jeudi 21 juillet 2016

8 degrés de séparation.

Puisque la série American Vampire connaît des pauses entre ces cycles d’arc narratifs, le dessinateur Rafael Albuquerque doit trouver des projets pour gagner sa croûte ( son comparse Scott Snyder a la chance de scénariser plusieurs séries en même temps, lui , luxe que peu de dessinateurs peuvent se permettre tant leurs dessins risqueraient de subir une perte qualitative pour suivre des délais mensuels de livraison de planches). Il lui faut donc des projets pour subvenir à ses besoins.

C’est avec le scénariste Mike Johnson qu’il collabore (en tant que dessinateur mais aussi co-scénariste) à la série Ei8ht ( eight : 8, en anglais). Une aventure de science-fiction et de voyages temporels qui finissent mal puisque dès les premières pages, le héros débarque dans un environnement étrange : la mélasse. Ni passé, ni présent, ni futur, la Mélasse est une dimension temporelle étrange dominée par un tyran. Joshua, le protagoniste principal a perdu une partie de sa mémoire mais quelques flashbacks permettent au lecteur d’en savoir un peu plus que lui sur le pourquoi du comment.

Le récit est intéressant et propose une variation sur les voyages dans le temps intéressante puisque la machine a des ratés et plonge le personnage non pas dans une époque particulière mais dans un lieu hors du temps où divers éléments des époques passées et futures se sont dispersés, perdus pour X raisons. Ainsi, la technologie médiévale côtoie des dinosaures domestiqués et les modes vestimentaires varient et tirent parfois vers l’aspect Mad Max. Joshua tombe aux mains de rebelles au régime et va devoir s’allier à eux s’il souhaite rentrer chez lui.

On retrouve dans ce comic book bon nombre de lieux communs vus et revus : un héros avec un drame personnel à gérer, un empire du mal, des rebelles un peu bourrus mais pour qui le héros prendra fait et cause, un début de romance compliquée…rien de bien original. Même le coup de la dimension parallèle hostile n’est pas vraiment neuve et manque d’ampleur comme terrain de jeu ( rappelons que dans le même genre de voyage qui foire, Black Science de Rick Remender propose des dimensions hostiles et très exotiques à la pelle accompagnées par une belle écriture).



Cependant, malgré quelques clichés et facilités énervantes ( le gamin rebelle qui en sait plus que les autres et est un as sans vraie raison) , le récit se lit sans déplaisir, grâce à un dessinateur emballant qui donne un ton prenant et agréable à ce récit avant tout tourner sur l’action,le rythme et le suspens. Les pistes à explorer dans cet univers le seront sans doute dans le second tome, cette première salve servant sans doute à planter quelques graines et à fournir un récit, si pas original, au moins difficile à lâcher en cours de route. Mais il faut absolument que la série délaisse ses facilités pour réellement décoller : un élément introduit très tôt dans le récit et résolu sur la fin ne surprendre pas les vieux briscards de la science-fiction qui devineront vite l’embrouille au vu su sujet traitant de l’espace-temps.
En l’état, la prise de risque est donc minime et trop d’éléments sentent le réchauffé piqué à Hollywood (on pense à Avatar , John Carter , Mad Max  et j’en passe).




Albuquerque ,dont le trait est toujours reconnaissable, semble un peu moins en forme que sur American Vampire dans ses cases mais reste redoutable dans sa gestion des angles et de la narration visuelle, détail qui permet en grande partie de ne pas décrocher du récit. Les codes couleurs sont aussi intéressants : une teinte dominante pour différencier les époque et la Mélasse est utilisée et permet de toujours savoir où l'on se trouve. Ce procédé agréable pour ne pas se perdre possède quand même un énorme défaut : il empêche les auteurs de mentir au lecteur sur l'endroit/époque et cela coupe l'herbe sous le pied à toutes idées de "montage" qui permettrait de balader le lecteur et de le faire tomber dans certains panneaux.




Bref, voila une série de SF sympathique et bien dessinée mais qui souffre de la comparaison avec une de ces concurrentes directes. La faute à une équipe de scénaristes peu emballante ( Albuquerque n’est pas scénariste depuis longtemps et Mike Johnson est surtout un exécutant zélé plus qu’un auteur chevronné et audacieux ).  Si vous êtes en manque de SF cet été et que vous ne voulez pas vous prendre la tête, foncez. Sachez néanmoins que ce tome comprend les 5 premiers numéros américains et que la série n'en compte pas encore 6 ( et sans doute pas avant un moment étant donné que Albuquerque travaille désormais sur le destin graphique de Batgirl en attendant que Scott Snyder ne le sollicite pour le troisième cycle d'American Vampire).

Urban comics propose ce premier tome au prix de 10€, un prix de lancement qui ne durera pas au-déla de l’année civile, qu’on se le dise.

Le sang de l'Amérique.

American Vampire, la série écrite par Scott Snyder, revient pour un 8éme tome ( 10éme si l’on compte les deux hors-séries dont la lecture reste essentielle pour tout comprendre ).

Dans les tomes précédents, la série avait pris un nouveau tour. Alors que la série s’était auparavant à faire l’inventaire des différents espèces de vampires en les mêlant à l’histoire du XXème siècle, le nouveau cycle présente un mal ancien, millénaire, qui pourrait bien se répandre sur Terre comme une plaie gigantesque.

Pearl Jones, Calvin Poole et Skinner Sweet, les "vampires américains" , se sont associés pour découvrir qui est le Marchant Gris, cet homme énigmatique qui semble servir " la Bête", une créature capable d'infecter même la race la plus résistante de vampires. Leur quête les mêmes à rencontrer les restes rachitiques de l'organisation des Vassaux de Venus dirigée par Félicia Book (dont les aventures annexes à la série principales peuvent être lues dans cet ouvrage et son petit frère ).
Les deux groupes vont devoir s'associer s'ils veulent espérer réaliser la plus importante mission de leur vie en détruisant le mal à l'origine de tous les maux.

Snyder augmente la menace mais ne diminue pas son talent, au contraire. Le récit est mené tambours battant sur fond de révision de l’Histoire (les vraies raisons qui dictent les actions des puissants et menant les nations dans le maelstrom chaotique de l’Histoire sont intimement liées au surnaturel , un truc tout simple mais très efficace pour ancrer la série dans une sorte de réalisme altéré par les forces immatérielles du bien et du mal).
Scott Snyder reste un auteur dont les obsessions se retrouvent de séries en séries (et ce même dans des œuvres plus grand public comme ses «  Batman » ) : trouver des liens entre différents mythes ( religieux, littéraires), cultures & civilisations , tordre les concepts sur les créatures folkloriques ou encore son envie de décortiquer les noms des choses pour en dévoiler la vraie nature. Ses tics d’écritures s’imbriquent dans une envie de convier les symboles connus et de surprendre le lecteur érudit.
Une connaisse pointue que ses détracteurs qualifient volontiers d’attitude pédante et hautaine mais Snyder ne donne pas cours où se regarde écrire, il joue avec la culture dans un but qui sert son histoire (et qui permet même d’apprendre des choses au lecteur au passage : lire sert à apprendre, le savoir est livresque après tout, internet n’est qu’une extension).




Alors que le récit file à toute allure sans jamais sacrifier les liens entre les personnages et leur psychologie, Snyder se permet des retournements de situation parfois drastiques qui risquent d’avoir des répercussions importantes et intrigantes lors des tomes suivants.

Aux dessins, on retrouve bien sûr Albuquerque Rafael , dessinateur de la série depuis les débuts il y a plusieurs années. Son trait a évolué depuis, ses petites scories ont disparu et son sens du story telling s’est affiné. Un vrai plaisir des yeux de la part d’un artiste possédant un style unique.

American Vampire reste donc le haut du panier des séries fantastiques éditées par DC Comics/ Vertigo et dont Urban Comics propose les traductions en français. Une lecture toujours conseillée depuis que j’écris sur ce blog et ce dernier tome ne va pas me faire changer mon fusil d’épaule.



dimanche 17 juillet 2016

"We have a black lord down, we have a black lord down"

Depuis le rachat de Lucasfilm (et de ses licences, comme celle qui nous va nous occuper le temps cet article,  Star Wars ) , il a été clairement dit que tous les récits annexes qui ont vu le jour dans les comics ou les romans ne seraient plus considérés comme faisant partie intégrante de l’univers de la guerre des étoiles.

Très vite, Disney a mis en place une ligne de comics se déroulant entre l’épisode IV et le V ( Un nouvelle Espoir et L’Empire contre-attaque, donc). Ces comics viennent remplacer les quelques histoires racontées auparavant et occupant la même place chronologique (yep, les roman de Zhan sur la Jeune Mara Jade par exemple, bin ils passent à la trappe et sévère ). 
Le mensuel Star Wars, scénarisé par Jason Aaron , raconte les aventures des rebelles après la destruction de l’Étoile Noire par Luke Skywalker. Le second mensuel, Darth Vader, se concentre sur la vie et les obligations de la main droite de L’Empereur (car chasser les rebelles est une occupation parmi tant d’autres) qu’est Dark Vador ( Darth Vader en VO) et est écrite par Kieron Gillen.






Hors, si les deux séries se répondent parfois du fait qu’elles se passent en même temps, elles n’ont jamais vraiment fait l’objet d’un cross-over. C’est maintenant chose faite avec Vader Down,traduit par Dark Vador : abattu. Cet événement éditorial est scénarisé par les deux scénaristes des séries qui travaillent donc de concert.

Dark Vador cherche Luke Skywalker , le pilote qui a détruit la base spatiale de l’Empire. Il sait désormais avec certitude que Luke est son fils et qu’il lui a été caché par Obi-Wan Kenobi,son ancien maître. Vador reçoit l’information que Luke se trouve sur une planète désertique et décide de s’y rendre. Mais Luke n’est pas seul, il est parti avec un escadron pour s’entraîner à plusieurs exercices militaires. Vador tombe donc au milieu d’un escadron complet et malgré des capacités de pilote hors-pair , il finit par se cracher sur la planète. En même temps que Luke. Vador est vite confronté à un bataillon complet de rebelles bien décidés à en finir avec lui. Mais le nombre impressionnant de soldat ne compte peut-être pas face à un ancien Jedi passé maître dans l’art du côté obscur.

L’intrigue est menée tambours battant. Pas de temps morts et pourtant les personnages n’existent pas que dans leurs fonctions, une vraie profondeur psychologique se dégagent au milieu de cette bataille déséquilibrée mais pas forcément pour le camp auquel on pense. Si Luke et sa bande sont bien présents, c’est surtout Vador lui-même qui tire la couverture, empêtré à la fois dans une situation guerrière contre la rébellion et des querelles intestines impériales qui pourraient lui coûter sa place auprès de Palpatine. Vador est sur un siège éjectable depuis la destruction de l’Étoile Noire et le noir seigneur va devoir user tant de ses capacités dans la Force que dans sa ruse, son astuce et la malveillante intelligence froide et calculatrice qu'il incarne !
Autant le dire tout de go : jamais vous n’avez vu Vador comme cela (encore que les rumeurs laissent entendre que son retour sur grand écran dans le film Rogue One nous offrira un Vador über-powerful ).
Le cross-over se permet même le luxe de rajouter quelques petites couches à la mythologie des Jedi, des couches qui, on l'espère, ne resteront pas inexploitées !




Aux dessins, on retrouve le très en forme Mike Deodato Jr dont le trait réaliste et son amour pour les jeux d’ombres font merveilles lors des phases spatiales tout en étant plus classique une fois à terre. Il est accompagné par l’espagnol Salvador Larroca qui lui aussi tente de coller au plus près des visages des acteurs originaux. Même si leurs styles respectifs sont différents, ils se place tout deux dans une certaine mouvance qui permet de croire à une unité graphique dans le récit ( rien de pire, selon moi, qu’une bonne histoire dont le dessinateur change tous les 2 ou 3 numéros au sein d’un même arc narratif).
Les coloristes ont aussi fait en sorte que la palette employée crée ce sentiment d’unification de l’histoire alors qu’elle est divisée sur plusieurs séries.




Mike Deodato Jr.

Au final, Vader Down est un comics prenant, bien écrit et bien dessiné, qui redistribue quelques cartes et promet des choses intéressantes pour la suite du mensuel Star Wars et de son frère éditorial Darth Vader.
La Force était avec les auteurs…et les lecteurs !


Salvador Larroca.

vendredi 1 juillet 2016

You had one Jobs !

Steve Jobs. Voila bien un nom que tout le monde connait désormais. Pourtant, ce pionner de l’informatique aura attendu longtemps avant que le grand public ne l’associe à une grande marque, contrairement à Bill Gates. Enfin soit, depuis le succès des nouveaux produits à la pomme croquée à la toute fin des années 90, l’homme était reconnu, admiré, conspué, détesté, aimé, etc… Il en va des visionnaires comme des odeurs : ils ne laissent pas indifférents.

Si Mark Zuckerberg avait eu droit à son film de son vivant, Jobs aura attendu son trépas pour être honoré par le grand écran…deux fois. Mais « Jobs » ne compte pas, c’est un mauvais film déjà oublié par tout le monde. «  Steve Jobs » par contre, c’est une toute autre histoire.

Peu après la mort de Jobs, les rumeurs vont bon train sur l’apparition au cinéma d’un film sur sa vie. Très vite, deux projets concurrents voient le jour. Dont l’un devant réunir Aaron Sorkin, le scénariste de The Social Network, et David Fincher, réalisateur du film suscité. Mais la vie étant ce qu’elle est, le projet atterrira entre les mains de Danny Boyle. Capable du passable ( Trainspotting, Sunshine) comme du pire ( Slumdog millionnaire, The Beach ), Boyle est certes un plasticien intéressant mais reste un réalisateur peu ambitieux. Mais ! Mais le scénario de Sorkin est si bon qu’un chimpanzé réussirait le film. Bref, impossible de se vautrer. Mieux, Boyle se pose même quelques questions de mise en scène pour faire passer le film. Et pose une idée toute conne mais fantastique pour plonger le spectateur dans les différentes époques qui forment le film.

Le film se divise en 3 actes bien distincts. Chaque acte se déroule, en temps réel, 40 minutes avant les conférences visant à lancer des produits supervisés par Jobs. 1984,1988,1998.
84 est filmé en 16mm : le grain est énorme et donne un cachet vieillot à l’histoire.
88 est filmé en 35 mm : le grain s’estompe, la technique cinéma a évolué.
98 est filmé en numérique : l’image est lisse , propre.
Ce travail immerge le spectateur , de manière consciente ou pas , et pose tant les bases de l’époque visitée que des métaphores sur l’informatique : la technologie évolue, l’image aussi.





Dans le rôle principal, Michael Fassbender EST Steve Jobs. L’acteur est passé à côté de l’Oscar et il faut se demander pourquoi. C’est pourtant la meilleure interprétation de l’année, voire de la décennie. Il incarne et retranscrit toute la complexité d’un homme exécrable mais bon, égocentrique mais fidèle en amitié, bref, un personnage hors normes. Du pain béni pour un acteur. Un plaisir total pour le spectateur. 2 heures de film mais jamais, jamais l’impression que tant de temps ne passe : Einstein l’a dit après tout, le temps est relatif.

mercredi 25 mai 2016

X-Men : Apocalypse now !

Deux ans après le retour de Bryan Singer aux commandes sur la franchise aux mutants adaptée du catalogue Marvel Comics, celui-ci nous revient pour l’Apocalypse (rien que ça) sobrement annoncée par une scène post-générique de Days of Future Past ( que ce soit dans la version cinéma ou la Rogue Cut, version longue du film et bien plus intéressante).
Avant de pleinement rentrer dans la fin du monde, petit (très petit) état des lieux.

"La mutation, c'est la clé de notre évolution.
C'est elle qui nous a mené de l'état de simple cellule à l'espèce dominante sur notre planète,
le processus est long et remonte à la nuit des temps, mais tous les deux ou trois cent mille ans, l'évolution fait un bond en avant..."

X-men est assurément, pour le meilleur et pour le pire, la franchise cinématographique qui aura réellement permis l’avènement du Super-héros comme modèle économique viable dans les salles obscures. Avant elle, les adaptations de comics centrées sur les super-héros existaient ( Superman de Richard Donner, Batman de Tim Burton ) mais ils ne s’agissaient là que de tentatives sporadiques de la part de gros studios.
Singer décide de traiter le sujet au premier degré sans parodier ou ridiculiser le concept du héros costumé.
Mieux, il se sert de la métaphore mutante (déjà présente dans les comics) pour bien faire passer les messages de tolérances envers la différence : Juif et Homosexuel, Singer semble bien placé pour aborder de tels sujets. Le cas fera école ( la trilogie Dark Knight de Christopher Nolan en est un bon exemple).
16 ans plus tard, la boîte de Pandore ouverte par Bryan Singer a fait émerger des dizaines de films, pour la plupart des succès publics ( voire le box office ) faute d’être forcément des succès critiques ( mais on connait la frilosité face aux films de genres de la critique européenne ) et , plus grave, faute d’être forcément des bons films : la tendance semble vouloir s’inverser mais tant que ça ne sera pas confirmé, il suffit de voir la filmographie de Marvel Studio : plus de purges infernales mises en boîte à la va-comme-je-te pousse (le concurrence fait des films sérieux ? Démarquons-nous en faisant des blagues débiles. Bravo…et le pire c’est que ça vent des billets de cinéma) que de films avec un propos et une cohérence filmique ( Les 3 « Captain », le 3éme Iron-Man , Increbible Hulk, Avengers 2 : c’est peu et aucun n’est exempt de défauts gênants). Passons aussi les lamentables reboots de Spider-Man commis par l’opportuniste hypocrite qu’est Marc Webb.
La franchise mutante n’est pas en reste puisque  X-Men The Last Stand et X-men origins : Wolverine sont voués aux gémonies des fans et des cinéphiles.
Le modèle est donc viable mais doit être affiné, toutes les mutations ne survivent pas mais toutes permettent de poser un constat et de voir quel chemin est le meilleur à prendre.  Les X-Men , à l’été 2000, ont lancé la mutation et il n’aura fallu que quelques années pour que le cinéma hollywoodien face un bond en avant…mais vers quoi ? Seul l’avenir nous le dira.








« Les mutants. Depuis que leur existence est connue, ils ont suscité la peur, la méfiance, voire la haine. Le débat divise la planète, les mutants représentent-ils le prochain stade de l’évolution ? Ou s'agit-il d'une nouvelle humanité parallèle, revendiquant sa part du monde ? Quoiqu'il en soit, c'est un fait historique, partager le monde n'a jamais été la vocation de l’homme. »

Si les films de super-héros sont des mutants, alors que sont les autres films ? Ouvrez des journaux, des magazines spécialisés ou simplement les réseaux sociaux. La haine farouche face à ce genre de films est palpable, l’on parle d’overdose à chaque nouveau film traitant un personnage issu d’une bande-dessinée américaine.  Au sein même de la communauté «  geek », des clans se forment : pro-Marvel , pro-DC, anti-comic book movie etc…
Les films descendus par le moyen de la comparaison à d’autres films plutôt que par des arguments ( dernier en date : « Civil War est un bon film car il est meilleur que Batman v Superman. »  Connerie abyssale, ça reviendrait à dire que Thor est un bon film car il est meilleur que Alone in the Dark de Uwe Boll. Nota bene : il ne s’agit pas ici de dire que le dernier film de Zack Snyder est mauvais ou digne d’un Uwe Boll , la critique de Batman v Superman se fera cet été, sur base de la version blu-ray de 3 heures) sont légions.
Tout est bon pour fragmenter, ce qu’on appellera vulgairement les geeks ,entre eux, les combats sont intestins et les débats parfois violents.

J’aime à penser que ce modeste blog est une preuve que l’on peut apprécier DC, Marvel et les autres pans de la pop-culture ( John Carter, Star Wars, Avatar, etc…) sur base non pas de parti-pris idéologique mais sur base d’arguments filmiques (et donc de descendre , pour les mêmes raisons, ce que l’on pensait aimer en entrant dans la salle, en ouvrant un livre ou en lançant un film sur son téléviseur).

 Il est d’ailleurs étonnant que certains champions de la geekitude encensent des films comme Jupiter Ascending pour sa synthèse d’influences mythologiques sans reconnaître que les super-héros le font depuis , et ce de manières inconscientes au départ, leurs débuts.
Le cinéma est l’enregistrement de la pensée, selon Godard. Et il y assez de films et de cinémas dans le monde pour partager les diverses pensées formant LE Cinéma. Mais que le débat passionne reste la preuve que le cinéma fait naître en nous des émotions si fortes qu’il nous faut les partager.











Bref, attaquons-nous maintenant au film en lui-même. Il fait suite à Days of futur past et se déroule donc dans une ligne du temps toute neuve.

En 3700 avant notre ère, un groupe de mutants mené par En Sabbah Nur tente de prolonger la vie de ce dernier en transférant son essence dans un nouveau corps. Mais puisqu'il se considère comme un Dieu et se comporte comme un tyran, un petit groupe de dissidents décide de tenter un déicide. En Sabbah Nur disparaît dans l'écroulement de sa pyramide, emportant avec elle une technologie qui semble tout sauf humaine…
1983. Cela fait 10 ans que Raven Darkholme alias Mystique a sauvé le président des USA de Magneto. Les jeunes mutants la considèrent comme une héroïne et un modèle à suivre. Pour se cacher en plein jour, Raven ne se balade plus sous sa forme bleue. Elle parcourt le monde pour sauver des mutants exploités par les humains. Charles Xavier a rouvert son école et accepté la perte de ses jambes et son rôle d’enseignant pacifiste. Quant à Magneto, il a rejoint le monde des humains en Pologne et vit comme ouvrier dans une usine de métallurgie. Il a une femme et une petite fille, Nina.
Erik semble enfin avoir trouvé la paix qui lui manquait tant. Un incident à l'usine révèle sa vraie nature et la police vient le chercher chez lui pour qu'il réponde de ses actes en tant que Magneto.
Au même moment, après un sommeil de 5000 ans, En Sabbah Nur s'éveille dans un monde qu'il ne connaît pas. Mais très vite, il apprend et une vérité dérangeante vient le troubler : le monde appartient aux faibles. Il décide de reprendre son action là où il l'avait laissée et se met en quête de disciples.


Le film est très riche : en thèmes, en actions, en questionnements. Et très fluide. Mais cette fluidité s’acquiert par le sacrifice de nombreux éléments en cours de routes et une trop grande rapidité dans la présentation des personnages et des situations de chacun (nouveaux personnages comme vieux de la vieille ).
C'est le principal reproche à faire à ce film : il manque à vue de nez 20 bonnes minutes coupées au montage. Et si l'histoire est fluide, le montage peut sembler un peu abrupte, il manque parfois quelques secondes à quelques plans pour laisser respirer non pas le spectateur mais le film lui-même pour qu'il paraisse moins artificiel.
Bryan Singer a-t-il de nouveau fait des concessions à la FOX pour sortir un film en salle et pouvoir sortir une version plus personnelle un an plus tard en blu-ray ? C'est envisageable.
Ce gros point noir n'empêche pas l'intrigue d'être comprise bien entendu mais elle rend peu évidente  les raisons qui unissent certains personnages si vite ( ainsi, toute une séquence voyant le jeune Scott Summers/Cyclope,Jean Grey et Diablo partir en vadrouille est sacrifiée en grande partie, ne reste que leur sortie d'une salle de ciné où ils se permettent un commentaire limite méta sur le cinéma et les trilogies, gros pied de nez à X-men The Last Stand ; Tornade n'a que quelques lignes de dialogues, Psylocke et Archangel aussi).
Certaines pistes narratives ne sont presque pas exploitées : la secte contemporaine qui vénère En Sabbah Nur n'apparaît plus dans le film une fois qu'elle a servi à introduire un certain élément alors qu'elle pouvait encore être utile une fois leur dieu de retour.

Le second gros défaut, c'est la pingrerie de la FOX : les effets spéciaux ne sont pas au top. Singer s'arrangent toujours pour les images soient belles même si elles sentent le chiqué mais voila : ça fait tiquer ! Aucun doute que ce défaut s'atténue au fil des visionnages mais en l'état, quand on découvre le film pour la première fois, ça fait un peu tâche.

Un petit défaut, qui ne fera qu'emmerder les fans de comics venus voir un comic book sur grand écran et pas un film tout court, ce sont les différences avec les comics (et le bordel chronologique de la saga que ce film n'arrange pas). 1° En Sabbah Nur se fait appeler Apocalypse dans les comics. Point de cela ici. Il garde son nom égyptien tout du long. Et alors que ses quatre cavaliers portent les noms de Guerre, Famine, Destruction et Mort, le film ne leur donne aucune autre fonction que celle de combattants zélés (notons que zélote est un mot qui provient de la même racine étymologique, coïncidence ? ).
Dans les comics, plusieurs personnes ont fait partie des 4 cavaliers, groupe qui a souvent renouvelé sa composition et pas uniquement avec des mutants : Apocalypse prône la survie du plus fort, mutant ou pas.



Et deux actrices pour Jubilee et Moira dont les âges ne collent pas avec la première trilogie (voire X-men 2 et 3), ça fait très tâche.















Pour le reste, ma foi...Singer en change pas sa recette esquissée avec X-men mais bien discernable depuis X-men 2 : une technique irréprochable, des morceaux de bravoure cinématographiques à faire pâlir n'importe quel réalisateur, une recherche du beau . Le tout enrobé dans un spectacle divertissant sans être abrutissant ou stupide. Encore une preuve que les deux sont conciliables et ne font pas fuir le public lors de leur union.
Qui se souvient de la scène d'intro d'X-Men 2 et de sa virtuosité technique ne pouvait qu'être excité à l'idée de voir ce qu'il ferait d'un mutant comme Quicksilver dont il avait teasé durant des semaines les phases de tournages de Days of future past. Quel dommage que, bien qu'encore une fois il hausse le niveau de jeu, Singer se contente de nous resservir Peter Maximoff en mode super-bolide sur fond de hit musical ( des années 80 cette fois-ci). Certes, la séquence en question défonce tout et reste un morceau de bravoure filmique comme peu arriverait à en faire mais il n'y a rien de neuf dans le principe. Pire, cette séquence en tout point jouissive et qui fait sourire s'insère dans une scène dramatique au possible. C'est le grand écart émotionnel et cela nuit un peu à la tension qui devrait se dégager de l'ensemble.

On regrettera que la recette Roland Emmerich en matière de film catastrophe ait été choisie pour illustrer la dévastation : ce sont toujours des bâtiments emblématiques qui y passent.

Puisque Singer a adhéré au concept des X-Men car il permettait la métaphore, il n'est pas surprenant que certaines images sont nimbées de symbolisme.










[SPOILER]
 Alors qu'Erik se rend sans résistance, sa fille panique d'être séparée de son père et sa mutation se dévoile : une sorte de pouvoir empathique avec les animaux. Laissant sa peur envahir des rapaces, Nina attaque la police...un agent riposte et tue Nina et sa mère. L'image parle d'elle-même : face à l'une des mutations les plus belles qui soit, l'homme tue son lien avec la nature. Dieu crée, l'homme détruit. Erik perd sa famille à nouveau. Magneto revient et, durant tout le métrage, le spectateur ne peut qu'être touché par Erik. Sa rage, aussi dévastatrice qu'elle soit, est compréhensible. Point de manichéisme avec ce personnage.

Idem avec l'apparition du Phénix. Symbole de vie et de renouveau.  Jean Grey déchaîne enfin le Phénix que Xavier tentait de garder sous contrôle dans la première trilogie : ce qui mènera à la mort de Jean et son retour sous forme de Dark Phoenix.  La femme est symbole de vie, le phénix aussi. En acceptant ce qu'elle est , Jean détruit En Sabbah Nur qui n'était que la mort.
« Tout est révélé » seront ses derniers mots. Double sens puisque Apocalypse signifie en réalité révélations ( Jean de Patmos, en écrivant ses révélations en grec, nomme bien entendu ses écrits du mot apocalypse. Par déformation sémantique, on en est venu à considérer que ce mot désignait la fin du monde)  et que Jean se révèle enfin, forte , confiante en soi et plus puissante que jamais. Si le grand antagoniste du film se prenait pour un dieu, Jean est peut-être bien partie pour devenir une vraie déesse.  Voilà pourquoi dans cette nouvelle ligne temporelle elle ne meurt pas : elle a accepté son pouvoir, Xavier ne l'a jamais « enchaînée » et aucun ressentiment n'a pu se forger. Et puisque le Phénix apparaît si tôt et si fort, on pourrait bien voir une certaine race alien débarquer dans la saga. Oui, fan de comics, je sais que tu frétilles comme un poisson hors de l'eau à cette idée. Calme toi, tu stresses les autres. Et change de sous-vêtements , ça a débordé !

[FIN DU SPOILER]




Les combats sont aussi très symboliques ;  Storm contre Cyclope : deux leaders tournés l'un contre l'autre, le bleu contre le rouge ( les couleurs dans le film sont gérées comme par Snyder et Del Toro dans le sens où tout est fait pour harmoniser l'image et ne pas en faire de la bouillie colorée de carnaval) , Beast contre Psylocke : la brutalité contre la finesse des arts martiaux, la bête contre la belle. Diablo contre Archangel ( dont rien ne dit qu'il s'agit de Warren Worthington d'ailleurs , son look étant un peu différent de par les ergots sur ses ailes. Si Wolverine n'est pas le seul à guérir vite, il va sans dire que d'autres mutants peuvent avoir les mêmes pouvoirs) : un gentil diable contre un ange exterminateur au service d'un dieu.






Un dieu incarné par Oscar Isaac, un acteur que le grand public a mis du temps à connaître ( ah ça quand on préfère aller voir Iron-Man 2 que le sublime Agora...j'ai vu les deux le même jour, vous voyez que c'est faisable.Bon, j'étais en vacances, mais même...).
Le maquillage et le costume, lourd, ne viennent pas diminuer l'aura et le talent de l'acteur qui se glisse dans la peau d'un méchant plus que badass aux motivations claires et peu enclin au dialogue avec ses adversaires. Singer a eu recours à des techniques d’enregistrement particulières pour capter sa voix et s'est amusé en post-prod pour que celle-ci deviennent caverneuse ou profonde quand le personnage en a besoin pour laisser transpirer sa personnalité et ses motivations.
Tye Sheridan incarne un Scott Summers bien différent de celui de James Marsden : si l'adulte était un gars responsable, Sheridan incarne un semi-rebelle qui n'apprécie pas tant que ça l'école.
Kodi Smit-McPhee ( Let Me in ) , singe le jeu de alan Cumming pour donner corps à Diablo/Nightcrawler : logique puisque le personnage n'est pas foncièremetn très différent de sa version adulte.
Quand à Sophie Turner en jeune Jean Grey, elle rentre dans les pompes de Famke Janssen sans soucis et apporte même plus de personnalité à son personnage.

Pour les habitués que sont James MacAvoy, Michael Fassbender et Nicholas Hoult, rien à dire qui n'a déja été dit lors des autres films. Seul Jennifer Lawrence semble moins s'impliquer et se la jouer mode automatique. Dommage quand on connaît le talent de la comédienne à qui l'on a encore offert une Mystique différente du précédent volet car son personnage a évolué et suivi une nouvelle voie.













X-Men Apocalypse est un film généreux, bourrés de qualités et ses quelques défauts iront en s'atténuant avec le temps (et une probable version longue : pleins de photos du tournage ne sont pas dans le film, même les bandes-annonces en contenaient : parfois des détails tous petits comme une manœuvre dans un combat mais voila, les preuves sont là ). Ses faiblesses en font peut-être un épisode moins abouti que le précédent mais absolument pas un mauvais film X-Men.
La scène post-générique parlera surtout aux fans mais les profanes y trouveront aussi leur compte puisqu'elle annonce des choses très excitantes.


Petit mot sur la frise ornant cet article : c'est un pur produit marketing de la FOX, Apocalypse a dormi 5000 ans et ne s'est pas réveillée entre temps. Sinon le monde serait bien différent. Mais bon...la FOX quoi...mais comme je la trouvais jolie.

Fond vert ou décors en dur ? Bryan Singer a fait son choix : le budget a sans doute été englouti dans des décors pharaoniques (oui oui, j'ai osé ), ce qui expliquerait des effets digitaux moins aboutis ? 


mardi 10 mai 2016

Guerre de sécession !

Depuis 2010 , et Iron-Man 2 , il n’y a plus une année où un film Marvel Studios ne sort sur les grands écrans du monde entier (et peut-être même de la galaxie ! Allez savoir ce qu'on capte là-haut ! ).
Souvent deux films par an, plus rarement un seul.
Le Studio s’est lancé dans le pari fou (tenté depuis peu par Warner Bros. avec le catalogue DC Comics) de construire au cinéma ce que l’éditeur fait depuis ses débuts : créer un univers partagé où les différents héros se croisent, s’allient…ou se déchirent.
C’est le dernier cas qui va nous intéresser ici avec le troisième film Captain America : Civil War !

Univers partagé oblige , ce troisième film Captain America est tout autant la suite directe des aventures du super-soldat après « The Winter Soldier » que la conséquence d’Avengers : Age of Ultron.
La nouvelle équipe d’Avengers, allez soyons fan-boys et appelons la New Avengers, remplace donc le SHIELD sur le terrain.
Cap et son équipe traque un ancien membre de HYDRA. Mais au cours de l’intervention, un incident fait une dizaine de morts : des officiels du Wakanda, un petit pays d’Afrique qui vivait relativement replié sur lui-même depuis des siècles.

Cet incident, additionné aux catastrophes gérées par les super-héros ces dernières années, pousse les autorités à rédiger et à faire signer les accords de Sokovie , pour réglementer les activités héroïques.
Là où Tony Stark (rongé par le remords) y voit un cadre approprié où chaque personne doit rendre des comptes pour ses actes, Steve Rogers perçoit cette main mise du gouvernement sur lui et son équipe comme , au mieux handicapante et au pire complètement tyrannique avec cet objectif à plus ou moins long terme de faire des Avengers une arme étatique. Essoufflés par les combats et les blessures personnelles, les héros entament un conflit qui pouvait se résoudre par le dialogue et qui devient une véritable guerre de famille quand une étincelle met le feu aux poudres : Bucky Barnes, le soldat de l’hiver, semble responsable d’un attentat, à Vienne. Pour Stark et ceux qui ont signé les accords, Barnes doit être arrêté immédiatement. Pour Cap , il faut enquêter : ses sentiments envers son ami brouillent-ils sont jugement ?


Un point sur lequel on ne pourra rien reprocher à Civil War : la densité de son intrigue et les questionnements légitimes qui devraient se poser dans un monde où les super-héros existent et se comportent comme une milice ne répondant à aucune autorité légale.
Cette intrigue, justement, se base de loin sur la mini-série Civil War , dont elle partage bien entendu beaucoup de points communs : l’incident malheureux, le contrôle des super-héros, etc… Mais là où les comics étaient fort manichéens avec un Stark limite fasciste et un Rogers droit dans ses bottes mais peu enclin au compromis (mais peut-on en faire face au totalitarisme ?), le film ne pose jamais l’un ou l’autre comme ayant forcément tort ou raison. Les deux visions se comprennent et il est difficile de faire un choix. Mais le faut-il vraiment , en tant que spectateur, choisir un camp ? Contrairement aux comics de base, jamais le film ne simplifie le propos pour faire adhérer le spectateur à une vision des choses : son cœur est là, c’est à un drame familiale qui se règle à coups de pouvoirs et de technologies de SF auquel nous assistons. C’est Kramer contre Kramer chez les héros.









L’intrigue, comme énoncé plus haut, est riche et dense. Peut-être trop. Le film est long  ( 2h27 quand même ) et son rythme est mal géré. Telle scène aurait dû être creusée, telle aurait du être raccourcie…les deux premiers tiers du film souffrent de cette balance déséquilibrée qui n’est pas aidée par une réalisation certes nerveuses mais jamais inventive et peu immersive lors de la scène pivot du film, le fameux combat sur la piste de l’aéroport que TOUTES les bandes-annonces ont sur-vendue au possible lors de la phase marketing.
Ce n’est pourtant pas faute d’avoir des atouts et des arguments plaisants : des combats peu monotones, des protagonistes dont on sent l’attachement entre eux mais dont les opinions divergent trop, en des temps de troubles, pour ne pas en arriver à devenir vindicatifs.
La valse entre équipiers aussi : c’est un combat , pas une danse , tout le monde ne reste pas sur le même partenaire.
Et parmi ces partenaires, Ant-Man et le nouveau Spider-Man ( le troisième en 14 ans, un record) se taille une belle part. Les deux personnages sont nouveaux dans cet univers mais partagent des points communs : un sens de l’humour et de la répartie, et une envie profonde de briller aux yeux de certains : Scott Lang veut impressionner Captain America et Peter Parker veut se montrer à la hauteur des attentes de Tony Stark quand bien même le discours de Parker sur les pouvoirs et les responsabilités est bien plus proche de la philosophie de Steve Rogers.
Sur le papier, cette séquence avait tout nous faire décrocher la mâchoire dans un grand WOW jouissif.

Mais ce morceau de presque bravoure est alourdi par une donnée capitale : le sens visuel des frères Russo est inexistant. Leur premier film Marvel, The Winter Soldier, était surtout un thriller d’action musclé dans un monde pseudo-réaliste. Seuls le SHIELD et ses héliporteurs étaient vraiment bigger than life et , noyés dans l’intrigue implacable, les petits gars de ILM s’inséraient très bien dans le jeu. Aucun personnage n’avait de capacités vraiment hors norme.
Mais tout change ici avec des héros capables de grimper sur les murs, voler, lancer des rafales, etc…Jamais, au grand jamais, l’image ne se met au service d’une représentation digne de l’iconodulisme. Il n’y a pas de recherches du beau plan, juste du plan efficace.


Et cette critique peut s’appliquer à tout le film tant, comme son aîné, le film mise sur l’efficacité au détriment de la recherche graphique. En résulte souvent un montage haché mis en place pour donner l’illusion du rythme  (et ça marche assez souvent , rassurez-vous) mais tellement impersonnel. Chez Marvel Studios, on veut des faiseurs habiles mais remplaçables au service de la tête pensante qu’est le producteur Kevin Feige, chez Warner on veut des réalisateurs avec une vision propre, quitte à devoir se prendre la tête sur la gestion des prochains films. Les deux méthodes ont des défauts et des qualités ( et il faudra encore quelques années avant de voir celles de Warner et surtout sa viabilité commerciale – et non pas artistique – face à la concurrence ).



Là où le scénario et l’équipe technique assurent sur tous les points, c’est la gestion des personnages et l’intrusion de nouveaux venus : Spider-Man n’arrive pas comme un cheveu sur la soupe contrairement aux effets spéciaux qui le font se mouvoir : eux sont trop voyants. Et la Panthère Noire débarque enfin.
Là aussi, ses mouvements générés par ordinateurs sont un peu voyants mais il a la chance d’être un personnage moins voltigeur que Spidey, ce qui le fait apparaître bien plus souvent en vrai ( que ça soit l’acteur Chadwick Boseman ou un cascadeur qui s’y colle). Ces deux héros sont présentés ou réintroduits dans le cas de Spider-Man pour être ensuite exploités dans des films à leurs noms.





Au final, Civil War est un film pétris de défauts de réalisations et au rythme qui a du mal à envelopper le spectateur pour ne le lâcher qu’à la fin : trop dense, trop ambitieux en termes de personnages à gérer sans en sacrifier ( LE coup casse-gueule par excellence quand on dépassé la dizaine) . Cela n’en fait pas pour autant un mauvais film tant l’écriture, les enjeux et les retournements de situation où l’on se fait avoir comme des bleus sont là et bien là.

Me reste à aborder un point sur l’univers Marvel au cinéma : depuis le début , il s’agit de mettre en place des éléments en vue du grand final : Avengers Infinity War part.II ( les deux films seront intégralement filmés en IMAX d’ailleurs ) . Petit à petit, on a posé un échiquier, on a placé les pièces, joué avec…maintenant, la partie se rapproche de son dénouement et la disposition des Rois, des fous et autres pions ne laissent plus vraiment de place pour les surprises ou les prises de risques ( si jamais il y en avait eues auparavant ). La partie se termine et n’importe qui ayant un cerveau plus ou moins capable de prendre du recul et de faire une vue d’ensemble peut aisément deviner des éléments vers lesquels les futurs films nous mènent. Car ces éléments découlent d’une logique pure et les ignorer seraient idiots. Alors oui, Marvel Studios aiment bien prendre son public pour plus bête qu’il n’est parfois ( Thor, Avengers, Iron-Man 2, Guardians of Galaxy) mais ils cherchent un semblant de cohérence entre les films depuis belle lurette. Je les imagine mal changer de cap