité trop souvent oubliée, à savoir que le cinéma est avant tout un art vi-zu-el, J.J Abrams fait passer énormément de chose par l’image et la mise en scène : inutile que les personnages déclament quinze minutes de texte après l’action quand l’action et un minimum de dialogues peuvent faire passer énormément d’informations sur la psychologie et la façon d’être des personnages.
Le droïde BB- en est un bon exemple : sa forme ronde le rend bien plus mobile que R2-D2 par exemple, et ses mouvements de têtes permettent de lui prêter des émotions ! Sur un robot absolument pas anthropomorphique pour un sou et qui produit des bips au lieu de parler !
Les moyens , ce sont aussi des acteurs plus ou moins inconnus du grand public. Bien entendu, Harrison Ford est un vieux de la vieille qu’on ne présente plus mais il nous offre ici quelque chose qu’il n’avait plus fait depuis longtemps : transmettre qu’il aime encore jouer la comédie en proposant autre chose qu’un mode automatique (la dernière fois, c’était en Indiana Jones pour Spielberg en 2008, et avant ça , ça devait remonter aux années 90).
Oscar Isaac n’est pas un débutant mais à part les cinéphiles, peu savent mettre un visage sur son nom ou inversement (Agora, A most violent year, Drive, sont pourtant de très grands films) mais cela est appelé à changer car nous le retrouverons dans une autre usine à rêve : X-men Apocalypse en Mai 2016 ! Loin de ses rôles profonds et sérieux, Isaac offre ici un personnage plus léger mais pas creux pour autant, Poe Dameron utilisant clairement l’humour et la bonne humeur pour supporter sa vie de pilote .
John Boeyga incarne Finn, un déserteur ayant croisé la route de Poe, là aussi, le sérieux côtoie le comique dans ce personnage qui cherche à fuir et qui devra se raviser.
Adam Drive est Kylo Ren, le bad guy du côté obscur du film (encore que ça ne soit pas si simple à en croire le roman tiré du film; affaire à suivre donc).
Il réussit en quelques séquences à faire ce qu’Hayden Christensen n’arrivait pas en deux films (ne jetons pas trop la pierre sur le petit Hayden, l’écriture de Lucas n’aide pas quand on est un débutant).
Et enfin Daisy Ridley dans le rôle de Rey. Elle, c’est le croisement improbable entre Natalie Portman et Keira Knightley,auquel Audrey Hepburn aurait été marraine la fée, le tout servant le personnage le plus complexe de ce premier film.
Capable de passer en un clignement d’yeux de l’exaltation à la tristesse, elle marque le film de son empreinte. Empreinte militante, son personnage transformant le film en tout sauf en remake des 6 précédents où la demoiselle en détresse, même forte, avait besoin à un moment ou un autre de son « chevalier » servant. Ici rien de tout cela, quand elle est en danger, elle s’en sort seule (même quand ses potes arrivent pour la secourir, elle a fait le boulot avant eux ! Son personnage rejoint le trio de femmes fortes de cette année, à savoir Furiosa dans Mad Max Fury Road et Ilsa Faust dans Rogue Nation ).On dirait presque que le film répète un mantra en boucle : la femme est à l’avenir de l’homme. Et cette femme-là c’est l’avenir de Star Wars.
Détail amusant, si ce Star Wars s'inscrit dans la veine des femmes jouant à égalité avec les hommes ( qui ont parfois du mal à le concevoir), le film de 77 aurait pu être en avance sur son temps : Lucas avait un temps envisagé de faire de Leia...l'héroïne venue de Tatooine pour partir à l'assaut des étoiles.
Et si j’en parle en dernier, c’est juste pour ne pas déstabiliser le texte en l’encensant tandis que je ne fais que parler des autres.
Les moyens se sont aussi les choix artistiques. Le choix de tourner sur pellicule d’abord, loin des approximations des derniers épisodes de Lucas au niveau du rendu de l’image (mais n’oublions pas que c’est grâce à ce choix de Lucas que désormais, le numérique a évolué vers un rendu plus proche de la pellicule). C’est également le choix de ne pas user et abuser des effets numériques ( qui ont été plus souvent employés pour effacer que pour ajouter selon les propos du réalisateur) et de filmer les effets le plus souvent possibles sans renier les technologies modernes : les maquillages et les prothèses côtoient ainsi la motion capture, des explosions ont lieu sur le tournage, énormément de scènes sont tournées en décors naturels : le désert d’Abu Dhabi, l’Islande, les îles Skellig en Irlande (ah ça donne envie de les visiter en plus ! ).
Seul point noir ? Le pire effet spécial du film, celui dont on remarque sans coup férir l'artificialité, c'est le lifting de la princesse Leïa.
C’est aussi le retour de John Williams à la musique. Si Papy Williams arrive toujours à fournir de belles mélodies, l’âge commence à venir le chatouiller : le souffle n’est plus le même et ce compositeur old school n’arrive peut-être pas à s’adapter à un style comme celui de J.J Abrams. À mon sens, le compositeur attitré de Abrams, Michael Giacchino, aurait été un meilleur choix bien qu’hérétique pour les fans car Giacchino est non seulement coutumier de travailler avec J.J Abrams mais il se place dans une tradition de composition fort proche de Williams et de feu James Horner ( quand celui-ci se donnait la peine il était un des meilleurs. D’ailleurs, sa mort laisse Avatar 2 orphelin de compositeur : James Cameron, si tu me lis, engage Giacchino ! ).
John Williams livre donc une belle copie mais à laquelle il manque quelque chose de puissant, les accents à la Wagner semblent très en retrait.
Par contre, je tiens ici à descendre les commentaires visant à dénigrer sa musique en affirmant qu’elle ressemble trop à celle des Harry Potter qu’il a composés …car ses Harry Potter avaient une musique fort proche de Star Wars ! Voila, c’est dit !
Comme je le disais plus haut, Star Wars, c’est un mythe jouant avec les codes des mythes et des épopées. L’océan d’étoiles ayant remplacé la mer Méditerranées d’ Énée, les planètes se substituant aux îles traversées par Ulysse. Lorsque le sabre laser bleu de Luke Skywalker lui est transmis par Obi-Wan, c’est l’image de l’épée de Siegfried qui est convoquée : ce héros nordique reforgeant l’épée de son père avant de partir à l’aventure. Quand ce sabre apparait dans The Force Awakens, il est impossible de ne pas penser à ce concept de transmission générationnelle ( c’était le sabre d’Anakin avant d’être celui de Luke) mais bim bam boum, le terrain connu devient terra incognita ( je me répète) car c’est soudain l’imagerie d’Excalibur qu’on nous balance ! Idem pour le schéma de l’appel de l’aventure que Joseph Campbell avait théorisé : il est là, il est bien là, mais décalé dans le temps par rapport aux personnages. Impossible de tout répertorier sans divulguer toute l’intrigue mais pour peu que vous connaissiez vraiment Star Wars (et donc ses influences) , vous devriez les retrouver très vite.
Non, The Force Awakens n’est pas un remake de l’épisode 4 : il se place dans un contexte biberonné aux mythes et à l’Histoire, deux concepts qui, qu’on le veuille ou non, sont basés sur la répétition de schémas généraux enveloppés par de subtiles variations ( je vous invite à lire ou relire les romans du cycle La forêt des mythagos de Robert Holdstock à ce sujet ou d'ouvrir un bouquin de mythologie comparée, c'est même fun de prendre LA BIBLE et de la passer au crible : tout ou presque est pompé sur des textes plus anciens).
Et ce sont ces variations qui lancent l’histoire dans des directions différentes ( les deux premières trilogies sont en tous points différentes dans l’intrigue et pourtant les points de départs sont pareils pour les Skywalker et les points de convergence aussi : Anakin et Luke rencontre un sage qui va les mener à quitter leur zone de vie, ce sage mourra pour laisser un autre Jedi les former, la confrontation ultime se fait face au père , de substitution pour Anakin, biologique pour Luke, etc…). Il a donc les défauts (oui, le film n’est pas parfait) de ses qualités : quelques ficelles apparentes viennent faire tiquer mais guère plus que les ficelles des épisodes précédents, là encore, on retrouve ce sens des écrits mythologiques et de contes de fée qui forment l’ADN de la saga, certains effets spéciaux auraient pu être mieux gérés et trop de questions laissées en suspens peuvent parasiter la première vision du film.
Mais la Force est de retour ! Et de bien belle manière.
Publié par
Geoffrey
à
19:13
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