vendredi 28 avril 2017

Indien vaut mieux que deux tu l'auras.

Nous connaissons tous son nom. Mais connaissons-nous son histoire ?
Peu la connaissent , un conflit sur un continent séparé de l’Europe par un océan, une mythologie hollywoodienne remplie de foutaise et qui commence seulement petit à petit par faire sauter sa couche romancée et raciste. Et oui, les Westerns (et avant eux les cirques ambulants sur le thème du Far West ) sont essentiellement des inepties. Qu’ils parlent des Indiens ou des héros de l’Ouest.


Bref, avant d’être un cri de guerre tout aussi usité que Banzaï ou Allahu Akbar ( point de cri de guerre français. Il faut rappeler que l’examen final des officiers de St Cyr consiste à dire «  Je me rends » en 18 langues différentes), Geronimo était un homme. Un apache dont le nom de naissance était Go Klah Yeh…comment donc en est-il arrivé à porter le nom sous lequel il est entré dans la légende ?

C’est en partie l’une des questions qui seront abordées dans cette biographie sous forme de bande-dessinée du guerrier apache et ancien homme-médecine de sa tribu. Une biographie conçue par Matz et Jef, qui se retrouvent une fois de plus après leurs deux polars musclés ( critique ici et ici ) basées sur des idées du scénariste et cinéaste Walter Hill.

Point de Walter Hill ce coup-ci, juste la documentation et un scénariste qui se plaît bien chez l’éditeur adepte des one-shots volumineux.
Fin des années 1860, une tribu apache fait halte non loin d’une ville mexicaine. Alors qu’une délégation s’en va faire commerce avec les mexicains, la tribu est attaquée. Le futur Geronimo jure de se venger, ainsi débute l’épopée guerrière d’un homme qui voulait rester libre, poussé à la guerre par des envahisseurs sans scrupules. Une histoire qui se répète encore et encore depuis l’aube des temps (et souvent entamée par l’homme blanc d’ailleurs).
Mais est-ce que 108 pages est un terrain de jeu suffisant pour compter LA vie d’un homme et laisser le dessinateur s’amuser sans surcharger ses planches ?
La réponse est non. Il était inutile de faire durer le suspense.
Voila, merci de m’avoir lu…Ah, vous êtes encore là.
Bien voyons donc ce qui ne fonctionne pas des masses dans ce Geronimo.




LE problème principal, c’est le rythme. En voulant raconter la naissance de Geronimo, c'est-à-dire le passage de Go Klah Yeh au personne mythique qui a marqué l’histoire, jusque sa reddition près de 30 ans plus tard, Matz s’attaque à un sujet vaste. Trop vaste pour un tome , fut-ce-t-il aussi gros que 108 pages. Les ellipses sont nombreuses, et n’aident pas à poser une ambiance ou une implication du lecteur. On ne s’attache pas aux personnages, peut développés et restant dans le domaine de la fonction, et encore.  Les dialogues sont bateaux et, comble de l’ironie pour une histoire centrée - et surtout contée – du point de vue des amérindiens , font passer les indigènes des Amériques pour un peuple assez naïf. Plus habitué à écrire des salopards, Matz semble plus à l’aise dès qu’il s’agit d’écrire les dialogues des mexicains et des américains.

Néanmoins, l’histoire se focalise aussi sur les mécanismes qui poussent des minorités à se rebeller, se révolter et se défendre par la violence. Matz n’est pas inconscient des exactions de son personnage principal ,et puisque expliquer et comprendre n’est pas pardonner, Geronimo est présenté tant en leader d’une révolte basée sur les violences subies mais aussi comme un être perdu dans une quête où la violence aveugle se dispute aux exactions immorales.

Les dessins de Jef sont de toutes beautés, certaines planches tenant plus de la peinture que du simple dessin. Le story-telling est fluide et ce que le scénario foire, le dessinateur ne le loupe pas. On regrettera fortement que beaucoup de visages se ressemblent de personnages en personnages.

Geronimo n’est pas la Bande-dessinée de l’année mais elle offre une évocation visuelle agréable à l’œil et un point d’entrée dans la vie d’une légende de l’Ouest dont presque tout le monde ignore vraiment l’histoire. Un album en demi-teinte qui donne cependant envie d’en apprendre plus sur la vie de cette icône et sur les guerres menées par les Apaches.

mardi 21 mars 2017

Weapon X : les griffes de l'inouï.

À l’occasion de la sortie au cinéma de Logan, Panini Comics en profite pour sortir ou re-sortir plusieurs titres liés au mutant griffu. Parmi ceux-ci, une réédition luxe de Arme X, scénarisé et dessiné par Barry Windsor-Smith.

Arme X, c’est le nom du fameux programme qui a tenté de créer des super-soldats dans l’univers Marvel. L’expérience a entre autres créé Wolverine, X-23 ou encore Deadpool. Récit écrit dans les années 80, Arme X se base sur le peu d’informations et les zones floues que le scénariste Chris Claremont a dispensé depuis le milieu des années 70 sur le compte de Logan dans Uncanny X-Men.

En raison du côté sopa-opera de l’univers Mutant chez Marvel, certaines données de ce comics pourraient faire tiquer le lecteur se basant sur des comics plus récent voire sur celui qui ne connaîtra les X-men que par le biais du cinéma. Soit, cela étant dit, il faut se pencher sur l’œuvre elle-même et non sur ses voisines.


Barry Windsor-Smith ne nous aide pas, ne nous ménage pas. L’action débute in media res, floutant les barrières entre flash-back et action présente. Logan, policier au Canada est kidnappé pour subir une intervention peu banale : le métal adamantium devra être greffé à son squelette par une équipe de scientifiques. Petit à petit, les pièces se mettent en place pour arriver vers un récit plus linéaire mais à nous de remettre certaines parties en ordre.







Bien que Logan soit l’élément central, il n’est au final qu’un personnage très secondaire du récit qui se concentre essentiellement sur l’équipe scientifique. Leurs magouilles, leurs doutes, leurs scrupules. Le tout dans une atmosphère anxiogène : le laboratoire de recherches ressemble à un bunker perdu en pleine forêt. Si quelque chose tourne mal, le monde extérieur ne viendra aider personne. Et, on le sait tous, Wolverine s’est échappé de l’endroit avec pertes et fracas. Wolverine qui prend ici la forme la forme d’une force de la nature se rebellant face aux forces de la science sans conscience : la machine à tuer que l'on pensait docile et apprivoisée face à la machine à déshumaniser incapable de comprendre que la vie veut sortir à l'air libre ( thème central de tant de romans et d'histoires de science-fiction, tel le récent Morgan de Luke Scott ou le plus ancien Jurassic Park )



Considéré comme un court sur pattes ( contrairement à Hugh Jackman, Wolverine est décrit et dessiné très souvent comme un homme ne dépassant pas le mètre 70 : Peter Parker est plus grand que lui ), Wolverine prend ici des allures de géant, une bête tenant presque du loup-garou dont on aurait rasé les poils. Ses facultés de guérison et ses griffes de métal en font le parfait tueur de film d’horreur, celui qu’on n’arrêtera pas.




Windsor-Smith livre un récit peu manichéen : à part un scientifique vendu, le reste de l’équipe est plus ou moins correcte ou en tout cas moins pourrie. Wolverine quant à lui a d’excellentes raisons de vouloir sortir du bunker mais ses méthodes sont-elles justifiées ? En livrant le récit tel quel sans voix-off pour expliquer qui est dans le bon qui est dans le mauvais, Windsor-Smith laisse le lecteur se faire son propre avis sur la question. L’œuvre est riche, thématiquement et visuellement, et appelle plusieurs lectures. Et laisse planer le doute sur les griffes du mutant : résultantes de l'expérience ou présentes avant que le métal ne recouvre ses os ? Windsor-Smith semble partisan du fait que l'un des attraits du personnage restent ses zones d'ombres. La futur lui donnera tort : son passé est désormais un terrain défriché et il continue à être apprécié du public.

Le trait de Windsor-Smith est effilé, aérien. Les détails abondent et plongent le lecteur dans une ambiance de SF nihiliste. Seuls les visages font partie des faiblesses du dessinateur tant ils ressemblent à du John Byrne ( c'est-à-dire ridés et semblant être tous issus de la même famille).
Les couleurs criardes d’époque sont un peu kitsch mais participent pleinement à la création de l’atmosphère de l’histoire. Un défaut vite expédié face à l’histoire et aux dessins qui n’en sortent pas desservis. Des dessins mis en valeur par cette nouvelle édition en très grand format qui en met plein la vue.

Arme X est l’un des récits fondateurs de la mythologie autour de Wolverine. Un immanquable, si vous ne l’avez pas encore, qui marque encore le destin du mutant dans les publications qui lui sont dédiées depuis des années.




mardi 7 mars 2017

True Griffe.

Après 17 ans de bons et loyaux services envers des films bons, très bons ou franchement mauvais, Hugh Jackman a annoncé son départ de la franchise X-Men et son désir d’abandonner le personnage de Logan, Wolverine, James Howlett ( vous avez l’embarras du choix pour le nommer…ça arrive quand on a presque deux cents ans, une carrière de super-héros et qu’on a une belle amnésie en prime ). Entamée en 2000 au cinéma (et oui, déjà….payez votre coup de vieux ! ) , la saga X-Men c’est 9 films (10 si l’on compte Deadpool ) dont 3 centrés sur le personnage de Wolverine, personnage déjà trèèèès mis en avant dans les autres longs-métrages de la série d’ailleurs.

Il faut dire que l’aura du mutant griffu est grande depuis sa première apparition dans les comics et son interprétation par Jackman a rajouté une couche à sa popularité : le public aime les personnages tragiques qui souffrent, c’est comme ça ( Sadisme ? Empathie ? Qui sait ? ). Et de la souffrance, il y en a dans Logan. Beaucoup, sous diverses formes.


Alors que les films X-men restaient flous sur l’époque de leur action ( à peine savions-nous dans le premier épisode que tout ça se déroulait dans un futur proche. Futur Proche très vite rattrapé par la réalité morbide : les Twin Towers apparaissent dans le premier film et sont tombées un peu plus d’un an plus tard), les films se situant dans le passé n’ont jamais vraiment caché les dates.
Logan se place dans cette nouvelle approche et annonce la couleur après quelques minutes, brutales et sauvages donnant le ton du métrage.

Nous sommes en 2029. Les mutants semblent une espèce presque disparue. Un Logan vieillissant officie sous son nom de baptême, James Howlett et son facteur de régénération rapide a de sacrés ratés. Ses griffes sont de plus en plus rouillées (façon de parler), et il gagne sa vie en étant chauffeur de limousine.
Son emploi sert à entretenir Charles Xavier, mentor des X-men et père de substitution pour Logan. Charles Xavier perd la boule ( de billard ) et le nord. Pourquoi les mutants ont-ils presque disparu ? Où sont les X-men et pourquoi diable Logan et Charles vient-ils au Mexique, près de la frontière des USA avec Caliban, un mutant allergique au soleil (et déjà aperçu dans Apocalypse, incarné par un autre acteur). Le mystère plane mais les réponses viendront plus tard. Car alors que Logan pense que sa vie est un train-train parfois pesant ( Charles se comporte comme un vieil homme atteint de démence et se montre tour à tour paternel ou odieux), une femme vient lui demander de la conduire elle et sa fille,Laura, jusqu’au Dakota du Nord où elles pourront ensuite passer au Canada pour échapper à d’étranges poursuivants.
La fillette possède des dons particuliers. Des dons qui rappellent ceux d’un héros que Logan tente d’oublier et d’enfuir sous l’alcool : Wolverine !







James Mangold a une filmographie atypique. Un peu touche-à-tout ( polar, thriller,drame, espionnage, comédie, western), il semble affectionner les personnages torturés et psychologiquement atteints. Même son très fun et décomplexé Knight and Day, comédie d’espionnage portée par un Tom Cruise en forme et rigolo, est emprunt de douleur ( Knight and Day, c’est Mission :Impossible si Ethan Hunt fait une dépression nerveuse et décide de s’enfoncer dans le déni en prenant les choses à la rigolade…cocktail dangereux ! ). Le voir débarquer sur The Wolverine était une bonne chose pour ce personnage. Si le film a de gros défauts, il a aussi d’immenses qualités.




Pour ce second volet sous sa direction, Mangold change totalement de registre. L’épisode précédent voyait la renaissance de Wolverine dans un pays étranger et contrasté, le Japon, où villes géantes côtoient petits villages paisibles et intimes. Il voyait aussi le postulat de départ – Logan chien dans un jeu de quilles – partir un peu en vrille avec son délire de SF ( qui passe bien mieux au second visionnage, comme quoi).
Mais le succès aura été au rendez-vous. Et puisque que Jackman voulait quitter le rôle, autant le faire partir en beauté.
Bien plus libre que sur le précédent opus, James Mangold ( qui co-signe le scénario) décide de piquer les codes du western et de les appliquer à son Logan. Logique. Logan s’inspire très librement de Old Man Logan, un comic-book qui imagine la vie de Logan dans un futur où les héros ont disparu et où Wolverine est devenu fermier, avec femme et enfants. Un événement tragique le lancera sur les routes en quête de vengeance. Mangold a gardé l’ambiance western, la disparition des héros (ici les mutants, tous les supers dans le comic) et le côté road movie.




Vous le sentez l'ADN Western là ? (L'affiche, le comic d'origine et un concept art)

Crépusculaire et aride, Logan est un peu le Skyfall de Wolverine mais il est carrément le True Grit du personnage. Un personnage sur le retour, qui accepte une dernière chevauchée pour aider une jeune fille en difficulté. Les paysages désertiques sont là, les couchers de soleil aussi. Les petites villes et les fermiers oppressés par de plus gros propriétaires également.
La figure des cow-boys sans scrupules trouve un écho dans la bande des Reavers, des soldats légèrement améliorés par implants bioniques. Le futur ressemble à notre présent, les téléphones, les fringues, les bagnoles, tout est « classique » ( trop peut-être ? Days of Future Past ne lésinait pas sur le futurisme). Même les implants des reavers sont peu mis en avant, l’aspect pratique l’emportant sur le clinquant.
Le côté SF est assez mis en retrait même s’il joue un rôle prépondérant dans l’aventure.
Une aventure qui ne lésine ni sur l’action, ni sur la violence graphique poussée ( ce n’est pas un film pour enfants, du tout !) ni sur les moments plus introspectifs ou plus lents. Les amateurs d’action non-stop seront déçus. Elle n’est pas le cœur du film, loin de là et ce même si elle abonde.  Pas de grands spectacle ici, pas de stylisation : la violence est montrée pour ce qu’elle est. Barbare, sanglante, dure.





Deux concept arts plus SF et qui seront mis de côté. 

Les effets spéciaux , nombreux, ne sont pas là pour en mettre plein la vue ( ce qui n’est pas un reproche en soi, c’est beau aussi quand c’est bien géré cette approche bigger than life) mais pour aider à l’immersion, presque pour semble invisible.
Les doublures numériques du films sont en fait nombreuses mais il faut le savoir.Cela permet de filmer les cascadeurs au plus près sans les grimer grossièrement. Un travail remarquable et bien plus abouti que les nombreuses tentatives de rajeunissement numérique aperçues ces dernières années ( sauf celui de Michael Douglas dans Ant-Man, bluffant de chez bluffant)  Le mate-painting aussi. Mais en ne focalisant pas sa réalisation sur ces détails, Mangold utilise des outils sans les montrer : tout semble naturel, brut. Immersif.
Jamais soucieux de ré-inventer le cinéma ou d’utiliser des mouvements de caméras compliqués, Mangold réalise avec classicisme mais énergie. Mêmes les simples moments de discussion sont pensés pour ne pas ronronner sur de simples champ/contre-champ.






Si la plupart des seconds rôles sont bien interprétés ( faut voir les acteurs aussi, c’est pas de la petite pointure), Jackman et Patrick Stewart démontrent l’étendue de leurs talents. En mec paumé et alcoolique, Hugh Jackman est aussi touchant que choquant. Il joue ici en permanence sur la corde entre salopard et grand héros au grand cœur ( allez, on sait tous qu’il est comme ça notre Wolvie). Un équilibre qui penche jusque ce qu’il faut d’un côté ou de l’autre selon la scène.
Patrick Stewart est impayable en Charles Xavier ! Émouvant face au mal si commun qui le ronge, drôle quand il pète une durite, sarcastique par moment. Méchant aussi parfois. Bienveillant et humain souvent. On ne l’avait jamais vu comme ça (même en comptant le côté sympa et décontracté que lui donnait James McAvoy) .
Dommage que Ian McKellen, en Magneto, ne fasse pas partie du voyage tant ces trois-là ont marqué l’histoire des X-Men au cinéma.
Dafne Keen interprète Laura, que les lecteurs de comics auront vite fait de reconnaître. Plus jeune que son homologue de papier, Laura est une mutante possédant un lien avec Wolverine. Véritable machine à tuer, Laura possède une sauvagerie brute que les ans n’ont pas émoussée et une sensibilité à fleur de peau.. Keen est saisissante de justesse dans ce rôle qui rappelle celui de Arya Stark incarnée par Maisie Williams. Elle évite les écueils dans lesquels les enfants acteurs tombent trop souvent et fait vite oublier qu’elle n’a que 12 ans.  Et en voulant passer la frontière pour échapper à ses poursuivants, Laura incarne le potentiel de lecture politique du film. Une minorité traquée et conspuée, qui cherche à traverser vers un avenir meilleur, poursuivie par des sbires en uniformes, ça ne vous fait penser à rien ? Dans l’Amérique de Trump, Logan, produit par la FOX (oui, celle-là même qui possède Fox News), s’offre le luxe d’avoir un propos sur la société. Subtil , mais bien là !







Il y aurait tant à dire sur Logan, dernière apparition de Hugh Jackman en Wolverine (et de Patrick Stewart en Charles Xavier, l’acteur ayant annoncé ne plus reprendre son rôle non plus). Mais ça serait déflorer la matière du film. Tout ce que vous devez peut-être savoir c’est que Logan est brutal. Viscéral. Total ! Une réussite artistique qui risque de laisser pas mal de spectateurs sur le carreau tant il est éloigné du carcan des films X-Men. Un film inattendu et beau. Un chant du cygne, la dernière chasse d'un serval , la traque finale d'un carcajou !



Des concept arts plus orientés Post-Apocalyptique comme Mad Max (notez le chien, réminiscence du même animal qui suit Max dans le second opus de Georges Miller). Qui était aussi plein de symboles western.Tout se recoupe.

jeudi 16 février 2017

Le cœur de la forêt.

Retour dans les bois des Rhyope avec Lavondyss, second tome du cycle La Forêt des Mythagos de Robert Holdstock.

Quand Steven Huxley est entré dans la forêt pour retrouver son frère Christian,il n’était pas seul. Accompagné par l’aviateur Harry Keeton, Steven a erré entre les arbres avec lui avant que leurs routes ne divergent.
Tallis Keeton , la jeune demi-sœur de Harry , en est persuadée : son frère est vivant , perdu, quelque part au fond des bois. Mais avant de pouvoir s’aventurer à la recherche de son cher frère, Tallis va subir d’étranges initiations. Et seulement alors, pourra-t-elle atteindre le cœur de la forêt : Lavondyss.

Alors que le premier roman du cycle était constitué de morceaux de journaux intimes et de narration à la première personne, Lavondyss opte pour un narrateur omniscient. Holdstock en profite pour augmenter le niveau de jeu littéraire en ciselant ses phrases comme un artisan maniaque.
Le revers de la médaille, c’est que la première partie du récit, dévolue à la découverte du personnage principal et à poser les bases du récit peut sembler longue.
La plongée dans la psyché de Tallis est totale mais il s’agit de la vie d’une jeune fille dont la vie est parfois ponctuée de faits étranges…faits qui iront crescendo bien entendu. La lenteur du roman , si bien écrit soit-il, peut rebuter. Surtout qu’il ne se passe pas grand-chose mais Holdstock ne nous fait pas languir pour rien. Toute cette partie est belle et bien nécessaire et vitale à la compréhension de la seconde partie qui se déroule de plein pied dans les bois étranges où les mythes et les légendes contenues dans l’inconscient humain prennent vie.

Une fois entré dans le forêt, le récit s’emballe sans pour autant perdre en dextérité d’écriture. Le phrasé reste travaillé comme avant et nous plonge dans un océan vert fait de bois, de feuilles mortes et d’hivers mortellement dangereux. Le style et l’écriture atteignent bientôt un tel niveau que l’on vit un trip sous LSD sans les effets de la synesthésie. On sent, on respire l’humus, les poils du dos se hérissent , conscient que l’on est d’avancer dans un territoire qui n’est plus celui de l’homme. Et plus notre héroïne progresse, plus l’auteur fournit des concepts bien plus dangereux et vicieux que lors du premier roman. Les mythes qui prennent vie ne sont qu’un danger parmi d’autres dans cet austère environnement où le temps ( tempus , pas la météo ) lui-même semble obéir à des règles étranges qui font passer la relativité appliquée pour du pipi de chat.



Refusant la facilité, Holdstock va mettre les nerfs de Tallis , et les nôtres, à rudes épreuves et fera passer les passages en forêt de Princesse Mononoké pour une agréable balade romantique ou le viol par les plantes dans Evil Dead pour un pic-nic en famlle.




Il partage en outre un autre point commun avec le cinéma de Miyazaki : inutile de chercher une fin en happy end où le sacrifice emporte tout sur son passage et offre un retour au bercail à la Disney. Non, la vie est dure, la vie est parfois injuste mais surtout, la vie n’est pas finalité en soi. Elle n’est qu’une partie d’une histoire plus vaste qui nous échappe. Et ceci n’est que le second tome d’une histoire aux ramifications qui rappellent les branches d’un arbre plusieurs fois centenaires.
On quitte cette forêt avec une certitude absolue : nous y remettrons les pieds et nous serons de nouveau démunis face à elle et aux êtres, de sang ou de sève, qui la peuplent.



dimanche 12 février 2017

Chevalier Noir et chevaliers d'écailles.

Arrivée en VF du crossover Batman & les Tortues Ninja ce mois-ci chez Urban Comics dans leur
collection « Urban Kids ». À priori, ces lascars animaliers n’avaient pas vraiment de raisons de se rencontrer. Erreur, les points de convergence abondent. Mais reprenons du début : qu’est-ce qu’une tortue ninja ?

Apparues en 1984 et créées par Kevin Eastman et Peter Laird, les Tortues Ninja sont les héros d’une bande-dessinée autoéditée conçue comme un pastiche des comics ultra-violents de l’époque. En effet, le côté désuet des comics tend à s’estomper et les auteurs ont une cible dans leur ligne de mire : Daredevil. Repris depuis quelques années par Frank Miller qui refondera le personnage et son univers, Daredevil ne laisse plus indifférent. Les auteurs entendaient parodier les comics de leur temps. Les origines des tortues ( à l’époque car il ya  eu refonte depuis quelques années ) sont ainsi intimement liée à celles de Daredevil mais sans que le nom du héros et des personnages ne soient jamais cités ( questions de copyright ).



Matt Murdock, le futur Daredevil, est un jeune adolescent lorsqu’il sauve un vieil aveugle d’un accident impliquant un camion. Ce dernier contenait des déchets radioactifs et une partie du chargement se répandit. Les yeux de Matt furent touché et il devint aveugle…mais l’étrange produit multiplia ses autres sens.
L’histoire des tortues commence de la même manière mais nous apprend que le produit s’est également déversé dans les égouts, entrant en contact avec un vieux rat de compagnie ayant fui la scène du meurtre de son maître japonais et quatre bébés tortues de mer. Petit à petit, les animaux grandirent et prirent forme humaine. Le vieux rat ayant observé son propriétaire répéter ses mouvement d’arts martiaux entraîna les tortues et les nomma des noms de quatre maîtres de la Renaissance : Leonardo, Michelangelo ; Donatello et Raphaël.  Alors que Daredevil affronte un clan ninja appelé La Main ( The Hand), les Tortues auront fort à faire avec le clan des Foot ( Le Pied ) mené par le redoutable Shredder, l’assassin de Hamato Yoshi, le propriétaire du rat Splinter.
Bien que n’ayant jamais vraiment eu une série pérenne et ininterrompue, les Tortues ont toujours su garder une certaine popularité dans la pop-culture et ce malgré les récents reboot WTF et les deux films produits par Michael Bay.



Bref, revenons à nos chiroptères !

Divers labos de Gotham City sont attaqués de nuit par des ninjas. Batman remonte la piste et tend un piège aux voleurs au sein même de Wayne Enterprise. C’est là qu’il fait la connaissance des Tortues et de leurs ennemis, le clan des Foot. Le clan et les tortues sont arrivés à Gotham en traversant un pont interdimensionnel et tous cherchent à rentrer chez eux. La rencontre est arbitrée par James Tynion IV , scénariste ami et protégé de Scott Snyder (auteur d’un run si pas en tous points remarquables en tout cas remarqué sur Batman ) et le dessinateur Freddie E.Williams II ( y a plus de Jr ou de ixième du nom aux States, des chiffres directement, comme à Hollywood).



Le scénario suit un schéma classique : ils se rencontrent, ils se castagnent et ensuite ils s’allient face à la menace commune. Je soupçonne Tynion d’avoir eu le cul entre deux chaises : plaire aux adultes et être accessible aux kids. Ainsi, on utilise un schéma simple compréhensible par tous et accepté par tous ( les enfants parce que ce n’est pas compliqué de monter en épingle un quid pro quo aussi basique et aisément résolvable et les adultes car ils sont généralement habitués à cette structure ). Mais Tynion a beau être l’ami de Snyder, il n’a pas le même talent et tout en ayant de bonnes idées, il ne saura en tirer pleinement profit.
Il introduit le fait que l’action se déroule aux alentours de l’anniversaire du meurtre des Wayne et que Batman cherche à éviter d’y penser en bossant bien plus ces jours , enfin, ces nuits-là. Il réalise aussi les points communs entre les Foot et la Ligue des Ombres dirigées par Ra’s Al Ghul mais n’en tire pas une menace bien plus féroce pour nos héros.
Le tout se lit néanmoins sans déplaisir mais sans surprise durant les quatre premiers chapitres. Les deux derniers, quant à eux, tombent dans la facilité et les délires Putain Le Quoi les plus primitifs des deux licences ici exploitées. Le tout se termine dans un vomi de guimauve pleine de bons sentiments où les esprits les plus robustes apprennent à faire preuve de souplesse et à s’apprécier plus que de raison.


Les dessins de Williams sont situés entre la caricature pure et simple et l’envie de coller à une ambiance sombre et glauque. Là encore, la carapace entre deux chaises se sent à plein nez et pue comme une soupe de tortue qui aurait tourné. Jamais vraiment accessible pour les enfants et jamais vraiment plaisant pour un adulte avec un minimum d’estime d’esthète, le dessinateur compense avec un découpage sans accroc mais sans aucune prise de risque ou composition qui décrocherait la mâchoire au point de croire qu’elle vient de se ramasser un mawashi-geri dans les gencives !



Curiosité pour fans des Tortues et du Croisé à la cape, Amère Pizza ( c’est le titre VF ) laisse donc une drôle d’impression dans la bouche. Comme celle d’avoir mangé une pizza surgelée industrielle. Tout ce que l’on veut est dedans mais l’exécution est tellement fade et facile qu’on oublie très vite ce que l’on a ingéré. Il y avait moyen de faire bien mieux et on ne me fera pas croire que DC Comics et IDW (l’éditeur actuel de Teenage Mutant Ninja Turtles) n’avaient pas la possibilité de mettre sur pied une meilleure équipe.

mardi 7 février 2017

La La Land : métaphysique des c(h)œurs.

« La La Land : Avoir la tête ailleurs, dans sa propre petit bulle. »

Damien Chazelle est un jeune réalisateur , 31 ans , qui avait déjà un peu secoué son monde avec Whiplash où il résolvait la question «  comment filmer la musique ? » (entre autres choses). Le revoici avec une comédie musicale , continuant d’explorer des thèmes abordés précédemment. Ah , ça en fait un auteur si l’on croit la définition de François Truffaut ( hé hé, y en pas mal en fait des auteurs chez les ricains, faut pas croire. Le cinéma d’auteur, c’est pas juste une caméra fixe pendant un quart d’heure qui filme le vide d’une petite cuisine dans un appartement miteux ou parisien).

Mia Dolan est serveuse dans un café intra muros à des studios hollywoodiens. Elle rêve de devenir actrice et vogue de casting en casting comme de désillusion en désillusion.
Sebastian est pianiste fan de jazz. Lui aussi a un rêve : ouvrir son propre club de musique. En attendant, le bougre vit comme pianiste d’ambiance où son talent d’improvisation en free jazz n’est ni reconnu ni accepté.
Comme dans toute romance filmique qui se respecte, ces deux-là vont se rencontrer et entamer une histoire d’amour.

Un détail parmi d’autres tant les propos du film sont multiples et s’insèrent dans une trame rappelant que  " la vie n'est pas une comédie musicale où on se sent libéré, délivré, et où les rêves comme par magie se réalisent d'un seul coup ... ". Les rêves requièrent travail et sacrifices.

Vendu par Chazelle himself comme l’autre versant de la même pièce, La La Land peut-il pleinement s’analyser sans prendre Whiplash en compte dans l’équation ? Non.
Ce qui n’empêche pas le film de parfaitement fonctionner par lui-même, entendons-nous bien ! Mais difficile de ne pas voire les caractéristiques flagrantes qui se répondent entre les deux films.

Si l’analyse filmique partage quelque chose avec l’archéologie, c’est bien cette certitude que les cinéphiles , face à un objet filmique, établissent et étudient les différentes strates d’un film.
Considérons le dernier film d’un réalisateur comme la strate visible d’une ville en ruine ou même vivante. Les films précédents formes les strates plus anciennes qui se sont succédées une à une jusque à être cachées par la ville que l’on connaît (oui, un peu comme le site de Troie, j’en vois qui suivent, ça fait plaisir).  La ville actuelle est autant la résultante des « villes ensevelies sous elle » et dont le style rappelle un art défini que la résultante des évolutions et des influences extérieures.

La La Land est cette ville visible. Il est construit à la fois sur la filmo de Chazelle et sur les influences d’icelui ( tout réalisateur moderne est influencé par les travaux de ces prédécesseurs. Ce qui rend l’analyse filmique riche comme l’histoire de l’art car nous sommes face, depuis les années 60, à l’émergence perpétuelle de nouvelles générations de cinéastes eux-mêmes cinéphiles. Passionnant n’est-il pas ? Essayez un peu de vraiment vous pencher sur Le Garçon et La Bête de Mamoru Hosada sans avoir vu Les Enfants loups, tiens. ).

Les semences qui verront germer La La Land, comme je l’ai dit plus haut, se trouvent dans Whiplash, mais l’erreur grossière serait de ne pas prendre en compte Guy and Madeline on a park bench. Sans rentrer dans les détails potentiellement porteurs de spoilers, on y baigne dans la recherche de job, la vie sentimentale ET LA MUSIQUE ! 3 films, 3 ambiances/genres différents et toujours pourtant les mêmes thématiques. Tout comme la musique se base sur 7 notes pour former une infinité de symphonies, Damien Chazelle semble prendre plaisir à ressasser les mêmes sujets pour accoucher de films différents. Il y a une cohérence avec sa formation musicale, non ?
Bref, après cet exposé un brin verbeux, entamons notre fouille voulez-vous ? Elle se penchera essentiellement sur Whiplash et La La Land. Les influences extérieures ( telles que Les parapluies de Cherbourg ou Les Demoiselles de Rochefort ) seront énormément laissées de côté, n’ émanant pas du réalisateur qui nous intéresse ici.




Considérons que les deux strates sont visibles et séparées. Whiplash à gauche, La La Land à droite. Leurs constructions se fait autant en miroir (motifs récurrents) qu’en opposés ( situations inversées ).

Que raconte Whiplash ? Andrew est un jeune batteur qui a intégré une prestigieuse école New-Yorkaise. Repéré par le tyrannique Fletcher, Andrew va tout sacrifier pour s’élever dans le milieu ( sa sa petite amie à sa santé mentale).

Whiplash est un film où le héros poursuit un rêve artistique. La La Land est un film où les héros poursuivent un rêve artistique ( la comédie pour l’une, la musique pour l’autre). Miroir.
Mais l'un voit un musicien seul suivre un rêve, l'autre voit un couple poursuivre des rêves. Opposé.

Whiplash est un film situé à New-Tork City, filmé dans des lieux sombres . La La Land est un film prenant place à Los Angeles où les couleurs viennent éclater vos rétines comme jamais. Opposé.

Whiplash se divise en en plusieurs actes temporels signifiés par inserts écrits sur l’écran. La La Land aussi. Miroir.
Et là, on reste dans la lecture superficielle ( enfer et damnation, j’ai promis de ne rien spoiler après tout ).
La métaphore sur les faces d’une même pièce de monnaie n’est donc pas innocente et s’applique donc bel et bien ici.

S’ouvrant et se finissant à l’ancienne dans le choix des écrans présentant et clôturant le film, La La Land n’en reste pas moins un long-métrage moderne à la mise en scène et à la réalisation tout sauf plan-plan et classique. Entre un faux-plan séquence d’ouverture ( il est en fait constitué de 3 plans séquences différents pensés et montés pour sembler n’en former qu’un seul…oui, comme celui qui ouvrait Spectre. C’est bien, vous suivez encore )  totalement jouissif et énergique qui donne le La ♫ du peps qui se dégagera dès que ça s’anime un peu ( vérifiez vos pieds, ils tapent le sol tous seuls ) et un travail remarquable sur les couleurs et la direction photo, le film de Chazelle est une mécanique suisse.
Le film suit le schéma d’une histoire d’amour en allant au-delà du schéma classique des films romantiques. Et pour incarner LE couple, Chazelle a la bonne idée de reprendre deux comédiens dont la complicité n’est plus à prouver : Emma Stone et Ryan Gosling, qui se retrouvent donc pour la 3éme fois en 5 ans ( le film date de 2016 aux USA), ce qui les placent en bonne position pour un jour arracher le trophée à Tom Hanks et Meg Ryan ( 4 collaborations en 25 ans ).

Crazy Stupid Love ( 2011)


Gangster Squad ( 2013) 

Si Gosling se la joue minimum syndical ( ce qui, dans son cas, revient à être très bon sans se forcer : il donnait plus de sa personne dans Fracture/La Faille en 2006…mais il avait Hopkins en face à qui tenir tête, obligé d’élever le niveau de jeu là ) quelques mois après sa performance allumée et loufoque dans The Nice Guys (est-ce, parce que là aussi un grand acteur, Russel Crowe, se tenait face à lui ? ) , il en va du contraire pour Emma Stone qui se donne à fond. Émouvante, forte et fragile, Stone est réellement l’ancrage émotionnel du film. Difficile de ne pas coller au personnage de Mia.




En général, le film romantique consiste à voir un couple tenter de se former. Et une fois le baiser scellant cette formation passé, le générique de fin déboule. Chazelle va plus loin. D’un début tout feu tout flamme ( aaaah, l’Amour) , Chazelle embraye sur les compromis et les actes routiniers.
Tout feu, tout flamme ? Les couleurs sont éclatantes et les personnages en portent surtout une qui définit leur état d’esprit et leurs mentalités.
Plus routiniers ? Les couleurs portées flashent moins, le directeur photo contraste moins les prises de vues ( c’est réaliste donc un peu délavé par rapport au début où tout est rose et violette ! ). Mieux, ce choix visuel se répercute dans l’écriture des dialogues et la présences des passages chantés et dansés ( nombreux au début, de plus en plus disséminés au fur et à mesure de l’avancement du film. Encore une fois, quand ça pleut des endorphines dans votre cerveau, vous n’avez pas envie de sourire et de chanter uniquement sous la douche. Avec le temps va…tout s’en va ? ) : l’écriture se fait plus facile mais à dessein «  Je suis content d’être à la maison » , «  Je suis contente que tu sois rentré ». Facile…mais commun, le réel reprend ses droits (et ce même si le Los Angeles du film reste fantasmé, propre et pas inquiétant de l’arpenter à deux heures du mat’ en talons hauts).
Les conversations par danse interposée font place aux mots. Le chant et les rimes aux discussions directes mais peu artistiques. Une évolution qui se sent tout le film, petit à petit. Un équilibre rarement bancal ( le film souffre d’un tout petit ventre mou après sa première moitié mais rien d’insurmontable).






À la musique, Justin Hurwitz est le complice attitré de Chazelle depuis le premier film de ce dernier. L’homme est capable de faire taper du pied ou de tirer les larmes en quelques notes : sa nomination aux Oscars n’est pas volée. Les arrangements musicaux des chansons sont assurées par Marcus De Vries, un habitué de l’exercice, lui qui a officié sur Moulin Rouge ou Sucker Punch (et oui, le film de Zack Snyder, délire-dans le bon sens du mot- geek est aussi en partie une comédie musicale). Chazelle sait s’entourer, la marque des grands et il se peut que , tout jeunot qu’il soit, il puisse entrer dans le club assez vite.



Alors, malgré la somme de talent qui compose le film, la hype autour de lui est immensément exagérée. C’est ce que j’appelle l’effet Amélie Poulain : le film est très bon, il est coloré et mignon sans être cul-cul ou naïf mais le bouche à oreille , sans doute amplifié par le fait que des films positifs et gais, ça ne courent plus les salles de cinéma,  s’accentue de bouche en bouche et d’oreille en oreille tant les superlatifs employés par les premiers spectateurs semblent devoir être explosés par les seconds tentant de convaincre les troisièmes, etc… De quoi peut-être faire déchanter (un comble dans une comédie musicale) les spectateurs qui tarderont à la voir et à qui l'on aura promis le film du millénaire pendant un mois. Forcément, ça coincera un peu.

La La Land, sous un vernis sucré et mignon, n’est pourtant ni cul-cul ni naïf. Il nous rappelle que , malgré le monde réel et extérieur, nos petites bulles ont leur place et peuvent se superposer à la couche « vraie » de la vie , que les rêves que l’on fait avec une certaine personne ne se réaliseront pas forcément avec elle mais surtout, surtout, que « Les cœurs des grands rêveurs dansent avec les étoiles… » si l'on en croit V. H. SCORP.